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18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 12:00
Alors qu'un processus est engagé, au niveau international, pour interdire les bombes à sous-munition (1), la Finlande fait cavalier seul au plan européen, et ne cache pas sa forte réticence à signer une telle convention.

Le ministère finlandais de la Défense l'a clairement exprimé encore récemment : il ne souhaite pas une telle interdiction, pour des raisons à la fois stratégiques et budgétaires. Le gouvernement finlandais doit préciser sa position cet automne avant l'approbation finale du Traité (en décembre).

Trois arguments sont utilisés par les experts militaires finlandais, pour justifier cette utilisation.

Argument stratégique : le pays, qui a une frontière de 1200 kms avec la Russie, qui ne fait pas partie de l'Alliance militaire atlantique, revendique une "neutralité active". Et même si un débat s'est engagé sur la nécessité d'une adhésion à l'Otan (2), le pays ne semble pas pressé de prendre le pas et d'abandonner cette position. Dans le concept finlandais, la neutralité ne s'entend pas comme un "zéro défense", mais s'appuie plutôt sur une armée moderne et active (comme pour la Suisse). La neutralité suppose d'avoir "des armes crédibles" dit-on souvent en Finlande. « La bombe à sous-munition a un très grand rôle dans la crédibilité, l’autonomie et la prévention de la défense finlandaise », a affirmé à plusieurs reprises dans la presse nationale, le ministre de la Défense, Jyri Häkämies.

Argument budgétaire : le ministère de la Défense considère que cette interdiction va lui coûter cher. L'équipement en bombes à sous-munitions lui a coûté environ 30 millions d'euros. Les détruire reviendrait à 7-8 millions d'euros. Soit une perte globale de 40 millions d'euros pour les militaires. Et aucun budget n'est prévu.

Argument tactique : selon les militaires Finlandais, il n'y a pas actuellement "d'alternative possible", de moyens de subtitution, à court terme (avant 5 ou 10 ans). Sauf à recourir aux armes intelligentes. Et là on retombe sur la difficile équation budgétaire. L'armée finlandaise n'a pas les moyens d'acquérir ces armes. Aucun budget n'est prévu.

Ironie de l'histoire. L'armée finlandaise s'était justement équipée en bombes-sous munitions pour remplacer les mines anti-personnel (utilisées en armes défensives le long de sa frontière avec la Russie, mais interdites ensuite par la Convention d'Ottawa, entrée en vigueur en 1997).

Une position gênante diplomatiquement. Cette position de la Finlande s'avère plutôt gênante puisqu'elle la range aux cotés des pays qui ont refusé de participer au processus d'interdiction d'Oslo et qui souvent produisent ces armes et utilisent abondamment ces armes (Russie, Etats-Unis, Chine, Inde, Pakistan ou Israël). Elle l'isole au niveau de l'Union européenne (même la France pourtant peu enthousiaste à ce genre d'interdictions s'est rangée). Une position d'autant plus inconfortable que le pays préside actuellement l'OSCE - et que l'assemblée parlementaire de l'OSCE s'est prononcée clairement en faveur de cette interdiction. (Voir aussi le site de Handicap international sur les bombes à sous-munitions)

(1) Engagé en 2007 à l'initiative de la Norvège, les négociations pour l'interdiction de ces bombes ont abouti à un accord à Dublin en mai dernier, 111 pays s'engageant à le signer, la signature doit intervenir à Oslo en décembre. Télécharger le texte de la Convention.

(2) Le ministre finlandais des Affaires étrangères, A. Stubb, est pour cette adhésion - comme plusieurs hommes politiques conservateurs ou libéraux. La présidente de la République, T. Halonen, comme plusieurs autres hommes politiques, plutôt socio-démocrates (mais pas seulement).

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Armées européennes
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.