Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Golfe d'Aden - Somalie pirates
Samedi 28 novembre 2009
Les forces armées des Seychelles ont présenté, cette semaine, la nouvelle unité - dénommée "Tazar" spécialement dédiée à la lutte - et de protection du territoire. Décidée en juin, cette création s'intègre dans une restructuration de plus grande ampleur de modernisation des forces seychelloises et des gardes-côtes de l'archipel. Les hommes de cette unité ont d'ailleurs suivi des entraînements de commando, de protection des personnalités VIP, anti-terroristes ou d'opérations spéciales maritimes, rapporte la presse seychelloise. Certains d'entre eux reviennent tout juste d'un entraînement spécial avec les forces indiennes (y participaient coté indien le 4e régiment de Gurkhas spécialisées dans le contre-terrorisme et les forces spéciales du régiment parachutiste). L'armée indienne est depuis longtemps étroitement associée à la mise sur pied des forces seychelloises. A la présentation aux armes, le haut commissaire indien, Asit Kumar Nag, ainsi que des officiers de l'armée indienne étaient présentes, et des officiers français (NB : un officier français participe régulièrement aux travaux du comité de haut niveau de lutte contre la piraterie des Seychelles, et certaines formations ont été dispensées par les officiers français).
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Golfe d'Aden - Somalie pirates
Vendredi 27 novembre 2009
Le navire grec, Adrias, participant à l'opération européenne anti-piraterie a arrêté un groupe de pirates, le 25 novembre, à environ 260 miles nautiques, au nord-est des Seychelles. Ceux-ci sont fortement soupçonnés d'avoir mené l'attaque contre un cargo battant pavillon français, la veille. Celui-ci n'avait dû de n'être pas capturé à la présence à bord d'une équipe de protection embarquée, qui avait dû faire des tirs d'avertissement pour éloigner les attaquants. L'avion de patrouille maritime basé aux Seychelles était arrivé rapidement sur zone, pour retrouver la trace des pirates et avait reperé un bateau-mère. Sur ces indications, la frégate Arias s'était alors rendue sur place pour intercepter le groupe concerné. Les Grecs ont ainsi trouvé 2 bateaux et 9 personnes à bord, ainsi que tout l'attirail habituel des pirates (armes, échelles...). Le matériel a été saisi. Aucune preuve de la relation avec l'attaque ne pouvant être dûment fournie (les Européens veulent étendre le mandat d'Atalanta de saisine des pirates inclus en cas d'intention, lire modifications), les pirates ont été relâchés. Un des bateaux pirates a été détruit. Il faut remarquer que les suspects arrêtés n'entraient pas de plein pied dans les clauses de l'accord avec les Seychelles (sur le transfert des pirates) : pas de relations directe avec l'archipel (localisation, bateau ou marin ou intérêt seychellois directement menacé).
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Europe pouvoir - Traité de Lisbonne
Vendredi 27 novembre 2009
Après la nomination de Catherine Ashton comme haute-représentante et commissaire chargée des relations extérieures, le président de la Commission, José-Manuel Barroso, a annoncé aujourd'hui les portfolios qu'il envisageait pour la prochaine Commission 2010. Globalement les portefeuilles restent identiques avec quelques nouveautés, comme la séparation du portefeuille du développement et la (re) création d'un portefeuille à l'aide humanitaire. Pour être plus exact, ce poste correspond à la "coopération internationale, l'aide humanitaire et la réponse de crise", soit à peu de choses près le commissaire à la gestion de crises que nous appelions de nos voeux (1) puisqu'il aura en charge la protection civile (jusqu'ici rattaché à la DG Environnement et qui va rejoindre la DG Echo - Aide humanitaire). On peut remarquer également la séparation du portefeuille justice affaires intérieures dans ses deux attributs : justice et droits fondamentaux d'un coté, affaires intérieures de l'autre. Ce qui correspond à l'évolution de cette politique qui devient une politique communautaire à part entière avec le Traité de Lisbonne. Autre évolution : la création d'un poste à l'Action climatique en surplus des portefeuilles traditionnels de l'Environnement, de l'Energie et du Transport.

A noter que la commissaire Ashton aura à coordonner un trio de commissaires venus de l'Est : en effet, l'aide humanitaire (et la protection civile) est confiée à la Bulgare Rumiania Jeleva, le développement au Letton Andris Piebalgs, l'élargissement et la politique de voisinage au Tchèque Stefan Füle (ancien ambassadeur à l'OTAN). Quant aux relations commerciales internationales (OMC), elles sont confiées au Belge De Gucht, le Marché intérieur au Français Barnier, la Concurrence à l'Espagnol Almunia, un trio autrement plus europhile que le précédent et plus proche d'une "Europe qui protège" que d'une Europe ouverte à tous les vents.

(1) Lire
Un Commissaire européen chargé de la gestion de crises ? Une idée à creuser

Pour aller plus loin :
Ma Liste de commissaires réactualisée (avec mini-cvs et commentaires).
Je détaillerai dans les jours qui viennent ces CV.
Sur le site de la Commission européenne la liste des portfolios et surtout des services rattachés. Intéressant...
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Golfe d'Aden - Somalie pirates
Vendredi 27 novembre 2009
A l'approche de décembre, c'est le moment des relèves dans les opérations multinationales qui se déploient dans l'Océan Indien. Coté français, c'est ainsi le Primauguet (basé à Brest) qui va rejoindre l'opération Enduring Freedom, après un détour de trois semaines à l'exercice Pean en Méditérannée - auquel participe également le Charles de Gaulle, le Jean Bart... et les marines italiennes et grecques (1). La frégate "Surcouf" (basée à Toulon) est plus proche (actuellement au Canal de Suez d'après mes informations), devrait la précéder dans l'opération Enduring Freedom avant de rejoindre l'opération européenne "Atalanta". Des forbans à l'assaut des pirates. Cela méritait d'être relevé...

Ces deux frégates sont renforcées par une frégate de la Réunion (actuellement le Floréal). Ces batiments viennent ainsi relayer le "La Fayette" et l'aviso Jacoubet qui rentrent à métropole.

Le Surcouf (F-711) est de la même classe que le Lafayette. Long de 125 mètres et jaugeant 3600 Tonnes, il a été fabriqué il y a 15 ans et mis en service, en 1997. Navire doté d'innovations technologiques, c'est l'instrument type d'intervention en zone de crise, à titre précurseur, de renseignement ou d'embargo, selon la Marine. Il a une autonomie en mer de 50 jours (vivres et carburant) ce qui est appréciable dans une mission type Atalanta. Il peut atteindre une vitesse de 25 noeuds, dispose d'un l'hélicoptère embarqué Panther et peut embarquer une équipe de commandos. Son équipage est d'environ 150 hommes. L'Océan indien n'est pas une nouveauté : il faisait partie des forces qui sont intervenues pour la libération du Ponant et a escorté ensuite le yacht, une fois libéré vers Marseille (Crédit : DICOD / Sirpa Marine).

Le Primauguet (D-644) est une frégate de lutte anti-sous-marine, de la classe Georges Leygues, type F70. Il est un peu plus gros que le Surcouf. Long de 139 mètres et jaugeant 4900 Tonnes (chargé), il peut développer une vitesse de 21 ou 30 noeuds selon le moteur et le carburant employé (diesel ou gaz).  Il a plus de 20 ans de bons et loyaux services mais garde une autonomie de 45 jours (8000 miles à 15 noeuds). Doté de deux hélicoptères WG-13 Lynx, à vocation principale de lutte anti-sous-marine, il a un équipage d'environ 240 personnes.
Le Primauguet (Crédit : DICOD / Sirpa Marine)

(1) Plus de détails sur cet exercice, sur le site des réservistes de la marine. A ne pas confondre avec le site des officiers de réserve de la marine (Acoram)
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Golfe d'Aden - Somalie pirates
Jeudi 26 novembre 2009
Si les Ministres de la Défense de l'UE l'ont décidé en mai dernier, et approuvé en novembre, la prolongation de l'opération anti-piraterie de l'UE "EUNAVFOR Atalanta" n'est pas encore faite formellement. L'approbation de l'Action commune - qui permet la reconduction - devrait être faite début décembre (au Conseil des Ministres des Affaires étrangères (*) du 7 décembre). On attend, en fait, la résolution des Nations-Unies qui reconduit pour un an les résolutions (1814, 1816, 1838) sur lesquelles se base l'action militaire de l'Union européenne.

Quelques modifications
pourraient être introduites dans "Atalanta 2" par rapport au premier texte de l'Action commune.

Tout d'abord, il s'agit d'introduire les modifications de base juridique et de dénomination du Haut représentant, introduites par le Traité de Lisbonne.

Plus substantiellement, plusieurs points du mandat devraient être précisées, voire étendus. Ainsi il pourrait être préciser nommément les navires de pêche parmi les navires vulnérables.

Ensuite, il s'agit d'étendre le mandat d'Atalanta au-delà de l'acte de piraterie ou de vol à main armée à l'intentions de le faire ; ce point juridique est important car il oblige (en partie) à de nombreuses remises en liberté de suspect dont on sait pertinemment qu'ils avaient l'intention, voire qu'ils ont commis un acte de piraterie car il y a de nombreux indices matériels (échelle, fûts d'essence, armes, aucun ustensile de pêche à bord, etc...) mais dont on ne peut relier avec certitude la présence dans la zone avec l'attaque d'un bateau nommé (il n'y a pas de flagrant délit).

Enfin, la mission pourrait recevoir le mandat de surveiller les activité de pêche au large des côtes de Somalie (pour éviter la pêche illégale - et également pouvoir ainsi contrôler les activités des bateaux pirates) ; dans un second temps, une fois que les forces somaliennes auront les capacités de le faire, la force Atalanta agirait en liaison avec les autorités locales, notamment avec l'échange d'informations. Ce qu'on appelle au niveau français, classiquement, des missions ressortant de "l'action de l'Etat en mer".

Il faut remarquer que les accusations de pêche illégales sont assez souvent mises en oeuvre, soit pour justifier la piraterie, ses causes, ou même expliquer la situation des pêcheurs en Somalie. Les pêcheurs européens dénient toute pêche illégale, estimant être "très surveillés"  : "un signal de position est envoyé toutes les 2 heures par tous les bateaux de pêche européens - m'a expliqué un représentant des pêcheurs - , appel répercuté à la Commission européenne, DG Mare, qui a ainsi les moyens techniques de savoir si un bateau de pêche - du moins européen - est en "zone non autorisée".

(*) A partir du 1er décembre, ce sera désormais le nom officiel du Conseil des ministres chargés des relations extérieures
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Golfe d'Aden - Somalie pirates
Jeudi 26 novembre 2009
La majorité est sans appel : 479 voix pour, 96 contre, et 54 contreLa résolution était proposée par 5 groupes (chrétiens démocrates du PPE, sociaux et démocrates S&D, libéraux et démocrates ALDE, souverainistes EFD, euroconservateurs ECR), les groupes verts et communistes étaient plutôt contre.

Outre les habituelles condamnations de violations du
droit humanitaire international et l'appel à la cessation immédiate des hostilités, elle met en valeur quatre points :

Le soutien au gouvernement somalien : "son soutien au GFT, placé sous la direction du président Cheikh Sharif Cheikh Ahmed, ainsi qu'à la volonté exprimée par le président de respecter les principes définis dans l'accord de paix de Djibouti", ce n'est rien, juste des mots, mais un soutien international à un gouvernement en difficulté n'est pas mineur.

• Oui à la poursuite d'Atalanta, mais sceptiques sur son extension au sud. L
e Parlement "invite le Conseil à prolonger l'opération d'un an" (*). Même si le pouvoir du Parlement est quasi-nul en matière de PESD, cette forme d'approbation est aussi nécessaire pour donner une légitimité démocratique qui manque actuellement aux missions de la PESD. Plus intéressante est l'avis du parlement qui explique « être favorable à une éventuelle extension de la zone d'opération vers le sud en fonction des activités des pirates (NB : vers le Canal de Mozambique), mais souligne que cette extension ne doit pas affecter l'objet premier de la mission, à savoir protéger les convois du PAM et des autres navires vulnérables, de la flotte de commerce ou de pêche ». Ce qui rejoint, en soi, l'avis du Read-Admiral Hudson qui commande l'opération. Mieux les parlementaires insistent : « la stratégie de sécurité poursuivie et menée par l'opération Atalanta doit s'imposer et qu'il faut même renforcer ses moyens et étendre la zone d'action des forces déployées pour l'opération ». Ce n'est pas un simple satisfecit, c'est un soutien sans appel à une extension.

Appel aux navires à suivre les conseils d'Atalanta. Au passage, les eurodéputés déplorent un fait : que « 35 à 40 % des navires croisant dans la zone ne soient pas enregistrés auprès de l'instance de coordination centrale de la sécurité maritime, et qu'ils ne soient en conséquence pas informés des menaces spécifiques en matière de sécurité; demande dès lors aux États membres de veiller à ce que tous leurs navires soient enregistrés. » Et les parlementaires d'inviter « tous les navires à suivre les recommandations de la force navale ».


Feu vert à l'opération de formation des militaires somaliens, sous conditions. Le Parlement estime nécessaire "le déploiement d'une nouvelle opération PESD d'ampleur limitée parallèlement à l'opération Atalanta pour contribuer à la formation des forces de sécurité du GFT. Car « la lutte contre la piraterie ne sera fructueuse que si l'on s'attaque aux causes du phénomène, qui se trouvent à terre, et résident dans la pauvreté et dans la carence de l'État, et ne peuvent être éradiquées que par l'établissement de la paix, du développement et d'un État en Somalie ». Le Parlement « insiste » cependant « sur le fait que l'adoption du concept ne préjuge en rien de la décision d'activer une mission, laquelle ne peut être décidée qu'après un examen plus approfondi de la situation sur le terrain, en s'assurant que les droits de l'homme sont respectés, que les salaires sont payés, que l'équipement est livré et que les forces de sécurité formées sont intégrées dans des structures de commandement sous contrôle de l'État, de telle sorte qu'à leur retour, elles ne se retournent pas contre le gouvernement qu'elles sont censées protéger ». En fait toutes sortes de conditions sur lesquelles les planificateurs planchent déjà. Mais qui ne peuvent être garantis à 100%...
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Défense UE (droit doctrine politique)
Mercredi 25 novembre 2009
Ce sera à la sécurité intérieure pas tout à fait ce qu'est le COPS à la politique étrangère et de sécurité (extérieure) mais pas très loin tout de même. Un "Comité  permanent de coopération opérationnelle de sécurité intérieure" devrait être créé dès que le Traité de Lisbonne sera entré en vigueur, le 1er décembre. Les 27 sont tombés d'accord sur la décision cadre.

Selon ce texte, « le comité permanent facilite et assure une coopération et une coordination opérationnelles effectives dans le cadre du titre V de la troisième partie du TFUE (NB : justice et affaires intérieures), y compris dans les domaines couverts par la coopération policière et douanière (*) et par les autorités chargées du contrôle et de la protection des frontières extérieures. Il couvre également, le cas échéant, la coopération judiciaire en matière pénale pour ce qui est de la coopération opérationnelle dans le domaine de la sécurité intérieure. »

Sa vocation sera essentiellement opérationnelle. « Le comité permanent évalue également l'orientation générale et l'efficacité de la coopération opérationnelle; il identifie les éventuelles lacunes ou défaillances et adopte les recommandations concrètes appropriées pour y remédier. » Mais sa fonction n'ira pas jusqu'à diriger des opérations - « Le comité permanent n'est pas associé à la conduite d'opérations, qui reste du ressort des Etats membres. » Il n'y a donc pas création d'un Etat-Major opérationnel des polices. De même, il n'a normalement pas vocation à interférer dans le circuit législatif du Conseil « il n'est pas associé à l'élaboration des actes législatifs ».

Qui sera membre de ce Comité ? Une déclaration a été ajoutée à la décision précisant ce rôle : "Etant donné son rôle opérationnel, le COSI fonctionnera à partir des capitales. Chaque Etat membre décidera s'il a un représentant unique pour toutes les questions ou plusieurs représentants; dans les deux cas, les représentants bénéficieront d'un soutien approprié.
Le nombre de délégués sera toutefois limité afin d'assurer l'efficacité des travaux du comité. »

« Les travaux du COSI bénéficieront d'un soutien depuis Bruxelles ». Les conseillers JAI (présents à Bruxelles dans les représentations permanentes auprès de l'UE) « joueront un rôle de soutien et, en fonction des besoins, se réuniront entre les réunions principales du COSI. »
« Des représentants d'EUROJUST, d'EUROPOL, de FRONTEX » pourront aussi êtres invités, ainsi que de tout organisme intéressant.

Un comité peu contrôlé ? A noter que le Parlement européen ne sera que de très loin associé à ces travaux. « Le Parlement européen et les parlements nationaux sont informés par le Conseil des travaux du comité permanent.» C'est un peu faible comme contrôle démocratique pour un comité qui oeuvre dans un domaine où les représentants élus démocratiquement devraient être présents plus que jamais, puisqu'il s'agit de libertés publiques.

(*) Matières où le Traité de Lisbonne a prévu des exceptions (droit d'initiative conservé pour les Etats membres)
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Proche Orient - Israel Liban Palestine
Mercredi 25 novembre 2009
En début d'année, on aurait pu espérer que la mission Eubam Rafah (la mission de surveillance de l'UE au point-frontière de Rafah) pourrait retrouver un nouveau rôle et une nouvelle vigueur (lire : EUBAM Rafah: le redéploiement en phase accélérée). Tout espoir est désormais envolé.
L'équipe Eubam Rafah, en juillet quand l'effectif était encore conséquent (crédit photo : Eubam)

La mission a donc retrouvé un effectif minimal : 18 personnes. Et le budget de la mission a donc été réduit en conséquence. Le budget d'1,12 millions d'euros disponible pour 2009 en crédits d'engagement utilisé pour moitié en 2009 sera utilisé pour l'autre moitié en 2010 (*). A comparer aux budgets précédents : 5,1 millions d'euros en 2006, 7 millions d'euros en 2007, 2,5 millions en 2008, la chute est sévère. La mission est cependant prolongée jusqu'au 24 mai 2010. Et on pourrait se demander à quoi sert de maintenir ainsi une mission qui ne servira pas tout de suite. A cela plusieurs raisons:

1° La principale est d'ordre stratégique : si l'Europe veut pouvoir jouer un rôle un jour dans la région, elle doit maintenir coûte que coûte sa présence, aux bordures de Gaza, et être prêt dès que l'instant politique se rapproche à remonter en puissance. Comme les 27 Ministres des Affaires étrangères l'ont entériné le 17 novembre « l'UE (est) prête à redéployer rapidement son personnel au point de passage de Rafah, dès que les conditions le permettraient ». Le Proche-Orient est d'ailleurs qui tient à coeur à Javier Solana, l'actuel Haut-représentant pour la politique étrangère qui n'a pas ménagé sa peine pour rapprocher les points de vue et donner à l'Europe davantage de poids dans la région.

2° Cette mission fait partie d'un accord plus global sur la surveillance des frontières entre Palestiniens et Israéliens, sous l'égide du Quartet. La fermer serait pour les Européens entériner le fait acquis : la quasi fermeture de la frontière.

Le dernier point est d'ordre plus tactique et juridique : actuellement il y a un accord tacite avec le gouvernement israélien pour reconduire la mission ("tous les six mois, à moins que les parties soient d'accord pour la fermer"). Si la mission ferme boutique, il faudra tout renégocier le jour présent... Ce n'est pas dit que demain il y aura à nouveau un accord d'Israël pour que les Européens soient présents. Alors un million d'euros pour assurer la présence de l'Europe dans cette région, ce n'est pas énorme...

(*)
Point avalisé entre les ministres des Affaires étrangères et approuvé formellement par les ministres de... l'Agriculture, le 20 novembre (en point A).
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Europe pouvoir - Traité de Lisbonne
Mardi 24 novembre 2009
Tous les pays ont désormais désigné leur représentant au sein de la future Commission (voir la liste réactualisée). Et on peut déjà faire quelques constats pour ces nominations :

• Une nette prédominance de la droite - les chrétiens-démocrates du PPE (12, contre 9 aujourd'hui) et les libéraux de l'ADLE (8 contre 10 aujourd'hui) - tandis que les sociaux démocrates S&D plafonnent (4 contre 6 aujourd'hui), et 3 "techniciens". C'est en ligne logique avec la couleur politique des chefs de gouvernement mais ce n'est pas en relation avec la composition de la majorité des gouvernements européens, où les coalitions gauche-droite sont nombreuses. Plusieurs gouvernements - de coalition (Belgique, Pays-Bas...) comme purement sociaux-démocrates (Portugal...), ont ainsi envoyé à la Commission d'abord un un représentant de la droite ou un technicien plutôt que de la gauche. Conséquence : l'équilibre général gauche-groite, qui oscille
souvent en Europe entre 40-60%, est  rompu. Cela constitue donc un risque pour une institution dont la fonction est normalement de représenter l'intérêt général européen, d’autant qu’en cinq ans, la tendance peut s’inverser dans les Etats membres. Attention, cependant, aux amalgames rapides : un social-démocrate tchèque ou britannique est plus proche d'un libéral néerlandais tandis qu'un libéral belge ou un UMP français est plus proche d'un socialiste espagnol.

• Le nombre de femmes a progressé depuis les premiers comptages. Début septembre, il y avait seulement 4 femmes "nominées" (sur une dizaine d'hommes). Début novembre, on en avait 7 ou 8. Il y en a désormais 9 (contre 10 au début de la Commission 2004 mais 8 seulement aujourd'hui). Ce qui est déjà plus acceptable mais pas encore suffisant pour atteindre la parité. Aucun commissaire, en revanche, n'est issu d'une minorité. C'est d'ailleurs un problème général de la haute fonction publique européenne qui ne compte quasiment pas de membres issus de communautés immigrées hors d'Europe.

• La moitié du collège
reste en poste : 15 sont des anciens (12 si on décompte ceux qui n'ont pas été nommés cette année : Belgique, Lituanie, Slovaquie). Deux autres ne sont pas en terrain inconnu à Bruxelles : un revient à la Commission après un poste dans un gouvernement (France) et un arrive du Parlement européen après un détour dans un gouvernement (Suède).
De fait, seuls une dizaine sont des "petits nouveaux".

Calendrier. Après l'entrée en vigueur officielle du Traité de Lisbonne (le 1er décembre), les
27 Chefs d'Etat et/ou de gouvernement désigneront officiellement leurs représentants à la Commission. Et le Parlement européen pourra alors commencer son travail d'audition. La nouvelle Commission prendrait alors ses fonctions en février (si tout va bien, ensuite si un ou deux commissaires sont "recalés"). Jusqu'à là l'actuelle Commission sera prolongée. Au 1er décembre, la Commission devrait cependant connaître un mini-remaniement avec le changement de portfolio de Catherine Ashton, la nouvelle Haute représentante de l'UE pour la politique étrangère.
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Golfe d'Aden - Somalie pirates
Mardi 24 novembre 2009
Oui, il faut dire merci aux pirates. Merci d’être là, tous les jours, sur mer, de braver les océans, pour aller au péril de votre vie (et des nôtres) capturer des navires, prendre des otages… Le tout avec une effusion de sang minimum. Sans vous, la Somalie serait toujours aussi inconnue de nos responsables politiques, de nos médias. Nous n’en parlerions presque pas. Or ce pays est en guerre, en guerre civile depuis près de vingt ans, comme l’a rappelé l’ambassadeur de Somalie en France, lors d’une audition très intéressante menée au Parlement européen, jeudi, dans une indifférence générale de mes confrères (1) : 900.000 somaliens sont morts, 1,5 millions sont déplacés, et 3,5 millions dépendent d'une aide alimentaire des Nations-Unies (soit près de la moitié de la population). Comme le dit Pierre Lellouche, notre secrétaire d'Etat aux Affaires européennes: « Le monde ne s’intéresse à la Somalie que parce qu’il y a une atteinte au commerce maritime, il faut même se demander s’il ne faudrait pas remercier les pirates d’avoir attiré notre attention. Les gens qu’on voit à un bout de la chaine dans nos gares parisiennes, ou ses les cotes maltaises, on les voit dans les camps de réfugiés à Djibouti ».

Merci également de ne respecter le principe de non-discrimination dans vos rapts. Français, Espagnols, Britanniques, Roumaines, Ukrainiens, Russes, Chinois,... pour vous il n'existe pas de différence de nationalité et vous n'avez qu'une géopolitique en vue : celle de la taille du bateau, de sa "prenabilité" (lenteur, bas sur l'eau...), et de sa rentabilité (pour votre rançon). Ainsi, vous avez fait naître une coalition internationale comme peu oseraient en rêver. Vous avez également fait naître chez les Européens un sentiment d'urgence, une nécessité d'agir qui a vaincu maintes réticences, politiques et/ou budgétaires, et permis d'accoucher en quelques mois d'une opération aéronavale de police sur mer, d'instruments juridiques novateurs (même s'ils sont parfois un peu bancaux ou instables), et surtout mis en oeuvre la fameuse approche globale, qui était souvent restée une théorie et est en train de devenir une réalité.

Dernière chose... Si vous aviez un peu d'énergie à revendre, n'hésitez pas. Notre mission en Ouganda pour former les troupes somaliennes n'est pas encore tout à fait affermie. Et certains Etats sont un peu hésitants
(lire l'inconnue britannique). Si vous avez une idée pour les aider à passer le cap, n'hésitez pas


(1) Tout occupés au sommet européen à glaner une dernière information sur le futur visage de l'Europe
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Capacités Milit - Exercices UE
Lundi 23 novembre 2009
L'exercice "CME 09" - consacré à tester les procédures de gestion de crise de la politique européenne de défense démarre le 23 novembre pour se terminer dans quinze jours (le 4 décembre). Il commence ainsi sous les auspices de Javier Solana et se terminera sous celui de Catherine Ashton, la nouvelle Haute représentante (qui prend ses fonctions le 1er décembre). C'est un exercice virtuel et surtout "papier". Aucune troupe n'est engagée sur le terrain. Il s'agit essentiellement de tester la chaîne de commandement et l'organisation politico-administrative comme militaro-civile. L'objectif est de tester le déploiement de toute la panoplie des instruments civilo-militaires de l'Union européenne (force militaire, mission de police, d'Etat de droit, en incluant également les instruments communautaires - financiers, juridiques), notamment les équipes de réponse civile. Il implique ainsi tant le centre d'opérations militaire (OHQ) que l'Etat-major de crise civil (CPCC comme Civilian Planning and Conduct Capability), le centre satellitaire de l'Union (à Torrejon, Espagne) et la Commission européenne. Et au final, le COPS - comité politique et de sécurité - qui tiendra ses réunions régulières et en format d'exercice.

Le thème tourne toujours autour de l'Etat d'Alisia - l'Etat fétiche des exercices de l'UE (voir pour le battlegroup de l'Est). Celui-ci souffre d'une crise structurelle marqués de conflits ethniques entre Silas et Havas. Malgré le déploiement d'une opération des Nations-Unies, la situation reste instable. Un mouvement rebelle fragilise la situation humanitaire qui entraîne des déplacements de population. Les ONGs sont inquiètes. L'ONU n'a pas la possibilité de fournir une assistance militaire suplémentaire et l'UE est appelée à la rescousse. L'UE a déjà présente en Alisia une mission de police, déployée en 2006 pour aider à la réforme du secteur de la justice pénale et la police, ainsi qu'une mission de coordination de la réforme de service de sécurité, etc... (toute ressemblance avec un pays ou une situation existante serait purement fortuite...).
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Aux prémices de l'Europe de la Défense
Lundi 23 novembre 2009
Il y a vingt ans, à Prague, la grande manifestation organisée par les universités rassemblait plusieurs dizaines de milliers de personnes. Je l'écoutais à la radio. J'avais aussi des amis dans ces universités. Il me fallait partir, les rejoindre. Le temps de faire le visa - en mettant une adresse bidon et un motif de visite innocent (visite familiale), de prendre auprès des journaux avec qui je travaillais (Quotidien de Paris, Impact Médecin) et d'autres (Kiss FM, une radio musicale qui avait décidé vu les évènements de donner toute la place à l'l'info), de prendre la voiture, et d'arriver, sous les premiers flocons, au soir, dans cette ville que je n'avais fait que traversé quelques années plutôt, pour voir ce qui allait devenir la révolution de velours, la douce révolution (lire quelques articles rédigés à l'époque).

Grâce à mes amis étudiants tchèques engagés dans le mouvement, je me retrouvais badgé en un rien de temps et une intervention, plus tard, dans l'amphi bondé de l'université de médecine, dans le genre "Y-a-t-il un médecin parlant français dans la salle ?", je me retrouvais en compagnie de mon interprète improvisée, charmante au surcroit... Et nous voila partis, tous les deux, à la découverte de ce Prague fantastique qui hésitait encore entre la crainte de se retrouver en prison le lendemain et la joie de savourer cette liberté retrouvée.

La première halte notable fut le lendemain à la Laterna Magica, un des théâtres de la capitale tchèque, réquisitionné par les intellectuels et dirigeants du forum civique, sorte d'agora et d'agitation permanente intellectuelle. Ce soir-là, l'histoire était au rendez-vous. Un homme venu du bout de la scène est venu présenter un petit bout de papier à un des interlocuteurs assis à la table, celui-ci l'a lu, l'a passé un peu interloqué à son voisin, même scénario, celui-ci a pâli, l'a passé au suivant et ainsi de suite pour arriver - si mes souvenirs sont bons à Havel qui a marqué un temps - la salle avait compris qu'il y avait un grain de sable... extraordinaire. En bon dramaturge, il a alors pris sa respiration, et annoncé la nouvelle en quelques mots : "le bureau politique du PC a démissionné". Point besoin de comprendre le tchèque pour saisir qu'on avait passé une borne. Puis rien, un silence, une respiration dans la salle bondée, et un tonnerre d'applaudissements (y compris des journalistes), des embrassades. Et le soulagement...

Le régime avait commis l'irréparable d'une dictature : céder à la rue.
Il faut dire que la veille, l'idéologue en chef du parti avait été convoqué à Moscou pour une "visite amicale". Et sans doute un sévère remontage de bretelles pour lui expliquer que les temps avaient changé et que les fils barbelés étaient désormais coupés. Désormais, il n'y avait plus de doute, à Prague comme à Berlin quelques jours auparavant et Budapest trois mois avant, le velours avait triomphé du glaive. C'en était fini des années de chuchotement, de méfiance des voisins de café ou de faculté, d'uniformes à étoile rouge, de contrôle politique sur les médias, les universités, les usines... Le vent de l'histoire avait tourné ! (lire : petit papier pour KissFM sur l'atmosphère de l'époque - écrit sur le bord d'une table, et enregistré sous la table, pour se préserver du bruit...).

(crédit photo : © NGV - manifestation d'étudiants à Prague)
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Golfe d'Aden - Somalie pirates
Dimanche 22 novembre 2009
Nicolas Cage, qui est ambassadeur de bonne volonté de l'ONU, a visité cette semaine la prison de Shimo-la-Tewa à Mombasa au Kenya, dans le cadre du programme antipiraterie de l'ONU, ont annoncé les médias kenyans. Cette prison abrite, en effet, la plupart des pirates remis aux autorités kenyanes par les forces internationales. Le programme des Nations-unies pour la piraterie, auquel participe financièrement l'Union européenne, a engagé un programme de rénovation de trois prisons du pays : Shimo-la-Tewa, Manyani et Malindi. A Shimo-la-Tewa, les installations, et la cantine seront rénovées ainsi qu'un tribunal installé au sein de la prison. Plus largement, le programme prévoit la formation des procureurs et des autorités pénitentiaires du pays. Nb : l'UE a versé 1,750 millions d'euros pour ce programme.
(photo : Reuters)
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Golfe d'Aden - Somalie pirates
Dimanche 22 novembre 2009
 La frégate portugaise Alvares Cabral, qui est le navire amiral de l'opération de l'OTAN "Océan Shield", a intercepté jeudi un bateau avec cinq pirates somaliens à bord, qui voulait prendre d'assaut un navire dans le golfe d'Aden, à environ 60 miles des côtes à environ 60 miles, apprend-on. Les assaillants, qui ont réussi à se débarrasser de leurs armes, ont été arrêtés puis remis en liberté, les faits ne tombant pas sous le coup de la loi portugaise sur la piraterie, même si les militaires étaient en possession d'images (prises par les avions de surveillance, apparemment le P3 Orion espagnol) montrant les pirates jetant leurs armes dans l'eau.
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Défense UE (droit doctrine politique)
Dimanche 22 novembre 2009
Foin de pessimisme, la (petite) déception passée, la nomination de Catherine Ashton à la tête de la diplomatie européenne ne doit pas faire oublier que la nouvelle Haute représentante a cinq ans pour faire ses preuves.

Mais la Baroness aura peu de temps pour se mettre à la tâche. La PeSDC est déjà sur les rails et une série de progrès ont été engrangés ces dernièrs années par son prédécesseur, Javier Solana. De nombreux dossiers sont donc sur la table et des choix sont à faire - rapidement - et des convictions à faire passer.
On pourra alors percevoir si la nationalité britannique de la nouvelle Haute représentante aidera à convaincre nos amis outre-Manche - souvent en retrait, voire carrément réticents, et qui vont avoir un nouveau
gouvernement -
à changer d'avis. Méfions-nous des premières impressions qui ne sont pas toujours les bonnes.... Nous aurons toute l'occasion de revenir sur ce blog pour savoir si derrière ce visage, qui n'est pas automatiquement le plus gracieux (1), le choix de l'efficacité n'est pas préférable à celui de la gloire.

Au niveau des opérations :

- Le premier et le plus urgent des travaux est la continuité de l'opération européenne anti-piraterie Eunavfor Atalanta (lire : Bilan d'un an d'Atalanta et sa reconduction dans un contexte normalement apaisé mais rendu compliqué par la prise en otage par les pirates somaliens de deux Britanniques. Il est à craindre que les médias britanniques n'exigent des comptes de la responsable en chef de l'opération. Même si on sait pertinemment que ce type d'action relève surtout des autorités nationales - assaut ou négociation, rançon ou pression -, il est aussi un fait que l'opération européenne a apporté à l'une ou l'autre nation concernée par la prise d'otages tout son soutien et les moyens nécessaires, avions de surveillance et bateau de ravitaillement pour la prise de l'Alakrana (lire : L'Alakrana libéré, escorté par les navires espagnols d'Atalanta (Maj), navire hôpital pour l'assaut sur le Ponant, etc...).

- le second des travaux, tout aussi stratégique (sinon plus) dans la région, est la mise sur pied et le bon accomplissement de l'opération de formation des soldats somaliens en Ouganda. Point délicat pour la Britannique, car le Royaume-Uni est justement le pays qui est le plus réticent sur ce point (lire également: l'inconnue britannique).

- le troisième défi est de trouver rapidement les personnels (et les budgets) nécessaires à l'opération de police en Afghanistan. Il manque encore une petite centaine de personnes pour arriver au plein effectif, 400 personnes. Ce qui est bien peu et mériterait même d'être... doublé ou triplé si l'on veut atteindre les objectifs visés par les autorités afghanes : une force de police opérationnelle de 160.000 hommes.

- le quatrième est la conclusion d'un accord entre Européens sur la fin de l'opération militaire Althea en Bosnie-Herzégovine dans sa forme actuelle et sa transformation en opération non exécutive à voilure réduite (200 hommes). Si on ne le fait pas dans l'ordre, les contributions vont se réduire et l'opération n'aura plus les moyens effectifs. La France, le Royaume-Uni (justement) sont déjà partis. L'Espagne comme la Pologne pourraient suivre. Ce sujet sera à l'ordre du jour du premier Conseil des Affaires étrangères (versus Lisbonne) en décembre.

- le cinquième est le redémarrage de l'opération de surveillance aux frontières à Rafah (ce qui est certainement le plus grand des défis, les Européens ayant peu de moyens de pression sur les Israéliens pour cela).

- le dernier défi est l'intervention possible d'un battlegroup (dont le concept vient d'être assoupli récemment, lire : Des battlegroups (un peu) plus souples d'emploi ). Mis en place depuis 2007, la force légère de réaction rapide de l'UE n'atteint qu'une occasion pour démontrer la validité (ou non) de son concept. On peut être sûr que l'actualité internationale saura fournir son lot de violences et d'offensives qui pourraient nécessiter une intervention européenne, qu'il s'agisse d'une évacuation d'Europénes. Encore faut-il à ce moment que la volonté politique europénne soit au rendez-vous. De façon plus générale, il faudra voir si l'UE pourra réagir aussi bien aux crises dans les prochaines années aussi bien qu'elle l'a fait dans les 18 derniers mois (Russie/Géorgie, rebelles/Tchad, pirates/océan indien...). Sans être trop pessimiste, soyons sûr que dans le Caucase, la région des Grands lacs, l'Afrique de l'Ouest, le Moyen Orient, les confins de l'Inde (Pakistan, Népal, ...), le Sri Lanka, voire l'Amérique centrale sauront nous rappeler de saines réalités : nous ne vivons pas dans un monde pacifique.
Gordon Brown et Catherine Ashton dans les coulisses du Conseil (crédit photo : CUE)

Au niveau organisationnel et industriel :


- le premier travail de la nouvelle
Haute représentante sera d'installer et d'organiser la nouvelle structure qui rassemble hommes et femmes de la Commission européenne et du Conseil, le service diplomatique extérieur, la nouvelle direction civilo-militaire, et l'ajustement entre civils et militaires qui vont ainsi entrer de plein pied dans une administration civile par excellence, la Commission européenne (les frottements pourraient être nombreux...).

- Il lui faudra également doter l'UE d'un QG opérationnel, civil ET militaire. Ce qui revient à obtenir un accord entre européens qui n'a jamais pu se faire (et surtout l'accord des Britanniques).

- En application du Traité de Lisbonne, il faudra mettre en place la Coopération renforcée permanente et de la faire passer de disposition textuelle à réalité politique.

- Donner davantage de moyens à l'Agence européenne de défense (que préside le Haut représentant) ne sera pas évident en période de restriction budgétaire mais elle est paraît nécessaire si on veut mener à bien certaines projets. On sait également que plusieurs tentatives ont été faites et ont échoué pour doter l'agence d'un budget pluriannuel (butant sur l'os britannique). Espérons qu'avec un Haut représentant britannique, il en sera autrement.

- Négocier avec l'Otan un nouveau cadre de coopération devrait aussi être un objectif à terme. Bien entendu la première urgence est de résoudre le problème turco-chypriote qui "pollue" les relations entre l'Alliance et l'UE (en empêchant la formalisation des échanges d'information confidentielle lors des opérations). Mais il pourrait être aussi bon de remettre à jour l'accord de Berlin + et de tisser des liens à la fois plus étroits mais aussi plus égaux.

- Je passe toute une série de "détails" organisationnels qui n'ont pas d'importance stratégique mais pourraient néanmoins occuper un peu les esprits : comme le nom même du Haut représentant - doit-on dire Madame le Haut Représentant, madame la Haute Représentante (2)... - ; l'emblème du nouveau service - maintenant que l'UE a un service d'action extérieure (sans aller jusqu'au logo à l'image du Département d'Etat -;) ) sa localisation - le Charlemagne sans doute mais des aménagements sont sans doute nécessaire - ; les circuits d'information sécurisée - il s'agit là non seulement de dispositions pratiques et techniques mais de voir au sein de la Commission comment et à qui cette information doit circuler, la règle de collégialité et d'interservices trouvera ici une limite - ; enfin, la visite des principales missions et opérations de l'UE devra être envisagée - une tenue plus seyante à ce type d'exercices (en évitant le tailleur, peu adapté, ce serait peut-être un barbour®, un peu chic, ou alors la tenue marine qui reste souvent bien adaptée... mais je m'égare !).

NB : je n'ai pas abordé toutes les questions de politique étrangère qui ne sont pas moins nombreuses et pas moins cruciales que celles relatives à l'Europe de la défense : le dossier du nucléaire iranien, les relations avec la Russie, la paix au Proche-Orient (où un certain Tony Blair est aux manettes du Quartette, sans grand succès pour l'instant), l'Afghanistan, le Soudan, la Guinée, l'Erythrée, le Yemen, le Zimbabwe, etc.

(1) Certain(e)s lecteurs(rices) m'ont indiqué que je n'aurai pas osé faire la même remarque pour un homme, je les invite à regarder le "post" sur la nomination de Van Rompuy...


(2) (Maj : 23 novembre) C'est cette terminologie qui semble être retenue par son cabinet : la Haute représentante.

(crédit photo : Conseil de l'Union européenne + US State)

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L'auteur

Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" de Ouest-France, spécialiste "défense-sécurité" à Europolitique (agence de presse européenne) et responsable des "dossiers-enquêtes". Ma carrière de journaliste commence en 1989 par des reportages en Europe de l’Est (Hongrie, Tchécoslovaquie, Pologne) à la réunification. J'ai travaillé pour La Tribune, Le Quotidien de Paris, Impact Médecin, Radio France Urgences, Arte et LCI. Pour d'autres archives articles et travaux, voir ce site. ou le blog Europe sociale (en veilleuse). Pour m'écrire.

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"Mort si je veux" - Au Théâtre de Poche (Bruxelles, Bois de la Cambre) du 14 au 28 novembre, à 20h30

Racket, tabassage, humiliations diverses, agressions, viols et, parfois, meurtres. Les jeunes sont-ils devenus violents ? A en croire les médias, les statistiques, la violence juvénile connaîtrait ces dernières années une augmentation significative. A en croire les psychologues, les sociologues, les enseignants, les parents, bref, le monde des adultes, les causes seraient identifiées : pas d’avenir, pas de repères, pas de cadre familial stable, etc. Pourtant les dispositifs éducatifs, les mesures judiciaires, le renouvellement des méthodes de suivis, tous  ces efforts semblent vains à comprendre et surtout à apporter des solutions.

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