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13 novembre 1991 3 13 /11 /novembre /1991 00:57

Ne pas reconnaître, c'est maintenir la pression
Depuis trois mois, la Slovénie et la Croatie se sont proclamées Etats indépendants. Et depuis trois mois, les Etats européens lui refusent cette indépendance. Mais la ferveur du “non” du début n'y est plus. On est passé progressivement du “refus”, puis d'une notion floue “d'indépendance négociée”, à la réalité d'aujourd'hui : “l'indépendance, d'accord. Mais... pas tout de suite”. Comme le note un responsable britannique, “il est bien évident que la fédération est fichue. (Mais) ne pas reconnaître immédiatement la Slovénie et la Croatie, c'est une manière pour nous de maintenir la pression, de forcer chacune des parties à trouver une solution amiable à la sortie de la fédération”. Conséquence de cette pression, les Slovènes et les Croates tentent le forcing pour affirmer par tous moyens leur souveraineté.

Qu'est-ce qu'un Etat ?
Au sens classique, en effet, un Etat est constitué quand un gouvernement exerce effectivement son pouvoir sur un territoire et un peuple donnés. Toute la difficulté est alors de déterminer ”l'effectivité” de ce gouvernement. Pour Jean Combacau, professeur à l'institut des hautes études internationales de Paris II, ”il faut que ce gouvernement ait réellement le contrôle de cette autorité. En Croatie par exemple, on ne peut, si l'on s'en tient à la rigueur juridique, estimer qu'il y a un Etat croate tant que l'ancien gouvernement central réussit à maintenir une parcelle importante de son autorité.” Pour la Slovénie, cela parait plus simple. Car “en retirant ses armées, et laissant la Slovénie se gouverner, Belgrade a, somme toute, reconnu de façon tacite, mais claire, l'indépendance slovène”. Reste à établir les traces de cette souveraineté. D'une part, la Slovénie, comme la Croatie, émettent depuis un mois leurs propres passeports, reconnus aujourd'hui par plusieurs Etats européens, un premier pas important vers la reconnaissance diplomatique. D'autre part, même si la frontière interne en Yougoslavie n'existe pas encore de manière tangible, les postes frontières “externes” sont désormais gardés par des agents slovènes. Seule ombre au tableau : la monnaie. Certes, la Slovénie a adopté une monnaie nationale, mais le Tolar n'est pas encore accepté dans l'usage de tous les jours. En outre, le gouvernement de Ljubljana continue - en douce - d'imprimer du dinar... yougoslave !

Ceux qui ont reconnu, ceux qui ne l'ont pas
Si quasiment tous les Etats d'Europe, même ceux qui n'en font pas partie, comme la Suisse ou les pays nordiques, disent s'aligner sur la position de la Communauté Européenne, chacun nuance son alignement. Tous les Européens souhaitent un consensus mais sans avoir quel contenu lui donner. Certains ont ainsi reconnu la validité des passeports croates et slovènes. D'autres s'affirment prêts à reconnaître les nouveaux Etats... mais seulement quand un autre aura franchi le premier pas. En clair, chacun attend le premier acte de reconnaissance. L'Allemagne et l'Italie semblent bien placés dans cette course au leadership...
Groupe 1 : reconnaissance de l'indépendance = Estonie...
Groupe 2 : reconnaissance des passeports = Autriche, Italie, Tchécoslovaquie, Hongrie...
Groupe 3 : attend le premier geste = pays nordiques...
Groupe 4 : la Communauté = Danemark, Espagne (“on ne peut contraindre des gens qui ne le veulent pas à vivre ensemble”), France

(article paru dans la Truffe, 13 novembre 1991 © NGV avec infographie JSI)

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Yougoslavie - mémoire d'un désastre
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.