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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 01:40

C'était en avril dernier : le Tanit est capturé par les pirates. Un couple de Vannes, Florent et Chloé Lemaçon, partis avec leur enfant faire une partie du tour du monde avec deux amis, sont pris en otages en plein Océan indien. La France décide une intervention rapide. L'assaut se termine en tragédie : le skipper, Florent Lemaçon, meurt victime d'une balle. Une balle perdue d'un militaire, de pirates ?... Toutes les versions ont circulé. Pour la première fois, son épouse, Chloé, revient sur ce drame et remet certaines vérités à leurs places.

C'est un journaliste de l'Observer - le supplément dominical du quotidien britannique The Guardian - qui a recueilli son témoignage. Un long article - portrait signé par Jason Burke, à lire intégralement, empreint d'une grande humanité et dans un format long qu'on ne trouve plus que (très) rarement dans les colonnes de nos journaux.

Sur son blog, dans un post daté de ce lundi, Chloé Lemaçon est encore plus explicite et met en cause le gouvernement, l'accusant de "manipulation médiatique". Ci-dessous (ma) traduction de l'article de Jason Burke, complété de certains détails donnés directement par Chloé Lemaçon sur son blog (en gris), et repris avec son accord.

Très jeunes commandés par un plus âgé. (samedi 4 avril)

Le temps que Chloé réalise ce qui se passe, un bateau est à la poupe du yacht et 5 hommes pointent leurs Kalashnikovs sur elle. « C'était mauvais. Ils étaient pour nous ». Elle appelle son mari. Florent vient juste de raccrocher le téléphone satellite avec sa mère. « Quatre sont des jeunes, dans leur T-shirts en haillons et shorts. Un cinquième, nettement le leader, est plus âgé. La première chose qu'ils font est de mettre tout le monde sur la proue du bateau et de vérifier qu'il n'y a aucune autre personne à bord, puis de demander qui est le capitaine et de donner l'ordre de mettre le cap vers la côte somalienne. Il n'y avait aucun moyen de résister ou de s'enfuir. Et 15 minutes plus tard le Tanit se dirige vers l'ouest. Une heure plus tard, quand un avion militaire de la coalition internationale survole, à plusieurs reprises (le bateau), les pirates paniquent. Craignant que la vue de leur bateau amarré à un yacht au milieu de l'océan ne déclenche la suspicion, ils coupent l'amarre. »

Panique à bord à l'approche de la marine. (Dimanche 5 avril)

«Le rendez-vous quotidien est manqué, les parents à la maison tentent de donner l'alarme. Mais on leur a dit de ne pas s'inquiéter, en dépit de l'attaque contre le cargo signalée la veille. »

(Lundi 6 avril, soir) Après une deuxième journée de silence, l'alarme a été donnée. Un avion français survole le Tanit et une frégate de la Marine française (NB : le Floréal) quitte Djibouti avec une équipe de commandos à bord.

(Mercredi 8 avril, soir) Quand la frégate atteint finalement le Tanit, celui-ci était à 48 heures de la côte somalienne. « Tout est devenu très tendu. Les pirates ont amené l'équipage sur le pont avec des canons à leur tête. Ils étaient totalement perdus. Lorsque la Marine est arrivée et les a encerclés, ils n'avaient aucune idée quoi faire. Leur chef a appelé au téléphone ».

Un RHIB des fusilliers marins s'entraînant dans l'anse de Djibouti

avant le départ du Floréal, début avril © NGV

Les négociations

Leurs sauveteurs, aussi, paraissaient incertains de la façon de procéder. « Les troupes françaises tirent sur le mât et les voiles dans une tentative pour immobiliser le bateau. Mais le courant continue de les entraîner vers la côte somalienne. Les négociations continuent 24 heures entre les pirates et les Français sur des bateaux à moteur de la frégate (française). Deux des pirates les plus jeunes veulent se rendre - et posent même leurs armes - mais la nuit est tombée. » "Les Lemaçons sont sûrs que les négociateurs les ont vus dans la cabine arrière du bas du bateau et nulle part ailleurs."

(Jeudi 9 avril, après-midi) : « Une des frégates se rapproche à une centaine de mètres de Tanit (...). Comme à chaque rapprochement, les pirates nous font tous monter sur le pont. Un drap est tendu le long de la coque de la frégate, on peut y lire "STOP". Puis, nous pouvons entendre que nous devons arrêter le bateau, que la France n'acceptera pas cette situation et qu'ils utiliseront la force, s'il le faut, pour arrêter Tanit. (...) Quand les pirates comprennent la détermination des forces en présence, ils me font immédiatement descendre dans le carré avec Colin et sous la surveillance rapprochée d'un des deux chefs. Ainsi, quand les tirs commencent à résonner, c'est le chaos total à bord, plus d'une dizaine de tirs résonnent dans le mât. Dehors, Florent pousse un tel cri que je crois qu'il est blessé (en fait un des pirates a laissé partir un coup, heureusement sans conséquences). Je suis face à face avec ce pirate et sa kalachnikov, mon fils dans les bras et je lui répète sans fin: "please". Il est affolé, me vise en ayant retiré la sécurité de son arme, cela dure quelques minutes... Toutes les voiles de Tanit sont donc affalées, la nuit tombe, les pirates sont fortement agités. Ils ne cessent de téléphoner ou de discuter en somali à la VHF avec le médiateur. Certains se rendent, posent les armes, un autre veut se suicider... jusqu'à ce que le chef rallume son GPS et constate que Tanit file à 2,5 Nds vers la Somalie, portée par le courant. Fin des communications, nouvelle nuit d'angoisse... »

(Vendredi 10 avril) "Après une longue journée de négociations, le yacht n'est plus qu'à 30km au large (des côtes somaliennes)."

Le coup mortel : un tir "réflexe" ?

Ce qui est arrivé ensuite : "il est assez clair que la version officielle largement rapporté est assez loin de la vérité" rapporte Jason Burke, qui raconte la suite : "Tout d'abord, des tirs viennent de la frégate à partir de laquelle les tireurs d'élite visent le leader et blessent deux des pirates. Des dinghies avec des commandos apparaissent à l'arrière la frégate, atteignant le Tanit en 30 secondes. Un coup est tiré par un pirate qui, blessé, s'écroule par terre, prend son arme et tire sur l'un des otages dans la cabine avant, mais il le manque et est plaqué au sol par sa cible et l'un des pirates. Il n'y a alors plus aucun échange de tirs lorsque les troupes françaises montent à bord du yacht. Les Lemaçons, tous trois, sont, comme d'habitude, seuls dans la cabine à l'arrière, sans surveillance. Les soldats se ruent sur la poupe du bateau et prirent position, Florent (Lemaçon) a vu l'un au-dessus à travers le hublot et se relève instinctivement pour lui crier d'aller à la proue, où ses deux amis sont. (Chloé) Lemaçon n'entend aucun coup de feu mais sent son mari s'effondrer sur elle et son fils".

Chloé Lemaçon complète sur son blog : « Il n' y a qu'un pirate de tué par les tireurs d'élite, deux autres sont blessés. Celui qui saute à l'eau le fait contraint et forcé au moment où les commandos montent à bord. Il n'y a pas d'échanges de tirs à cet instant. Florent n'est pas dans le carré mais bien dans la cabine arrière avec nous, cette même place que nous n'avons pas quittée durant toutes les négociations. La balle qui a tué Florent n'est pas une balle de kalachnikov, et elle n'était pas perdue. »

Un coup de "pas de chance"

En tout cas, Chloé Lemaçon rejette toutes les critiques d'inconscience qui ont été prêtés au couple de Vannes. Au contraire ! Avertis par la marine française de ne pas aller vers le Kenya, ils changèrent de destination, visant les Seychelles. Ils se gardèrent de s'approcher à moins de 500 miles des cotes. Chloé Lemaçon explique qu'ils étaient "à 9 degrés 36 nord, 58 degrés 35 sud, soit à 512 miles marins (823 km) des cotes somaliennes et non à 640 km (397 miles) comme rapporté". Les pirates avaient attaqué un cargo non loin dans l'océan la veille. Le petit bateau n'était pas vraiment d'un grand intérêt pour eux. Mais les pirates, après leur chasse de la veille, avait épuisé tout leur carburant, d'eau et de nourriture et n'avaient même pas assez de carburant pour revenir à la Somalie. Le Tanit, ironiquement, leur a (facilité) la vie...

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Piraterie Golfe d'Aden - Océan Indien
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.