Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : HautReprésentant/ServiceDiplomatique
Mercredi 20 janvier 3 20 /01 /Jan 06:10
 La question on peut effectivement se la poser. Y-a-t-il une coordination de la politique européenne extérieure d'aide humanitaire sur Haïti ? Que fait l'Europe aujourd'hui ? La crise d'Haïti était une crise test pour le nouveau dispositif issu du Traité de Lisbonne. Qu'a fait l'Europe ? Pas moins qu'hier ? Mais pas plus et pas mieux. Elle a sorti, comme d'ordinaire, son chéquier pour payer aux organisations humanitaires et à l'ONU de quoi agir rapidement. Des experts sont partis sur le terrain évaluer les dégâts. Experts humanitaires (de l'Office européen d'aide humanitaire ECHO) et de la cellule de crise "sécurité civile". Le COPS s'est réuni. Mais en matière de coordination des secours, d'action concertée, coordonnée, c'est le désert.

Au Parlement européen, hier il a beaucoup été question de ce sujet. Et Catherine Ashton, la Haute représentante, a été sujet de nombreuses questions, parfois très critiques. L'une d'entre elles était : Ashton n'aurait-elle pas mieux fait d'être à Port au Prince qu'à Bruxelles ou Strasbourg ? On peut légitimement se poser cette question. Mais était-ce bien son rôle ? Pour C. Ashton, c'est clair. Répondant aux députés européens qui la critiquaient, elle a dit : "Je n'avais rien à fournir sur le terrain sinon prendre un espace précieux alors que les avions étaient incapables d'atterrir à cause de l'état de l'aéroport. Je ne suis pas un médecin, ni un pompier. Ma place était de réunir une coordination au niveau de l'UE et des Nations unies ". Le premier élément de défense est un peu spécieux. Car il était toujours possible d'obtenir un siège dans un des nombreux avions en partance de Belgique, des Pays-Bas ou de France. Le deuxième élément est plus pertinent. C. Ashton n'est pas commissaire à l'aide humanitaire, mais responsable politique. Et son travail était celui-là. Mais je ne suis pas sûr qu'en matière d'organisation des secours et de poids politique, cela aurait été le point adéquat. Et en matière de visibilité politique, la présence sur place des Américains et de l'ONU aurait sans doute masqué la présence de C. Ashton. (2)

Chut ! Ne dites rien on agit

Pas de représentant spécial. Bien entendu avoir un représentant européen sur place aurait eu un peu de gueule. Et aurait marqué une présence politique. Là est le point faible à mon sens. Rien n'empêchait C. Ashton de nommer, tout de suite,
un représentant spécial pour aller sur place, coordonner les secours, avec un poids suffisant pour assurer une présence politique visible. Un technicien expérimenté voire un poids un peu plus lourd politique. Nous ne manquons pas de grand nom qui auraient certainement pu prendre le relais facilement. Pourquoi pas Emma Bonino ? Eh oui. Je suis désolé. Mais Emma, envoyée spéciale de l'UE à Haïti, aurait eu immédiatement un poids politique. Mais c'est évident qu'elle aurait un peu volé la vedette" aux autres.

Une réunion tardive des ministres du Développement. Par rapport à la première crise d'urgence, la réunion des 27 était très tardive. Elle ne valait que pour la phase de reconstruction. On peut se demander pourquoi une réunion un peu plus solennelle du Coreper ou du Cops n'aurait pas pu prendre place très rapidement pour illustrer cette coopération européenne.

Pas de bilan global. La Commission européenne a été incapable,
aujourd'hui comme hier, de fournir des chiffres globaux de tous les moyens humains, aériens, de secours engagés par les 27. On en reste toujours à une liste qui énumère l'ensemble des moyens nationaux. Ce site a été le seul à procéder ainsi.

Pas de réaction politique. La coordination de la sécurité civile, cela près de 10 ans qu'on en parle. Guy Verhofstadt le rappelait. Michel Barnier qui a rédigé un excellent rapport et que j'ai rencontré dans les couloirs bouillait d'impatience, enrageait presque que son rapport soit resté depuis 4 ans (il a été déposé en 2006) lettre morte. On n'a pas profité de l'évènement pour ressortir ce dossier. Et le pousser politiquement. La réunion des chefs d'Etat et de gouvernement le 11 février pourrait être une occasion. Mais ce sera la dernière sur cette crise. Après la pression de l'actualité, et donc la pression politique retombera.

Pas de visibilité. L'UE n'a pas manqué d'agir. Mais rien n'a été fait pour médiatiser cette action. Une réunion de crise réunissant les plus haut responsables de l'action humanitaire, militaire, sécurité civile... avait lieu chaque jour. Aucune communication sur ce point. Aucune photo même disponible. Dommage. On n'en reste au traditionnel : Chut ! Ne dites rien on agit. Le problème, aujourd'hui, en matière politique est différent. Il faut agir et le dire.

Comme le dit Marielle de Sarnez, députée européen du MODEM : « plus nous procédons à des nominations, plus nous créons des fonctions et des titres, moins nous existons. Et ceci devrait nous interroger. Combien de catastrophes faudra t-il encore pour que les responsables de l'Union européenne soit enfin à la hauteur de leurs responsabilités ? ».

(1)
Le nom officiel est MIC = comme monitoring and information center

(2) Et il y avait la présence américaine. Le fait que nous travaillons en étroite collaboration avec les autorités américaines représente également un élément important de notre action actuelle et future", a déclaré Mme Ashton.
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources. Pour m'écrire

 

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