Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 22:33
Rumiana Jeleva, la commissaire bulgare, pressentie pour prendre en charge l'Aide humanitaire et la réponse de crises continue d'être sur la sellette. La question ne semble plus être de savoir si elle part. Mais comment elle part et en compagnie de qui ? Même si la Commission Barroso II paraît assurée de son avenir, la crise est là et mine toutes les discussions.

Retour sur les derniers évènements.

- mardi, immédiatement après l'audition Jeleva se réfugie dans un salon VIP où, apparemment, elle s'effrondre moralement. En pleurs, elle explique qu'elle arrête tout et démissionne. Joseph Daul, le Français qui préside le PPE, la dissuade.

- mardi - mercredi, les coordinateurs de la commission développement se réunissent pour définir une demande précise : clarification du service juridique sur la valeur de la déclaration d'intérêts, niveau insuffisant de la commissaire

- mercredi, la contre-offensive des Chrétiens-démocrates du PPE se met en place. Tout d'abord, retarder au maximum toute prise de décision. Ensuite, tenter de prendre en otage un socialiste pour permettre un échange ou au moins une sortie honorable. La cible porte d'abord sur Ashton, trop haut, impossible d'autant qu'un avis passable a été donné. Ensuite, les regards se portent sur Sefcovic, le commissaire slovaque, une déclaration plutôt maladroite datant de 2005 sur les Roms et le fait qu'ils profitent du système social slovaque est porté en exergue. Un peu léger. On attend le prochain coup.

Jeudi, la situation s'envenime.

- Les
PPE boys insistent lourdement sur Sefcovic, envoyant toutes les 3 heures un communiqué de presse. Les S&D répliquent en estimant que plusieurs commissaires n'ont pas réussi leur examen de passage (outre Jeleva, le PPE Semeta et le libéral Rehn).

- A Sofia, le gouvernement tergiverse. D'abord il semble y avoir un plan B, Nikolai Mladenov, l'actuel ministre de la Défense, et ancien eurodéputé. "C'est le seul" aurait-il affirmé. Puis le Premier ministre se ravise et réaffirme qu'il n'a qu'un candidat, Jeleva. Mais il confie dans une interview à la télévision nationale que "there is nothing tragic if a commissioner is not endorsed, it is tragic that the previous government failed to construct our highways." ! Au passage, il accuse les socialistes et libéraux du Parlement européen d'en vouloir à la Bulgarie. Réplique des uns et des autres. La tension monte d'un cran supplémentaire : cette fois entre les eurodéputés et le Premier ministre bulgare.

- Cela prend une tournure de pugilat général. Et pour ceux qui ont connu (comme moi) une situation identique il y a cinq ans, avec l'affaire Buttiglione (1), à force de tergiverser, la Commission Barroso II semble prendre le même chemin que la Commission Barroso I avec l'affaire Buttiglione.

- Le président du Parlement européen Buzek signe, enfin, la lettre du Parlement à Barroso reprenant certains argumentaires de la Commission développement : 1° y-a-t-il dans les déclarations de la commissaire bulgare quelque chose de contraire au code de conduite des commissaires ? 2° Barroso est-il d'avis qu'elle a les compétences pour exercer les fonctions de commissaire à l'aide humanitaire et à la réponse de crises ?

- Jeleva n'a toujours pas été confirmée. Et plus les heures passent, plus c'est difficile. Même si un journal européen New Europe a publié une traduction (en anglais) de documents officiels bulgares qui tendent à clarifier la situation. Une deuxième audition de Jeleva pourrait être organisée. Martin Schulz, le leader S&D, explique qu'elle pourrait être "pire que la première".

- Du coté de José-Manuel Barroso, ce n'est pas le fait de maintenir Me Jeleva qui est en question. Mais par qui la remplacer. La proposition bulgare de N. Mladenov a plusieurs inconvénients dont celui d'avoir un homme de plus dans la Commission. Il faut aussi "sauver" la tête au PPE. Et avoir une espèce d'équilibre...

NB : L'avis du service juridique devrait être connu lundi. De même les coordinateurs de la commission développement du Parlement européen, responsables de l'audition de Me Jeleva se réunissent aussi lundi. Ce qui donne un peu plus de temps à la négociation politique.


(1) Il y a cinq ans : Le commissaire italien Buttiglione pressenti pour le poste de la Justice avait fait une déclaration inappropriée sur les homosexuels. Il ne s'était pas vraiment excusé. L'affaire avait monté. Et le Parlement voulait qu'un autre portefeuille lui soit attribué. Le gouvernement italien refusa, malgré la demande de J.-M. Barroso. Celui-ci tenta de sauver la mise en mettant en place un comité de commissaires autour de l'Italien chargé des Droits fondamentaux. Insuffisant, et trop tard. C'était le changement même du commissaire italien qui était nécessaire. Et même plus. Au fil des heures, l'adoubement de la Commission semblait être compromis. Il ne tenait en fait plus qu'à un fil: l'extrême droite. Martinez (Front national) donnait le baiser de la mort à la Commission en annonçant qu'il le soutiendrait. A la dernière minute, Barroso retirait la composition du collège puis le remaniait. Frattini remplaçait Buttiglione. Un autre commissaire était changé, la lettone Udre par Piebalgs (le gouvernement letton ayant été moins tetu que l'Italien, cela avait été moins médiatisé). Et le commissaire hongrois Kovacs, avait changé de portefeuille (avec Piebalgs, énergie contre fiscalité). Mais on n'a retenu que "l'affaire Buttiglione".

Partager cet article

Repost 0
Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Europe pouvoir - Traité de Lisbonne
commenter cet article

commentaires

Nouveau Site


Bruxelles2 a migré depuis 2010 ! Les derniers posts sont sur  : www.bruxelles2.eu

Ou sur la version professionnelle du "Club" sur souscription

Sans oublier le fil http://www.bruxelles2.eu/feed/link... ou le fil Twitter

Avertissement B2 - Bruxelles2 n'est, en aucune façon, responsable de l'irruption de publicités, sur ce site, qui sont de l'unique initiative et responsabilité de l'hébergeur, over-blog. Vous pouvez nous suivre désormais sur le site (sans publicité) de B2

Bruxelles2 en quelques mots

Derrière les murs, la politique (européenne) des affaires étrangères (PESC), de sécurité et de défense commune (PeSDC) est décryptée. Stratégie, politique, gestion de crises, industrie ou transport aérien militaire, surveillance maritime et protection civile...Missions militaires et civiles de l'UE (Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Géorgie, Moldavie / Ukraine, Afghanistan, Irak, Palestine, Congo RDC, Guinée-Bissau, Haïti, Océan indien, Somalie, Tchad).

logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.