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14 février 2008 4 14 /02 /février /2008 22:32
L'eurodéputé allemand Karl von Wogau (PPE-DE), président de la sous-commission Défense du Parlement européen, s'est rendu avec deux autres députés de la Commission, du 6 au 8 février 2008, au Kosovo. Quelques jours avant la proclamation de l'indépendance. La délégation du PE a rencontré différents responsables: de la future mission « Eulex » de l'UE (Roy Reeve), de la mission civile de l'UE (Jonas Jonsson et Renzo Daviddi), de la Kfor (Général Gerhard Stelz), d’ONGs et des autorités locales. Récit…

« A Pristina, il faisait froid et gris. Cela a un peu renforcé l’atmosphère générale de déprime qui nous a frappée en arrivant dans le pays, en traversant les villes et les villages. Les bâtiments ne sont pas très gais. Beaucoup de gris, de béton, des ruines. Souvent les constructions, qui semblent avoir été entamées il y a dix ans, ne sont pas terminées. Il manque le toit, des murs, la maison est inhabitable. Les rues laissent une impression de saleté, bouteilles et déchets plastiques sont en nombre.

De tous nos entretiens, un problème est ressorti : à coté de la question de la sécurité politique, c’est la situation économique et sociale qui est le plus problématique. En effet, si chacun pressent qu’il peut y avoir des tensions, localement, l’indépendance pourrait se dérouler sans grand éclat de violence. Ou du moins cela restera contrôlable. Les minorités serbes peuvent être protégées. Les forces de la KFOR nous ont confirmé avoir suffisamment de moyens pour cela. « Le principal risque est de retrouver le pont de Mitrovica bloqué non par des Albanais ou des Serbes mais par… les équipes de télévision » nous a confié un militaire. Plus sérieusement, l’incertitude demeure, une fois les lampions de la fête éteints, et les caméras parties. Que va-t-il alors se passer pour les Serbes ? On perçoit bien que Belgrade soutient la minorité serbe, en versant des subsides aux personnes, en mettant en place des structures parallèles (sécurité sociale, écoles…), pour les convaincre de rester, voire de revenir (pour ceux qui sont partis). Mais notre impression est que les Serbes qui vivent à l’extérieur ne vont pas revenir volontairement dans le pays. Ce même sentiment prévaut d’ailleurs aussi pour les Albanais expatriés, qu’on ne voit pas revenir, avec l’absence de perspective économique du pays.

Pour la plupart des habitants, il y a en effet peu de perspectives. Beaucoup de personnes n’ont pas de travail (NB: le chômage atteint entre 50 et 80% selon des statistiques peu fiables). La formation scolaire est une catastrophe (NB: 50% de la population a moins de 20 ans et les écoles manquent d’enseignants). Il y a aussi un manque crucial d’infrastructures générales. Le problème d’énergie est récurrent, avec une fourniture variable durant la journée. Certes, nombre de Kosovars pensent qu’après l’indépendance, cela va changer, que les entreprises vont venir, et que le pays deviendra un pays florissant. Mais, du coté des représentants internationaux, on considère que c'est un rêve. Passé le moment de l’indépendance, c’est davantage l’incertitude sociale et économique qui pourrait régner et être une réelle menace pour le pays, sans compter l'influence de la criminalité organisée. On peut se légitimement se demander : qu’a vraiment fait le pays, et les instances internationales, ces dernières années, pour en arriver à une situation aussi grave économiquement ? Et que fera l’Europe, si l'influence du crime organisé grandit ? Faudra-t-il aider un gouvernement corrompu ?

Certes les représentants de l’UE cherchent à se démarquer de l’administration de l’ONU en indiquant qu’ils ne sont pas là pour la remplacer, ni administrer le pays, mais juste apporter un soutien aux autorités locales. - sauf en matière de criminalité organisée, où l’UE sera en première ligne. Ils espèrent profiter du fait que les Kosovars voient dans cette arrivée, le début d’un chemin vers l’Europe. Nous avons été frappés par la bonne préparation européenne, notamment de la mission « Eulex, Etat de droit ». Mais certains problèmes demeurent, notamment dans les relations entre les forces de l’Otan et de l'UE. Les Turcs ont ainsi bloqué la signature d’un document commun régulant l’échange d’informations entre les différentes forces. Des instructions ont donc été données à chaque troupe, mais de façon séparée, avec un risque d’interprétation différente.

Le plus important, à moyen et long terme, pour l'Europe nous paraît de: maintenir la sécurité et de donner des perspectives. Il faut améliorer l’infrastructure générale – surtout en matière d’électricité – , la formation et de l’éducation. L’exemple du Lycée Loyola – que nous avons visité - et le travail qui y est fait est très encourageant. Que de jeunes kosovars, garçons et filles apprennent ensemble, voilà le futur du Kosovo.

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Derrière les murs, la politique (européenne) des affaires étrangères (PESC), de sécurité et de défense commune (PeSDC) est décryptée. Stratégie, politique, gestion de crises, industrie ou transport aérien militaire, surveillance maritime et protection civile...Missions militaires et civiles de l'UE (Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Géorgie, Moldavie / Ukraine, Afghanistan, Irak, Palestine, Congo RDC, Guinée-Bissau, Haïti, Océan indien, Somalie, Tchad).

logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.