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7 décembre 1989 4 07 /12 /décembre /1989 03:05
Depuis le 1er janvier, la Tchécoslovaquie - contrairement à toute l’Europe - tente tant bien que mal de créer une frontière entre ses deux peuples… pas totalement artificielle d’ailleurs. Mais essayons de voir pourquoi ?

Depuis des années on parle des habitants de ce pays situé entre la Pologne et l’Autriche, l’Allemagne et la Russie comme des tchécoslovaques. Mais en fait si la Tchécoslovaquie existe bien, c’est en tant qu’union au sein d’un même État de peuples différents dans la culture, la langue et le passé : les Tchèques et les Slovaques. Et si vous dites encore aujourd’hui à un (ou une) Slovaque qu’il est tchécoslovaque, et que vous admirez beaucoup Vaclav Havel (un tchèque) ce n’est sûrement pas la meilleure manière de créer l’intimité… ! La différence se marque d’abord par l’histoire. Issus de l’empire austro-hongrois, la Bohème-Moravie (le pays tchèque) était dépendant du gouvernement autrichien, la Slovaquie était dépendante du gouvernement hongrois. Elle est ensuite économique, la partie tchèque, au nord et à l’ouest, est largement plus industrialisée tandis que la partie slovaque, au sud et à l’est, est essentiellement de tradition agricole et paysanne.

Mais depuis la révolution manquée de 1968, ces deux républiques avaient su conquérir une mini-indépendance. Chacune avait à leur tête une capitale, Bratislava en Slovaquie, Prague pour la Bohème-Moravie, un gouvernement autonome et un Parlement local. Certains ministères tchécoslovaques d’ailleurs n'existaient pas. Ou plutôt si, mais il y en avait deux : un Slovaque, un Tchèque. Comme par exemple en matière d’éducation, de culture ou de santé. Il n’y avait pas d’hymne tchécoslovaque mais deux hymnes juxtaposés l’un à l’autre, l’un tchèque rapide et nerveux, l’autre plus lent et triste, le Slovaque. Bref on pourrait énumérer sur une longue liste les différences infimes qui séparaient ces deux peuples.

Malgré cela ils étaient restés unis. Depuis 1918, de nombreux couples se sont formés cimentant la réalité tchéco-slovaque.
Pourquoi aujourd’hui alors se séparer ? Les Tchèques & Slovaques sont alors comme une vieille famille vivant, pour le bien comme pour le pire, dans une seule maison et qui décide sur un coup de tête de se séparer en deux. Comment partager la cuisine, la chambre, la voiture, le jardin… ? Bien des habitants des deux cotés de la nouvelle frontière commencent aujourd’hui à réfléchir et regretter… Un peu tard.

 Car, surtout, en Slovaquie les problèmes ne manquent pas. D’abord la situation économique est très dure. Ses deux principales richesses, l’agriculture et l’industrie lourde (métallurgie, militaire…), ont bien du mal à s’adapter à la nouvelle situation économique et aux normes occidentales. Ensuite l’emplacement géographique de la capitale - Bratislava est située à 3 kilomètres de la frontière et 65 kms de Vienne - fait craindre qu’elle ne devienne qu’une simple annexe de l’Autriche. Enfin la situation interne politique est très délicate avec la minorité hongroise, forte de près de 500.000 personnes, et l’importante communauté tzigane. Les tensions risquent d’être d’autant plus importantes que le nationalisme slovaque est (ré)apparu. Sorte de revanche sur le temps - lointain - où la Slovaquie n’était qu’une partie opprimée du royaume hongrois, l’emploi de la langue hongroise jusqu’à là protégé a donc été supprimé, et certaines écoles fermées. Des supporters de football ont même été molestés.

Même si la situation est très différente et la majeure partie de la population pacifique , cela ne va pas sans rappeler les premiers pas de la guerre yougoslave en 1989 contre les Albanais du Kosovo…

Nicolas Gros © Quotidien de Paris 7 décembre 1989

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Elargissement UE
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