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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 13:24

AshtonConfPress2CmeMinAffEtr-UE100510.jpgLady Ashton, la diplomate en chef de l'UE, part en tournée, du 18 au 21 mai, dans trois pays africains concernés au premier chef par la lutte anti-piraterie. Elle visitera ainsi le Kenya (18/19 mai), la Tanzanie (19/20 mai) et les Seychelles (20/21 mai).

La Haute représentante de l'UE va tenter de convaincre ses trois pays d'ouvrir ou de conserver ouvertes les portes de leur justice pour accueillir dans leurs prisons et juger les somaliens suspects de piraterie arrêtées par les forces européennes.  

Elle visitera également les forces européennes impliquées dans la lutte anti-piraterie : avec les avions de patrouille maritime (il y en a trois actuellement: le Luxembourgeois, le Portugais ou le Suédois) et à bord d'un des navires d'EUNAVFOR Atalanta. Selon mes informations ce sera à bord du vaisseau amiral suédois, le Carlskrona, lors de l'escale aux Seychelles. 

Une nécessité ! comme l'explique Cathy Ashton, « La piraterie est un des grands défis de notre temps à la fois pour la région et la communauté internationale. Cela mine la sécurité maritime dans l'Océan indien, la stabilité et le développement dans la région. Nous voulons construire un partenariat avec les pays de la région à travers des solutions durables basées sur un partenariat local avec un soutien international ».   

Convaincre les pays de la région de s'engager sur la piraterie

La situation devient, en effet, critique pour le traitement des pirates en justice (1). Le Kenya a dénoncé début avril, l'accord de traduction des pirates qui le lie à l'Union européenne (2) et n'accepte, de toute façon, plus de suspects depuis le début de l'année. Le préavis dure durant six mois et il est important de faire revenir les autorités kenyanes sur cette décision avant l'automne. Les Seychelles ont menacé de faire de même (3) s'ils n'étaient pas aidés.

Coté Kenyan, les raisons de cette mauvaise humeur semblent multiples : pas assez de soutien européen financier et politique ; système judiciaire et pénitentiaire kenyan débordé ; pas assez d'engagement des autres pays de la région. C'est cette dernière explication que les Européens estiment plus rationnelle. Au niveau financier, en effet, « en cumulant l'aide communautaire (1,7 millions d'euros) et les aides bilatérales données par les Etats, on arrive à un montant de 5 millions d'euros disponibles » m'a-t-on expliqué à la Commission européenne. « Et seul un million d'euros de cette somme aurait été dépensé jusqu'ici. Il reste donc encore suffisamment d'argent ». Quant au nombre de prisonniers, les pirates représentent « à peine 0,2% de la population carcérale kenyane ». Et une aile de la prison de Shimo a été rénovée avec l'argent international.

Quant à la Tanzanie, elle n'a pas encore signé d'accord mais vient de modifier sa loi pénale, pour permettre la traduction en justice des pirates (sans peine de mort), première étape et condition nécessaire à la signature d'un accord. Ce pays est primordial dans l'organisation d'un traitement judiciaire de la piraterie maritime, à la fois à court terme mais aussi à long terme. Car l'idée est d'installer à Arusha (ou ailleurs), un tribunal spécialisé sur la piraterie maritime, ainsi que je l'annonçais il y a plusieurs mois (4). Plusieurs pistes sont ainsi explorées : une chambre spécialisée d'un tribunal tanzanien, un tribunal décentralisé où siégeraient des juges somaliens, une chambre spécialisée de la Cour régionale de l'Union africaine, un mix de ces solutions ou une solution ad hoc.

Pas de visite en Ouganda, un nouveau loupé ?

Aussi bizarre que cela paraisse, la Haute représentante ne se rendra pas en Ouganda, pays hautement impliqué dans la stabilisation de la Somalie et qui accueille la nouvelle mission EUTM qui démarre (5). Cela avait été envisagé dans un premier temps. Mais finalement il a été décidé de se concentrer sur le volet anti-piraterie. « Nous n'avons pas le temps » - explique son porte-parole. « L'Ouganda fera partie d'un prochain voyage en Afrique à l'automne. Quand la mission EUTM qui démarre (à peine) sera en plein régime. » Selon certaines informations, non encore confirmées, la Haute représentante pourrait cependant rencontrer le Colonel Ellul, chef de la mission à Nairobi, lors de son étape au Kenya.

L'explication est louable car trouver une solution pour les pirates interceptés par les navires européens est une priorité effectivement à court terme. Mais cela peut aussi apparaître comme un nouveau "loupé", politique, de la Haute représentante.

En tant que chef de la défense européenne, attendre six mois pour se rendre sur place sur la première nouvelle mission de la PSDC qu'elle a lancé peut ressembler à de l'indifférence.  

Au niveau africain, elle peut être ressentie comme une gifle par les Ougandais qui ont souvent été, historiquement, en situation de rivalité avec le Kenya, d'autant qu'ils supportent à bout de bras la mission de l'AMISOM en Somalie, accueillent la mission européenne de formation des soldats somaliens (EUTM) sur leur territoire et sont un des cinq pays avec qui l'UE a engagé des pourparlers pour accueillir les pirates (6).

Au plan politique, enfin, cela apparaît un geste contradictoire. L'Europe défend une approche globale. Et tous les acteurs (militaires, politiques, humanitaires, régionaux, européens) soulignent que la question de la piraterie ne se résoudra qu'à terre, etc (7). Lady Ashton, le rappelle elle-même  : « Nous avons besoin de s'attaquer aux causes profondes et aux symptômes du problème dans une approche globale ». Or, en focalisant son voyage sur un seul aspect - la piraterie - la Haute représentante ne joint pas le geste à la parole. Et l'Europe peut laisser l'impression, désagréable, que la stabilisation de la Somalie lui paraît moins importante que la sécurisation de ses routes maritimes contre la piraterie.

En bref, une erreur, qui n'est pas la première. Après Haïti, Palma de Majorque... on a l'impression que la Haute représentante, six mois après son entrée en fonction, conserve toujours cette même approche, de prudence infinie, incapable de saisir qu'à un moment donné, il faut être présent politiquement, et non pas au second plan, techniquement...

(1) lire : 18 mois après le début d'Atalanta (2): la remise à la justice marque le pas

(2) lire: Accord sur le traitement des pirates entre l'UE et le Kenya ...

(3) lire: Lutte anti-piraterie: les Seychelles haussent le ton

(4) lire:  Mieux traduire en justice les pirates, réflexion entamée au COPS ..

(5) lire: La mission EUTM Somalia démarre

(6) lire: Ashton autorisée à négocier avec 5 pays pour le transfert des pirates

(7) lire dernièrement : Bilan de 18 mois de lutte anti-pirates, focus EUNAVFOR Atalanta 

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Piraterie Golfe d'Aden - Océan Indien
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.