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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 22:00
Les coordinateurs "affaires étrangères" réunis autour du président de la commission des Affaires étrangères, Albertini, devraient, dans leur ensemble, décerner ce soir un "satisfecit" à Catherine Ashton, pressentie pour être la vice-présidente de la Commission chargée des Affaires étrangères (et Haut représentant aux Affaires étrangères). Les responsables des principaux groupes (PPE, PSE, Libéraux) sont d'accord sur ce point. Après son audition par le Parlement européen, ce lundi après-midi, la Britannique a rempli les critères suffisants et donné des gages sérieux pour ses nouvelles fonctions. Les sceptiques de Ashton sont minoritaires ou doivent se taire (solidarité de groupe oblige)...
AshtonHearingPhotographes-PE100112.jpg
Honorable... sans mention. Lors de son audition Catherine Ashton sans être enthousiasmante n'a, en effet, commis aucun impair. Mieux ! Sur certains dossiers (Iran, Moyen-Orient, prévention des conflits, désarmement...), elle a montré qu'en quelques semaines (1), elle avait pu appréhendé suffisamment le contenu de ceux-ci pour être assez crédible (post à suivre). Très tendue au départ, mélangeant ses papiers, oubliant des questions, ne sachant pas vers qui se tourner pour répondre, elle a pris peu à peu d'assurance, au point de se détendre dans la dernière heure de l'audition, et dans les dernières 15 minutes se laisser aller à plaisanter avec les eurodéputés, en se moquant un peu d'elle-même. « Je sais, ce n'est pas facile de répondre par oui ou non ». Je serai plus réservé voire très réservé sur son positionnement dans le domaine de l'Europe de la défense (lire plus loin : la vision très british de Catherine Ashton).

L'Edith Piaf de la Commission. En fait, le mérite de "la détente" revient à un de ses adversaires (les plus farouches ?), William Darmouth (Ukip) qui à la 148e minute lui demande (encore une fois !, le tory Charles Tannock lui avait déjà posé la question) de s'expliquer sur son passé de trésorière de Campagne contre le désarmement (CND), "
non mentionné dans son CV officiel". Il l'a accusé également de s'être lourdement trompé à l'époque ("avec vous l'Europe ne serait pas libre aujourd'hui") et de ne rien renier : "êtes-vous l'Edith Piaf de la Commission: nothing, nothing, nothing, i regret nothing ? Ou allez-vous reconnaître que vous vous êtes fourvoyés et vous excuser ?"... Et comme elle marquait un temps d'hésitation pour répondre, il voulut enfoncer le clou : "are you afraid ?"... Ce qui provoqua immédiatement la réprobation d'une partie de l'hémicycle... Catherine Ashton avait alors beau jeu de répondre que "chacun son opinion. C'est la démocratie. C'est fantastique de voir des gens de 27 pays de toute l'Europe engagés dans le Parlement européen. C'est un grand choix de toute ma vie". Ensuite, elle a répondu que " sa vie était publique", que si le CV ne mentionnait pas son passé au CND, c'était parce que cela ne lui semblait "pas significatif pour le poste qu'elle occupait". Sur le fond, elle n'a pas voulu renier son engagement de l'époque : "un engagement en faveur de la paix. Je suis passionnément en faveur d'une Europe libre. (...) Quand j'étais jeune, j'étais engagé dans le désarmement. C'était un engagement en lien avec les mouvements de liberté de l'Europe. J'étais passionnément pour que l'Europe soit libre."

Un résultat "honorable sans mentions". A la fin de l'audition, nombreux ont été les députés à venir embrasser, serrer la main ou glisser un petit mot d'encouragement à la Baroness Ashton (aka Edith Piaf ?). Le plus dur semblait fait. Et dans son entourage, on a poussé un soupir de soulagement... A interroger les députés, ensuite dans les couloirs en dehors de la commission, cette impression plutôt positive s'est confirmée,
sans être dythirambique : « Il y a un net progrès par rapport il y a cinq semaines, lors de sa première audition » ont expliqué plusieurs députés. « On sent qu'elle est plus à l'aise qu'elle maîtrise mieux ses dossiers » considère ainsi le Français Arnaud Danjean (UMP/PPE). Même s'il « lui reste une large marge de progrès » a lâché, un rien vachard, un de ses collègues de parti, tenu à la discipline du groupe. Certes « tout n'est pas satisfaisant » commente Franziska Brantner (Verts). Mais il semble bien que Catherine Ashton ait décroché des eurodéputés le « Fair average quality » comme l'explique le Roumain Ioan Mircea Pascu (S&D), vice-président de la commission des Affaires étrangères. Bien sûr, « il n'y a aucune raison d'être enthousiaste. Nous avons une personne nouvelle pour construire quelque chose de nouveau. Cela fait beaucoup » a expliqué l'Allemand Elmar Brok (CDU/PPE) qui sait cependant bien qu'« on ne peut pas se permettre une nouvelle crise (de la Commission) ! Alors... ».

La modestie récompensée.
« Nous n'avons pas besoin d'une missionnaire » justifie la socialiste belge Véronique de Keyser (S&D). « Nous en avons assez de ceux qui prennent des postures, montrent des biceps, mais ne font rien de plus » complète une autre. Catherine Ashton doit « évoluer dans un nouveau contexte, avec la présidence tournante, etc. qui l'oblige à être discrète », explique la libérale belge Annemie Neyts. Le positionnement de Catherine Ashton pour une "diplomatie tranquille" a apparement plu. Sa modestie affichée (« Je ne suis pas élu. Vous l'êtes ») ne l'a pas desservie. Bien au contraire! Son engagement de rester proche des précocupations du Parlement a ravi : « Vous avez tous posé des questions fort intéressantes mais peut-être pas obtenu toutes les réponses. Je ferais de mon mieux pour être disponible. Plus nous continuerons le dialogue, plus nous serons à même de résoudre les préoccupations qui nous occupent. »
AshtonHearing@PE100112
Une remarque sur cet exercice d'auditions.
1° C'est un exercice au demeurant rare au niveau national (du moins français) qu'il est très peu compris dans ses enjeux comme dans la valeur de son exercice par nombre de compatriotes.
2° Certains députés français n'ont d'ailleurs que peu compris leur exercice. Je citerai trois d'entre eux : Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche) qui coprésidait la séance !, Vincent Peillon (Parti socialiste), Dominique Baudis (UMP) ont posé leur petite question, sont restés quelques minutes de plus, par politesse, puis s'en sont allés discrètement sans attendre la fin de l'audition (2).

3° Cet exercice reste pour l'instant peu satisfaisant à mon goût. En donnant très peu de temps aux questions et aux réponses, le Parlement européen voulait un exercice rythmé. C'est raté. Au contraire, on obtient un exercice totalement haché, où le commissaire a, à peine le temps de répondre à la question et pas de développer sa pensée.


NB : Sur la défense, lire : La vision très british de Catherine Ashton sur la défense européenne


(1) Une première audition, informelle, avait eu lieu le 2 décembre. Lire Ashton, nouvelle HR, apôtre de la démocratie tranquille... et du café de la Commission

(2) Heureusement quelques autres, comme Eva Joly (Verts) ou Arnaud Danjean (UMP), sont restés

Pour écouter l'audition...

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans HautReprésentant-ServiceDiplomatique
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.