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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 07:14

InterceptPiratesJeanDeVienne-Fr090104.jpgLa piraterie somalienne, ses causes, son organisation, reste encore un mystère. Mais l’un des mérites de l’opération européenne EUNAVFOR Atalanta est de pouvoir en cerner certaines causes et modalités d'action.


Trois causes

Plusieurs faits semblent fonder la piraterie. Tout d’abord, la pauvreté. Devenir pirate dans un pays pauvre comme la Somalie est la perspective d’un revenu assuré. Un marin engagé dans une opération, peut gagner environ plusieurs milliers de dollars. Une somme importante quand on sait que le revenu ne dépasse pas 1 $ par jour. La mise de départ pour une opération peut ainsi être de 20 000 $ alors que le revenu espéré dépasse le million de dollars. Les rançons versées oscillent, en général, entre 1,5 et 3 millions d’euros.

Avec un risque très faible. C’est le deuxième élément : la désagrégation de l’État somalien, permet, facilite, encourage la piraterie. Avec une large portion du territoire qui lui échappe totalement. Et des tendances centrifuges, s’exprimant sous forme de revendications indépendantistes (Somaliland, ancienne colonie britannique) ou autonomistes (Puntland).

Le troisième élément est la « volonté de revanche » par rapport au pillage des ressources somaliennes (pêche illégale ou rejet de produits toxiques). Un élément plus flou mais qu’ont pu percevoir les responsables d’Atalanta lors de leurs prises de contact avec la diaspora somalienne à Londres, comme l’a confirmé récemment le premier chef de l’opération, le Contre-amiral, Phil Jones.

L'organisation en bande

La piraterie semble être le fait de plusieurs bandes qui opèrent sur un modus vivendi calqué sur l’organisation de la pêche. Des noyaux différents : ceux qui interviennent, ceux qui gardiennent le bateau et les otages, ceux négocient la rançon. Des bateaux-mères, qui permettent d’aller loin en mer, et autour duquel opèrent plusieurs petits skiffs. La plupart des pirates sont des gens de mer - d’anciens pêcheurs, voire d’anciens gardes-côtes (certains formés par les programmes internationaux).

Les moyens utilisés sont assez rudimentaires – que ce soient en matière de skiffs (de petits bateaux de pêche) ou d’armes. Des armes basiques, plutôt anciennes (AK147, RPG…) de fabrication russe ou chinoise, qui servent davantage à intimider qu’à tuer. Ils sont cependant équipés des moyens classiques de liaison : radio VHS, GSM… qui leur permettent de se tenir au courant. Et des armes plus récentes ont fait leur apparition (fusil M 16 de fabrication américaine).

Les pirates somaliens ont une large autonomie tactique – qui permet d’évoluer et de faire face à différentes situations. Nous avons ainsi constaté, explique le Contre-Amiral Jones, que « Les bateaux mères s’échangent des informations sur les navires vus ou à attaquer ».

D’après plusieurs sources, il semblerait que certains des pirates aient été formés soit comme militaires dans les écoles soviétiques (cf. témoignage d’un ancien contre-amiral soviétique Sergey Bliznyuk publié dans Gazeta Po Kievski et relaté par Lloyd List), soit comme gardes-côtes par des sociétés privées, notamment dans le cadre de l’effort international pour soutenir la Somalie (cf. Roger Middelton).

Si les objectifs des pirates sont la délinquance de haute mer : saisir les bateaux, s’en assurer un profit assez rapide, mais sans victimes, la crainte des milieux internationaux et des autorités régionales (comme à Djibouti) est de voir la piraterie devenir plus internationale avec l’arrivée des mafias (européennes), la présence d’un armement plus important, plus moderne – notamment des missiles sol-air (type Stinger) qui pourraient être utilisés contre les hélicoptères. Des rumeurs persistantes font également état de ce type d’armement. Mais ces faits n’ont jamais, pour l’instant, été étayés. Ce serait un signe vers un enchaînement du banditisme au terrorisme.


L'objectif d'EUNAVFOR

L’intérêt stratégique de la communauté internationale – et donc d’EUNAVFOR et des autres forces internationales engagées dans le Golfe d’Aden — est donc de rééquilibrer la tendance à l’impunité, d‘augmenter le risque d’être pris et ainsi de diminuer l’attrait pour d’autres bandes organisées de venir sur « ce marché ». Jusqu’à l’arrivée des forces multinationales, le seul véritable risque pour les pirates était la noyade. La plupart des décès constatés l’ont été pour cette cause (six pirates notamment noyés dans le renversement de leur skiff après la remise de la rançon pour le Sirius Star).

Maintenant, il existe deux risques : être tué, être prisonnier. Même si aucun pirate n’a été tué dans une opération EUNAVFOR, jusqu’à mai, en revanche, plusieurs l’ont été lors d’un engagement avec un navire militaire : trois dans un heurt avec le navire britannique Cumberland, sous pavillon de l’OTAN, en novembre 2008 ; 5 autres dans deux opérations consécutives de libération des otages, l’une menée par la marine française (Tanit), l’autre par la marine américaine (Maersk Alabama). Le cas le plus dramatique recensé ces derniers mois dans la zone, est le décès de 15 personnes – la plupart pêcheurs d’un bateau thaïlandais, pris en otage par les pirates, et coulé par la marine indienne dans ce qui ressemble à une « bavure ».

Les démocraties ne pouvant avoir comme objectif de tuer les pirates, l’objectif le plus précis est de traduire ces pirates devant la justice. Ce qui se heurte à de maintes difficultés, techniques, légales, politiques. Mais somme toute réussit.

Selon nos sources, en un an, environ 200 suspects ont été remis aux autorités judiciaires, le plus souvent des pays riverains (Yemen, Puntland-Somalie, Kenya, Seychelles), de façon plus rare des pays du pavillon attaqué. 21 ont ainsi été rapatriés en France (15) aux Pays-Bas (5) et aux Etats-Unis (1) pour jugement. Le risque d’être pris lors d’une attaque d’un navire est désormais monté à 1 sur 3 environ. Ce qui n’est pas encore dissuasif pour des pirates pauvres. Mais permet de « circonscrire » le nombre de candidats potentiels.

Voir le bilan réactualisé jour après jour.

(crédit photo : marine française)

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Piraterie Golfe d'Aden - Océan Indien
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.