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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 08:05
HaitiRapatriementCasa2@Fr100115Cela peut paraître incongru qu'un groupement tactique militaire parte dans une opération de catastrophe naturelle. Certains esthètes pourront m'assurer que cela ne ressort pas des missions type d'un battlegroup ? Oui sans doute. Mais il faut faire preuve de souplesse. C'est le sens des dernières décisions prises à la fin de présidence suédoise (lire : Des battlegroups (un peu) plus souples d'emploi).

Il y a une situation très spécifique à Haïti. Avec le séisme, l'Etat est touché au coeur : plusieurs ministres sont morts, ainsi que de nombreux fonctionnaires ; des édifices publics se sont effrondrés à commencer par les hôpitaux. L'opération de secours et d'aide humanitaire devrait donc s'accompagner d'une mission de soutien à l'Etat (mission très proche d'une mission d'Etat de droit) et de soutien au maintien de l'ordre. Une mission limitée dans le temps (quelques semaines) et à portée d'avions (ce qui répond à certains des critères d'intervention d'un battle group)
. Une mission urgente ! A Catherine Ashton, la haute représentante de l'UE aux affaires étrangères et à Carme Chacon, la ministre espagnole de la Défense, de faire preuve de décision.

Que pourrait faire un battlegroup de l'UE ? Faire de l'aide humanitaire directement n'est pas du ressort des militaires, mais il y a de nombreuses missions de soutien à accomplir. Le premier objectif du battlegroup pourrait être de mettre à disposition ses moyens aéroportés (avions, hélicoptères ...) ainsi que médicaux (poste médical avancé...). Le deuxième sera de pouvoir assurer la protection des sauveteurs, ONGs, points de distribution, centres de soins et hôpitaux...  Dans une situation où les besoins primaires ne sont pas assurés et où l'ordre peut basculer dans le chaos en un rien de temps (Haïti n'a pas été épargné ces dernières années par les émeutes de la faim). Le troisième objectif sera de prêter assistance à l'Etat haïtien dans ses fonctions régaliennes. Enfin le battlegroup pourra assurer l'évacuation des Européens (ce qui est, là, une des fonctions structurelles d'un battlegroup)... Bref le travail ne manque pas.

Qui peut partir ? Ce semestre ce sont le battlegroup anglo-néerlandais et le battlegroup "central" (
Pologne, Allemagne, Lettonie, Lituanie, Slovaquie) qui sont de permanence. Mais auront-ils la volonté politique d'intervenir ? Et le sens de l'adaptation nécessaire ? Il faudra sans doute un peu d'innovation pour adapter dans l'urgence les missions du Battlegroup aux missions classiques...

Pourquoi partir ? Quand on voit la mobilisation américaine intense, les Européens ne peuvent rester les bras ballants avec leurs moyens classiques d'intervention (l'argent et le matériel). Il faut un corps constitué, organisé, prêt à intervenir, pour des missions mixtes entre le soutien aux actions humanitaires, le maintien de l'ordre et le soutien à l'Etat de droit. Les forces de l'ONU, un temps désorganisées, auront certainement besoin d'un renfort organisé et opérationnel rapidement, ce qui donne un cadre de légalité internationale à l'intervention du battlegroup. Le Traité de Lisbonne donne un nouveau cadre d'intervention : les clauses de solidarité, d'assistance mutuelles ainsi qu'une nouvelle compétence : la sécurité civile à la Commission européenne. Last but not least, cette mission limitée dans le temps ne pèserait pas trop en termes de baisse de capacité (et au niveau budgétaire). Elle constituerait également pour Catherine Ashton la haute représentante, une opportunité de montrer ses réelles capacités.

Un envoyé spécial de l'UE ? Indépendamment de cet envoi de troupes, l'UE devrait, à mon sens, étudier également la nomination d'un envoyé spécial
chargé de coordonner toute l'aide européenne à la fois au niveau humanitaire, mais aussi l'action politique, et le soutien à l'Etat haïtien.

(crédit photo : ministère français de la Défense/DICOD - rapatriement d'un blessé aux Antilles par un Casa de l'armée de l'air)

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Amériques - Haïti
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.