Par Nicolas Gros-Verheyde
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Samedi 12 décembre 2009
6
12
12
2009
15:37
La Chambre des communes doit approuver le rectificatif budgétaire d'hiver sur les engagements opérationnels extérieurs du Royaume-Uni. L'engagement dépasse les 4
milliards £ (4,142 £ soit environ 4,450 milliards euros).
Certes les coûts prévisionnels d'engagement en Irak baissent plus rapidement que prévu cette année : on passe ainsi d'un budget prévisionnel de 877 millions £ à 388 millions de £. Mais l'engagement
en Afghanistan est toujours aussi conséquent. Par rapport au budget prévisionnel 2009-2010 (voté en juillet au Royaume-Uni), les coûts grimpent encore : de 3,5 milliards £ (3,495) à 3,75 milliards
£ (3,754). Le déploiement annoncé de 500 hommes supplémentaires devrait coûter 45 millions £ (soit environ 90.000 £ par soldat déployé ou 2.465 £ par soldat/jour).
Coûts comparés des opérations UK en Irak et en Afghanistan de 2006 à 2010 © NGV
Il faut donc serrer les budgets ailleurs : sur les équipements (c'est encore en discussion) et sur la recherche et développement. Ce rectificatif budgétaire prévoit ainsi une baisse du budget
"Science Innovation Technology" de 55 millions de £ (de 519 millions à 462 millions £). Un certain nombre de projets de recherche voient leur budget réduit : armes, missiles de défense ballistique,
recherche climatique... et surtout le programme C4ISTAR. Ce dont se plaignent les élus britanniques estimant vital ce programme de renseignement militaire pour la conduite des
opérations.
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Summary : while expected costs for Iraq have fallen faster than expected this year from £877 to £388 million, costs for Afghanistan
are expected to rise from £3,495 million to £3,754 million. The recently announced deployment of an additional 500 troops to Afghanistan will add a minimum of £45 million to these
costs.
Par Nicolas Gros-Verheyde
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Samedi 5 décembre 2009
6
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2009
12:11
La réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN s’est déroulée quasiment comme sur des roulettes. Les 28 membres de l’OTAN et leurs alliés ont avalisé, sans coup
férir, un renfort militaire. Ils fourniront bien 7.000 hommes de plus, demandés par les Américains, a expliqué le secrétaire général de l’Otan, Fogh Anders Rasmussen. Coréens, Géorgiens, Italiens,
Polonais, Hongrois… Tous s’y mettent.
Mais, côté français, on reste discret. Le principe affirmé par Nicolas Sarkozy de non-augmentation des troupes reste la règle officielle. Avec 3900 hommes engagés, c’est déjà suffisant. Ce qui ne
peut empêcher, explique un officier, « des renforts ponctuels si la nécessité l’exige ». Possibilité confirmée par Bernard Kouchner, lui-même: « Bien sûr, si des besoins se font jour on les
satisfera. Si on a besoin par exemple d'un hélicoptère de plus, on l'enverra. »
Les Alliés ont cependant compris qu’ils devaient infléchir leur stratégie. Le maître-mot, désormais, est donc « Afghanisation ». C’est-à-dire la reprise en main par
les Afghans eux-mêmes de leur sécurité. Ce qui passe par la formation des forces afghanes, armée comme police. L’armée française a ainsi déjà passé le relais dans la région de Kaboul aux Afghans
depuis un an maintenant. Et elle s’est regroupée sur une seule région : la zone Kapisa-Surobi, en déployant à la fois les moyens militaires purs, d’attaque, mais aussi les équipes dites OMLT,
chargées de la liaison avec les forces afghanes, et les 150 gendarmes qui vont assurer la formation d’une force de gendarmerie afghane.
Même si, à l’OTAN, le mot de stratégie de « sortie » reste tabou et qu’on lui préfère celui de « transition », tout le monde en effet y pense et
sait pertinemment, comme le résume un diplomate, qu’un engagement militaire de cette importance « ne peut durer indéfiniment».
Nicolas Gros-Verheyde (paru dans Ouest-France - samedi).
Crédit photo : Otan - Anders Fogh Rasmussen, le secrétaire général de l'Otan à la séance des Ministres. A ses cotés, le secrétaire général adjoint Claudio Bisogniro - crédit photo Otan (à
gauche), le président du comité militaire de l'Otan, Admiral Giampaolo Di Paola (à droite). Un peu plius loin : Catherine Ashton, la Haute représentante de l'UE dont c'était la première réunion.
Par Nicolas Gros-Verheyde
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Vendredi 4 décembre 2009
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2009
20:00
Récemment encore, les Américains - et l'OTAN - demandaient aux Européens de faire un "petit" effort en Afghanistan et au Pakistan, estimant que les Européens ne
prenaient pas leur charge du fardeau pour stabiliser la zone. C'est en partie vrai en matière militaire (encore qu'on pourrait relativiser cette différence). En matière civile, c'est un peu faux.
Et le doigt tendu, pour ne pas dire la cébille, par les Américains envers les Européens n'est pas justifié. Mais effectivement à coté du budget
militaire, c'est "peanut" (on estime à près de 30 milliards de $ le seul effort supplémentaire que vont faire l'armée US
avec 30.000 hommes supplémentaires !). C'est peut-être en partie là où est le problème, le déséquilibre énorme entre l'aide civile et l'aide militaire.
2e gros budget "extérieur "de l'UE. L'Afghanistan est, en effet, après la Palestine, déjà, le deuxième plus gros budget des relations extérieures de l'Union europénne. Bon an mal an, le
budget communautaire débourse, en effet, près de 200 millions d'euros - sans compter la mission Eupol Afghanistan (formation de policiers) qui atteint un budget 64 millions d'euros. Un effort
supplémentaire supposerait de rogner sur d'autres dépenses extérieures (donc certainement l'Afrique), les budgets d'aide n'étant pas extensibles, au niveau européen comme des Etats membres, surtout
en période de crise économique et de "rationalisation" budgétaire.
8 milliards d'euros dépensés depuis 2002. Entre 2002 et le 30 juin 2009, le budget communautaire a ainsi engagé 1,65 milliard d’euros à l’Afghanistan –
dont 282 millions d’aide humanitaire. Et si on compte l'effort consenti par les Etats membres, en matière civil, on atteint 8 milliards (ce sans compter donc l'effort militaire). Ce n'est tout de
même pas négligeable. D'autant que l'Afghanistan est un pays pauvre.
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Année
|
Engagés
|
Déboursés
|
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2002
|
247.59
|
151.04
|
|
2003
|
285.55
|
213.90
|
|
2004
|
247.55
|
171.19
|
|
2005
|
224.48
|
206.11
|
|
2006
|
200.53
|
175.98
|
|
2007
|
195.90
|
224.59
|
|
2008
|
214.49
|
213.27
|
|
Total
|
1651.09
|
1398.23
|
Pour l'année 2009, le programme annuel prévoit 75 millions pour le Lofta ("trust fund" pour l’ordre et la
loi) (*) et 22 millions pour le programme anti-mines. Ce fonds est important car il soutient l'effort mené sur les forces de l'ordre. Il finance ainsi les
rémunérations des policiers, ainsi que du personnel du département central des prisons, les fournitures, la logistique et le matériel d’opérations non létaux, le développement institutionnel (avec
la mise en place d’une unité de gestion MSU), ainsi que la promotion des femmes dans la police. Au bilan la dernière année : 174 millions ont été versés par le
LOFTA à 81.000 policiers dans les 34 provinces, une nouvelle cellule a été créée visant au démantèlement des groupes armés illégaux (DIAG), soutenu par les
financements japonais (matériel IT, bureau, équipement médical pour l’hôpital de la police…). Durant l’année solaire 1387 (l'année afghane), 628 postes de police ont été financés, ainsi que la
construction d’un gymnase de police. 144 femmes policiers ont été recrutés, ce qui porte le total à 567. L’objectif de recrutement de 300 femmes sur les deux ans, fixé en mai 2007 est ainsi atteint
(326 ont été recrutés).
Un effort supplémentaire. Au conseil des ministres des Affaires étrangères d'octobre, les Européens, par la voix de la commissaire Ferrero-Waldner (alors en charge des relations extérieures)
expliquent qu'ils sont prêts à un effort supplémentaire. Une manière de répondre à la demande de l'OTAN et des Américains que les Européens prennent leur part du fardeau. Cet effort supplémentaire
n'a cependant pas encore été quantifié. Et il ne pourra prendre effet, au plus tôt, qu'en 2011. La programmation actuelle est déjà lancée et se termine en 2010. C'est à ce moment, à la moitié de
l'année prochaine, que sera entamé le travail traditionnel de "mid-term review" qui permettra de caler les budgets pour les années suivantes : de 2011 à 2013...
(*) Le Lofta est financé à un tiers par l’UE, un autre tiers par les Etats Unis (31%), le Japon (16%), les Pays-Bas (7%), le Canada (7%), l’Allemagne (3%) étant les principaux autres contributeurs.
La Finlande, la Suisse, l’Australie, l’Italie, la Norvège, la Belgique, l’Irlande, le PNUD, la Hongrie, le Danemark, l’Islande, la Lettonie contribuent également à ce fond.
Par Nicolas Gros-Verheyde
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Mardi 1 décembre 2009
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2009
17:00
Alors que tout le monde est suspendu au moindre froncement de sourcils à Washington, Obama devant annoncer sa nouvelle stratégie militaire en Afghanistan, les
Européens restent étrangement silencieux. Condamnés à être les supplétifs des forces américaines. Si cette position pouvait se justifier il y a quelques années, aujourd'hui avec l'entrée en vigueur
du Traité de Lisbonne. Le Parlement européen, qui est la seule instance légitime d'un point de vue démocratique, doit, vite, se saisir du dossier et ouvrir le débat.
Un plan d'action bien palichon. Bien sûr, il y a eu la position affirmée au dernier conseil des Ministres des Affaires étrangères, avec un plan d'action de l'UE pour l'Afghanistan et le Pakistan. Celui-ci est cependant au Plan d'action ce
que la chicorée est au café, un ersatz. De nombreux aspects sont oubliés, notamment l'aspect militaire. Et l'engagement européen pour la formation de la police reste à la fois limité et difficile
(lire Eupol Afghanistan: on progresse, lentement, trop
lentement... ). Même l'organisation de l'aide civile demeure parcellaire. Ce plan d'action fait pâle figure à coté du plan du général américain McChrystal. Le plan du général américain -
qui devrait être relu avec une certaine attention (1) - est d'une certaine façon plus complet et ambitieux, pas seulement au
plan militaire. Au plan civil également, puisqu'il prévoit le doublement de la chaîne militaire de commandement par une chaîne civile de commandement dans tout le pays. A Kaboul et dans chaque
province, un "commandant civil" serait nommé avec pour fonction de coordonner l'ensemble des moyens civils déployés dans la province et être ainsi en capacité de "dialoguer" avec le responsable
militaire. Ce plan prévoit aussi un "surge" en terme de communication pour répondre avec rapidité et efficacité aux tentatives de désinformation des talibans.
Plutôt que de communication ou de plan d'action, ce qui semble surtout manquer au plan européen, c'est de débat.
Pourquoi un débat est nécessaire ? Il paraît ainsi totalement incongru que mis à part quelques pays (Allemagne notamment), le débat dans les
représentations démocratiques ne soit pas la règle. Il paraît également totalement anormal aucun débat n'ait été organisé au niveau européen. Car l'Afghanistan (et le Pakistan) est un sujet
éminemment européen dans tous les Etats sont impliqués et pour lequel le budget à la fois national et communautaire est soumis à contribution. Avec des résultats "contrastés" (pour être
gentil...). Pour moi, le Parlement européen, qui est la seule instance européenne élue au suffrage universel direct (ce que ne sont ni l'assemblée
parlementaire de l'OTAN, ni l'assemblée de l'UEO, ni l'assemblée du Conseil de l'Europe), doit se saisir de cette question. Cette intervention se justifie
d'autant plus que l'intervention en Afghanistan s'inscrit dans la durée, qu'elle engage profondément à la fois la vie des Européens, de nombreuses ressources militaires - qui ne sont donc plus
disponibles sur d'autres terrains d'intervention - et qu'elle nécessite d'importants moyens financiers et budgétaires - d'autant plus difficiles à tenir en ces temps de restriction budgétaire. Rien
qu'au plan économique - au regard notamment du respect des critères de stabilité budgétaires de Maastricht - ce débat devrait être nécessaire. Quand on regarde la dimension développement,
démocratie, politique étrangère, stabilité de la région asiatique, terrorisme... sa nécéssité apparaît encore plus primordiale.
Une commission d'enquête au Parlement européen ? L'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, qui met au premier plan la nécessité d'une meilleure coordination des politiques étrangères,
impose ce débat, aujourd'hui. D'autant que les opinions publiques de tous les pays européens sont de plus en plus sceptiques sur cette intervention, et attendent l'expression de diverses
opinions... Nous n'allons pas attendre que le Congrès américain ait débattu de toutes les options envisagées pour fixer notre position. Pour moi, le Parlement
européen doit ouvrir le débat, et vite, pourquoi pas sous forme d'une commission d'enquête... Cela permettrait d'envisager tous les aspects de la question - l'objectif de la présence sur place
(chasse aux terrorismes, stabilisation de la zone, développement, modèle démocratique..), les moyens mis en oeuvre, les budgets qui sont dévolus - de façon posée, réfléchie et ouverte.
(1) Dont le projet avait été rendu public le Washington post - télécharger
Par Nicolas Gros-Verheyde
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Mercredi 18 novembre 2009
3
18
11
2009
12:06
Les 27 ministres des Affaires
étrangères ont réaffirmé, mardi, leur « détermination à apporter une importante contribution à la réforme de la police afghane ». « Le renforcement des services de police et du secteur
de l'Etat de droit en Afghanistan est primordial pour promouvoir la stabilité et la sécurité dans le pays » ont-ils ajouté. Mais au-delà des paroles, les actes semblent moins conséquents.
L'effectif de la mission européenne de police EUPOL Afghanistan se remplit lentement, très lentement. La dernière conférence - organisée le 10 novembre - a permis d'atteindre un effectif (promis)
de 320 personnes, contre environ 270 maintenant (NB : l'objectif a été fixé à 400 personnes en mai 2008 !). « C'est moins que ce que j’espérais -
n'a pas caché Carl Bildt, le ministre suédois des Affaires étrangères qui présidait la réunion - mais nous avançons. »
Un nouvel appel. « Il importe au plus haut point que l'UE honore les engagements pris en faveur de la réforme des services de police afghans. Le Conseil a souligné qu'il importait que
les Etats membres fournissent à la mission le personnel et les moyens logistiques dont elle a besoin (1) pour exécuter son mandat dans l'ensemble du pays » ont réaffirmé les 27, la main sur le
coeur. Espérons que leurs collègues de l'Intérieur et des Finances (qui tiennent le porte-monnaie) entendront cet appel et que c'est la dernière fois que nous aurons à en parler ici !
Au plan organisationnel, les priorités d'Eupol ont été revues et groupées en six objectifs : le renseignement, la chaîne de commandement, de contrôle et de communication, les enquêtes
judiciaires, la lutte contre la corruption, les liens entre police et parquet, la prise en compte de la question d'égalité des sexes. EUPOL s'est également doté d'une "cellule projets". Et son
budget a été (légèrement) augmenté en conséquence.
(1) Il manque notamment des moyens de transport, type hélicoptères ou avions, si l'on veut que la mission puisse sortir de Kaboul. Selon un policier européen, la mission a une efficacité dans la
capitale afghane. Mais en dehors, dans les provinces, c'est une autre histoire...
(crédit photo : Conseil de l'Union européenne, Carl Bildt et Benita Ferrero Waldner, lors de la conférence de presse)
Par Nicolas Gros-Verheyde
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Mercredi 18 novembre 2009
3
18
11
2009
01:29
Pierre Lellouche, fidèle à sa
réputation, n'y est pas allé de main morte, lors de sa séance de debriefing aux journalistes après le conseil des Ministres des Affaires étrangères. Il a mis en cause l'absence de
"stratégie européenne en Afghanistan", regrettant qu'on n'ait pas vraiment parlé entre eux.
Les Européens ne se parlent pas assez. « les Européens ne se parlent pas entre eux. Il n’y a pas de retour d’expérience. Les militaires français ne partagent pas sur le terrain avec les
Belges ou les Allemands. On ne parle pas de stratégie politique, de développement économique. Pourtant il y a énormément d’argent européen (un milliard d'euros). Mais le seul ennui est qu’il n’est
pas arrivé dans les villages où j’ai été : Les enfants malnutris le restent, la pauvreté est extrême. J’aimerai qu’on me dise où est passé l’argent, européen comme américain ? Il y a un vrai
problème de la coordination de l’aide entre Européens, comme avec l’aide au Pakistan. Aujourd'hui, on est au pied du mur. Ce n’est pas le général McCrystal qui va résoudre la situation. Nous devons
absolument parler d’Afghanistan entre nous. »
Le plus de l'UE. Pour le ministre, qui a été le représentant spécial français pour l'Afghanistan, l'Union européenne (UE) a cependant une carte à jouer : « Il y a un plus de l’UE :
le civilo-militaire ; un savoir-faire : l'aide à la reconstruction d’un État. Le problème est le sous-développement, la misère des gens, la faim et famine l’hiver, le délabrement de la santé. C'est
bien plus çà le problème qu’un problème militaire. On doit travailler plus efficacement : nous avons les ressources, l’Afghanistan a des besoins ; il faut que les Européens se prennent en
main... »
(crédit photo : Conseil de l'Union européenne - Pierre Lellouche avec Javier Solana - le haut représentant, lors du Conseil)
Par Nicolas Gros-Verheyde
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Dimanche 8 novembre 2009
7
08
11
2009
00:56
L'armée britannique - et son nouveau chef d'Etat major, General Sir David Richards - étudie un retrait partiel en Afghanistan. Ou plutôt un repli sur les villes les plus
importantes de la province de Helmand, en abandonnant notamment certaines bases, comme Now Zad ou Musa Qala reconquise
sur le Talibans en 2007 au prix de lourdes pertes. L'information est parue dans le Sunday times, ce week-end. Et elle devrait faire du bruit.
Elle marquerait ainsi une inflexion très nette de la stratégie des Occidentaux dans le pays. De fait, celle-ci reprendrait en partie la stratégie suivie par les Soviétiques. Comme l'explique un officier supérieur au journal : « Nous devons concentrer nos efforts sur quelques zones géographiques. Nous devons
sélectionner quelques zones à tenir et faire le job convenablement ». Ce recentrage a été, plus ou moins, confirmé officiellement par le ministre de la Défense, Bob Ainsworth au Sunday Times.
Sans vouloir s'étendre sur les détails du plan, il a expliqué qu'il fallait se concentrer sur « les zones entre Gereshk et Lashkar Gah » où vivent la plupart des habitants.
Le gouvernement a-il le choix ? Deux Britanniques sur trois pensent désormais que cette guerre est "non-gagnable".
Le débat continue d'être intense outre-Manche. Dernièrement, c'était l'ancien ministre de Tony Blair pour le Moyen-Orient, l'Afghanistan et l'Asie du sud (de
2005 à 2008) et actuel président du comité parlementaire sur le renseignement, Kim Howells, qui demandait un débat sur le retrait total des troupes d'Afghanistan. Le Premier ministre lui-même, Gordon Brown, a récemment souligné qu'il n'était pas disposé à risquer
de ses soldats pour un gouvernement (il visait Karzai) qui ne parvient pas à résoudre la corruption.
La crédibilité de l'OTAN et de l'armée UK en jeu. Dans un document de l'Etat-major intitulé "Strategy for
Defence" - que s'est procuré le journal - le chef d'Etat-Major Jock Stirrup avertit cependant du risque d'un retrait anticipé et souligne l'importance de la mission de l'ISAF :
“The International Security Assistance Force mission is of critical importance to the security of British citizens and the UK’s national interest, including the credibility of Nato, and to the
reputation and long-term future of the Armed Forces”.
(Crédit photo : armée britannique, "Un Marine du 42e Commando Royal Marines en protection de la base Musa Qala")
Par Nicolas Gros-Verheyde
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Mardi 27 octobre 2009
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27
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2009
23:14
Assez de promesses, maintenant il nous faut des actes. Voici comment on pourrait résumer la missive que viennent d'envoyer le ministre des Affaires étrangères
suédois, Carl Bildt, qui assure la présidence de l'UE, et Javier Solana, le Haut représentant de l'UE pour la politique étrangère. Cette lettre sonne l'alarme. « La stabilité et la sécurité en
Afghanistan sont à un point critique » « Nous devons faire plus pour remplir notre engagement politique de renforcer la police afghane et le secteur de l'Etat de droit» La mission de
police de l'UE en Afghanistan (EUPOL) qui doit avoir un effectif de 400 personnes « reste de façon significative à court de personnel et fait face à des défis logistiques de transport à
l'intérieur du pays qui empêche la pleine application de son mandat » « Now more than ever it is essential that we redress this » expliquent les deux haut responsables
européens.
Javier Solana et Carl Bildt lors de la conférence des Ministres des affaires étrangères le 27 octobre © NGV
Il manque 130 personnes... « Beaucoup d'efforts ont déjà été faits mais TOUS (c'est souligné) les Etats membres
doivent faire plus ». La mission manque toujours de « 130 hommes et femmes, bien entraînées, principalement des officiers de policiers et davantage de soutien logistique pour se déployer hors
de Kaboul dans tout le pays ». Un conférence intitulée "Conférence sur Eupol Afghanistan, résoudre les déficits logistiques et de personnel » est donc convoquée à Bruxelles pour trouver des
solutions. Une conférence de génération de la dernière chance en quelque sorte...
L'UE joue sa crédibilité. « Nous comptons sur votre fort soutien et vous priont de s'assurer que vos représentants soient préparés à annoncer des détachements supplémentaires d'officiers
de police et d'experts pour Eupol. (...) C'est une question de crédibilité de l'UE vis-à-vis du gouvernement afghan et de la communauté internationale toute entière » concluent les
signataires de la lettre. On ne saurait dire mieux. La (grande) Union européenne qui fournit près de la moitié des troupes de l'ISAF (environ 30 000 hommes), qui mouline à tours de bras sur la
nécessité stratégique d'être présent en Afghanistan, paraît incapable d'envoyer quelque 130 policiers et experts. Et cela dure depuis de longs mois. C'est effectivement ridicule... Et certains
Américains ont beau jeu de se gausser d'une UE incapable d'assurer ses promesses. (1)
(1) Actuellement Eupol doit compter sur les moyens de transport US essentiellement. Ce qui rend nos "amis américains" un tantinet badins... sur l'engagement européen (et je suis gentil -:)).
Par Nicolas Gros-Verheyde
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Lundi 26 octobre 2009
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2009
09:20
Il y avait le plan "McCrystal" pour le "surge" militaire en Afghanistan, il y a maintenant un pendant civil et européen. Certes le second n'est pas
aussi complet, ni aussi documenté que le premier, mais il a son intérêt. Les 27 ministres des Affaires étrangères devraient l'adopter lors de leur réunion du 27 octobre, à Luxembourg. Ce plan -
qui reprend, en partie, les idées présentées par Javier Solana, et discutées au Gymnich, ainsi qu'à l’informelle des
ministres de la Défense - commence par un état des lieux de la situation avant de faire le tour de ce qu’il est possible de faire en Afghanistan et au Pakistan.
La situation se détériore. Le leurre n'est plus permis sur les 27, selon le document que j'ai pu consulter. « La situation en Afghanistan se détériore. Nous ne faisons pas seulement face
à une situation sécuritaire critique. Les progrès sur la réforme politique, la gouvernance et la construction de l'Etat sont trop lents et dans certaines parties du pays, quasiment inexistants.
» Mais « l'insécurité en Afghanistan ne pourra pas être résolue par des moyens militaires seuls ». Créer « un cadre pour la stabilité en développant des institutions d'Etat
effectives, améliorant la gouvernance, les règles d'Etat de droit et de droits de l'homme et combattre la corruption est aussi important ». Il s'agit d'établir un « gouvernement afghan
responsable et réactif ». Alors que les Etats membres européens versent, ensemble, près d’un milliard d’euros par an au pays, l’inaction du gouvernement afghan est pointée du doigt : « En
l'absence d'une bonne gouvernance, d'accès aux services essentiels, d'une justice adaptée et de règles de droit, les efforts combinés des Afghans et et de la communauté internationale sur la
sécurité, ne produiront pas la stabilité nécessaire politique pour favoriser un développement prospère et sûr. » « Le peuple afhan a besoin de voir leurs propres autorités fournir des améliorations
tangibles dans leur vie (quotidienne). Cela seul pourra leur donner une raison d'avoir une réelle confiance dans leur Gouvernement et dans le futur de leur pays. »
Un nouvel engagement. Les 27 veulent aussi réaffirmer que l'engagement de l'UE dans le pays est « à long terme », « une stratégie de transition n'équivaut pas à une stratégie de
sortie ». L'UE veut un « accord renouvellé » entre la communauté internationale et l'Afghanistan. Et afin que chacun puisse tâter le pouls de la société afghane, l’UE propose
d’organiser la prochaine conférence internationale sur l’Afghanistan, directement à Kaboul. Un beau défi ! L'Europe veut apporter à l'Afghanistan ce qu'elle sait faire de mieux, comme le
renforcement des structures provinciales et locales et de l'administration afghane, le développement du cadre électoral, renforcement du cadre de l'Etat de droit (corruption, drogues, police,
justice...), soutien au développement rural (par la mise en place de micro-crédits pour le secteur privé). Elle entend promouvoir une stratégie d'assistance pour renforcer la « capacité du
gouvernement afghan » et diriger « autant que possible l'assistance vers le budget central du gouvernement afghan », et appelle « les autres donateurs, en particulier,
les USA, à adopter le même chemin ».
Une seule tête de l'UE à Kaboul. La communauté internationale aussi doit mieux se coordonner concèdent les 27. Première décision, l’UE aura désormais, à Kaboul, un seul responsable pour tous
ses services présents dans le pays qu'il s'agisse de ceux de l'UE (police) ou de la Commission européenne (humanitaire, développement, justice). NB : Cette pratique du "double-hatting" ne
concerne cependant pas les Etats membres qui conservent leur ambassade dans la capitale.
Achever le déploiement de la mission européenne de police (EUPOL). Alors que l’objectif était d’avoir 400 personnes, seules 270 sont présentes actuellement. Les volontaires ne se
bousculent pas, en effet, au portillon : trop loin, trop dur, pas assez payé, explique-t-on. De nouvelles solutions peuvent être mises en place, par exemple en faisant financer directement par le
budget de la PESC les agents détachés et en améliorant les incitations existantes pour le personnel contractuel. Il s'agit aussi de promouvoir le déploiement de différents moyens d'EUPOL dans les
provinces. L'UE s'engage à assurer « une coordination maximum avec les autres initiatives qui vont prendre place dans le cadre de la mission d'entraînement de l'OTAN, qui inclut l'initiative à
venir de la gendarmerie européenne (EGF) ». Le soutien au LOFTA (Law and Order Trust Fund Afghanistan) qui permet de prendre en charge les frais de fonctionnement de la police nationale
afghane « doit continuer ».
Un réseau d'expert civils. Les Européens proposent de mettre en place une formation des fonctionnaires dans des sujets phares comme le budget, la planification. Basé sur l'expertise
européenne, l'UE veut mettre en place un réseau d'experts disponible, basé sur les bases de données des Etats membres, qui pourraient être déployées dans un délai rapide en Afghanistan selon les
besoins. L'UE entend aussi soutenir le processus de réintégration des éléments de l'insurrection - avec à la clé formation, emploi civil et soutien au développement rural - en mettant en place un
"trust fund" conjoint de multi-donateurs.
Stratégie séparée au Pakistan. La stratégie pour l'Afghanistan doit s'accompagner d'une stratégie, différente, pour le Pakistan, le stabiliser de façon démocratique. L'UE entend ainsi
développer sa stratégie de développement du Malakand (notamment en déployant des experts capables d'aider à absorder l'assistance financière internationale et à gérer l'assistance au développement
et à la reconstruction), renforcer sa coopération dans le secteur de la réforme du secteur de la sécurité et de l'Etat de droit (en fournissant des experts pour la justice, entraînement et
matériels pour la police, aide à la définition d'une stratégie de sécurité/anti-terrorisme), promouvoir la démocratie et les droits de l'homme, encourager la coopération dans la prolifération
nucléaire, et favoriser le développement socio-économique (avec notamment la mise en place d'un "trust fund" géré par la Banque mondiale pour le Balochistan et les zones tribales du
FATA).
Par Nicolas Gros-Verheyde
-
Publié dans : Orient - Afghanistan-Pakistan
Jeudi 22 octobre 2009
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10
2009
22:53
La rencontre entre le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen et le ministre de la Défense australien, John Faulkner, devrait être l'heure des mises au
point. Avant de partir pour Bratislava, où se tient la réunion des ministre de la Défense de l'OTAN, l'Australien a, en effet, donné une interview à ABC Radio où il a dit clairement sa volonté de voir la mission se terminer le plus tôt possible. "I've certainly asked the Australian
Defence Force for any recommendations they have about ensuring we do complete that important role and responsibility both effectively, but in the shortest time frame possible". ajoutant, ensuite : "I don't want to see Australian troops in Afghanistan a day longer than is necessary."
Les Australiens qui ont 1500 hommes, la plupart en Uruzgan, craignent de se sentir un peu seuls après le départ des Néerlandais de cette province l'année prochaine. La réunion de Bratislava doit
notamment décider qui reprendra le commandement. Et les Australiens n'y tiennent manifestement pas. Mais alors pas du tout...
Par Nicolas Gros-Verheyde
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Publié dans : Orient - Afghanistan-Pakistan
Jeudi 22 octobre 2009
4
22
10
2009
20:30
Les ministres de la Défense
de l'OTAN sont réunis en ce moment à Bratislava et auront vendredi au lunch une discussion autour de l'engagement en Afghanistan. Le porte-parole de l'organisation, James Appaturai, est venu
présenter devant la presse quelques idées que compte développer le secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen, demain. Et j'en suis tombé par terre.
Qui vole un oeuf... Que dit James : « En Afghanistan vous ne pouvez pas séparer le contre terrorisme de la lutte contre l’insurrection. Pour rendre l’Afghanistan capable de résister au
terrorisme pour le long terme, il doit être aussi capable de résister à l’insurrection, parce que vous ne pouvez pas séparer les talibans d’Al Qaida. Et vous ne pouvez présumer qu’ils pourront être
séparés dans le futur. Les talibans étaient aussi al Qaida dans le passé. Il n’y a pas de voie possible que les talibans ne soient pas Al Qaida dans le futur. » En bref, une version modernisée de qui vole un oeuf, vole un boeuf, et qui vole un boeuf tue son chien et massacre
la terre entière...
Rengagez-vous ! Après son analyse stratégique à trois sous, Appaturai alias Rasmussen en tire une conséquence « Un large effort doit donc être fait au niveau civil et militaire. La
transition c'est mettre les ressources en place pour rendre les forces afghanes rapidement en mesure de conduire la sécurité, province par province, district par district. Ce sont les forces
afghanes qui ont le lead et les forces de l’OTAN en soutien. C’est çà l’essence de la transition. (...) Nous avons besoin de plus d’efforts. Et d’une meilleure coordination entre le civil et le
militaire. ».
Effarant ! Premièrement, ce postulat me semble aller à l'encontre de ce que disent plusieurs experts sur la situation afghane : très complexe bien sûr où il est difficile de
démêler les échevaux. Mais où tout rebelle n'est pas taliban et tout taliban pas d'Al Qaida. Bref, ils raffinent là où Appaturai et Rasmussen grossissent. Deuxièmement, on sait très bien qu'entre
la population et les insurgés, il y a des "passerelles" (pour être gentil), un soutien logistique (pour être plus précis), des alternances parfois (rebelle la nuit, civil le jour). On pourrait donc
compléter l'équation et arriver à civils = terroristes. Ce qui peut alors tout justifier, y compris un ou deux bombardements erratiques, voire plus... Si cette
approche devrait être maintenue, je ne vois pas comment nous pourrons convaincre les opinions publiques d'accepter des efforts supplémentaires, en hommes et en financement pour
l'Afghanistan. Sur le long terme, nos populations ne suivront pas. Inutile
d'envoyer des renforts. Troisièmement, on a l'impression que l'OTAN n'a rien appris en quelques années, que les dernières évolutions stratégiques données à
grand renfort de média restent, en fait, les mêmes. Ni des leçons du passé, notamment de la guerre d'indépendance algérienne et de l'attitude face au FLN. Quatrièmement. Je ne vois pas comment les
Afghans auront le lead et les civils pourront s'engager sereinement auprès d'une Organisation militaire qui défend ce type d'approche. Comment mener une action civile, différenciée, si à coté, des
membres des mêmes pays mènent une politique de "tout le monde dans le même sac" et du "tout répressif" ? Cinquièmement. Avoir une action civilo-militaire
implique que les civils aient autant de poids, voire plus que les militaires dans la définition de la stratégie. Cela ne me semble pas toujours être le cas ! D'un point de vue philosophique, cette approche ne me paraît pas vraiment conforme aux objectifs de
l'UE.
(écoutez l'explication, cela démarre après 4'30 minutes)
Par Nicolas Gros-Verheyde
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Publié dans : Orient - Afghanistan-Pakistan
Samedi 17 octobre 2009
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2009
06:09
(A La Réunion) Hervé Morin, le ministre de la Défense, a démenti, samedi dans l'avion qui le menait dans l'Océan indien, les pratiques « d'achat de la paix »
en Afghanistan. Le Times vient en effet, de "révéler" que les Italiens avaient payé les
Talibans pour avoir la paix. Quand ils ont quitté la zone la laissant aux Français, ils n'en auraient pas averti ceux-ci. Selon le journal britannique, l'embuscade fatale à dix soldats français en
août 2008 dans la vallée de l'Ouzbine, à l'est de Kaboul, résulte de cette pratique, et de cette ignorance de cette pratique, les taliban décidant de faire payer aux militaires présents (les
Français) l'absence de respect d'un "accord".
Encourager le développement Oui, payer les Talibans non. Lors de son déplacement qui le mène de Paris dans l'Océan indien, le ministre de la Défense est
donc venu vers l'arrière de l'avion à la rencontre des journalistes qui l'accompagnaient pour faire le point. « De telles pratiques seraient tellement contraires à l’honneur et l’idée de ce
qu’on peut faire d’une armée, à l’éthique. » a-t-il souligné. Il a tenu à distinguer deux choses : « Il y a un dialogue avec les maleks, les chefs de
clans. C’est une chose de mettre en place une collaboration, avec en fait les maires des villages, pour construire une coopération et stabiliser une vallée, c’est une pratique normale. Mais payer
des talibans serait un signe qu’on n’est pas capable de remplir notre mission. » Il a reconnu cependant qu'il
existait des financements indirects. « Nous ne sommes pas une armée d’occupation, nous participons à la construction
d’un pays. Faire travailler entreprises et population locales pour qu’un cercle vertueux se mette en route, c’est absolument nécessaire. Construire une relation est nécessaire pour que les gens
saisissent la reconstruction du pays. » Et concernant la présence d'hommes armés, il a expliqué : « Ce que je vois des hommes et des femmes qui assurent, éventuellement, la protection des entreprises. Mais de là à
avoir des gens armés juste pour çà. Payer les talibans, non. » Il a conclu en estimant « Il n’y aura pas de
victoire militaire en soi. C’est la confiance retrouvée de la population qui fera pression sur les
talibans ».
Une pratique ancienne. Il est de notoriété publique que comme le disait le chef des opérations spéciales contre le terrorisme, Hank (cité par Bob Woodward :
Bush s'en va-t-en guerre) : « l’argent parlait en Afghanistan ». « Les seigneurs de la guerre ou les
sous-commandants – avec leurs douzaines ou leurs centaines de combattants pouvaient être achetés pour la somme modeste de 50 000 $ en liquide. Si nous savons y faire, nous pouvons acheter bien plus
de talibans que nous ne devons en tuer. » « La CIA pourrait fournir de l’argent pour acheter de la nourriture, des couvertures, des équipements contre
le froid et des médicaments (...). L’aide humanitaire servirait la cause américaine. » Les Américains ont ainsi largement arrosé le pays et gagné la (première partie) de la guerre de 2001. Bob
Woodward parle de 70 millions de $ distribués par la CIA ont certainement remplacé plusieurs centaines d'hommes qu'il aurait fallu engager et faciliter la victoire à l'époque. Elles ont cependant
conforté une habitude : si tu veux la paix, tu payes.
Commentaire. On ne peut donc que s'étonner de l'atmosphère de vierges outragées de certains responsables politiques devant cette pratique. De plus, quand on parle de développement d'un pays,
il est évident qu'il y aura des "flux financiers" en direction de la population, y compris de personnes proches de la rebellion. C'est le but même de l'action civile en zone de conflit : acheter la
paix, convaincre les populations qu'elles ont plus à gagner dans la paix que dans la guerre. Soutenir qu'il faut davantage promouvoir le développement sans en accepter le corollaire me paraît donc
un peu utopique et surtout contradictoire. D'un point de vue, plus conjoncturel, on peut aussi se poser la question de l'intérêt de "sortir cette affaire maintenant". Est-ce proprement un règlement
de compte intra-italien ? On peut en douter : la fuite venant du Times et non d'un journal italien. C'est d'ailleurs un questionnement des Etats-Unis qui met le doigt sur la question en
interpellant les Italiens sur cette pratique. Y-a-t-il volonté des alliés de mettre la pression sur le gouvernement italien et de semer un peu la gêne entre
les deux capitales, Paris et Rome ? Sans aucun doute...
Par Nicolas Gros-Verheyde
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Publié dans : Orient - Afghanistan-Pakistan
Lundi 12 octobre 2009
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2009
07:00
Les armées européennes
perdent chaque semaine des hommes en Afghanistan. Un Français du 3e Rima de Vannes (photo) est mort jeudi 8 octobre des suites de ces blessures après l'explosion d'une bombe artisanale sous son
véhicule le 4 septembre dans lesquels deux autres soldats sont décédés. Un Britannique, est mort, jeudi, dans une explosion près du camp Bastion (province du
Helmand). Deux Polonais sont morts (et quatre ont été blessés) quand leur véhicule est passé sur une mine dans la province de Wardak, vendredi... Tous
étaient engagés pour une mission de stabilisation de la paix, sous autorité de l'OTAN et mandat de l'ONU.
Mais seuls les 6 soldats italiens décédés le 17 septembre ont eu droit à un message de
condoléance officiel, avec communiqué à la presse à la clé, de José-Manuel Barroso, le président de la Commission européenne. On peut se demander : pourquoi ce choix ? Certes le nombre de
victimes était plus important et l'impact médiatique a suivi. Certes c'était juste le matin du début d'un Conseil européen. Mais ce message est d'autant plus difficile à cerner que le président de
la Commission européenne n'a pas de rôle précis en matière de défense, encore moins quand il s'agit d'une opération de l'ISAF-OTAN.
Cette sélection de la compassion pour des victimes, en fonction de l'impact médiatique, ou de la personnalité du chef d'Etat, pourrait apparaître comme un certain opportunisme politique plutôt
malsain pour celui qui représente "l'intérêt général européen". Le président de la Commission européenne n'aurait-il pas intérêt à s'en tenir à une ligne de conduite, un peu plus égalitaire, pour
toutes les victimes de ce conflit ?
(maj) La Commission européenne ne partage pas cette analyse (bien sûr) « Le Président ne pratique pas de forme de sélectivité. Le Président a envoyé des messages formels de condoléances dans
les cas où le décès de ressortissants d'Etats Membres de l'Union Européenne a été marqué par un acte de deuil national. » a répondu le service du porte-parole qui a mis plusieurs jours à
fournir la réponse...
(cérémonie à la mémoire de Johann Hivin-Gérard du 3e Rima, décédé le 8 octobre à l'hopital Percy de Clamart, crédit
photo : DICOD)
Par Nicolas Gros-Verheyde
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Publié dans : Orient - Afghanistan-Pakistan
Mardi 6 octobre 2009
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01:00
A l'informelle Göteborg, j'ai pu converser avec le ministre de la Défense belge, Pieter de Crem, sur plusieurs sujets d'actualité. non seulement sur la possible
mission SSR en Somalie ou de l'Airbus A400M (a suivre) mais aussi de l'Afghanistan. Un
point de vue important car la présidence belge approche (au 2e semestre 2010 - avec une rencontre informelle prévue à Gand) et il importe de connaître le point d'un homme politique qui entend
trancher avec la politique de son prédécesseur, André Flahaut, en étant plus proche des Américains, ou selon une autre version, en rééquilibrant l'approche belge entre l'OTAN et l'UE.
Concernant les renforts militaires en Afghanistan, le Ministre se veut clair : « Nous n’avons pas reçu de nouvelle demande. L’important est d’avoir une stratégie de succès, pas seulement
au plan militaire, le volet civil, aussi, est important (il y a 210 hommes à Kandahar, sur un PRT). Avec la présence militaire, nous voulons donner la possibilité de donner au gouvernement afghan
la possibilité de bâtir l’État et de développer les possibilités économiques. Ma collègue au gouvernement qui s’occupe du développement a donné la possibilité de financer certains projets – nous
triplons la contribution. C'est une très subtantielle augmentation de la participation. »
Quant à augmenter le nombre de civils sur place, le Ministre se veut très prudent : « C’est une décision du gouvernement. Cela doit être décidée cas par cas. Il faut une synergie de toutes les
structures présentes en Afghanistan. ».
En revanche, il s'élève vivement contre la tentation de voir un échec : « Je ne suis pas d’accord sur le fait que nous n’avons pas réalisé un certain nombre de succès notables. La construction
de routes, l'éducation,, la santé publique, l'application de la loi, un certain nombre de progrès ont été faits. Mais il reste encore beaucoup de travail à faire. »
Par Nicolas Gros-Verheyde
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Publié dans : Orient - Afghanistan-Pakistan
Samedi 3 octobre 2009
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2009
12:00
Le ministre finlandais de la
Défense, Jyri Häkämies, estime nécessaire de renforcer le rôle de l'UE en Afghanistan et de nommer un "médiateur", chargé spécifiquement d'aller à la rencontre des groupes d'opposition, de
préparer la paix et de faciliter le processus de réconciliation nationale. Il pense à un nom en particulier : Pekka Haavisto, actuel député vert en Finlande. Le ministre voudrait proposer cette
candidature lors de la réunion de l'IFAS qui se tient fin octobre à Bratislava. « On a besoin en Afghanistan d’une personne qui soit capable de
parler non seulement avec tous les groupes ethniques, mais aussi avec les Talibans modérés. Cela permettrait de préparer un développement plus stable. » avait-il expliqué lors des journées de la défense en septembre. Ce point de vue n'est pas automatiquement partagé par tous au sein du
gouvernement finlandais. Le ministre des Affaires étrangères, Alexander Stubb, par exemple, est plus sceptique.
Haavisto a une longue carrière internationale. Il a notamment dirigé l'équipe d'enquête de l'ONU sur l'uranium appauvri au Kosovo, Bosnie, Serbie et
Montenegro (2000 à 2003), les task forces de l’ONU déployées en Afghanistan (2002), au Liberia, en Iraq dans les Grands lacs. Il a été représentant spécial de l'UE au Soudan à partir de 2005. A
l'époque (2002 - 2005), en Afghanistan - raconte Haavisto à un journal finlandais -, «il était possible de circuler dans la partie sud du pays, qui est aujourd’hui contrôlée par l’opposition.
Il est déroutant de constater que pendant que la communauté internationale soutenait le gouvernement, l’opposition gagnait davantage de terrain».