Moyen Orient - Iran Irak

Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Moyen Orient - Iran Irak
Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /2009 01:41
Le Conseil des ministres des ... Transports a approuvé une nouvelle action commune pour la mission européenne "Etat de droit" (Eujust Lex) en Irak (1). Il s'agit non seulement de prolonger la mission européenne mais surtout de mettre en place une "phase pilote" dans le pays même, avec "des activités de conseil stratégique, d'encadrement à des fins de suivi, et de formation, dans la mesure où les conditions de sécurité et les ressources le permettent".

Le budget est en légère hausse : 10,8 millions d'euros (à comparer aux 7,2 millions d'euros de l'année dernière). NB : Le budget de départ était de 10 millions mais il couvrait également la phase de planification de trois mois. La responsabilité du chef de mission en matière "d'exécution du budget de la mission" vis-à-vis de la Commission est précisée. "Il signe un contrat avec la Commission".

Chaîne de commandement. Comme toutes les décisions sur les missions civiles, l'Action commune comporte un paragraphe sur la nouvelle chaîne hiérarchique mise en place au niveau de l'Union européenne depuis 2006 avec le CPCC. Ainsi c'est le "commandant d'opération civil" qui assume la responsabilité politique et le commandement stratégique. Et le chef de mission qui assume le contrôle opérationnel sur le "théâtre". En terme militaire, on pourrait dire le commandement "tactique". Il reste sous la responsabilité du Commandant d'opération civil. Dans le même esprit, si "l''ensemble du personnel reste sous l'autorité de l'État membre ou de l'institution de l'UE" dont il dépend, c'est le chef de mission qui en "assume le contrôle opérationnel".
Enfin, manière d'intégrer davantage les missions de la PESD de l'UE au travail de la Commission (rapprochement qui n'est pas inutile si le Traité de Lisbonne entre en oeuvre et que se crée un service relations extérieures), "le chef de mission agit en étroite coordination avec la délégation de la Commission afin d'assurer la cohérence de l'action de l'UE dans le soutien apporté à l'Iraq" et "en étroite coordination avec la représentation locale de la présidence de l'UE et les autres chefs de mission de l'UE."

(1)
Je l'avais annoncé (un peu trop vite) pour le 18 mai. En fait, si le principe avait été acquis entre les 27, il restait encore à formaliser la décision juridique. C'est désormais chose faite.
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Moyen Orient - Iran Irak
Lundi 18 mai 2009 1 18 /05 /2009 12:00
Les Ministres des Affaires Etrangères des 27 devraient, ce lundi, approuver l'extension de la mission de formation EUJUST Lex en Iraq (ainsi qu'annoncé, lire ici). La mission est ainsi reconduite d'un an. Mais surtout son mandat est étendu, au niveau géographique. Ainsi des recrutements sont en cours pour permettre d'étoffer la mission, directement sur le terrain (jusqu'ici l'essentiel du personnel était basé à Bruxelles ou dans les Etats membres, faisant de nombreuses navettes). Le personnel serait établi, non seulement à Bagdad, mais aussi dans les différentes provinces du pays, en priant pour que les conditions de sécurité permettent ce déploiement. La mission continuera de faire de la formation de policiers, de juges et de gardiens de prison, en se concentrant essentiellement sur la chaîne pénale (arrestation, incrimination, détention...)
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Moyen Orient - Iran Irak
Lundi 30 mars 2009 1 30 /03 /2009 12:52
Les 27 doivent confirmer officiellement dans les prochains jours la prolongation de la mission de l’Union européenne en Irak chargée de former les policiers, juges et gardiens de prison jusqu’à juin 2010 (le Cops a approuvé la semaine dernière cette prolongation). Depuis sa mise en place, il y a quatre ans, presque 2000 personnes ont été formées, essentiellement par des stages et démonstrations pratiques qui se déroulent dans un des pays de l’Union européenne. Cette mission civile avait scellé l’unité des 27 sur la nécessité ou pas d’intervenir en Irak. Et elle pourrait trouver un nouveau souffle d’ici quelques mois après le départ des Américains. Le renforcement de ses effectifs ainsi que l’extension de ses tâches est à l’étude.
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Moyen Orient - Iran Irak
Jeudi 5 mars 2009 4 05 /03 /2009 21:45
Ce vendredi matin, c'est le dernier volet de la visite d'Hillary Clinton à Bruxelles (avant l'envol vers Genève pour une entrevue avec Lavrov) : la rencontre avec la "troïka européenne". C'est-à-dire la présidence Tchèque représentée par Karel Schwartzenberg, le ministre des Affaires étrangères, Javier Solana, le Haut représentant, et Benita Ferrero-Waldner, la commissaire européenne aux Relations extérieures. La conversation pourrait rouler sur l'Iran en particulier. Cet Iran qui fait peur, qui est proche de se doter de l'arme nucléaire.

La situation est critique selon les diplomates européens, qui ont planché sur la question lors d'un dernier Comité politique et de sécurité (COPS). « Les efforts diplomatiques n’ont pas produit leur effet. D'ici peu, quelques mois à peine, l'Iran sera en capacité de se doter de l’arme nucléaire (au moins de commencer les essais de l'arme). Le risque se rapproche. Il faut agir cette année rapidement.» Les Européens pourraient répéter à Hillary Clinton qu'ils sont derrière les Américains.

La pression doit se faire sur deux fronts, selon la stratégie "bigger carott et bigger stick" comme disent les Anglais ; "la carotte et le bâton" en français. «La carotte, ce pourrait être la reconnaissance de l'Iran comme d'un acteur essentiel dans la région, dont une première étape est l'invitation faite à l’Iran de participer à une conférence sur l’Afghanistan du 13 mars. La levée des sanctions» pourrait aussi être envisagée. Coté bâton, ce pourrait être la révision de la liste des sanctions.

L'Iran pourrait ne pas avoir d'autre choix, estime-t-on, espère-t-on, côté européen, avec la crise qui exerce une pression supplémentaire sur le pays - la conséquence de la chute des prix du pétrole et du gaz cause un déficit budgétaire et des difficultés internes comme un possible trouble social. Il y a là une fenêtre d'opportunité que les Européens et Américains veulent exploiter. A condition que les Chinois et les Russes suivent (voir les enjeux des discussions Usa-Russie). Ce sera l'essentiel du message européen.
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Moyen Orient - Iran Irak
Jeudi 5 mars 2009 4 05 /03 /2009 17:08
Nous savons tous l'intensité des discusions qui se déroulent ces jours-ci entre Américains (Européens) et Russes. L'objectif est d'abord de renouer les liens entre les deux grandes puissances, distandus au fil des années, surtout lors du deuxieme mandat Bush.

Puis de régler les problèmes : la Russie détient notamment deux clés en main.

1° L'opération de l'OTAN en Afghanistan. La capacité d'autoriser (ou non) l'approvisionnement des forces alliées en Afghanistan, à travers son territoire ou celui des républiques "amies" (républiques musulmanes de l'ex-URSS). La Russie a déjà accordé ce droit de passage pour les matériaux non militaires (alimentation, ...). Il s'agit de passer à l'étape suivante - comme le confie un diplomate à l'OTAN - de pouvoir acheminer certains équipements militaires lourds, comme les véhicules blindés, etc... Poutine (alors président Russe) avait autorisé Bush junior en 2001 à utiliser le territoire russe et alliés pour aller en Afghanistan à condition qu'il s'agisse d'une opération limitée dans le temps, au moins sans installation de base... Ce n'est plus tout à fait l'hypothèse de l'OTAN aujourd'hui en 2009.

Les relations Russie-Iran. La Russie a depuis quelque temps intensifié ses contacts politiques, économiques et militaires avec l'Iran : participation plus active de l'Iran à l'OCS, l'Organisation de coopération de Shanghai, accords d'exportation de pétrole et de gaz, et annonce de la fin de la construction de la centrale nucléaire (civile) iranienne de Bouchehr (un projet démarré par l'Allemagne, stoppé en 1979 et repris par les Russes). Ce qui est un coup dur pour la communauté internationale. Plus inquiétant sont certaines des livraisons militaires. Passent encore pour quelques livraisons d'avions de chasse. Mais tout ce qui concerne les systèmes anti-missiles, ou de défense aérienne, la situation est plus critique. Nous sommes là au coeur de la menace iranienne ou de sa capacité à résister aux pressions internationales. "Car explique un diplomate européen de haut rang, cela mettrait l'Iran - sinon à l'abri de toute riposte (israélienne par exemple) mais la rendrait beaucoup plus difficile". Et cela les Américains comme les Européens n'en veulent à aucun prix.

Quelques contrats militaires. Un vieux contrat avait été signé concernant la livraison de systèmes de missiles antiaériens S-300PMU-1, qui n'a pas été exécuté (encore...)
. Un autre contrat de livraison de 29 systèmes Tor-M1 avait été signé en décembre 2005. Et un autre contrat a été signé pour 5 groupes de S-300 mais, selon nos confrères de Kommersant, sa réalisation a été reportée pour des raisons politiques. Le ministre des Affaires étrangères iranien s'est d'ailleurs rendu à Moscou récemment (le 17 février) pour tenter d'arracher le respect de cet accord. Sans succès. En revanche, de nouveaux accords seraient en prépation notamment pour la livraison de systèmes de DCA de moyenne portée Bouk-M1. Etc...

Pas de marchandage mais un partage des risques. On comprendra bien qu'à coté de cette menace pesante, la mise en place de quelques éléments d'un bouclier anti-missile (au demeurant couteux et dont l'efficacité demeure à démontrer) comme l'adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie à l'OTAN pèsent relativement peu... Du moins si on considère que la menace vient davantage de Téhéran que de Moscou. Alors même si Medvedev et Obama répugnent au terme de "marchandage", c'est bien un deal général sur la sécurité internationale que sont en train de négocier Russes et Américains - par-dessus la tête des Européens - et non simplement quelques petits aménagements d'une stratégie. Les Russes étant dans une situation économique délicate, une des contreparties américaines pourrait être sonnante et tébuchante. Comme l'installation d'un bouclier anti-missiles commun. D'où l'importance des discussions de Genève entre Lavrov (le ministre russe des affaires étrangères) et son homologue américaine (Clinton).
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Moyen Orient - Iran Irak
Mercredi 21 janvier 2009 3 21 /01 /2009 07:00
Cette année sera une année décisive pour l'Irak. Avec le changement de statut de l'armée américaine, passée de force de libération/occupation, et son retrait progressif, on pourra vérifier si les conditions de stabilité relative qui a marqué ces derniers mois tiendront. Comme me le confiait un observateur de la région, ce succès, on peut l'attribuer à cinq facteurs : "davantage de troupes sur le terrain, l'amélioration de la capacité de sécurité des troupes irakiennes, l'intégration de certains groupes sunnites pro Alquaeda au conseil, la sécurisation en fermant (ou limitant) le "robinet iranien", le cessez-le-feu avec l’armée du Mehdi. "Le problème - ajoutait mon interlocuteur - est que ces 5 facteurs sont réversibles. Cette année sera donc décisive." Une remarque qui m'avait convaincu de la nécessité de jeter un oeil - malgré une actualité plus criante sur d'autres points du globe (Congo, Somalie, Palestine) - sur cette mission de l'Union européenne en Irak, dénommée EUJUST Lex. Une mission civile dirigée, depuis sa mise en place en juillet 2005, par le Britannique Stephen White, qui consiste à former policiers, magistrats et gardiens de prison irakiens (plus de 1900 ont déjà été formés lors de 80 sessions). Nous avions convenu depuis quelque temps de nous rencontrer. Ce fut chose faite avant Noël. Dans un bâtiment sécurisé du Conseil (où siège également le comité militaire et à deux pas des casernes royales belges) où il a établi ses bureaux. Entretien...

Stephen White est originaire d'Irlande du Nord, où il a gravi tous les échelons de la police jusqu'au poste de chef adjoint. Il a mené plusieurs opérations de formation dans des pays en développement (la Mongolie par exemple). Sa présence en Irak remonte à 2003. De Juillet 2003 à Janvier 2004, il y travaille comme Directeur de la loi et l'ordre et conseiller principal de police de l'Autorité provisoire de la Coalition, basée à Bassorah. En Décembre 2004 et Janvier 2005, il fait partie de l'équipe d'experts de l'UE envoyés en Irak et recommande des mesures d'appui à l'État de droit.

Pourquoi êtes-vous venu en Irak ?
Je crois que j’avais quelque chose à offrir, une assistance dans la résolution de conflit, mon expérience de conflit, de la formation aussi quand j'en étais responsable pour l’ensemble de la police du Royaume-Uni.

Votre expérience en Irlande du Nord a dû vous aider. Quelle leçon avez-vous plus particulièrement retenu ?
Nous avons beaucoup appris en Irlande du Nord, effectivement, sur la conduite à tenir vis-à-vis de la population, sur l’importance d’avoir une police locale, intégrée dans la société. Attention ! Nous ne sommes pas dans la même situation. Mais il y a des points qui peuvent servir. La plus grande erreur, à mon sens serait de faire jouer aux soldats un rôle de police. Il faut donc avoir des formations spécifiques et une organisation séparée pour la police. La police doit vivre et être une part de la société. C'est la leçon principale que j'ai retenue et que nous essayons d'appliquer ici.

Vous avez plusieurs années de présence, comment ressentez cette expérience ?
J’ai, effectivement, été le premier policier étranger dans le pays après la chute de Saddam Hussein. Et j’entame ma sixième année en Irak. C’est un défi... Personnellement, professionnellement j’ai vu tellement d’efforts, tellement de sang aussi autour de nous - un garde du corps blessé dans un attentat, un policier irlandais blessé -, tellement de tristesse, qu’il faut aider ce pays. En Irak, il y a vraiment des gens, très motivés, qui veulent faire des choses. Et je vois le résultat également. Cette mission a créé un sentiment unanime entre les 27, et aussi un partenariat des différentes administrations concernées (police judiciaire, pénitentiaire) des Etats membres qui ne sont pas obligatoirement habitués à travailler ensemble dans leur pays. Là nous sommes tous mobilisés ensemble.

Tous les Etats membres n'avaient pas le même avis pourtant sur l'intervention en Irak ?
Effectivement, l'Europe était fortement divisée, entre les pro et anti-interventions.
Mais en même temps, il y avait une nécessité de stabiliser l'Irak, d'envoyer un signal politique. C'est peut-être une des raisons de la mission. Vu la situation politique, l'aide de l’UE ne pouvait être pas être une aide militaire, mais de gestion de crise. Quand le projet d'une mission "Etat de droit" qui vise au rétablissement des droits de l’homme, des services de police, des juges..., a été présenté, il y a eu unanimité autour de la table des gouvernements. Nous avions une action, sur une base commune, sur une position neutre. Et tout le monde était d'accord pour cela.

Vous ne pensez pas que l'intervention américaine et des alliés a créé un problème de plus ?
Non. Je ne suis pas d’accord. Dire que le problème a commencé avec les Américains n'est pas exact. Saddam Hussein avait détruit une bonne partie des infrastructures.

Quelle doit être la position de l'UE en Irak, selon vous, aujourd'hui  ?
L'UE et les internationaux doivent soutenir les modérés. Il faut combattre le terrorisme, l'extrémisme. En second lieu, permettre la réconciliation, bâtir des infrastructures de santé et d’éducation. Il ne faut pas perdre de vue que le développement économique du pays n’est possible qu’avec la sécurité. J'en reste persuadé.

Pour vous, cette mission apporte donc une pierre à la construction d'un Irak libre ?
Oui, indéniablement. La mission de l'UE est modeste, elle ne prétend pas tout résoudre. Et nous sommes une petite part d'un contexte plus général : le rétablissement de l'Etat de droit en Irak. Mais elle a une importance significative. Et, surtout, elle a prouvé son efficacité non seulement pour l’Irak mais aussi pour les Etats membres. Je souhaite maintenant qu’elle continue et se développe.

S
e développer, c'est-à-dire ?
La mission va encore se renforcer sur le système judiciaire. Il faut intégrer toute la chaîne – de l’arrestation à la poursuite. C’est ambitieux. Cela suppose davantage de cours pour davantage de personnes.
Des cours spécifiques centrés sur certains thèmes particuliers: l’ordre public, les prisons, les femmes, les jeunes, le crime organisé.

Quelle formation apportez-vous ?
Notre volonté n'est pas de faire de la théorie, mais d'apporter la pratique, nos bonnes pratiques, dans quelques domaines.
Nous avons ainsi un programme de visites, de démonstrations pratiques pour les policiers, les juges. Nous avons ainsi organisé des visites de prison en Italie, en insistant sur la nécessité de réintégrer et fournir un support psychologique aux prisonniers, pour ne pas juste punir, mais préparer à la sortie. Cela paraît sans doute évident en Europe. Ce n’est pas évident vu l'état du système pénitentiaire irakien et la façon dont il était conçu sous Saddam Hussein.

Et cela marche ?
On ne peut pas faire comme çà (il fait un claquement de doigts). Cela prend du temps.
C'est une stratégie à long terme. Mais je rencontre des professionnels, de très bon niveau, qui comprennent la nécessité des droits de l’homme. Nous avons besoin de tels personnels, bien formés, bien éduqués.

L'UE a-t-elle besoin d'un accord avec le gouvernement irakien comme les Américains viennent de le signer ?
Nous n'avons pas besoin d’un accord type SOFA (accord de protection de troupes).
Notre initiative est menée avec du personnel irakien. La lettre du 26 mai 2005 que nous avons reçue du Premier ministre irakien est suffisante (Nb : elle donne aux membres de la mission les privilèges et immunités diplomatiques habituelles selon la convention de Vienne).

Vous paraissez optimiste sur l'avenir de l'Irak ?
Oui. Je reste optimiste, pour un tas de bonnes raisons.
L’Irak a connu une histoire ces dernières années vraiment sanglantes. Mais on ne peut s'empêcher de voir qu'il y a un fantastique progrès. Chaque jour, je le constate. On voit à Bagdad une certaine normalité retrouvée. L’électricité marche. La circulation revient. La police et l’armée - mois après mois - reviennent à un niveau. Au niveau politique, le processus de réconciliation enclenché va dans le bon sens. Et ces dernières semaines on a vu la sécurité s’améliorer nettement. De 170 attentats, on est passé à 10 par semaine. Maintenant tout n'est pas acquis. Il faut faire attention à cette évolution; il peut y avoir de nouvelles attaques.

Question ultime...
Les missions de la PESD se développent aujourd'hui, comment vous voyez cette évolution ?
Les missions de la PESD deviennent surtout plus sophistiquées – dans la taille de la mission, le mandat qui leur confié, la diversité des personnes qui s'y retrouve. Quand cela démarre, l'UE a de réelles chances de succès.


(photo : Conseil de l'Union européenne, mission EUJUST Lex)
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Moyen Orient - Iran Irak
Lundi 1 décembre 2008 1 01 /12 /2008 18:09

Tous les soldats du contingent bulgare en Irak regagneront la Bulgarie entre les 15 et 20 décembre, d'après le ministre de la Défense, M. Nikolaï Tsonev.


Cout : 80 millions d'euros. Ce retour marquera la fin de la mission bulgare en Irak, car il n’y a pas de nouvelle décision politique d’envoi d’un nouveau contingent. Les cinq années de présence en Irak ont coûté au contribuable bulgare « plus de 155 millions de leva » (environ 80 millions d'euros), selon  le ministre des Affaires étrangère, M. Kalfin, « les frais de transport et de logistique ayant été assurés par le budget des forces multinationales ».


Renforts en Afghanistan? La fin de mission en Irak d'économiser entre 10 à 12 millions de léva (environ 5-6 millions d'euros), a expliqué le général Galimir Pehlivanov, chef-adjoint de l’Etat-major de l’armée bulgare, à nos confrères de Sega. Ce va permettre d'augmenter les troupes bulgares sur d'autres théâtres, comme au Kosovo et en Afghanistan. Actuellement, le contingent bulgare à Kaboul est composé de 200 personnes, et 220 militaires bulgares assurent la protection de la partie intérieure de l’aéroport de Kandahar. Au Kosovo, la Bulgarie est présente avec une compagnie. La décision doit être prise par le Gouvernement qui la déposerait ensuite pour approbation au Parlement, a expliqué le général Pehlivanov. La Bulgarie a prévu 91 millions de Leva cette année pour des missions à l’étranger (environ 46 millions d'euros). Et le budget pour l'année prochaine ne devrait pas être inférieur.

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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Moyen Orient - Iran Irak
Mercredi 25 juin 2008 3 25 /06 /2008 08:14
Le Conseil des ministres de l’Union européenne a, le 23 juin, prolongé d’un an la mission « Etat de droit » Eujust Lexl en Iraq, avec un budget de 7,2 millions d’euros. La mission a pour objectif de former les personnels irakiens de police, judiciaire et pénitentiaire. La mission a formé jusqu’ici 1572 Irakiens, selon un dernier bilan fait par le Conseil.
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Moyen Orient - Iran Irak
Jeudi 30 septembre 2004 4 30 /09 /2004 02:59
(Paru dans Ouest-France, septembre 2004) Pour Paul Filler le chef du bureau de l’Office européen d’aide humanitaire en Iraq, le pessimisme est de mise. La situation ne s’améliore pas. Bien au contraire…

L’homme est discret, peu disert, en un mot prudent. Paul Filler est le chef du bureau d’Echo, l’office européen d’aide humanitaire, en Iraq. Ou plutôt en Jordanie car, depuis plusieurs mois, cet organisme qui dépend directement de la Commission européenne, présent en Iraq depuis… 1992, a replié l’essentiel de son personnel international à Amman, en Jordanie. Reste donc sur place uniquement le staff local, dans un bureau à Bagdad dont l’adresse est gardée soigneusement secrète… par mesure de sûreté ! Les Européens s’y risquent à de trop rares moments. « C’est très difficile pour tous nos partenaires sur le terrain : les ONGs, la Croix-Rouge internationale… Il faut être très imaginatif, très souple pour continuer à travailler ». Une « situation totalement nouvelle » assure-t-il. « D’ordinaire, nous faisons face à l’urgence et, une fois les besoins primaires assurés, démarre la reconstruction. Ici, en Iraq, on doit faire face aux deux à la fois ». Avec une difficulté supplémentaire. « La situation évolue constamment. Il est très difficile de prévoir les besoins ». Et surtout un problème qui tourne à l’obsession : « la sécurité ». Une préoccupation qui n’est pas près de s’éloigner. Car la situation s’aggrave. « C’est encore plus difficile ces derniers mois d’agir. Le danger est partout. Les forces militaires mais aussi la criminalité qui se développe ». Et la confusion règne entre l’humanitaire et le militaire. Certaines troupes de la coalition menant des actions humanitaires envers la population. « Ce qui sème une grande confusion » et explique peut-être pourquoi certains membres d’ONGs sont pris pour cible. Pour l’avenir, le pessimisme semble de mise. « Il est difficile d’imaginer que cela puisse s’améliorer demain» avoue Paul Filler. La seule issue, selon lui : « la paix. Tout dépend de cela. Que la paix revienne et alors, pfouf, tout reviendra, il n’y a plus de problèmes d’urgence et on pourra attaquer réellement la reconstruction ».
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Moyen Orient - Iran Irak
Mardi 10 février 2004 2 10 /02 /2004 03:01
(projet d'opinion pour France-Soir et Gazeta Wyborcza, février 2004). Cette "lettre" était destinée aux amis polonais en particulier. Car si il y a eu un ralliement aux Américains et à l'engagement en Irak, qui a fait particulièrement mal à nombre de Français (dont j'étais) - ceux-là même qui avaient lutté pour que Solidarnosc vive et que la liberté s'instaure à l'est -, c'est bien celui de la Pologne. Nous n'avions pas soutenu Solidarnosc, pour cela, ai-je entendu plusieurs fois... Je ne pouvais donc rester la plume sur la table, à laisser dire, à laisser faire (au moins par respect pour mes enfants... à moitié polonais).

« Amis polonais, Vous étiez venus en Irak pour chercher des armes de destruction massive. Il est maintenant clair et prouvé, par ceux-là même qui l'avaient affirmé au départ, qui ont déclenché cette guerre, que ces armes n'existent pas ou du moins qu'elles n'existent plus.

« Vous étiez venus faire une guerre de libération. Voyez-vous une population heureuse, libre, vivant une vie démocratique épanouie ? Non. Vous avez certes enlevé aux Irakiens leur oppresseur, leur dictateur. Mais vous n'avez rien su lui apporter en échange. Car la liberté ne s'importe pas, surtout pas dans les fourgons des chars.

« Vous étiez venus apporter la paix ? Vous n'en aviez pas le mandat. Aucune puissance au monde ne détient le pouvoir d'amener sa paix. La paix n'appartient pas et n'est pas réservée à un Etat. Elle doit être l'émanation de tous et de chacun... Vous étiez venus faire pourchasser les criminels, détruire des bases arrières du terrorisme mondial? Qu'en est-il aujourd'hui ? L'Irak est à feu et à sang.

« Ce pays qui vivait sous un joug oppresseur connaît, à son tour, une nouvelle terreur ; celle des attentats aveugles. Les soldats américains, anglais, italiens, vos soldats sont tour à tour victimes d'attentats ou d'actes de guerre. Non seulement le terrorisme fait rage en Irak. Mais il continue de se répandre dans le monde....

« Vous le savez pourtant bien, amis polonais. Quand on intervient sous le coup d'une mystification, pour une réalité qui n'existe pas, cette intervention est faussée. Elle ne sert qu'à affirmer un pouvoir, asservir une idée ou soumettre un peuple.  Comment puis-je croire que cette "aventure" ne vous rappelle rien ? L'histoire d'une certaine Europe divisée, abaissée. Votre histoire.

« Celle dont vous avez été tour à tour victimes et complices. Du temps où tout était simple en Europe : gris à l'Est, rose à l'Ouest. Où il y avait un mythe celui du communisme. Et, où, au nom du communisme, les chars d'un certain Pacte de Varsovie allaient, tour à tour, maintenir la pax sovietica, sous prétexte de sauvegarder l'intégrité menacée d'un pays et de faire la chasse aux agents de l'impérialisme venus de l'extérieur. Ce communisme... Vous le saviez bien était factice. Et il ne servait qu'à préserver les intérêts d'une puissance impériale, la Russie.

« A votre tour, vous êtes devenus une force occupante, prêtant la main à un imperium qui n'a en fait qu'un seul but, maintenir sa domination sur tous les autres Etats. En fait, monsieur Miller (*), c'est à croire que si vous avez changé de maître, vous n'avez pas changé de méthode. Vous avez dupé, méprisé votre peuple. Pire ! Demain peut-être des familles seront endeuillées par une bataille qui n'est ni un preux combat de chevaliers mais une gabegie. N'est-il pas temps alors de cesser cette monumentale erreur ? Ce ne serait pas une honte ou un déshonneur.

« Amis polonais. Au 1er mai, vous rejoignerez cette Europe pour laquelle vous avez lutté et dont vous avez rêvé, que nous avons désirée ensemble. Bataillez dur pour vos paysans, vos entreprises, votre place au sein de l'Europe, pour la construction européenne. Ca oui ! C'est un combat qui se mérite et se respecte. Mais envoyer quelques soldats se faire tuer en Irak relève plus du viol d'une jeune fille sans défense que de la défense de la liberté.

« Rejoignez le camp de la raison ! Retirez vos troupes. Ce geste symbolique pourrait vous sembler suranné. Aux yeux de la grande majorité des citoyens européens, largement opposée à cette guerre, il vous grandira... Il est encore temps de ne pas gâcher nos retrouvailles.

(*) Premier ministre de la Pologne (ex-communiste)

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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Moyen Orient - Iran Irak
Jeudi 17 avril 2003 4 17 /04 /2003 02:45
(article publié dans France-Soir, avril 2003) Réunis en sommet à Athènes, l'heure était venu pour les leaders européens communiant autour de l'adhésion de 10 nouveaux de pays se réconcilier.

L'Europe va ainsi, comme une valse à trois temps. Dans un premier temps, sont la tempête, la brouille et les cris, Puis, comme dans les vieux couples qui savent qu'il faut continuer à vivre ensemble, il faut ramasser la vaisselle cassée, ravaler ses larmes, sa colère et se rabibocher, à voix basse. A Athènes si la question irakienne n'était ainsi pas officiellement à l'ordre du jour de ce sommet européen, elle a donné lieu à maints conciliabules. Tony Blair et Jacques Chirac se sont alors rencontrés durant 25 longues bonnes minutes. Un bienheureux hasard, selon la porte-parole du leader britannique : "Le premier ministre est allé prendre l'air. Chirac a eu la même idée. C'était totalement spontané et imprévu". "Pas du tout un hasard" s'est empressé de démentir le président français "… mais un rendez-vous prévu d'avance" ! Cette divergence mise à part, les deux dirigeants ont évoqué le rétablissement des services publics essentiels en Irak, la situation dans les hôpitaux, et leur "commune inquiétude face au pillage des musées à Bagdad" dixit Chirac. Ce qui n'a pas empêché ce dernier dans sa conférence de presse d'adresser une petite pique aux anglo-américains en les désignant comme "autorités d'occupation" et d'espérer qu'ils seront d'accord sur l'idée de la Commission européenne d'un pont aérien pour rapatrier les enfants blessés. Quoi qu'il en soit, les dirigeants des 25 - les Quinze Etats membres et les dix nouveaux Etats venus à Athènes signer leur traité d'adhésion - devaient adopter une déclaration commune réaffirmant notamment le plein "soutien aux Nations-unies et à leurs efforts pour garantir la légitimité internationale …". Quant à la volonté pour l'Europe "d'assumer [ses] responsabilités mondiales" qui figure également dans cette déclaration, il est encore sans doute un peu tôt. Pour le troisième temps de la valse, la politique commune extérieure et de défense, il faudra donc sans doute attendre…

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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Moyen Orient - Iran Irak
Jeudi 20 mars 2003 4 20 /03 /2003 23:23
(article paru dans France-Soir, mars 2003) Les Quinze chefs d’Etat et de gouvernement sont réunis à Bruxelles pour tenter de restaurer leur unité après les divergences sur l’Irak

Dans un quartier européen bouclé par les forces de l’ordre, où la moindre affichette anti-guerre est immédiatement décollée, le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement n’avait pas vraiment ce petit air guilleret de printemps… malgré son titre. Il aura bien fallu tout un dîner aux quinze chefs d’Etat et de gouvernement, réunis au « 50.7 », la salle du Justus Lipsius réservée aux conseil des ministres, pour digérer leurs rancoeurs et leurs profondes divergences sur la question irakienne et l’intervention armée des Etats-Unis. L’heure paraît venue de recoller les morceaux. Mais ce sera difficile. Certaines délégations, à commencer par les Britanniques, veulent en effet remettre sur le tapis la question de la reconstruction de l’Irak après-guerre. Un sujet pour le moins sensible. La Commission européenne elle-même par la voie de son commissaire chargé des relations extérieures, l’anglais Chris Patten, a estimé qu’il serait difficile à l’Europe d’approuver une telle démarche dans une guerre se déroulant sans mandat de l’Onu. Quelques heures avant le sommet, Jacques Chirac préférait donc opter pour un champ de bataille, appelant ses collègues à "prendre conscience de la nécessité" d'une politique étrangère et de "défense commune crédible". « La France ne se résigne pas à ce que l'Europe reste inachevée » martelait le président français devant la presse. Un propos approuvé par la présidence hellénique de l’Union européenne. Georges Papandréou, le ministre grec des affaires étrangères, estimait ainsi devant les parlementaires réunis en session extraordinaire que « l’Europe devait rapidement faire le bilan de ses divisions si elle voulait pouvoir un jour parler "d'une seule voix ». Une nécessité d’autant plus cruciale que ce matin, après une (très) courte nuit, les dirigeants européens devront se pencher sur d’autres sujets plus prosaïques. Avec les ministres de l'Economie et des Finances ils doivent affiner ce qu’on appelle "la stratégie de Lisbonne". Autrement dit : comment faire de l’Europe l'économie la plus compétitive du monde à l'horizon 2010 ? … devant les Etats-Unis. Avec au menu des sujets comme la libéralisation de certains secteurs économiques, la modernisation de la protection sociale et le renforcement de la lutte contre l’exclusion. L’économique pourrait-t-il être le baume des divisions politiques… Ce ne serait pas la première fois que l’Europe jouerait le rôle de mercurochrome.
Nicolas Gros-Verheyde


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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Moyen Orient - Iran Irak
Mercredi 12 février 2003 3 12 /02 /2003 02:54
(paru dans France-Soir) Trois questions à Louis Michel, vice-premier ministre belge, ministre des affaires étrangères

Il y a quelques mois, après les attentats du 11 septembre, toute l'Europe était derrière les Américains. Aujourd'hui ce ne semble plus le cas.
Je vais vous étonner. J'ai une attitude compréhensive  à l'égard des Etats-Unis. Il se fait qu'ils ont pris l'habitude de devoir assumer seule l'organisation et la sécurité du monde. Ils finissent par considérer que c'est non seulement leur devoir mais aussi leur droit. Que cela doit se faire selon leur vision… Une majorité chez nous ne se retrouve pas dans le concept de la « guerre préventive » dans la doctrine militaire américaine, ne partage pas cette interprétation extensive de la lutte collective contre le terrorisme. Elle ne se  retrouve pas dans le propos réducteur de « qui n’est pas avec nous, est contre nous ».

N'est-ce pas aussi la faute des Européens, cet hégémonisme ?
L'Union européenne est faible sur la politique extérieure. Quand l'Union pourra parler dans toutes les questions de politique extérieure d'une seule voix, il est probable que les Américains comprendront l'intérêt qu'ils ont à partager le risque de l'organisation du monde avec nous. Nous en sommes à un point où l’Union européenne est perçue comme l’acteur international le plus à même d’influencer ou de servir de contre-poids aux États-Unis. Différente en nature, en style et en ambition, l’Union inspire moins la crainte d’hégémonie. En même temps, elle est une alternative plus bénigne, car elle prône un modèle de société plus à la portée des autres peuples de part le monde.

Croyez-vous encore et toujours la guerre évitable ?
Oui. Il faut encore et toujours privilégier la piste des Nations-Unies qui a pour objectif la résolution de la crise par des moyens diplomatiques et pacifiques. La paix mérite patience.
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Moyen Orient - Iran Irak
Lundi 3 février 2003 1 03 /02 /2003 02:47
(Paru dans Témoignage Chrétien, février 2003) En Belgique, le consensus est quasi-général. Dans ce pays aussi plat qu’un plat, qui héberge non seulement le siège de l’Otan mais aussi plusieurs bases militaires, la tradition pacifiste reste vigoureuse, particulièrement en Flandre. Et les mouvements américains de troupes ne peuvent être passés sous silence. L’aéroport d’Ostende et le port d’Anvers ont ainsi été mobilisés courant janvier pour embarquer du matériel militaire US. Le tout sous protection de l’armée belge. Ce qui a suscité quelques soubresauts au sein de la coalition au pouvoir. Très vite, socialistes et écologistes sont montés au créneau. Le leader socialiste wallon, Elio Di Rupo , qualifiant ainsi cette "guerre particulièrement insensée", de "tromperie" (1). Un temps favorable à une solution militaire, les libéraux, leurs alliés au gouvernement, ont dû se ranger à l’opinion générale. 84 % de la population est en effet hostile à toute intervention. Un chiffre qu’aucun homme politique ne peut ignorer à trois mois des élections générales. Dans ce pays aux tréfonds catholiques, nul ne peut également ignorer le vibrant plaidoyer en faveur de la paix de Godfried Danneels, l’archevêque de Malines-Bruxelles. La veille de Noël, il avait stigmatisé le « God Bless America ». « Accaparer Dieu pour sa propre cause, ce n'est pas la première fois que cela se produit dans l'histoire de l'humanité, mais il faut savoir que ça ne se fait pas » a-t-il déclaré, condamnant également toute guerre préventive. « Il faut résoudre les problèmes du monde d'une autre façon ». La Belgique a ainsi suivi à l’Otan la France et l’Allemagne dans leur refus de répondre aux demandes d’assistance américaine.

(1) Le PS belge a rappelé "qu'il partage les préoccupations exprimées par un grand nombre de mouvements politiques et d'associations de la société civile pour qui une guerre en Irak aurait des conséquences désastreuses". "Si le régime anti-démocratique de Saddam Hussein est fortement condamnable, dans l'état actuel des choses, une nouvelle intervention militaire dans ce pays est injustifiable"

Note complémentaire : La position des institutions européennes.
La Commission européenne s’est montré d’une hypocrisie peu commune. Alors que parallèlement elle revendique le pouvoir de conduire, aux cotés du conseil des ministres, la politique extérieure, elle n’a montré aucun signe de volonté en ce sens. Interrogée par nos soins, le porte-parole de la Commission, Jean-Christophe Filori, indique que la Commission se range du coté du Conseil… L’exécutif européen en a été même incapable d’émettre le moindre point de vue à titre humanitaire. Comme il avait pu le faire dans le passé.  Le Parlement a été plus audacieux. Faisant taire leurs divergences, députés libéraux, socialistes et écologistes, ont en effet voté une résolution forte, condamnant toute « frappe préventive [ce qui] contreviendrait au droit international ». Adoptée par 287 voix pour et 209  contre, ce texte estime également que les "violations de la résolution 1441 (...) actuellement relevées par les inspecteurs en ce qui concerne les armes de destruction massive ne justifient pas le lancement d'une action militaire". Une délégation de 33 parlementaires européens, mené par l’écolo belge Paul Lannoye et le communiste français, Francis Wurtz, est d’ailleurs actuellement en Irak et devrait rendre compte de sa mission la semaine prochaine.


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L'auteur

Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" de Ouest-France, spécialiste "défense-sécurité" à Europolitique (agence de presse européenne) et responsable des "dossiers-enquêtes". Ma carrière de journaliste commence en 1989 par des reportages en Europe de l’Est (Hongrie, Tchécoslovaquie, Pologne) à la réunification. J'ai travaillé pour La Tribune, Le Quotidien de Paris, Impact Médecin, Radio France Urgences, Arte et LCI. Pour d'autres archives articles et travaux, voir ce site. ou le blog Europe sociale (en veilleuse). Pour m'écrire.

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