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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 23:41
En marge du Conseil des Ministres de la Défense, rencontre au petit matin avec Bogdan Klich, qui connaît bien la maison européenne pour l’avoir fréquentée depuis plusieurs années (il était député européen jusqu'à prendre son poste de Ministre). Le ministre polonais de la Défense affiche pour son pays un ferme engagement européen, que ce soit au niveau des opérations, de la doctrine de sécurité, des structures communes – comme l’Etat major – ou des futures institutions mises en place par le Traité de Lisbonne.

Originaire de Cracovie, son diplôme de médecine et… d’histoire de l’art tout comme ses études de philosophie et d’histoire, témoigne de l’éclectisme de Bogdan Klich. Proche de Jan Kulakowski, il est un de ses conseillers quand celui-ci négocie l’adhésion de la Pologne à l'UE (1989-1999), il devient dans le gouvernement de Jerzy Buzek, vice-ministre à la Défense nationale (1999-2000) quand la Pologne adhère à l’Otan. Elu député à la Diète polonaise, il est vice-président de la commission des affaires étrangères et siège à la commission défense (2000-2004). Il est élu ensuite au Parlement européen, toujours aux commissions affaires étrangères et défense, avant d’être nommé dans le gouvernement de Donald Tusk au portefeuille de la Défense.

Au Tchad, à l’Eurocorps, on voit de plus en plus de Polonais dans les missions et corps européens, un signe de changement de politique ?
Le nouveau gouvernement a effectivement décidé de faire évoluer sa politique de sécurité, et d’avoir davantage d’équilibre entre son pilier atlantique et son pilier européen, pour renforcer l’un comme l’autre. Nous sommes bien conscients que le pilier européen présente toujours un visage sommaire. Mais nous pensons qu’il doit être de plus en plus fort, dans le futur. Notre volonté politique est donc de s’investir pleinement dans ce renforcement et de participer aux opérations militaires. Car ils sont parties intégrantes de notre sécurité nationale.

Les Polonais quittent l’Irak. Vous estimez que la mission est terminée ou c’est aussi un changement de politique ?
Effectivement, à la mi-octobre, nos soldats, présents en Irak, seront à la maison. C’est une promesse de notre Premier ministre. Ne resteront sur place qu’un effectif réduit d’environ 30 personnes, des formateurs. Nous estimons que les objectifs fixés en 2003 de l’ancien gouvernement ont été atteints. Et nous avons d’autres missions à remplir, pour soutenir les missions internationales des organisations dont nous sommes membres (UE et Otan), en Afghanistan et au Tchad. Ces nouveaux engagements ne sont pas connectés à des intérêts stratégiques directs de notre pays mais contiennent un message politique : nous sommes intéressés pour supporter des mécanismes davantage intégrés au niveau européen en matière militaire que ce soit à l’Otan ou à l’UE.

• Des mécanismes davantage intégrés, cela signifie quoi ?
Il ne s’agit pas seulement de renforcer ces effectifs d’un point de vue militaire mais aussi d’effets politiques. Nous voulons pousser à avoir des mécanismes plus communs, plus intégrés, dans ces deux organisations. Entre la simple coordination des politiques et des mécanismes communs, La Pologne a choisi. Nous sommes fermement en faveur de cette deuxième option, que ce soit au sein de l’Otan ou de l’UE

Quels renforts la Pologne est prête à envoyer en Afghanistan ?
Nous allons fournir 400 hommes de plus (en plus des 1200 déjà présents), d’ici la fin octobre, ainsi que 8 hélicoptères qui ne serviront pas que pour nos troupes mais aussi pour les Canadiens. Et nous avons décidé de davantage concentrer nos troupes, sur une seule zone dans la province de Gahzni (dans le sud-est du pays).

Comment voyez-vous le partage des tâches avec l’Otan ? Quelles sont les priorités de développement de la PESD ?
L’Otan reste un pilier principal de notre défense. Mais la Pesd n’a pas encore atteint tous ses objectifs tels que définis en 1999 au Conseil de Cologne.  Il faut d’abord compléter nos capacités et avoir les capacités opérationnelles pour permettre de répondre à tous les types de crises prévues par les missions de Petersberg (missions humanitaires, de maintien de la paix, interposition…). Cela ne nécessite pas seulement d’atteindre les objectifs cadres (headlines goals). Mais aussi de faire évoluer le cadre institutionnel comme le permet le Traité de Lisbonne, avec le mécanisme de réciprocité et la clause de solidarité, par exemple.

La Pologne est-elle toujours réticente sur la coopération structurée permanente, prévue par le futur traité ? Etes-vous prêt candidat pour y participer ?
Nous étions effectivement un peu hésitant, dans la première mouture de cette Coopération renforcée permanente, présentée lors du débat constitutionnel. Car nous étions face à un concept fermé, avec seulement quelques Etats sélectionnés y participant. De façon générale, la Pologne n’est pas en faveur d’un club restreint d’Etats à l’intérieur de l’UE. Un groupe pionnier, oui. Un noyau dur, non ! Le concept finalement retenu, et qui figure dans le Traité de Lisbonne, a été assoupli, élargi. Et nous en sommes donc un ardent supporter. La Pologne est prête et candidate à y participer, dès le début de sa mise en place.

Cela signifie qu’il faut renforcer l’Etat-major, aller au-delà ce qui a déjà été décidé en novembre dernier ?
Nous allons déjà voir comment l’extension des capacités de prévision et de planification, décidée, est appliquée. On attend le rapport d’ici la fin de l’année. Mais si cela s’avère nécessaire, oui, il faudra aller au-delà. Pour nous, c’est clair, nous appuyons dans cette direction du renforcement de cet Etat-Major.

• L’implantation du bouclier anti-missiles en Pologne ne peut-elle pas être source de divergences ?
La question a été posée. Et le sommet de Bucarest, en avril dernier, a répondu : Oui, nous, Européens, sommes intéressés d’avoir un tel système. Politiquement, l’évaluation est donc positive. Mais cela ne signifie pas qu’on ait approuvé l’implantation en Pologne. Il reste à aboutir en pratique et donc négocier un accord avec les Américains, qui soit équilibré. Pour la Pologne, la contribution à la modernisation de l’armée est fondamentale. Ce n’est pas une approche commerciale, de marchand de tapis. Mais un nécessaire équilibre entre les avantages et les coûts du système. L’installation du système anti-missiles apporte une garantie de plus de sécurité  à l’Europe centrale. Mais d’un autre coté, nous aussi exposés davantage. Et ce n’est pas notre budget national qui devrait prendre en charge ce risque supplémentaire. C’est cela notre condition finale du Oui ou Non : quelle contribution pourrons-nous obtenir à notre sécurité nationale.

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Défense UE (droit doctrine politique)
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.