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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 12:55

SoldatsPolonaisHommage-Pl1004.jpgDans l'accident de l'avion présidentiel polonais près de Smolensk, ce ne sont pas seulement certains leaders, responsables politiques, économiques et militaires qu'a perdu la Pologne, c'est une partie de son âme. Dans cet avion se trouvaient, en effet, des responsables de tous les partis (PiS, PO, SLD) mais aussi des représentants et proches des fusillés de Katyn, et des responsables de Solidarnosc, comme l'égérie des chantiers navals, Anna Walentynowicz. Ainsi que le dernier président de la république polonaise en exil à Londres, Kaczorowski (1). En cela, l'accident ressemble à une perte de la mémoire nationale et résonne étrangement aux yeux des Polonais.

Un changement politique en Pologne ? Ensuite, cet accident se produit alors que les principaux partis politiques polonais posaient leurs pièces pour la future élection présidentielle. Cet évènement, d'une part, oblige à anticiper l'élection mais pourrait aussi rebattre les cartes politiques. La plate-forme civique (PO) parti du Premier ministre pouvait espérer emporter l'élection. Avec la mort de Lech Kaczynski, son parti dirigé par son frère jumeau, Jaroslaw, pourrait renverser la vapeur et l'emporter, à la faveur de l'émotion créée par sa mort. Tout le monde, même ses anciens ennemis comme l'ex-leader de Solidarnosc, Lech Walesa, ou le ministre des Affaires étrangères, Radek Sikorski (2), lui rendent un hommage vibrant au patriote qu'il a été.

Quel est le rôle des Russes ? Autre élément : l'accident ne s'est pas produit n'importe où — mais en Russie —, à un moment clé — quand Russes et Polonais, pour la première fois depuis 70 ans, commémoraient ensemble les cérémonies de Katyn. C'était, en quelque sorte, une réconciliation tardive, douloureuse mais nécessaire entre les deux voisins que tant de conflits ont séparé dans les siècles précédents, et dans les dernières années. La mobilisation russe, au plus haut niveau, de compassion tout d'abord (en mettant certains moyens comme des chambres d'hôtel à disposition des familles) puis judiciaire et politique (pour faire toute la lumière sur cet accident), est donc vitale, à la fois pour le pouvoir russe mais aussi pour le pouvoir polonais. Afin d'éviter que s'insinue, dans une population déjà sensible, l'idée d'une possible implication des services secrets russes dans cet accident. Après tout, Kaczynski comme d'autres n'étaient pas tendres face aux Russes (3). Et il y a des précédents (4). Cette hypothèse n'est cependant pas crédible en l'état.

Pourquoi le pilote a voulu se poser malgré tout ? Le fait que les boites noires aient déjà été retrouvées, et l'association étroite des enquêteurs polonais à leurs homologues russes devraient permettre de faire rapidement la lumière sur les causes de cet accident. Et de confirmer les premières hypothèses des contrôleurs aériens de Smolensk (ancien aéroport militaire) qui ont très vite pointé du doigt le pilote de l'avion polonais et une erreur de pilotage. Si cela s'avérerait juste, on peut cependant se poser d'autres questions. A commencer par celle-ci : qui a ordonné au pilote, malgré tout de se poser à Smolensk ? Les raisons peuvent sembler évidentes, avec de telles personnalités à bord, il ne pouvait être question, face à l'ampleur de l'évènement dans les mémoires polonaises (la célébration de la tragédie de Katyn) de prendre le moindre retard.

Y-en-a-t-il d'autres raisons ? Notamment avarie technique ou condition de l'avion. Les boites noires aussi devraient pouvoir l'expliquer ainsi que l'analyse des restes de l'appareil. Mais effectivement, on peut aussi s'interroger sur les conditions de sécurité de la flotte militaire polonaise. Entre accident (Casa C-295 en janvier 2008), incidents (5) et pannes à répétition (un autre avion polonais a eu un problème technique obligeant personnalités et presse se rendant à Smolensk également à emprunter un autre avion), il y a comme un problème. Le Tupolev Tu-154, un avion vieillissant mal, était-il vraiment adapté pour les transports officiels de cette importance ? Tous les investissements ont-ils vraiment été faits pour sécuriser ces avions ? etc... le débat risque d'être intense, en coulisses, et la responsabilité du ministère de la défense polonais pourrait ressurgir.

(1) Le gouvernement polonais s'est formé en exil dès 1939, d'abord en France (à Angers) puis à Londres à partir de 1940. Il continua de fonctionner après 1945, avec les exilés qui refusaient le nouveau pouvoir mis en place par les communistes et les Russes jusqu'à 1990, aux premières élections démocratiques.

(2) Sikorski qui vient de donner un "salut à la mémoire du président" pour "son patriotisme et de l'honnêteté dns l'engagement politique" par voie de twitter : « Różniliśmy się z Prezydentem,nigdy nie wątpiłem w Jego patriotyzm i szczerość w polityce historycznej.Oddał za nią życie.Cześć Jego Pamięci! »

(3) Lire "quelques souvenirs"

(4) Le premier ministre du gouvernement polonais en exil, le général Władysław Sikorski, sa fille et d'autres membres du gouvernement polonais ont été tués dans un accident d'avion. Le doute existe pour savoir s'il n'a pas été provoqué par les services secrets britanniques à la demande des Russes.

(5) Lire également : Les Polonais ont quelque problème avec leurs F-16

(crédit photo : ministère polonais de la Défense)

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Armées européennes
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.