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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 17:00
Louis Gallois, le PDG d'EADS, est venu aujourd'hui (24 mars) à Bruxelles pour expliquer aux députés de l'Assemblée de l'Union européenne occidentale (UEO) la position de sa société dans les retards de l'A400M. Très intéressant car il confirme certains postulats et avance des chiffres plus précis, en matière de retard, de pertes économiques et de la renégociation en cours du contrat avec les Etats.

La cause du retard, avoir
accepté un calendrier infaisable, avec une organisation et un contrat pas adaptés.

Elle est simple pour Louis Gallois : « EADS a sous-estimé la capacité et la complexité du programme. Nous avons accepté une livraison de l’avion en six ans et demi. Alors qu’on ne connaît pas de programme de ce type livré en moins de 12 ans. Pour répondre à la demande de deux de nos clients Français et Britanniques, qui avaient des difficultés de transport, nous avons accepté un calendrier exagérément ambitieux.» Des discussions sont toujours en cours avec l’OCCAR. « Si nous livrions l’avion dans une amplitude de 10 ans, nous serions encore la référence dans ce domaine.» Soit si je calcule bien, un retard d'au minimum 3-4 ans voire un peu plus.

A cela s’est ajoutée, précise Louis Gallois, une «organisation exagérement complexe» chez EADS, avec un partage de fonctions entre Airbus et les opérateurs militaires. «Nous avons réorganisé le programme sous tutelle exclusive Airbus, en créant business unit « Airbus military ». Cette organisation est désormais effective. »

Enfin, « notre entreprise a sous-évalué les ambitions et les enjeux. On a signé un contrat commercial, qui n'est pas forcément adapté à ce type d’avion, en assumant les risques, sans programme d’évaluation des risques, sans prototype, en commençant de zéro«Cela a été une erreur majeure de notre entreprise.» reconnaît Louis Gallois. « Maintenant il faut revoir le contrat de manière à revenir à la réalité : le calendrier, les standards nécessaires ».

Les conséquences : plus de 2 milliards d'euros de perte, sans compter les pénalités

«Le programme coûte cher pour EADS». Et Louis Gallois d'affirmer que « la perte programmée est supérieure à 2 milliards d’euros alors que le premier vol n’a pas eu lieu». Les pénalités que pourraient devoir verser EADS s'élèvent, selon lui, à « 1,4 Milliards d’euros. Mais pour l’instant nous n’avons rien payé. Nous verserons cette pénalité quand les avions seront livrés. Ils sont déjà provisionné dans nos comptes». A noter qu'une partie seulement des pénalités sont provisionnés dans les 2 milliards d'euros.

La résiliation du contrat ou la réduction des commandes est possible mais pas sans conséquences économiques...

 « Effectivement au 31 mars, si le premier vol n’a pas lieu - et il n’aura pas lieu -, par un consensus, les nations peuvent mettre un terme au contrat.
Et ensuite nous avons 60 jours pour rendre les 5,7 Milliards reçus au titre des fonds reçus pour la prélivraison des avions. » a confirmé Gallois. Mais de préciser : « il faut un accord à l’unanimité. Nous n’en sommes pas dans la situation. »  Mais, au détour d'une phrase lâchée, Louis Gallois a clairement averti ses interlocuteurs : « Toute réduction de commandes ne sera pas sans effet. Tout d'abord, le prix ne pourra être le même. Et ensuite ce n’est pas sans conséquences industrielles ». Autrement dit économiques... Environ 40 000 emplois dépendraient de ce programme chez Airbus et ses sous-traitants, selon un responsable d'EADS, dont un tiers en France.

Et de préciser également - en cas de doute que le développement militaire est nécessaire pour l'équilibre d'Airbus : « L'ouverture sur le marché militaire permet d'équilibrer par une activité plus régulière, une activité civile, plus cyclique ».

Pour faire face au gap de transport, des solutions transitoires existent et EADS est prêt à les étudier
 
Comme certains Etats ont « évoqué une réduction de la cible, de la quantité commandée - a confirmé Louis Gallois -, pour dégager des financements pour réduire le gap capacitaire et l’achat peut-être d’avions américains pour faire face à ce manque de capacités, « EADS est prêt à regarder cette question » a-t-il précisé. «Nous sommes conscients du retard», a-t-il ajouté. «Nous allons proposer à nos clients, particulièrement Français et Britannique, des solutions de transition pour faire face au gap transitoire : des avions cargos légers, des A330 de transport (pour la longue distance), et la prolongation des capacités actuelles par travaux de maintenance.» De là à payer pour cette solution, il y a un pas que le président d'EADS s'est refusé à franchir. Quand je l'ai interrogé (entre l'ascenseur et sa voiture), pour savoir s'il allait payer à ses clients une location d'avions C130, il a eu un sourire. « Je n'ai jamais dit çà. C'est vous qui le dites ».

Premier vol avant la fin de l'année.


« Le premier vol, je l'espère à la fin de l'année. Mais cela dépendra de la faisabilité du Fadec » (le système logiciel de contrôle du moteur).

Un avion remarquable technologiquement ...

Louis Gallois a tenu à défendre la technologie retenue pour l'A400M. «L'A400M est un avion unique, il sera encore au service en 2050, il faut donc qu’il soit au niveau technologique pour vivre 30-40 ans.» Il combine dans un seul volume les fonctions d'un avion stratégique et tactique. «Il peut emporter 37 Tonnes en mission stratégique. Il a des fonctions analogues à celles d’un avion moderne de chasse et a une complexité supérieure aux deux chasseurs européens les plus récents (Eurofighter et Rafale). Il aura une certification civile, ce qui est une première pour un avion militaire. Cela représente une énorme contrainte technique. Mais c'est aussi une sécurité pour cet avion, car cela le protège de réglementations des années à venir qui peuvent conduire à l'interdiction des avions militaires dans les couloirs aériens civils» a-t-il ajouté. Enfin, le rapport coût performance est remarquable, c'est peu connu.

... qui n'a pas de concurrent et a un "vrai" avenir commercial

Aucun appareil de ce type n'est disponible sur le marché. Même de l'autre côté de l'Atlantique. « Les Américains ne développent pas d'avion concurrent » assure Louis Gallois. Au contraire. « Ils suivent de près notre programme et nous demandent de les tenir étroitement informés. Ils nous disent que cet avion les intéresse. Car il vient combler un manque entre le C27 ou le C130 (plus petits) et le C17 ou le C5 (plus grand) ». Une fois dégagées des difficultés, et les premières livraisons actuelles, l'A400M pourra s'attaquer au marché à l'export. Et il est « important ». Car il s'agit à terme de remplacer les quelque 3000 C130 actuellement en service.

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Marchés de défense - Industrie
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