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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 20:28
L’île verte a un passé chargé de violences, passé qui jusqu'à récemment s'exprimait encore par des violences et des attentats au nord, et un farouche attachement à la neutralité au sud.

La dernière partie de l'ouvrage de
Pierre Joannon, un des meilleurs spécialistes français de l’Irlande, intéressera tous ceux que la lutte anti-guérilla et son processus de résolution intéresse, comme ceux qui veulent comprendre les ressorts de la mentalité irlandaise, de son organisation politique depuis la naissance de la République d'Irlande jusqu'à aujourd'hui. L'ouvrage remonte bien plus loin mais c'est cette dernière partie qui m'a attirée d'abord (je vais maintenant remonter dans le temps). Cet ouvrage restitue tout autant que les faits, le contexte politique, sans les lourdeurs de l’écriture historique traditionnelle. Ce qui est agréable.

Sans cette plongée dans l'histoire, o
n ne peut pas comprendre, par exemple, la réaction de la population irlandaise à l’égard du Traité de Lisbonne ou cerner les divisions entre partis politiques, entre le Nord et le Sud. Tout ce qui a nourri la guerre durant des dizaines d'annés dans l'Irlande du Nord. Comme la notion de neutralité qui a traversé les âges irlandais. "La neutralité correspondait au vœu profond de la composante nationaliste de la population irlandaise. En février 1927, c'est-à-dire avant même que le Fianna Fail ne fit prévaloir ses vues, Kivin o’Higgins avait déclaré  devant le Dail : «la neutralité de l’État libre (Irlande) est une fin qui doit être ardemment souhaitée »." (...) En 1936, alors que la SDN n'arrive pas à empêcher l'Italie de mettre main basse sur l'Abyssinie, "De Valera en tira promptement les conséquences. Le 18 juin 1936, il déclara devant le Dail Eireann (l'assemblée irlandaise) que la neutralité était dorénavant le seul recours des petits Etats : « La SDN a perdu la confiance des peuples du monde. Nous ne pouvons plus lui faire crédit… Les petits Etats européens doivent pourvoir à leur propre défense… Nous devons être neutres ».

Et surtout l’attachement à l’Europe qui semble attaché à l'indépendance de la République. Ainsi que le disait Todd Andrews, vétéran de la guerre d’indépendance, et compagnon d’Eamon de Valera, un des pères de la République irlandaise : « J’ai toujours eu chevillé au corps la conviction que l’Irlande n’avait pas d’autre choix, si elle voulait survivre en tant qu’entité distincte du monde anglo-saxon qui l’entourait de toute part, que de s’identifier au continent européen culturellement et, si possible économiquement ». L'auteur ajoute (plus loin) : "Ce que l’Europe apporte de plus précieux aux Irlandais est d’un autre ordre (que le développement économique) : plus encore que la possibilité de dynamiser une économie en quête de débouchés, c’est le désenclavement des énergies et des mentalités, la fin d’un tête à tête oppressant qui se traduit par l’instauration de relations apaisées avec un voisin dont on sent moins dépendant, le rattachement au continent d’une conscience libérée des pesanteurs de l’histoire et de la géographie, et la confiance que ce destin partagé finira par reléguer les violents  soubresauts du Nord au magasin des vieilles querelles oubliées. "

• « Histoire de l'Irlande et des irlandais », de Pierre Joannon (éditions Perrin, Poche, Paris, 832 p., 12 euros)

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Lectures du week-end
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.