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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 00:00
EquipeCoordinCE@E1001L'aide européenne est arrivée à Haïti. Sans être aussi massive et "tambourinante" que l'aide américaine, elle a été précise, rapide, et est montée en puissance peu à peu. Mais, voilà, cela ne s'est pas su...

Comment faire des choses et ne pas le dire
En fait s'il y a eu un véritable raté dans cette opération "Haïti", c'est la communication de l'UE, un "flop" retentissant qui a duré plusieurs jours, le temps que cela s'organise un peu, diront les âmes charitables, le temps que certains Etats décident de reprendre en main, diront les autres. On a ainsi véritablement commencé à avoir une vision européenne quand plusieurs pays ont évoqué l'idée d'envoyer une force de sécurisation - des gendarmes ou policiers militaires - sous drapeau de l'UE. Mais il était déjà tard. Dans le timing d'une catastrophe, chacun le sait, il faut être présent (médiatiquement) s'entend dans les 24-48 premières heures. Après le flot l'emporte...

Comment louper la com', en sept points ...

La réaction européenne dans ce domaine peut se résumer à quatre mots : trop lent, trop tard, trop discret, dispersé.

J'ai recensé au moins sept exemples :

- des communiqués de situation remis à jour mais publiés le plus discrètement possible. Sans aucun signalement médiatique, du moins au début. Il fallait aller fouiller au fin fond du site internet de la Commission européenne pour le trouver.

- des réunions de crise tous les jours sans aucun compte rendu, information à jour (et encore moins de photo !) ;

- aucun point régulier de situation fait en chair et en os ;

- une lenteur à disposer d'informations additionnées sur les moyens européens dégagés ;

- des chiffres incomplets, largement au-dessous de l'effort réel. Chaque entité européenne (Echo, Mic) a additionné ses chiffres des personnels engagés sans avoir une vue globale ni entreprendre une prise en compte de TOUS les moyens envoyés par les Etats membres (humanitaire, secours d'urgence, sécurité civile, militaires...). Ainsi l'humanitaire ne prenait pas en compte la protection civile, la protection civile ne prenait pas en compte les militaires, etc. Résultat, pendant plusieurs jours, il fallait prendre sa calculette et appeler chaque Etat, voire chaque direction générale de la Commission européenne, pour avoir une idée de l'effort global. Quand j'ai demandé pourquoi ce n'était pas fait, on m'a répondu doctement : « ce n'est pas nous qui coordonnons ». Sans compter que les quelques chiffres communiqués sur l'effort européen, durant les premiers jours de la catastrophe, étaient faux : ainsi ce blog répertoriait déjà plus de 1200 personnels européens engagés sur le terrain, alors que la Commission européenne n'en comptait qu'à peine 700 ! (lire : La Commission a minoré l'aide "protection civile" à Haïti ). Et encore aujourd'hui, il est difficile d'avoir une réponse concrète à une question simple : combien de personnels l'UE et les 27 Etats membres ont envoyé sur place, tout compris ? réponse... ;

- peu d'utilisation des instruments de diffusion rapide d'information (twitter) et des réseaux sociaux (sauf par ECHO qui a une page fan sur facebook, où il y avait d'ailleurs "un peu" plus d'information que sur la "communication officielle" ;

- une information disponible surtout en anglais. Double erreur selon moi. Erreur politique bien sûr car Haïti est un pays francophone. Et l'effort des pays latins ou francophones (Belgique, France, Espagne, Italie) a été notable dans cette crise. Même les marines US, à Haïti, s'efforçaient de parler en français aux médias ! Erreur de communication surtout : lors d'une recherche google (la première arme du journalisme aujourd'hui), les chiffres et informations de la CE (quand ils existaient) ne sortent pas (donc n'existent pas ! ) ;

- il a fallu en fait 2 réunions de conseils des ministres, pour qu'un peu de réalisme et d'efficacité reviennent. Au dernier conseil des ministres, plusieurs ministres européens ont ainsi mis en cause, parfois vivement, l'absence de visibilité de l'effort européen et l'importance vis-à-vis de leur opinion publique. Seul hic : si la gestion de catastrophes continue, l'actualité "Haiti" s'est peu à peu retirée des médias selon le phénomène classique de la "marée"... et le sujet intéresse moins.

Résultat : pour trouver de l'information, il fallait la chercher ailleurs dans les capitales, voire auprès de l'US Army (très bien organisée, avec brief quotidiens, photographies, vidéos disponibles). Ce type de fonctionnement me paraît assez incompréhensible. Il semble y avoir au sein des institutions européennes une absence de la prise en considération de la nécessaire gestion de crise de l'information. N'importe quelle ONG un peu constituée et professionnelle paraît mieux faire en la matière...

Une bataille perdue, davantage politique qu'il n'y parait

En conclusion, l'information a manqué et la communication a raté. Et l'Europe a perdu la bataille de la "visibilité". Cela peut paraître un détail au regard de l'ampleur de la catastrophe. Mais au regard de l'ambition politique de l'UE dans sa place dans le monde et la réponse de crises, c'est primordial. Etre là au moment où il faut et de façon massive est un acte, aussi, politique (2).

Il ne faut pas ensuite s'étonner si l'UE a eu toutes les peines du monde à s'imposer auprès du trio USA-Canada-Brésil pour la phase de reconstruction, alors qu'elle est pourtant un acteur majeur de l'aide à Haïti. Il ne faut pas non plus s'étonner si dans les opinions publiques, et dans la presse, l'impression a été donnée d'un effort médiocre, sous-estimé, mal coordonné...

Une occasion perdue pour Catherine Ashton

La situation est d'autant plus paradoxale que le Traité de Lisbonne avait pour objectif justement de remédier à la dispersion des efforts qui semblaient
jusqu'ici la caractéristique de l'Europe. Tous les outils possibles d'une intervention étaient à disposition, de la Haute représentante et la Commission européenne : humanitaire, développement, protection civile, militaire, policier... Cela n'a pas été plus efficace (voire moins) que lorsque ces outils étaient dispersés. Une opportunité a, là, été perdue, notamment pour Catherine Ashton qui aurait pu imposer sa marque, tout de suite. Une opportunité d'autant plus facile à saisir que peu de monde aurait pu s'opposer à voir l'UE prendre la tête de cette "mission".

(1) Lire notamment : A Haiti, la phase d'urgence pas terminée, 1000 avions en attente, un rapport édifiant de la CE
(2) Lire aussi : La sécurité civile, la pièce manquante à l'UE - Puissance civile

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Secours - Sécurité Civile
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.