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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 07:30
Le blocage du gaz russe à destination de l'Ukraine et des pays européens est une arme. Une arme au sens propre et au sens figuré. Et les Russes le prouvent. C'est un coup de force à visée stratégique, sur deux plans. Mais aussi une véritable opportunité pour les Européens. La sécurité énergétique sera au menu d'un Conseil informel des 27 sur la sécurité énergétique à Prague aujourd'hui.

Utilité de la crise pour les Russes

1° : l'Ukraine discréditée.
La crise démontre que l'Ukraine n'est pas un partenaire fiable ni pour l'Otan ni pour l'Union européenne. Difficile aujourd'hui même pour les plus fidèles soutiens au rapprochement entre l'Ukraine et le monde occidental d'oeuvrer dans ce sens, après l'impéritie ukrainienne. Sans en avoir la brutalité, ni l'efficacité totale du coup de force sur la Géorgie, il neutralise pour quelques mois de plus la candidature potentielle de l'Ukraine.

2° : un coup de semonce à la république Tchèque et "son" bouclier anti-missile. Le blocage du gaz montre la dépendance des Etats de l'Est européen tentés par un bouclier anti-missiles américain (Pologne, république Tchèque, voire Lituanie...) qui irrite (le mot est faible!) les Russes. Et quel singulier hasard que cette crise éclate juste au moment où les Tchèques prennent leur tout de présidence tournante ! Eux qui ont signé (mais pas encore ratifié) avec les Américains l'installation d'un radar.  Cela ne fera sans doute pas changer d'avis les Tchèques. Encore que l'accord n'est toujours pas adopté définitivement (la chambre des députés doit encore le voter, début février normalement). Et surtout, au moment juste où la nouvelle administration Obama va prendre les rênes du pouvoir c'est un singulier rappel à l'ordre des intérêts russes.

Utilité de la crise pour les Européens

Il est urgent d'agir
. Finis les tergiversations, les interrogations, les altermoiements... Considérer comme l'ont fait les premières heures, la présidence tchèque et la Commission européenne, qu'il s'agit uniquement d'un litige privé, dont il ne vaut mieux pas se mêler, est suicidaire.

L'Europe doit être forte pas faible. Oui c'est un litige privé - et peu importe le fautif. Mais il cause des dommages sur les Européens, et des dommages importants, surtout en plein hiver. Et comme tout client d'une société, celui-ci a droit au respect de son contrat. L'Union européenne doit donc se mêler de ce litige car il la concerne directement, c'est une règle basique de la responsabilité civile et commerciale avant d'être une règle politique. L'UE doit s'en mêler. Car personne ne peut être dupe de la proximité de Gazprom non seulement avec le pouvoir - le lien est organique, c'est une société d'Etat - mais aussi, et surtout, avec le FSB - les services secrets russes. Ce que décide Gasprom c'est ce que décide le Kremlin. Coté russe, le litige est privé, la décision est politique.

L'Europe doit être audacieuse et non pas frileuse. Il s'agit d'avancer à 27 en matière de diversité, de solidarité et de sécurité énergétique. Peu importe que le traité de Lisbonne qui contient certaines dispositions plus claires ne soit pas adopté. L'excuse de l'insuffisance des bases juridiques dans les traités actuels est une fausse excuse. Une excuse pour ne pas agir. Tous les experts juridiques vous répondront qu'une base juridique se cherche, se trouve et, au besoin, s'interprète (voir revue de détail des bases possibles).

(1) Pour compléter on peut lire ou relire l'analyse de Pierre Verluise faite en octobre 2006 sur les relations commerciales Ue-Russie et l'utilisation de Gazprom par le pouvoir

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Défense UE (droit doctrine politique)
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commentaires

Ilya Kanak 10/01/2009 15:08

Bonjour,"Gazprom" est un groupe prestigieux, performant et tourné vers l'avenir. C'est un groupe au service de la Russie et de ses citoyens et non pas seulement au service de l'argent ou d'actionnaires. Comme une majorité de Russes, je suis très fier de ce groupe qui fait beaucoup pour améliorer notre vie quotidienne. Je ne pense pas que "GDF Suez" soit au service du Portugal et que personne des services français n'y travaillent...Je note que les Allemands souhaitent avec encore plus de force l'entrée en service du gazoduc "Nord Stream". Ils recevront le gaz directement de Russie et ils seront ainsi à l'abri du chantage ukrainien. Les Allemands savent qui est responsable de la situation actuelle. "Peu importe le fautif" est une formule couramment employée quand il s'agit de ne pas reconnaître que la Russie a raison.Les Européens ne sont pas obligés d'acheter du gaz russe. Et franchement, quand on voit les commentaires et les attitudes, pourquoi donc les Européens continuent-ils d'acheter à la Russie ? Car je vous assure que pour le gaz russe, il y a beaucoup de clients. Par exemple le gaz du gisement gazier de Chtokman peut être vendu aux Etats-Unis. L'Asie est également un marché très intéressant et il n'y a pas de pays de transit style Ukraine. Alors surtout n'hésitez pas. Personne en Russie ne regrettera les clients européens. Et il restera toujours les Allemands. Je vous invite à lire le compte rendu de la rencontre entre le Premier ministre Vladimir Poutine et la presse étrangère le 08 janvier. Les réponses sont très claires. Disponible en langue anglaise à l'adresse suivante : http://premier.gov.ru/eng/events/1656.htmlCordialement,Ilya KanakRiazan

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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.