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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 14:56
Que l'anglais soit la langue dominante, c'est un fait acquis et incontournable. Le français est désormais une langue minoritaire... Il faut être réaliste. Mais que l'anglais devienne la langue unique, surtout en matière internationale et diplomatique, c'est à la fois dangereux et contre-productif. On savait déjà que toutes les missions de l'Europe de la défense communiquaient essentiellement en anglais. Maintenant, c'est un fait avéré : elles communiquent uniquement en anglais, que ce soient sur leurs sites internet ou leurs communiqués à la presse. Il en est de même pour les agences : Agence européenne de défense établie à Bruxelles !, Centre satellitaire de Torrejon, Institut d'études de la sécurité de l'UE de Paris !! Et la tendance n'est pas près de s'arranger
• Lire aussi :
Le français, « langue morte » de la PESD ?)

De langue dominante, on passe à la langue unique. Catherine Ashton, la Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères n'a pas parlé un mot d'une autre langue que l'anglais lors de son audition de trois heures au Parlement européen la semaine dernière (1). Pas un "bonjour" ou "merci" dans n'importe quel sabir européen voire mondial. L'Espagnol Javier Solana, son prédecesseur comme Haut représentant, maniait outre sa langue natale, l'anglais et le français. L'Autrichienne Benita Ferrero Waldner, qui officiait à la Commission pour les Relations extérieures, parlait, l'Espagnol et l'Anglais (fort bien) et se faisait un devoir quand une question était posée en Français de répondre dans cette langue également. Catherine Ashton a, elle, adopté le monolinguisme universel et se fait un devoir de ne pas parler d'autre langue. Mieux. Pour l'action européenne sur le séisme en Haïti, la majorité de la communication s'est fait, jusqu'ici, en anglais (un comble pour un pays francophone). Il a fallu une réaction officielle et de journalistes pour que Catherine Ashton accepte d'adresser ses déclarations écrites, aussi en français. Quant au commissaire à la Recherche, le Slovène Potocnik (futur commissaire à l'Environnement), il a aussi adopté "english only".
• Témoin son dernier communiqué sur Haïti...

La diplomate en chef de l'UE en exemple. Catherine Ashton ne comprend même pas le "français simple". Exemple lors de la dernière conférence de presse, jeudi. Un de mes collègues de la Radio Suisse Romande et du Point, Alain Franco, lui a posé jeudi lors de la conférence de presse, une question en Français. Il a fallu l'aide (discrète) de son porte-parole (qui manie bien le Français) se penchant alors à l'oreille de la Haute représentante pour comprendre, ce qu'un débutant à l'Alliance française pouvait facilement comprendre. On peut se demander comment elle va faire au Conseil européen (quand il n'ya pas d'interprète) ou face à des dirigeants africains francophones, par exemple... Je me rappelle également les réactions avec un commissaire français ne comprenant l'anglais...
Regardez la conférence de presse (dans les dernières minutes), c'est symptomatique.

Ringard ! C'est généralement l'adjectif qui qualifie le journaliste, qui réclame une traduction en Français des principaux documents, qui passe alors pour un doux ringard, ignare de surcroît, et hostile au progrès. Or, le monolinguisme est dangereux et rétrograde. Le fait de n'avoir qu'une langue - qui n'est pas la langue natale de chacun - oblige à des raccourcis dommageables. Il modèle également une espèce de pensée unique, faits de mots standardisés - dont on oublie généralement le sens à force d'être utilisé. Comme journaliste je travaille régulièrement en anglais et m'essaie également dans d'autres langues (Allemand, Italien, Espagnol... au moins en lecture). Il est anormal que des responsables politiques et une institution qui ont pour obligation - de par les traités internationaux et la Charte des Droits fondamentaux - de respecter toutes les langues et nationalités, pratiquent ce qui pourrait se définir juridiquement à de la discrimination, alors qu'on demande de plus en plus aux journalistes de manier au minimum deux ou trois langues (*). Chacun me répondra de l'urgence ou d'un problème de traduction. Mon expérience des dernières années m'apprend que c'est faux : il ne s'agit pas d'un fait isolé. Mais d'une pratique répétée, construite et développée. (Nb : les principaux partis politiques au Parlement européen communiquent régulièrement dans au minimum 2 langues. Pourquoi pas à la Commission européenne).

(*) Tous les journalistes parlent au minimum 2 langues (anglais ou français ou allemand) en plus de leur langue natale. Faut-il préciser que la CE ne contribue aucunement à cette formation pluri-linguistique.

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Europe pouvoir - Traité de Lisbonne
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commentaires

Bernard 18/01/2010 08:46


L'Union européenne aujourd'hui, ce n'est pas seulement le travail des responsables et fonctionnaires de l'Union, c'est aussi une politique linguistique qui repose sur un principe : le respect de la
diversité linguistique, et sur une POLITIQUE EDUCATIVE : parvenir à ce que chaque Européen parle deux autres langues européennes en plus de sa langue maternelle.
La politique européenne ne peut que se discréditer à confier des postes en vue, et en l'occurrence particulièrement symbolique, à des personnes qui ignorent ou ne peuvent pas montrer l'exemple
de ce qui, dans l'enseignement des langues dans l'Europe d'aujourd'hui, est considéré désormais comme ELEMENTAIRE : la connaissance et l'ouverture à d'autres cultures par l'apprentissage d'une ou
deux langues étrangères.


DERVILLE 17/01/2010 17:03


Bonjour,
Lecteur régulier de votre Blog, il faut maintenant se demander comment concrètement on peut lutter contre
cette tendance. Au sein des instances européennes, il me paraîtrait logique qu'il faille plus ou moins bien parler trois langues : Français, Anglais, Allemand ou Espagnol.
Peut être la RP pourrait -elle nous donner quelques idées....

Pou ma part, je trouve insupportable que la plupart des Anglo-Saxons ne parlent que leur langue maternelle et tentent de nous imposer leur manière de communiquer. J'ai connu cela hors de la zône de
l'U.E.  


ERASME 17/01/2010 15:21


Bonjour Nicolas,

Vous avez raison de dénoncer cette situation des plus farfelue !

Dans les critères de choix du Pdt de la Commission et du Pdt permanent du Conseil européen, la maîtrise de plusieurs langues était présentée comme un élément déterminant !

Comment a-t-on pu accepter de soutenir une telle candidature ?

Avec tous mes encouragements les plus cordiaux et mes félicitations pour la quaité de votre blog et de vos analyses que je me plais souvent à citer sur le mien (Regards citoyens) !

ce sera le cas pour cet article aussi, afin de lui donner une diffusion élargie !

Avec meilleurs voeux !

Patrice Cardot


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Derrière les murs, la politique (européenne) des affaires étrangères (PESC), de sécurité et de défense commune (PeSDC) est décryptée. Stratégie, politique, gestion de crises, industrie ou transport aérien militaire, surveillance maritime et protection civile...Missions militaires et civiles de l'UE (Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Géorgie, Moldavie / Ukraine, Afghanistan, Irak, Palestine, Congo RDC, Guinée-Bissau, Haïti, Océan indien, Somalie, Tchad).

logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.