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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 20:30
Les ministres de la Défense de l'OTAN sont réunis en ce moment à Bratislava et auront vendredi au lunch une discussion autour de l'engagement en Afghanistan. Le porte-parole de l'organisation, James Appaturai, est venu présenter devant la presse quelques idées que compte développer le secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen, demain. Et j'en suis tombé par terre.

Qui vole un oeuf... Que dit James : « En Afghanistan vous ne pouvez pas séparer le contre terrorisme de la lutte contre l’insurrection. Pour rendre l’Afghanistan capable de résister au terrorisme pour le long terme, il doit être aussi capable de résister à l’insurrection, parce que vous ne pouvez pas séparer les talibans d’Al Qaida. Et vous ne pouvez présumer qu’ils pourront être séparés dans le futur. Les talibans étaient aussi al Qaida dans le passé. Il n’y a pas de voie possible que les talibans ne soient pas Al Qaida dans le futur.
» En bref, une version modernisée de qui vole un oeuf, vole un boeuf, et qui vole un boeuf tue son chien et massacre la terre entière...

Rengagez-vous ! Après son analyse stratégique à trois sous, Appaturai alias Rasmussen en tire une conséquence « Un large effort doit donc être fait au niveau civil et militaire. La transition c'est mettre les ressources en place pour rendre les forces afghanes rapidement en mesure de conduire la sécurité, province par province, district par district. Ce sont les forces afghanes qui ont le lead et les forces de l’OTAN en soutien. C’est çà l’essence de la transition. (...) Nous avons besoin de plus d’efforts. Et d’une meilleure coordination entre le civil et le militaire.
».

Effarant ! Premièrement, ce postulat me semble aller à l'encontre de ce que disent plusieurs experts sur la situation afghane : très complexe bien sûr où il est difficile de démêler les échevaux. Mais où tout rebelle n'est pas taliban et tout taliban pas d'Al Qaida. Bref, ils raffinent là où Appaturai et Rasmussen grossissent. Deuxièmement, on sait très bien qu'entre la population et les insurgés, il y a des "passerelles" (pour être gentil), un soutien logistique (pour être plus précis), des alternances parfois (rebelle la nuit, civil le jour). On pourrait donc compléter l'équation et arriver à civils = terroristes. Ce qui peut alors tout justifier, y compris un ou deux bombardements erratiques, voire plus...
Si cette approche devrait être maintenue, je ne vois pas comment nous pourrons convaincre les opinions publiques d'accepter des efforts supplémentaires, en hommes et en financement pour l'Afghanistan. Sur le long terme, nos populations  ne suivront pas. Inutile d'envoyer des renforts. Troisièmement, on a l'impression que l'OTAN n'a rien appris en quelques années, que les dernières évolutions stratégiques données à grand renfort de média restent, en fait, les mêmes. Ni des leçons du passé, notamment de la guerre d'indépendance algérienne et de l'attitude face au FLN. Quatrièmement. Je ne vois pas comment les Afghans auront le lead et les civils pourront s'engager sereinement auprès d'une Organisation militaire qui défend ce type d'approche. Comment mener une action civile, différenciée, si à coté, des membres des mêmes pays mènent une politique de "tout le monde dans le même sac" et du "tout répressif" ? Cinquièmement. Avoir une action civilo-militaire implique que les civils aient autant de poids, voire plus que les militaires dans la définition de la stratégie. Cela ne me semble pas toujours être le cas ! D'un point de vue philosophique, cette approche ne me paraît pas vraiment conforme aux objectifs de l'UE.
(écoutez l'explication, cela démarre après 4'30 minutes)

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Orient - Afghanistan-Pakistan
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.