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31 août 2008 7 31 /08 /août /2008 21:13
Si comparer une crise à une autre est toujours hasardeux, on peut cependant relever que détailler - à l'aide des différents points de vue des acteurs ou observateurs de cette crise - la position de l'Europe (des Douze alors) au début des années 1990 lors des guerres en ex-Yougoslavie peut être intéressant pour les actuelles crises (notamment en Géorgie). On peut cerner une dizaine d'erreurs (impréparations, incohérences) :

l’impréparation de la crise visiblement montante. Cette impréparation dure de longues années. Et, événement après événement, on ne tire pas des leçons des erreurs précédentes. La réaction à une nouvelle est calée avec les instruments de la précédente crise : d'abord le silence quand il faut de la diplomatie, ensuite la diplomatie quand il faut des observateurs sur place, enfin des observateurs non armés quant il faut des militaires, etc… L'Europe s'est ainsi fait surprendre au moins quatre fois : au Kosovo, Slovénie et Croatie (1991), puis en Bosnie (1992).

• Le refus de reconnaître l’agresseur. En considérant durant longtemps les adversaires à part égales (sentiment particulièrement présent pour le gouvernement français), sans pointer l'agresseur principal, la Serbie, l’Europe a ainsi donné une prime à l’agresseur .

L’envoi d’une mission de surveillance (juillet 1991), d'observateurs non armés, en faible nombre, sans capacité de réaction précise, a aussi été un signe d'impuissance (et d'encouragement) donné à l'agresseur (s). Les observateurs ont souvent bien "observé", rendu compte, au besoin su temporiser ou s'interposer face à certaines agressions. Mais ils ont souvent été débordés par la situation.

L'embargo sur les armes (juillet 1991) a favorisé le plus fort (les Serbes) et diminué la capacité de résistance des Croates d’abord, mais surtout des Bosniaques.

Le refus d’une intervention militaire (septembre 1991). Contrairement aux idées répandues, il y a eu plusieurs projets d’intervention (par les Français ou les Allemands, par les Néerlandais et l’UEO). Mais tous ont achoppé, morts nés. Le rôle joué par les Britanniques est ici assez trouble. Le Royaume-Uni était réticent pour plusieurs raisons, notamment la crainte de réitérer un engagement difficile comme en Irlande du Nord mais aussi le refus de déclencher une intervention autonome de l'Otan et de concrétiser ainsi une Europe de la Défense et une Europe politique qu'ils refusaient (nous sommes en pleine négociation du traité de Maastricht). Une intervention militaire à ce moment aurait pu changer la face du conflit, la plupart des intervenants le reconnaissent. En refusant de donner suite à un projet d’intervention, les Européens donnent ainsi une « carte blanche » aux partisans des armes.

La reconnaissance en solo des indépendances (décembre 1991) : la reconnaissance en solo de la Croatie (par l’Allemagne) a signifié aux yeux extérieurs la désunion de l'Europe, d'autant qu'elle suivait la réunion d'un Conseil européen et précédait une décision possible commune de reconnaissance.

La demande de la tenue d'un référendum (janvier 1992), faite à la Bosnie pour être reconnue indépendante, sans prévoir d’autres dispositions, notamment de protection (jeu Franco – Allemand UEM / Europe politique).

• Les cessez-le-feu non respectés donnent une image d'impuissance avérée mais surtout le plan de cantonisation proposé par l'ambassadeur portugais Cutileiro en 1992 et qui servira de modèle, grosso modo, pour les accords de paix de Dayton donnent une prime à la force. Les plans de paix successifs, (en Bosnie notamment) stimulent chez les belligérants l’envie immédiate de prendre ou de défendre, par la force, des positions contestées.

• Le refus d’accueillir les réfugiés (1991-92). Quand les Serbes libèrent les réfugiés, peu de pays sont d'accord de les accueillir (l'Autriche, l'Allemagne, la Hongrie seront les principaux "volontaires"). Manquent à l’appel notamment la France et le Royaume-Uni.

• Les actes unilatéraux "d'héroisme", comme l’échappée solitaire de Mitterand, à Sarajevo (juin 1993), ont surtout permis de repousser l'échéance de sanction contre les agresseurs.

On peut lire aussi "The real Balkan lessons of the Georgia conflict" par Gordana Kneževic, ancien chef politique de Oslobodenje (Sarajevo), au temps de la guerre, et maintenant directeur de Radio Free Europe, section slaves du sud. Il dresse un parallèle (intéressant) entre la politique russe en Géorgie et l'intervention de Milosevic dans les républiques de l'ex-Yougoslavie.

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Yougoslavie - mémoire d'un désastre
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commentaires

gilles 02/09/2008 15:30

certes  une  vision  des  faits   mais  comme  toujours  et cela  est  normal  partiel  et  donc  orienté.la  Serbie est  apparue  comme  l'agresseur, mais  c'est  omettre  de prendre  en  compte la  réalité  des  faits. qui  a publié  la lettre   du  secrétaiure  général  de l'ONU adressée  au  président Bosniaque, afin  de le mettre  en garde  face  aux  conséquences  de  sa  déclaration  d'indépendance?La  réalité  était  beaucoup  plus  complexe,  l'Amiral  Schmith  patron  de l'IFOR  reconnaîtra  lui  même  à SARAJEVO   en  juin 96 une  réalité  toute  autre  que  celle  imposée  aux  médias  particulièrement  complaisants.La  farce  des  élections  qui  se  déroulèrent  en Septembre  96 en fut  une  autre illustartion, mais  qui  accepte  de  le dire?

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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.