Par Nicolas Gros-Verheyde
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Publié dans : Yougoslavie, mémoire d'un désastre
Mercredi 15 juillet 2009
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09:30
La normalisation des relations entre la Serbie et l'Union européenne est actuellement bloquée par les Néerlandais (et les
Belges), considérant que Mladic n'est pas livré au tribunal international pour l'ex-Yougoslavie, ou que des preuves patentes de la collaboration de la Serbie avec le Tribunal n'ont pas été
apportées. Parfois dans certains cercles européens, on maudit ces satanés néerlandais qui empêchent cette normalisation. Et on préfère parler - à
l'image du tout nouveau président du Parlement, le Polonais Jerzy Buzek, à qui les journalistes ont posé la question mardi -, de nécessaire réconciliation et de
respect des droits de l'homme, en termes généraux. Il faut le souligner : les Néerlandais ont raison de bloquer cet accord (1).
On ne peut pas, en effet, passer sous silence l'histoire. Un des massacres les plus sordides et les plus importants de l'histoire de l'Europe moderne a eu lieu à quatorze ans. Là, la Communauté internationale - et l'Europe - ont failli à leur devoir premier : protéger les populations civiles mises sous leur protection.
Qu'on se souvienne. A la mi-juillet 1995, ils attaquent les "enclaves" bosniaques, placées cependant sous la protection des Nations-Unies. Notamment à Srebrenica, où la situation allait devenir dramatique. Prenant sous le feu, le détachement néerlandais de 450 casques bleus qui assurait la protection de la zone, faisant 30 prisonniers pami les militaires des Nations-Unies, les forces bosno-serbes de Mladic arrivent dans la zone le 11 juillet. Malgré la demande du Col. Karremans, commandant le détachement, d'un appui aérien, le commandement international, assuré notamment par le général Janvier refuse cet appui, par crainte de faire d'autres victimes, notamment les militaires otages. Au camp de Potocari, environ 20 000 civils ont trouvé refuge. Ils croient être en sûreté. Erreur. Si les Serbes autorisent l'évacuation - par car - de femmes et d'enfants, ils retiennent les hommes. 8372 personnes - selon le décompte officiel - furent tuées en quelques jours. Le 21 juillet, les soldats néerlandais sont autorisés à quitter l'enclave, cadeau et verre de l'amitié en prime.
Pour mémoire, ce reportage éloquant de la BBC (même si il est à prendre "avec des pincettes" car il s'appuie en partie sur des images de propagande tournées par les Serbes eux-mêmes). En trois parties
Suite : 2e partie et 3e partie
On ne peut pas, en effet, passer sous silence l'histoire. Un des massacres les plus sordides et les plus importants de l'histoire de l'Europe moderne a eu lieu à quatorze ans. Là, la Communauté internationale - et l'Europe - ont failli à leur devoir premier : protéger les populations civiles mises sous leur protection.
Qu'on se souvienne. A la mi-juillet 1995, ils attaquent les "enclaves" bosniaques, placées cependant sous la protection des Nations-Unies. Notamment à Srebrenica, où la situation allait devenir dramatique. Prenant sous le feu, le détachement néerlandais de 450 casques bleus qui assurait la protection de la zone, faisant 30 prisonniers pami les militaires des Nations-Unies, les forces bosno-serbes de Mladic arrivent dans la zone le 11 juillet. Malgré la demande du Col. Karremans, commandant le détachement, d'un appui aérien, le commandement international, assuré notamment par le général Janvier refuse cet appui, par crainte de faire d'autres victimes, notamment les militaires otages. Au camp de Potocari, environ 20 000 civils ont trouvé refuge. Ils croient être en sûreté. Erreur. Si les Serbes autorisent l'évacuation - par car - de femmes et d'enfants, ils retiennent les hommes. 8372 personnes - selon le décompte officiel - furent tuées en quelques jours. Le 21 juillet, les soldats néerlandais sont autorisés à quitter l'enclave, cadeau et verre de l'amitié en prime.
Pour mémoire, ce reportage éloquant de la BBC (même si il est à prendre "avec des pincettes" car il s'appuie en partie sur des images de propagande tournées par les Serbes eux-mêmes). En trois parties
Suite : 2e partie et 3e partie
(1) Autre chose est la libéralisation des visas pour les Serbes que la Commission européenne vient de décider aujourd'hui. Il n'est pas nécessaire de punir un peuple pour les méfaits de son gouvernement. Plus discutable est le fait de ne pas accorder aux Bosniaques le même traitement (même si elle peut se justifier sur d'autres critères).
Dans sa biographie, qui vient d'être publiée à Helsinki, la spécialiste en
médecine légale dentaire,
Pourquoi n'a-t-on pas réagi dans le début des années 1990 ?
Votre sentiment en 1990-91 ? Dans la coalition au pouvoir, il y avait
des divergences. Pour nous socio-démocrates, les Balkans c’était du passé, une affaire terminée. Pour les Chrétiens-Démocrates, c’était légèrement différent. Pour un homme catholique comme Alois
Mock (nb : le ministre des Affaires étrangères), la Croatie avait plus d’importance. On avait dit à nos amis français que c’était impossible de garder la Yougoslavie. Les tendances séparatistes en
Slovénie et Croatie étaient très fortes.
Une crise prévisible. « L’explosion de la Yougoslavie était un événement
prévu, prévisible et annoncé par ses acteurs. La diplomatie française et, François Mitterand, portent un poids important Mitterand a particulièrement méprisé et sous-estimé les acteurs dans ce
conflit. C’était une réaction assez extravagante. Alors que l’homme était profondément engagé au niveau européen, en matière monétaire par exemple, il a réagi comme si on était 80 ans en arrière,
en 1913, dans un réflexe d’alliance traditionnelle de la France avec la Serbie. Ce qui est dément et difficile à comprendre…
En 1990-1991, vous êtes Premier ministre, votre rôle dans les Balkans
? Vous savez, dans la « religion » de la France de Mitterand, les Affaires étrangères, c’était lui seul. J’étais le Ministre des affaires intérieures et… du Pacifique sud. Je me suis donc peu
occupé d’affaires européennes. C’est le président qui avait la main directe sur les Balkans avec le SGCI (secrétariat général des affaires européennes) dirigé par Elisabeth Guigou.
La mosaïque
yougoslave. La République fédérale socialiste de Yougoslavie, créée en 1945, compte, en 1989, six Républiques (Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Macédoine et Monténégro) et deux
provinces autonomes rattachées à la Serbie (Kosovo et Vojvodine). Au découpage territorial s'ajoute un découpage national. Six nations principales (Serbes, Croates, Slovènes, Monténégrins,
Macédoniens et Musulmans) y sont reconnues, la répartition de ses peuples ne correspondant pas systématiquement au découpage territorial (sauf en Slovénie, la seule République homogène). A cette
mosaïque s'ajoutent les trois langues officielles (le slovène, serbo-croate - parlé en Croatie, Bosnie et Serbie - et le macédonien), sans compter l'albanais et le hongrois, parlés par les deux
principales minorités de Serbie; ainsi que deux alphabets (cyrillique et latin) et la pratique de trois religions : le catholicisme (surtout chez les Croates et les Slovènes), l'orthodoxie (surtout
chez les Serbes et les Macédoniens non Albanais) et l'islam (surtout au Kosovo, en Bosnie-Herzégovine et en Macédoine).