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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 15:28
Entre intervenir directement et renforcer la Monuc, l'Union européenne avait, semble-t-il, choisi il ya quelques jours : ne rien faire... Lire "Je n'ai pas réussi à convaincre, de Bernard Kouchner. Tous les arguments étaient bons : la Monuc avait suffisamment de troupes, la situation était difficile, ... lire "on ne m'a pas donné l'ordre d'agir", de David Leakey, le chef d'Etat major de l'UE. Ni groupements tactiques, ni renfort de la Monuc, donc. Même mettre en place un pont aérien pour acheminer l'aide humanitaire à Goma semblait encore trop audacieux ! Seul le gouvernement Belge avait dépêché - très vite - un avion militaire Hercules C130 qui fait la navette entre Goma et Kinshasa (il a déjà effectué 6 rotations et 4 autres sont déjà prévues). Il devrait être rejoint, ce 14 novembre par un avion des Nations-Unies (UNHAS).

Une réunion aujourd'hui à Bruxelles. Devant l'aggravation de la situation (voir ci-dessous), et les appels à l'aide réguliers des ONGS, cet attentisme serait-il en train de changer ? Oui semble-t-il. La présidence française a décidé de revenir à la charge aujourd'hui. En ce moment, se tient un déjeuner au Comité de politique et de sécurité, en présence de Louis Michel, le commissaire européen chargé de l'aide humanitaire (lire son interview il y a 10 jours). A l'ordre du jour deux pistes : 1) les modalités de renforcement de la mission des Nations unies (Monuc) et 2) la mise en place rapide d'une opération logistique humanitaire coordonnée pour venir en aide aux populations du Kivu. (lire les initiatives possibles de l'UE).

Evolutions britannique et américaine. Britanniques et Américains n'excluent désormais aujourd'hui plus de renforcer la Monuc. Gordon Brown, le Premier ministre britannique, a confirmé, hier, à New York qu'il était nécessaire de renforcer la Monuc et qu'il allait voter en ce sens au Conseil de sécurité. "Nous ne devons pas nous dérober à nos responsabilités". Et la secrétaire d'Etat adjointe américaine aux Affaires africaines Jendayi Frazer a appelé à une décision du Conseil de sécurité dans ce sens, "J'espère que d'ici une semaine ou deux il pourra y avoir une décision du Conseil de sécurité".

Il était temps, 15 jours de perdus...

La non-intervention est en contradiction avec la philosophie de la PESD. Le premier objectif et la philosophie de la PESD est d'assurer la protection des civils, tel qu'elle figurent dans les missions définies à Petersberg et à l'article 17 du Traité de l'UE. Ne pas envoyer la force de réaction rapide était peut-être justifiée pour un certain nombre de raisons (voir David Leakey). Elle n'avait aucun fondement philosophique, donc politique.

Kouchner avait raison. Il faut le reconnaître. Bernard Kouchner peut agacer parfois, pour son entregent médiatique ou son entrain à vouloir faire intervenir l'armée, pour un oui ou un non. Mais sa position - fin octobre - faire intervenir un battlegroup de l'UE était totalement justifiée. Intuitivement, l'ancien baroudeur de l'humanitaire savait bien qu'il y a un moment où il est possible, où il faut intervenir. Ce moment était là. la suite a prouvé - et prouvera - qu'il avait raison. La déroute de l'armée congolaise, sa participation aux pillages et aux violences contre la population sont des signes qui ne trompent pas. On aura ainsi perdu de nombreux jours précieux...

Retour sur un faux argument : celui du nombre d'hommes de la Monuc. L'argument trop souvent entendu de 16-17 000 hommes pour la Monuc, ca suffit, est un faux argument stratégique. 16 000 hommes c'est ni plus ni moins la force de l'Otan au Kosovo (pour un territoire 250 fois plus petit, et autrement moins compliqué). Que je sache, nul ne se pose la question de savoir s'il y a vraiment trop d'hommes au Kosovo. 16-17 000 hommes c'est également la force qu'on a déployé au Sierra Leone, un territoire trente fois plus petit. Donc au regard de la dimension du Kosovo, et de sa complexité, 16 000 hommes, c'est plutôt pas assez que trop. La question de l'homogeïnité de la force et des règles d'engagements des soldats de la Monuc peut aussi se poser ? Mais cette question n'est pas vraiment nouvelle, elle est intrinsèquement posée lors de toute mission des Nations-Unies qui reste surtout une juxtaposition de forces nationales (NB : cette question est moins prégnante dans les mission de l'UE où les "caveats" sont plus limités et le commandant de force a une autonomie d'emploi beaucoup plus large). Last but not least : envoyer au Congo des troupes (Indiens, Pakistanais...) qui ne parlent qu'anglais ne doit pas vraiment aider...

Déplacés, viols, zone sans contrôle, la situation humanitaire devient critique

• A lire les rapports de l'Office humanitaire des Nations-Unies, la situation dans l'est de Goma n'est pas aussi apaisée que voulaient bien le laisser entendre certains Ministres des Affaires étrangères des 27, lors de leur réunion le 10 novembre. Le Fonds de Nations-Unies pour la Population (UNFPA) a ainsi remis à l'hopital de Goma des dispositifs intra-utérins pour 30 000 personnes et du matériel post-viol, et mis à disposition à Kibati des "médicaments pour la prise en charge des violences sexuelles"...

Quant au Programme alimentaire mondial, il chiffre à un million de personnes déplacées : 750 000 déplacés et 200 000 accueillis dans les familles, pour le seul Nord Kivu (250 000 suite au conflit récent, dont 100 000 dans les derniers jours) ; 100 000 et 40 000 pour le Sud Kivu.

• Enfin l'assistance humanitaire dans certaines zones est de plus en plus difficile "compte tenu de la volatilité de la situation sécuritaire" explique un expert européen. Lors d'une réunion de sécurité, les organisations ont convenu que les convois devaient partir de Goma, escortés par la Monuc. Le HCR envisage de créer un troisième camp à Mugunga pour les personnes dans le camp de Kibati compte tenu des risques de sécurité dans cette localité.

• Selon un reportage d'IRIN, le service d'information de l'Office humanitaire des Nations-Unies : "Bien que les rebelles aient promis de créer des couloirs humanitaires pour permettre le passage des convois d'aide, peu d'organisations estiment que la situation de sécurité actuelle permet bel et bien d'acheminer des secours par camions pour aider l'ensemble des populations, dans les régions les plus touchées." Et "Des dizaines de milliers de personnes se trouvent actuellement piégées dans les régions où elles se sont réfugiées, avec peu de vivres, de moyens d'hébergement ou de soins médicaux". A Kiwanja, témoigne ainsi un fermier, « Depuis l'arrivée des rebelles, nous n'avons reçu aucune aide externe et aujourd'hui, la situation est en train de devenir très grave ».

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Afrique - Congo
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commentaires

tom 15/11/2008 15:23

je suis étonné...c'est tout de même Kouchner qui a fait cette fameuse conférence de presse lors de laquelle il a rabaché que le problème n'était pas le nombre de soldats MONUC (il a répété plusieurs fois : "ils sont 17000"!!). Il n'avait évoqué le battle-group qu'en insistant qu'il s'agirait d'un déploiement de militaire "pour faire de l'humanitaire" (ce qui est absurde mais c'est un autre problème) et "pas pour se battre"...Alors, non, il n'avait pas raison. 

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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.