Jeudi 9 juillet 2009
L'actuel ministre belge des Affaires étrangères, Karel de Gucht (VLD, libéral flamand) devrait remplacer Louis Michel au poste de commissaire chargé du Développement et de l'Aide humanitaire. Ce dernier a, en effet, été élu au Parlement européen en juin dernier et a l'intention (du moins pour le moment) de venir siéger. Selon la configuration gouvernementale belge, ce poste avait été réservé à un Libéral, flamand. Du moins dans la configuration de la prochaine Commission. Cette venue anticiperait donc de quelques mois cette décision.

Un budget important. Ce poste est important pour l'approche globale de la politique étrangère européenne et de la PESD. Car c'est, en général, le budget "développement" ou "aide humanitaire" gérés par la Commission euroépenne qui finance les volets civils d'une opération. Par exemple, au Tchad pour les opérations humanitaires qui ont accompagné l'opération EUFOR ou en Somalie actuellement pour le financement de l'aide du PAM.
NB : L'autre grand pourvoyeur de financement au sein de la Commission étant la DG Relex au travers notamment de l'Instrument de stabilité.

Quelques mots sur Karel de Gucht. Né en 1954, à Overmere (Flandre), diplômé en droit de la VUB (l'université libre de Bruxelles - partie flamande), il a été chargé de cours en droit européen, avocat, mais surtout homme politique. Président des étudiants libéraux flamands, puis des jeunes libéraux flamands, il devient président du VLD de 1999 à 2004. Où il cède la place à son "rival" Guy Verhofstadt, qui reprend la main du parti après un litige autour du vote des immigrés aux Communales. Député européen (1980-1994), membre du Sénat belge (1994-1995), puis député au parlement flamand (1995-2003), il devient ministre des Affaires étrangères à partir du 18 juillet 2004, relayant un autre "grand européen", Louis Michel... parti à la Commission européenne. Il y a donc tout juste 5 ans. Le chassé croisé continue donc.

Des idées bien arrêtées. A la tête de la diplomatie belge, Karel De Gucht s'est fait remarqué par plusieurs déclarations abruptes et passes d'armes avec le dirigeant congolais, Joseph Kabila, remettant en cause sa capacité à gérer le pays. Ce qui a entraîné un léger "froid" entre la Belgique et son ancienne colonie africaine. Fin 2008, il s'était notamment battu au sein des 27 - avec la France ou la Finlande - pour que l'UE dépêche à l'est du Congo, un groupe d'intervention rapide, face à la montée des violences et la relative impuissance de la Monuc (lire ici). On ne peut que regretter qu'il n'ait pas été suivi
quand on voit que les violences continuent et l'exode des populations. Assurément le personnage est intéressant. Et il a des idées bien arrêtées sur certains sujets. Et n'hésite pas à le proclamer. Au risque de faire des étincelles à la Commission d'autant qu'il ne porte pas le président Barroso au plus près de son coeur...
Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Secours-Sécurité Civile - Ecrire un commentaire
Jeudi 9 juillet 2009
Des moyens européens de lutte contre les feux de forêts ont été mis à disposition de la France, mercredi, pour faire face à un feu de forêt en Corse. Deux avions bombardiers d'eau, Canadair CL 215, faisant partie de la Réserve tactique européenne contre les feux de forêt (EFFTR en anglais), ont ainsi décollé de Bastia, en Corse justement, mercredi, pour intervenir sur l'incendie qui était situé non loin de là, à 40 kms environ. Les avions ont été opérationnels en moins de trois heures (entre la demande et l'intervention). Et, ils sont intervenus quatre heures durant, effectuant 36 lachers d'eau qui ont permis de juguler et éteindre l'incendie.

Réserve tactique européenne. C'est la première intervention de ce dispositif européen, mis en place cet été, sur un budget européen (doté de 3,5 millions d'euros payés à 80% par la Commission européenne, à 20% par la France), selon un "projet pilote", pour renforcer la lutte contre les incendies de forêts dans l'UE et la coopération entre Etats membres. Les deux avions bombardiers d'eau peuvent être utilisés pour un total de 150 heures de vol entre le 1er juillet et le 30 septembre. Basés à Marignagne, ils sont prépositionnés pour l'été en Corse. Ils sont loués... au Ministère de l'Intérieur (qui a répondu à un appel d'offre européen) et mis à disposition des Etats membres qui le désirent, par décision de la Commission européenne. L'Etat membre qui les utilise assure les frais uniquement d'utilisation des avions (carburant, ...). Ce dispositif est coordonné au sein de la Commission européenne par le MIC, le Centre d'observation et d'information, basé à la DG Environnement et opérationnel 24h/24 (1). « C'est un excellent exemple de la valeur ajoutée européenne » a expliqué le commissaire européen à l'Environnement, Stavros Dimas : « La solidarité entre les États membres reste au coeur de notre coopération en matière de catastrophes, mais nous devons nous assurer que nous avons les bons outils à notre disposition pour réagir à tout type de situation d'urgence

Une intervention démonstrative. Soyons clairs : cette intervention répond un impératif opérationnel et politique. Du coté opérationnel, les avions bombardiers d'eau étaient proches de l'incendie. Mais soyons objectifs : la France a d'autres moyens disponibles pour répondre à ce type d'incendie. L'objectif était davantage politique, au sens noble du terme, pour faire progresser la politique européenne. La France a, en effet, toujours soutenu le développement d'une politique européenne de protection ou de sécurité civile, particulièrement en matière de lutte contre les incendies de forêts. Politique fondée non pas sur une gestion unique par Bruxelles mais sur une coordination des moyens et une entraide entre Etats membres. Le dispositif existant, il convenait d'en assurer la démontration, d'inciter les autres Etats membres à l'utiliser, de ne pas le laisser dépérir. Puisqu'il s'agit d'un projet-pilote. Nul doute cependant que d'ici la fin de l'été, les deux Canadair soient utilisés : en Grèce, en Italie, voire plus à l'Est en Roumanie ou en Hongrie.


(Summary) Following the spreading of major forest fires in Corsica, France made a request for fire fighting aircraft through the Commission's Monitoring and Information Centre (MIC), which is based in Brussels. For the first time, the MIC responded to such a request by making use of the European reserve of fire fighting aircraft that it has established this summer to assist Member States that face major forest fires. The planes were operational less than three hours after the request. In 2008, the European Parliament earmarked € 3.5 million for a pilot project to step up cooperation between Member States on combating forest fires. As a result of the pilot project, two Canadair CL 215 fire-fighting aircraft – the European Forest Fire Tactical Reserve – are available this summer to assist Member States facing major forest fires, if and when other Member States are unable to provide the required assistance. They can be used for a total of 150 flight hours between 1 July and 30 September. The pilot project is run by France and the two planes are stationed in Corsica. The pilot project is a test for new arrangements in European civil protection.

(1)
Certains Etats membres ne voulaient pas entendre d'une compétence européenne en la matière d'où ce nom barbare pour désigner tout simplement un centre de coordination des moyens de sécurité civile, une sorte d'embryon de COGIC européen
Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Secours-Sécurité Civile - Ecrire un commentaire
Mercredi 8 juillet 2009
La Suède veut continuer à s'engager dans l'opération anti-pirates de l'Union européenne et entend le montrer davantage. Elle devrait ainsi engager en 2010 un de ses plus beaux fleurons, le chasseur de mines, HMS Carlskrona (M04) qui est aussi le batiment école de la marine suédoise (comme on me l'a précisé). Et non plus des corvettes, plus modestes. La Suède revendique le commandement opérationnel sur place (cf. qui commandera Atalanta II), qu'elle pourrait obtenir.

Le navire sera engagé sur 4 mois dans la première moitié de 2010. Coût de l'opération : 211 millions de couronnes (environ 19 millions d'euros) et 145 hommes engagés au total. "La Suède peut se le permettre" estime-t-on au ministère de la défense suédois. Le HMS Carlskrona jauge 3.150 tonnes est long de 105 mètres, et se déplace à une vitesse de 20 noeuds. Il est doté de canons de 40 mm et 57 mm. Son équipage se compose d'environ 100 personnes (dont 27 officiers).

NGV

Photo: forces armées suédoises, Andreas Karlsson

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Mercredi 8 juillet 2009

Mercredi matin vers 5h30 (GMT), les pirates ont refait à nouveau parler d'eux. Après près de 3 semaines sans capture de nouveaux bateaux, les pirates qui ont récemment vidé leur "stock" (plusieurs navires dont le belge Pompei ont été libérés ces derniers jours) sont repartis à l'assaut et ont fait une nouvelle prise.

Un cargo turc de 24.000 tonnes, l'Horizon I, qui allait de l'Arabie Saoudite vers la Jordanie et transportait du sulfate a été capturé par les pirates dans le golfe d'Aden (1344N 05046E) alors qu'il circulait dans le corridor international. 3 hommes apparemment à bord d'un bateau rapide ont réussi à monter à bord du bateau qui comprend 23 hommes d'équipage. Le navire était enregistré dans la base MSCHOA selon le PC d'Atalanta à Northwoord qui a confirmé la prise (1). Il continue actuellement sa route,  selon un porte parole de la compagnie, suivie en permanence par une frégate militaire turque TCG Gediz (de la SNMG2 de l'Otan) prête à intervenir.

(Mise à jour jeu 9)

Une deuxième frégate turque, le Gaziantep, suit également le navire capturé qui se dirige vers le port de Eyl.

Deux des cinq pirates auraient été blessés lors de l'assaut selon Ecoterra international qui rapporte des informations venant du Puntland. Ils auraient pris sous le feu d'une frégate indienne.

(1) « Today, July 8, at around 0530 (GMT) a Turkish bulk cargo ship, deadweight 34,173 tons, was hijacked by pirates in the Gulf of Aden (1344N 05046E). The Turkish ship has a crew of 23 sailors.»

 

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Mercredi 8 juillet 2009
La conférence de génération de forces pour préparer la prolongation de l'opération anti-piraterie menée par l'Union européenne au large de la Somalie en 2010 (Atalanta II) qui s'est déroulée la semaine dernière à Bruxelles a été un "succès" et pourrait même "être suffisante sans nécessité d'en convoquer une deuxième", affirme-t-on au Conseil de l'Union européenne. En tout cas, un certain nombre de pays - quasiment tous ceux qui participent à l'opération - ont manifesté leur désir de reconduire leur engagement. Et certains qui étaient peu présents (Finlande notamment) se sont manifestés. Pour les pays tiers, ce sera dans un second temps. Reste maintenant à préciser les offres et surtout les répartir dans le temps, voire faire des choix.

L'opération en 2010 comprendrait en moyenne 6-8 bateaux (dont un pétrolier ravitailleur, outil primordial) et 2-3 avions de patrouille maritime, pour une zone allant de la mer rouge aux Seychelles, en passant par le Golfe d'Aden. L'accord passé avec le Kenya resterait en vigueur (pour la livraison des pirates et le ravitaillement). Un autre est en cours de négociation avec les Seychelles, voire avec un pays arabe (Oman ?).

Beaucoup d'offres pour commander. Coté commandement, cela semble clair. Le commandement d'opération (OHQ) resterait à Northwood, près de Londres (et non pas au bord de la mer - comme je l'ai vu dans quelques articles !) sous commandement britannique, avec deux adjoints nommés sur six mois. Quand au système tournant de commandement sur le terrain (FHQ - commandement de force), il continuera, divisé par 3-4 mois. Seul hic ! Il y a trop de candidats. D'après certaines sources militaires, pas moins de six pays, en effet, auraient fait une offre pour mettre à disposition un "vaisseau-amiral" et commander l'opération sur zone : l'Espagne, l'Italie, la Grèce, la France, l'Allemagne, la Suède.
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Mercredi 8 juillet 2009
« Une antenne bruxelloise pour l'Institut des Hautes études de la Défense nationale (IHEDN) ». En tout cas c'est le souhait et l'objectif du Général Labaye, directeur de l'IHEDN. « C'est nécessaire — m'a-t-il confié —. Nous avons constaté que l’influence de la France, de sa pensée stratégique, tarde et peine à percer au plan mondial, notamment lorsqu’on la compare à l’influence de nos amis anglo-saxons. On reçoit nombre de personalités étrangères à Paris. Mais nous sommes peu présents à Bruxelles », où existe une grande activité stratégique...  Avant d'arriver à la création d'une antenne bruxelloise, l'IHEDN s'initie doucement aux délices européens par une série de séminaires - hors de ses murs - dont le séminaire "piraterie maritime et politique maritime de l'UE" qui se déroule mardi et mercredi à Bruxelles. Et elle compte poursuivre dans cette veine en organisé un séminaire marquant par présidence de l'UE (ce devrait autour de la sécurité énergétique au 1er semestre 2010 sous la présidence espagnole.

Ce qu'apporte la pensée française... Pour le général Labaye, l'apport de la pensée française "pensée fondatrice" est importante dans la « recherche d'un nouveau multilatéralisme ». Elle apporte un « son de cloche différent, une dissonance sur certains sujets, bien perçue dans le reste du monde ». Plus concrètement, s'il y avait un mot pour résumer l'approche française, précise-t-il, ce serait « l’approche globale ». « Depuis toujours, nous disons qu'il faut une approche globale, que pour gérer les crises, il ne faut pas uniquement l'instrument militaire - qui reste nécessaire - mais aussi des moyens civils. 3/4 des moyens d'intervention sont, en fait, civils. Tous nos arsenaux sont à repenser pour compléter notre politique de sécurité. (...) Il faut tout tout un arsenal de dispositifs, on le voit pour la piraterie. Des outils: militaires, légaux (police, justice), de développement. (...) Et pour cela, rien de tel que l’outil de l’Union européenne. C'est dans cette optique, que la France est un des moteurs de la PESD. Nous avons la crédibilité de l’expérience de gestion des crises sur un certain nombre de théâtres. Dès qu'il y a une menace nouvelle, on l'a vu pour la piraterie, la France est présente. Mais nous voulons mettre ensemble les moyens européens pour peser politiquement, pour avoir une pensée politique, non pas unique ou commune mais conjointe, pour peser en termes d’Europe puissance.»

On pourrait dire : Il était temps ! Que l'IHEDN se rende compte 60 ans après la signature du Traité de l'Alliance atlantique, plus de 50 ans après le Traité de Rome et 10 ans après le début de la PESD, que Bruxelles est une place importante, où il faut être présent est un grand pas. Mais apparemment les mentalités parisiennes sont dures à briser dans cette institution qui ronronne doucement à l'ombre de l'Ecole militaire... Une petite anecdote. Il y a juste quelques semaines, j'étais pour un RV, entre deux portes, avec un préfet - dont je tairais le nom par courtoisie -, dans son bureau du 2e étage de l'IHEDN. Mais sa principale interrogation était: "Mais comment faites-vous pour venir de Bruxelles à Paris ?"... Sans compter quelques réflexions plutôt déplacées - dans la bouche d'un préfet - sur la nationalité des nouveaux Etats membres... Apparemment notre préfet en était encore resté aux temps des diligences, des marches du nord et du bon temps où Napoléon imposait sa loi à l'Europe !

Ecouter plutôt que professer... Pour percer à Bruxelles, l'IHEDN devra peut-être se montrer un peu plus "humble", tenter de comprendre le fonctionnement européen, de s'y insérer, de cesser de penser que Paris est le centre de l'univers.
Bref, éliminer un peu de poussière et faire une petite révolution interne pour saisir  que l'Europe est à 27 est une réalité, établie pour longtemps. Et que la France occupe dans l'UE certes une place de choix mais pas vraiment primordiale. Le temps où Chirac professait (à un sommet européen en 2003) "ils ont perdu une occasion de se taire" à l'encontre des pays d'Europe centrale (sur leur lettre commune sur l'intervention en Irak) est bel et bien terminé. L'IHEDN devra ainsi faire un petit effort d'ouverture à d'autres avis, sinon divergents au moins qui bousculent un fonctionnement très conventionnel, sans perdre son âme. Le positionnement "bruxellois" est à ce prix. Ce n'est pas facile. Mais ce n'est pas hors de portée...  Car mis à part certains cadres, un peu dépassés par le temps, l'Institut semble disposer de ressources en interne de haute qualité et surtout de sa fabuleuse expérience de mixage et d'échanges qui ne demande qu'à prospérer sur le terreau européen...
Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Défense UE (droit doctrine politique) - Ecrire un commentaire
Mercredi 8 juillet 2009
Un séminaire, organisé par l'IHEDN - l'Institut des Hautes études de la Défense nationale - autour de la piraterie, après-midi - un des premiers du genre à Bruxelles - a réuni, mardi, des intervenants civils (de la Commission, experts ou des entreprises) ou militaires (français, britanniques, suédois, Eunavfor...). Un point particulièrement intéressant autour des circuits financiers et de l'organisation des groupes de pirates qui brise quelques idées reçues.

Les pirates "ne sont pas des Robins des bois comme ils chercheraient à le faire croire", a expliqué un responsable d'EUNAVFOR (l'opération anti-piraterie de l'UE). "Ils ne viennent pas lutter contre la pêche illégale. Franchement d'ailleurs qui irait pêcher dans des zones aussi dangereuses ? Non c'est tout simplement du crime organisé".

Les pirates sont strictement organisés, hiérarchisés. "Ce sont un groupe d’environ 300 personnes, 100 sur les bateaux, dirigés par un comité, qui décide des attaques. Il y a des accords pour préserver les territoires et les cibles" explique un des spécialistes à la Commission européennes qui suit au plus près les affaires de piraterie au large de la Somalie. "Le partage de l'argent est prévu avant chaque opération selon un plan bien défini. Quand ils reviennent avec une rançon, le comité partage la monnaie, avec un document qui précise le rang et la force. ... Et délivrance d'un reçu." Tout çà est donc très organisé, méthodiquement. Pas étonnant, explique un autre intervenant en aparté. "Nous savons que plusieurs de ces pirates sont d'anciens officiers de la marine somalienne, formés à l'école soviétique particulièrement".

Où va l'argent ? « La première destination est de moderniser les équipements et les armes. On voit une amélioration des armes. Il y a des liens avec le crime organisé. (...) De tout temps, il y a eu des liens avec le Yemen. Les bandes somaliennes faisant du trafic d'êtres humains ou de la contrebande (...) Nous pistons bien entendu l'argent donné par les rançons. Mais pour l'instant, nous n'avons rien découvert » explique-t-il notre expert.
Tous les numéros des billets sont relevés. On a même parlé de fausse monnaie remis aux pirates. Fait non confirmé par les experts présents. Mais non infirmé non plus... «Apparemment, cet argent pourrait être réintroduit sur des marchés non contrôlés - Par exemple, à Madagascar, où il est connu que les Chinois viennent s'approvisionner en perles auprès des pêcheurs, et où la circulation de la monnaie n'est pas du tout contrôlée - ou pour d'autres opérations illégales, comme la drogue. Avec cela on achète de la cocaïne ou de l'héroïne, qu'on revend contre d'autres cargaisons...».

Lien avec le terrorisme : c'est non
. "Pour le moment du moins, le lien avec le terrorisme n'est pas prouvé. La question a été
posée (par interpol), à plusieurs services d'Etats membres. Une douzaine ont répondu. Et à chaque fois, la réponse a été à chaque fois négative. Mais en même temps, il y a de fortes connexions du crime organisé entre Puntland et Yemen par exemple. Et la région n'est pas éloignée d'autres groupes venant de Pakistan, d'Afghanistan…" Absence de preuve confirmée par un spécialiste d'EUNAVFOR Atalanta : "Un grand pays hors de l'UE, particulièrement intéressé par cette question, et disposant d'importants moyens (NB : Etats-Unis) a été sollicité. Et ils n'ont trouvé aucune preuve".

NGV

Un groupe de travail sur les circuits financiers devrait d'ailleurs être créé au sein du groupe de contact international sur la piraterie au large de la Somalie qui réunit une douzaine de pays (ICGP). Et Interpol a mis en place à Nairobi une équipe de 8 agents chargé de pister les pirates.

Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Afrique - Somalie pirates - Ecrire un commentaire
Lundi 6 juillet 2009
Finalement il n'y aura pas eu que le Portugal à vouloir exprimer officiellement des remarques sur la directive marchés publics de défense, adoptée par les ambassadeurs des 27 le 1er juillet. Plusieurs pays (essentiellement des pays qui ne comptent pas de grosses industriels de défense - comme la France ou le Royaume-Uni - mais beaucoup de PME) ainsi que la Commission européenne ont tenu à inscrire des déclarations au procès-verbal de l'adoption de la directive.

A noter que ces remarques ont une valeur juridique diverse. Celles de la Commission ayant une valeur un peu supérieure aux autres (car c'est la Commission qui sera chargée ensuite d'interpréter et d'appliquer ces règles). Pour les Etats membres, ces remarques servent surtout de justification au plan national, ou en cas de futur litige devant la justice communautaire.

Pour le Portugal, c'est le manque d'accès pour ses PME qui le chagrine : "deeply regrets that this opportunity to establish fair terms of competition in defence equipment markets, with equal opportunities for Europe's small and medium-sized businesses, has been missed, particularly because measures required for progressive opening up of prime contractors' supply chains have not been considered." Et il souhaite que la Commission soumette une proposition permettant l'accès aux PME.
"Portugal would therefore urge the Commission to submit legislative proposals, should the review under Article 73 of the Directive show that an internal market for supply chains, where small and medium-sized businesses are more involved, and the development of a European defence market underpinned by a sustainable European defence technological and industrial base have not been brought about by the Directive's application."

Les Pays-Bas souhaitent également une révision dans les cinq ans de l'article 73. "The Netherlands specifically calls on the European Commission to assess whether the European internal market for defence and security is working, both for prime contractors competing for public contracts and for subcontractors competing for supply contracts from prime contractors for performance of a public contract. The Netherlands calls on the European Commission to come up with effective (legislative) measures if the review of the Directive shows little or no internal market to have been opened up for Europe's small and medium-sized businesses operating as subcontractors in the European defence and security industry."

L'Autriche a un problème avec la déclaration de culpabilité d'une entreprise (qui l'exclut des marchés publics). "These may include the conditions whereby a candidate or tenderer (economic operator) can show that the grounds for a conviction referred to in Article 39(1) no longer obtain. Where an economic operator shows that the grounds for such a conviction no longer obtain, the contracting authority should not be required to exclude that candidate or tenderer".

La Pologne a fait une des déclarations les plus savoureuses.

Tout en saluant l'adoption de la directive, elle la regrette en fait.
"L'adoption d'une directive devrait être précédée d'une analyse approfondie concernant l'évaluation de son impact en se concentrant en particulier sur la compétitivité, la participation des PME, le marché du travail comme la répartition géographique de la production d'équipement des défense dans l'UE". "We underline the fact that the adoption of a such directive regulating above mentioned issues should be preceded by thorough analysis concerning its impact assessment focusing in particular on its impact on competitiveness, security of supply, participation of Small and Medium-sized Enterprises, labour market as well as the geographical distribution of the defence equipment production among the European Union Member States. Elle craint les effets négatifs de la soumission à marchés publics pour son secteur de défense en pleine crise économique, avec des conséquences "comme la faillite des entreprises de défense, l'augmentation du taux d'emploi et d'un déclin du secteur national de défense." "The issue has become of even more importance in view of the economic and financial crisis that has occurred during the last phase of the legislative work on the directive and which concerns the defence sector in a particular manner. In Poland’s opinion there is a risk that the adoption of the Directive in its current wording would deepen the existing differences between national defence industries. This may lead to disadvantageous effects such as : bankruptcy of defence enterprises, unemployment rate increase and as a worst case scenario a decline of defence sector on a national level. Poland express its belief that the proposals aiming at limiting the possible consequences of above mentioned phenomena were not dealt with due concern during the legislative work on the directive. The Directive should not limit national rules on offset arrangements. Therefore, Poland would like to express its belief that the current proposal would neither lead to the creation of a level playing field and the increase of efficiency of national defence industries nor to the enhanced competitiveness of the European defence market."

On croit rêver. Non non ce n'est pas la France qui parle ainsi mais bien la Pologne, dirigée par un gouvernement libéral, pour l'ouverture du libre marché, qui parle ainsi. Du protectionnisme ... ou je me trompe. Aah l'Europe !


La Commission européenne aussi y va de ses commentaires.

Sur les marchés passés dans le cadre d'une opération PESD hors UE (normalement exclus de la directive, il est permis ainsi de conclure un marché localement... c'est mieux!), la Commission précise qu'il s'agit du pays où l'opération se déroule comme des pays avoisinants : "For the purposes of this Directive, ‘area of operation’ (Art. 13 (d)) should be understood as being the third country(ies) in which a defence or security operation is being undertaken, together with those third countries in the surrounding geographic zone."

Concernant les avis publiés de façon facultative (pour des marchés non soumis à cette obligation), la Commission précise le régime d'accès au public "Documents transmitted by Member States to the Commission as a result of obligations in this Directive will be treated, where relevant, in accordance with Commission's rules on security laid down in Decision 2001/844/EC. Requests for public access to these documents will be treated by the Commission in accordance with Articles 4(5) and 9 of Regulation 1049/2001."

Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Marchés de défense - Industrie - Ecrire un commentaire
Lundi 6 juillet 2009
Il l'a officiellement confirmé à nos confrères espagnols d'ABC, dimanche, comme il l'avait déjà laissé sous-entendre (cf. biographie) Javier Solana, le Haut représentant pour la politique étrangère de l'UE ne briguera pas un troisième mandat. Mais il en a déjà fait deux à ce poste, soit 10 ans. Et, comme il le dit "je pense que dix ans est plus que suffisant". Mais pour autant il ne compte pas raccrocher. "Cela ne signifie pas que je vais me coucher. J'ai encore de nombreuses années, à être actif et je ne quitterai pas. Il existe de nombreux endroits où on peut servir. Je vais mourir avec leurs bottes."

L'Europe a un téléphone : celui de Solana

Celui qui est le "diplomate en chef de l'Union" a donné un peu de voix et d'âme à la politique étrangère européenne. Bien sûr cela n'a pas été avec tambours et trompettes. Et à l'intérieur de l'Union européenne, on peut trouver le personnage un peu mou, pas assez tonitruant. D'une certaine façon, on pourrait dire "heureusement". Car c'est ce qui a permis au nouveau poste qu'il a créé, d'exister d'abord, et de se développer ensuite. A l'extérieur de l'UE, en revanche, il n'y a pas de doute. En Iran, au Moyen-Orient particulièrement, en Afrique également (avec son alter ego à la Commission européenne, Louis Michel, chargé du Développement), dans le Caucase ou les Balkans,
l'Europe a bien "un téléphone" : celui de Solana.

Depuis presque dix ans, il n'a cessé de voyager dans tous les pays, de rappeler, discrètement, les "15" puis les "25" et les "27" à leurs devoirs. Et petit à petit se forge non pas une vision unique mais ce qu'on pourrait appeler "une communauté d'approches" malgré des histoires différentes. Quand on connait peu Solana, on peut se laisser abuser par son air inoffensif, voire confus, et trouver son rôle insignifiant. C'est la première impression qu'il m'a donné. Et comme d'autres, je m'y laissé abusé, restant sur cette première impression durant plusieurs années. Mais depuis que je suis de plus près la politique de défense (PESD), j'ai eu l'occasion de le côtoyer à plusieurs reprises et mieux le découvrir. Et ses phrases (paraissant) incompréhensibles, ses hésitations ou ses silences veulent parfois davantage dire que des discours. Et, puis, ce n'est pas le genre à se vanter publiquement d'un accord ou d'un succès auquel il n'a pas contribué. Même quand il y a contribué, il reste très discret (lire son portrait
publié dans Europolitique).

On pourra voir toute la place qu'il occupe, quand il quittera ses fonctions, fin octobre. Enfin... fin octobre. Un peu plus peut-être, pour cause de Traité de Lisbonne, un peu retardé dans la ratification, ou de brouillage dans les nominations des commissaires pour la nouvelle Commission (lire le premier ratage de Barroso II).

Et quelques souvenirs

L'entretien avec ABC est un exercice personnel, assez intimiste. Ce qui a le plus impressionné Solana ? "Le roi Hussein de Jordanie. Un homme d'une grande dignité, d'une grande intelligence et avec un style personnel". Et quelques moments : "un voyage sur le fleuve Congo, avec le Président Kabila, dans un petit bateau près de la misère, avec une bonne atmosphère qui a fait rédiger deux ou trois articles de la Constitution, pour les élections au Congo. Ou à la mort d'Arafat, il était le seul étranger à partager avec ses amis le soir de l'enterrement. De longues discussions avec les Pachtounes, après l'assassinat de Bhutto ... " Et si d'ici la fin de son mandat (fin octobre), il peut négocier un "processus de paix", il serait le plus heureux des hommes du monde.
Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Défense UE (droit doctrine politique) - Ecrire un commentaire
Lundi 6 juillet 2009
Né le 14 juillet 1942, le Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune de l'UE, Javier Solana de Madariaga, est issu d’une famille espagnole bien connue. L’alchimie politique, diplomatique et européenne, il y a en quelque sorte baigné tout petit. Son grand-oncle Salvador de Madariaga a été le chef de la section désarmement de la Société des Nations, et est ensuite ambassadeur en France et aux Etats-Unis. Opposant au régime franquiste, il prend la voie de l’exil vers Londres en 1936. En 1947 il participe au manifeste d’Oxford sur le libéralisme et est un des fondateurs du Collège d’Europe de Bruges. Le frère aîné de Javier Solana est aussi opposé au régime franquiste et sera emprisonné pour ses activités politiques.

Socialiste dès le début. A 22 ans, en 1964, Javier rejoint aussi clandestinement le parti socialiste espagnol, qui est alors illégal. Comme son père, chimiste, il suit la voie scientifique avec un diplômé de physicien et des études en Espagne, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Mais il reste engagé : outre-Atlantique, il est notamment président de l’association des étudiants étrangers et participe aux protestations contre la guerre au Vietnam. En 1976, il est  nommé secrétaire fédéral du nouveau parti socialiste. Il siège comme député de Madrid de 1977 à décembre 1995.

Proche de Felipe Gonzalez, Javier Solana rejoint naturellement son cabinet après la victoire historique du PSOE en 1982. Il y restera près de 13 ans, un record de longévité. Ministre de la Culture, puis Ministre de l’Education en 1988, il devient Ministre des Affaires étrangères en 1992. En 1995, l’Espagne préside l’Union européenne. Et Solana porte sur les fonts baptismaux le processus de Barcelone, dont l’objectif est de mieux arrimer et associer les Etats méditerranéens à l’Europe. En décembre 1995, il est nommé secrétaire général de l’OTAN, en remplacement du belge Willy Claes. Evolution logique pour l’homme comme pour le parti dont il reste membre. D’opposant à l’OTAN, l’un comme l’autre sont devenus de chauds partisans d’un atlantisme « raisonnable ».

A la tête de l’OTAN, Solana doit d’abord mettre en application le plan de paix de « Dayton » en Bosnie-Herzégovine avec le déploiement d’une force (IFOR) de 60 000 hommes dans l’ancienne république yougoslave déchirée par plusieurs années de guerre. Mission transformée ensuite en mission de stabilisation (SFOR) conservant plus de 30 000 hommes sur le terrain. Sous son impulsion, l’OTAN affine sa stratégie, intègre ses membres – la France, partiellement, l’Espagne, totalement, rejoignent la structure militaire — négocie des accords, particulièrement avec l’ancien ennemi russe — c’est la naissance du Conseil Otan-Russie. En 1999, l’OTAN intervient à nouveau militairement dans les Balkans, cette fois directement en Serbie pour stopper l’intervention des forces de police et de l’armée au Kosovo. Intervention couronnée de succès militairement et politiquement (avec un petit coup de pouce russe qui délaisse son allié serbe). La province serbe à majorité albanaise sera ensuite placée sous administration internationale, la sécurité étant assurée par l’OTAN (KFOR).

Monsieur PESC. Entre-temps, Solana est passé à d’autres horizons toujours à Bruxelles mais à l’Union européenne. Les Quinze sont tombés d’accord, au Sommet de Cologne, en juillet 1999, pour nommer le socialiste espagnol à une nouvelle fonction créée par le Traité d’Amsterdam, celle de diplomate en chef de l’UE. Fonction qu’il étrenne le 18 octobre 1999. Le traité de Nice ajoute une autre casquette, celle de secrétaire général du Conseil. Ce qui permet à Solana de disposer des moyens administratifs et financiers pour les ambitions tracées par les chefs d’État et de gouvernement européens. Sa discrétion plait. Il est renouvelé en juillet 2004 pour un deuxième mandat de 5 ans. Durant ces années, il est notamment impliqué dans la recherche d’une solution au Proche-Orient et dans le dialogue entamé avec l’Iran par plusieurs pays (France, Allemagne, Royaume-Uni, Russie, Etats-Unis). Une vingtaine d’opérations civiles et militaires sont déployées sur trois continents au titre de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Et l’Union européenne est apparue peu à peu comme un acteur « sérieux » pour les missions de « bons offices ». La dernière en date, importante symboliquement et politiquement, étant le conflit armé du mois d’août 2008 entre la Géorgie et la Russie.

Son mandat se termine le 31 octobre 2009. Mais il ne portera pas le titre de Ministre des affaires étrangères de l’UE, créé par la Constitution européenne, et dont il avait rêvé...
Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : La PESD: comment çà marche - Ecrire un commentaire
Dimanche 5 juillet 2009
C'est un document relativement anodin - le rapport du groupe de travail régional sur le trafic de drogues dans les Balkans - qui a mis le feu aux poudres... Un document au demeurant intéressant puisqu'il décrit les différents réseaux, moyens et routes employées pour acheminer la drogue en Europe ; les différents pays des Balkans constituant la voix royale pour la drogue en provenant de l'Afghanistan, via la Turquie.

Mais horreur ! Au chapitre Kosovo, page 20, on trouve parmi les routes d'approvisionnement celle-là : « Afghanistan – Pakistan – Iran – Turkey – by sea transport to Turkish Republic of Northern Cyprus – by sea transport to Europe (as an alternative to Balkan route) » ! Inutile de vous dire qu'elle a causé la fureur de la délégation chypriote qui a obtenu un rectificatif du document. « areas of the Republic of Cyprus in which the Government of the Republic of Cyprus does not exercise effective control »

A noter que selon les experts d'Eulex, la mission déployée au Kosovo, environ 70% de l'héroïne arrivant en Europe passe plutôt par la route « Afghanistan – Turkey – Bulgaria – Macedonia – Kosovo and further distribution to Western Europe or even via Albania. » ... On attend la protestation de la Grèce qui ne saurait pas tarder... vu le terme "Macédoine" employé au lieu de l'habituel Fyrom. La république yougoslave de Macédoine n'ayant pas vu reconnaître son nom dans les instances internationales du fait du veto grec qui estime que ce nom appartient à son patrimoine historique : la Macédoine d'Alexandre !

Pour télécharger le rapport (en anglais)
Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Elargissement UE - Ecrire un commentaire
Dimanche 5 juillet 2009
Le portrait que dresse Salomé Zourabichli dans son livre la "tragédie géorgienne" est pour le moins décapant. Et en tout cas très loin de la biographie "particulièrement hagiographique écrite à deux mains avec le fils d'André Glucksman ("ton nom s'écrit liberté") et conçue par les lobbyistes bruxellois du président".

A l'école du KGB ... ? "Il est expliqué qu'il vient d'une famille de patriotes géorgiens et de l'intelligentsia. Vrai mais à moitié. Il oublie de préciser que cette famille patriote fait quelque chose qu'à la fin des années 80, aucune famille géorgienne patriote n'aurait fait : envoyer le jeune Micha faire son service militaire dans l'armée soviétique. Chacun cherchait, au contraire, par tous les moyens, à échapper à cette obligation. (...) Qui plus est dans les forces spéciales du ministère de l'Intérieur, dont le quartier général se trouve à Kiev. Décision surprenante, qui nécessite de surcroît des appuis en haut lieu. Nul doute que l'oncle du jeune Micha, Temour Alassania, haut fonctionnaire soviétique aux Nations-Unies, position de haute confiance liée au KGB, ait eu un rôle déterminant dans cette décision et sa réalisation." L'auteur va plus loin (...)
"La spécialité qu'il choisit - les relations internationales (qu'il étude à l'université de Kiev) - est elle-même dans l'Union soviétique d'alors et parce qu'elle mène aux contacts avec l'étranger, à la carrière diplomatique, ou aux instituts prestigieux, le "domaine réservé du KGB".

Retourné par la CIA ... ? "Il y a dans sa biographie, une page un peu plus obscure, celle de son passage à Washington, à l'Université, où on ne sait pas ce qu'il a étudié et combien de temps. L'hypothèse qu'il ait pu à ce moment être aussi recruté par les services américains, et suivre une formation accélérée, a été évoquée. Elle permettrait d'expliquer pourquoi les Américains ont été aussi peu curieux sur les états de service de son oncle et son rôle actif auprès du jeune président géorgien..."

Digne héritier de
Chevardnadzé. "C'est Chevardnadzé qui l'a fait venir dans son "Mouvement des citoyens ", parti gouvernemental qui rassemble autour du " vieux loup " toute la classe politique géorgienne, devenant ainsi un nouveau parti unique, modèle que Micha reprendra ensuite avec son Mouvement national. Les mentors de Micha sont aussi les fidèles de Chevardnadzé : ainsi Lana Gogoberidzé, fille d'un des plus redoutables tchékistes géorgiens de la première heure, dont le nom est lié aux pires répressions, fidèle parmi les fidèles de Chevardnadzé, à laquelle Micha ne refuse rien, et qu'il finira par renommer ministre conseiller à l'ambassade à Paris à 80 ans passés. Guela Charkviani, interprète d'anglais auprès de Chevardnadzé durant des années, devenu conseiller personnel de Micha et confident, puis son ambassadeur à Londres."
Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Caucase Géorgie Russie - Ecrire un commentaire
Dimanche 5 juillet 2009
Georgienne par la naissance, diplomate française de profession, Salomé Zourabichvili se retrouve, en mars 2004, en quelques jours bombardée Ministre des Affaires étrangères du président géorgien fraîchement nommé, Micha Saakachvili. Elle découvre un pays d’origine qu’elle n’a jamais vraiment connu. Mais son entrée au gouvernement ressemble rapidement à un vrai parcours du combattant, semé d’embûches et de déceptions. Après la période enjouée de la « révolution des Roses », le quotidien géorgien se révèle rempli de chausse-trappes politiques. Et la diplomate est rapidement virée sans ménagement par le président. Devenue aujourd’hui un des leaders de l’opposition, elle garde de toute cette période, une certaine amertume qui transparaît dans l’écriture.

Mais cet ouvrage a le mérite de démonter les faux-semblants démocratiques et économiques du pays - ce qu’elle dénomme « le village Potemkine » -, la stratégie permanente de tension du président géorgien et son ego surdimensionné, et la complexité de la vie politique géorgienne, faite de retournements permanents.

Elle démonte la succession d’attentats, vrais ou faux, qui émaillent la vie publique de cette république du Caucase. "Comme cette grenade qui roule et n'explose pas, pratiquement au pied de la tribune présidentielle, sur la place emplie de monde (300 000 personnes ou plus)", le jour de la visite de George Bush à Tbilissi, "à l’insu des services secrets américains et géorgiens". "Elle sera découverte très opportunément une fois Air Force One dans les airs ! Par les services géorgiens qui auront démontré ainsi leur savoir-faire ! D'ailleurs leur efficacité ne s'arrêtera pas là et, bientôt, ils arrêteront un pauvre garçon un peu demeuré qui, jusqu'à ce sjour, se demande dans une prison géorgienne ce qui a bien pu lui arriver. Mais, sans parents et sans défense, il apparaît comme la victime parfaite de ce traquenard !"

Sa galerie de portraits de Saakachvili, de ses proches comme des ténors de l’opposition, croqués parfois avec férocité, vaut le détour. Elle démonte "les apparences : une équipe jeune qui n’a pas connu le communisme, qui a été éduquée à l’étranger et qui peut se targuer de rupture avec le système précédent. La réalité n’est pas aussi simple. Les dirigeants de la révolution ont tous des liens avec le système précédent. Liens familiaux, liens financiers, liens politiques."

Exemple : "Nino Bourjanadzé, la présidente du Parlement, 34 ans (aujourd'hui dans l'opposition), est une enfant de la Nomenklatura soviétique. Née en province, ayant fait ses études en Russie, au prestigieux MGIMO (Institut des relations internationales), elle est issue d'une famille qui a servi le régime, le Parti et l'URSS. Son père fait partie de l'entourage immédiat de Chevardnadzé, un de ses amis les plus fidèles au point qu'on la surnomme " la filleule " du Che. Ou encore " la princesse du blé ", en référence aux milliards que son père aurait réalisés grâce au monopole sur les importations de blé, à la période noire de la Géorgie et en écoulant le plus souvent un blé frelaté."

Mais le président géorgien, Mikhaïl Saakachvili n'est pas non plus épargné (lire ici).

• La tragédie géorgienne 2003-2008, Salomé Zourabichvili (Editions Grasset, Paris, 28 Avril 2009, 336 pages, 18 euros)

A lire également l'interview de celle qui est devenue maintenant une des dirigeantes de l'opposition réalisée ce 5 juillet sur Colisée
Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Lectures du Week-End - Ecrire un commentaire
Samedi 4 juillet 2009
Députée au Riksdag (le Parlement suédois), Annicka Engblom (1) a choisi de passer quelques jours avec les marins suédois engagés au large de la Somalie dans l'opération anti-piraterie Atalanta. Un voyage facilité par un vieux pote d'école, Jon Wikingsson, qui est aujourd'hui chef du HMS Stockholm (un des navires engagés). Arrivée début juillet à Djibouti, elle a été "embarquée" à bord des navires suédois et raconte son expérience sur sur son blog.

"Je voulais voir de mes propres yeux et entendre avec mes propres oreilles les expériences des équipages" explique-t-elle.
Une deuxième visite "importante dans le cadre dela la préparation d'une possible continuation de la participation de la Suède (à la deuxième phase d'Atalanta), pour éventuellement en assurer le commandement de l'opération." Premier constat (déjà mentionné sur ce blog) : le temps a eu raison des pirates. "Le vent fait que la piraterie en haute mer a diminué". La période de la mousson rend "les pirates plus dépendants de leur navire-mère". Une notion intéressante "à prendre en compte pour une opération ME02" (l'opération actuelle est en effet dénommée ME01 coté suédois, ME comme Marinens insats i EUNAVFOR). Le chargement des navires du PAM la surprend : "Le travail de chargement est beaucoup trop inefficace et prend beaucoup trop de temps. Tout se fait à la main. Cela prend du temps. Et pendant ce temps des gens meurent de faim."

La suite sur
son blog, en suédois (mais un peu de volonté...)

(1) Née en 1967, elle est diplômée de l'académie navale et a travaillé également au 
service radio des forces armées (Försvarets radioanstalt), une agence dépendante du ministère de la Défense chargée du renseignement, des écoutes radio, satellites et web désormais également - l'équivalent toutes proportions gardées de la NSA américaine - surtout tournée vers le voisinage... est). Elle siège au parti "Modéré" de Carl Bildt, le ministre des Affaires étrangères.

(crédit photo : HMS Stockholm - blog d'Annicka)



Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Afrique - Somalie pirates - Ecrire un commentaire
Vendredi 3 juillet 2009
Le proviseur en la personne de Fredrik Reinfeldt, le Premier ministre suédois, qui préside actuellement l'Union européenne a remis, vendredi, son bulletin de notes à l'élève Barroso: pas suffisant pour passer à la session de juillet. Mais il est admis à une session de rattrapage en septembre... C'est en résumé très scolaire ce qui s'est passé ces derniers jours, après d'intenses tractations entre Bruxelles et Stockholm ainsi que quelques capitales européennes.

L'opposition majeure du Parlement. Après un entretien avec Nicolas Sarkozy (un hasard sans doute -:)), le Premier ministre suédois qui tenait à voir avaliser la candidature de Barroso (qui a promis aux Suédois en retour un poste d'importance) s'est rendu à l'évidence. «On ne prendra pas de décision sur José Manuel Barroso au mois de juillet mais nous espérons que cette décision sera prise plus tard». La candidature risquait, en effet, de ne pas passer la rampe au Parlement européen en juillet et il vallait mieux repousser à plus tard. Quatre groupes politiques du Parlement - à gauche et au centre (communistes, socialistes et démocrates, verts, libéraux)- refusaient qu'on leur torde la main et de désigner le futur Président de la Commission européenne en juillet. Les Verts emmenés par Dany Cohn-Bendit avaient donné les premiers le la .En sonnant une charge vigoureuse contre le renouvellement du président de la Commission européenne en juillet et contre la personne même de José-Manuel Barroso. Ils avait été suivis par les communistes de la GUE, les Libéraux dirigés par Guy Verhofstadt puis les socialistes et démocrates de Martin Schulz.

Un soutien jamais formalisé. L'ancien Premier ministre portugais était pourtant assuré du soutien "unanime" des 27 chefs d'Etat et de gouvernement, acquis lors du sommet européen de juin. Mais ce soutien n'avait pas été formalisé. Pour des raisons politiques. Certains Etats et non des moindres (France, Allemagne et Belgique dans une certaine mesure) ne souhaitant pas qu'il en soit ainsi. Mais pour des raisons juridiques. Formaliser la nomination du futur président, c'est formellement entamer la procédure de nomination de la nouvelle Commission européenne. Le seul traité applicable étant le Traité de Nice, la Commission doit compter moins de membres que d'Etats membres. Et là est le sérieux problème pour les Etats qui ne veulent pas (ne veulent plus) de cette disposition qui figure dans le Traité de Nice, a été réinscrit dans le projet de Traité constitutionnel et repris, bien que limité dans la valeur, dans le Traité de Lisbonne (avec un report de la mesure de 5 ans et la possibilité laissée au Conseil européen de moduler - ou d'annuler - cette mesure à tout moment. 

L'erreur institutionnelle. On ne changera pas José-Manuel Barroso. Comme en 2004, quand il avait maintenu contre vent et marée la candidature de Buttiglione, le commissaire italien pressenti pour les questions de Justice et d'Affaires intérieures qui avait fait une déclaration peu justifiée sur les homosexuels, il n'a pas senti vraiment les lignes de force et de rupture. Cinq ans à la tête de la Commission, et son président n'a toujours pas compris que passer en force, par dessus le Parlement européen, peut avoir un effet boomerang. Quand l'assemblée est en position d'augmenter son pouvoir, ou en danger de le voir diminuer, il se produit, en général, une réaction d'institution, plus indépendante des liens qu'on veut lui faire endosser. Les députés européens - nouvellement élus - ne voulant pas obéir le doigt sur la couture du pantalon, à des contingences politiques de leur gouvernement.

Le risque pour Barroso. Ce faisant, et le Portugais sait bien le risque qu'il prend. A repousser de trois mois
la décision, la possibilité d'être nommée devient moins sûre. Peuvent surgir d'autres évènements qui bouleversent la donne (notamment l'aggravation de la crise économique et sociale ou des actes terroristes) ou, pire, un autre candidat. Si personne ne s'est pour l'instant profilé sur le poste, contrairement à tout ce que peuvent dire les uns et les autres, les "bons" candidats potentiels ne manquent pas. Il suffit que la course à la candidature soit ouverte. C'est ce qui vient de se passer aujourd'hui...
Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Europe pouvoir - Ecrire un commentaire

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L'auteur

Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste. Nationalité française. Correspondant "Affaires européennes" de Ouest-France (1er quotidien français). Spécialiste "défense-sécurité" à Europolitique (agence de presse européenne) et responsable des "dossiers-enquêtes". Diplômé en droit public et droit européen, Paris I (Panthéon-Sorbonne). Pour d'autres archives articles et travaux, voir ce site. Sur l'économie, le social, et le Traité de Lisbonne, voir mon autre blog Europe sociale. Pour m'écrire.


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