Par Nicolas Gros-Verheyde
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Publié dans : Défense UE (droit doctrine politique)
Lundi 6 juillet 2009
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08:09
Il l'a officiellement confirmé à nos confrères espagnols d'ABC, dimanche, comme il l'avait déjà laissé sous-entendre (cf. biographie) Javier Solana, le Haut
représentant pour la politique étrangère de l'UE ne briguera pas un troisième mandat. Mais il en a déjà fait deux à ce poste, soit 10 ans. Et, comme il le dit "je pense que dix ans est plus que suffisant". Mais pour autant il ne
compte pas raccrocher. "Cela ne signifie pas que je vais me coucher. J'ai encore de nombreuses
années, à être actif et je ne quitterai pas. Il existe de nombreux endroits où on peut servir. Je vais mourir avec leurs bottes."
L'Europe a un téléphone : celui de Solana
Celui qui est le "diplomate en chef de l'Union" a donné un peu de voix et d'âme à la politique étrangère européenne. Bien sûr cela n'a pas été avec tambours et trompettes. Et à l'intérieur
de l'Union européenne, on peut trouver le personnage un peu mou, pas assez tonitruant. D'une certaine façon, on pourrait dire "heureusement". Car c'est ce qui a permis au nouveau poste qu'il a
créé, d'exister d'abord, et de se développer ensuite. A l'extérieur de l'UE, en revanche, il n'y a pas de doute. En Iran, au Moyen-Orient particulièrement, en Afrique également (avec son alter ego
à la Commission européenne, Louis Michel, chargé du Développement), dans le Caucase ou les Balkans, l'Europe a bien "un téléphone" : celui de
Solana.
Depuis presque dix ans, il n'a cessé de voyager dans tous les pays, de rappeler, discrètement, les "15" puis les "25" et les "27" à leurs devoirs. Et petit à petit se forge non pas une vision
unique mais ce qu'on pourrait appeler "une communauté d'approches" malgré des histoires différentes. Quand on connait peu Solana, on peut se laisser abuser par son air inoffensif, voire confus, et
trouver son rôle insignifiant. C'est la première impression qu'il m'a donné. Et comme d'autres, je m'y laissé abusé, restant sur cette première impression durant plusieurs années. Mais depuis que
je suis de plus près la politique de défense (PESD), j'ai eu l'occasion de le côtoyer à plusieurs reprises et mieux le découvrir. Et ses phrases (paraissant) incompréhensibles, ses hésitations ou
ses silences veulent parfois davantage dire que des discours. Et, puis, ce n'est pas le genre à se vanter publiquement d'un accord ou d'un succès auquel il n'a pas contribué. Même quand il y a
contribué, il reste très discret (lire son portrait publié dans
Europolitique).
On pourra voir toute la place qu'il occupe, quand il quittera ses fonctions, fin octobre. Enfin... fin octobre. Un
peu plus peut-être, pour cause de Traité de Lisbonne, un peu retardé dans la ratification, ou de brouillage dans les nominations des commissaires pour la nouvelle Commission (lire le
premier ratage de Barroso II).
Et quelques souvenirs
L'entretien avec ABC est un exercice personnel, assez intimiste. Ce qui a le plus impressionné
Solana ? "Le roi Hussein de Jordanie. Un homme d'une grande dignité, d'une grande intelligence et avec un style personnel". Et quelques moments : "un voyage sur le fleuve Congo, avec le Président Kabila, dans un petit bateau près de la misère, avec une bonne atmosphère qui a fait rédiger deux ou trois
articles de la Constitution, pour les élections au Congo. Ou à la mort d'Arafat, il était le seul étranger à partager avec ses amis le
soir de l'enterrement. De longues discussions avec les
Pachtounes, après l'assassinat de Bhutto ... " Et si d'ici la fin de son mandat (fin octobre), il peut négocier un "processus de
paix", il serait le plus heureux des hommes du monde.