Yougoslavie, mémoire d'un désastre

Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Yougoslavie, mémoire d'un désastre
Mercredi 15 juillet 2009 3 15 /07 /2009 09:30
La normalisation des relations entre la Serbie et l'Union européenne est actuellement bloquée par les Néerlandais (et les Belges), considérant que Mladic n'est pas livré au tribunal international pour l'ex-Yougoslavie, ou que des preuves patentes de la collaboration de la Serbie avec le Tribunal n'ont pas été apportées. Parfois dans certains cercles européens, on maudit ces satanés néerlandais qui empêchent cette normalisation. Et on préfère parler - à l'image du tout nouveau président du Parlement, le Polonais Jerzy Buzek, à qui les journalistes ont posé la question mardi -, de nécessaire réconciliation et de respect des droits de l'homme, en termes généraux. Il faut le souligner : les Néerlandais ont raison de bloquer cet accord (1).

On ne peut pas, en effet, passer sous silence l'histoire.
Un des massacres les plus sordides et les plus importants de l'histoire de l'Europe moderne a eu lieu à quatorze ans. Là, la Communauté internationale - et l'Europe - ont failli à leur devoir premier : protéger les populations civiles mises sous leur protection.

Qu'on se souvienne. A la mi-juillet 1995, ils attaquent les "enclaves" bosniaques, placées cependant sous la protection des Nations-Unies. Notamment à Srebrenica, où la situation allait devenir dramatique. Prenant sous le feu, le détachement néerlandais de 450 casques bleus qui assurait la protection de la zone, faisant 30 prisonniers pami les militaires des Nations-Unies, les forces bosno-serbes de Mladic arrivent dans la zone le 11 juillet. Malgré la demande du Col. Karremans, commandant le détachement, d'un appui aérien, le commandement international, assuré notamment par le général Janvier refuse cet appui, par crainte de faire d'autres victimes, notamment les militaires otages. Au camp de Potocari, environ 20 000 civils ont trouvé refuge. Ils croient être en sûreté. Erreur. Si les Serbes autorisent l'évacuation - par car - de femmes et d'enfants, ils retiennent les hommes. 8372 personnes - selon le décompte officiel - furent tuées en quelques jours. Le 21 juillet, les soldats néerlandais sont autorisés à quitter l'enclave, cadeau et verre de l'amitié en prime.

Pour mémoire, ce reportage éloquant de la BBC (même si il est à prendre "avec des pincettes" car il s'appuie en partie sur des images de propagande tournées par les Serbes eux-mêmes). En trois parties

Suite : 2e partie et 3e partie

(1) Autre chose est la libéralisation des visas pour les Serbes que la Commission européenne vient de décider aujourd'hui. Il n'est pas nécessaire de punir un peuple pour les méfaits de son gouvernement. Plus discutable est le fait de ne pas accorder aux Bosniaques le même traitement
(même si elle peut se justifier sur d'autres critères).
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Yougoslavie, mémoire d'un désastre
Samedi 18 octobre 2008 6 18 /10 /2008 21:14
Dans sa biographie, qui vient d'être publiée à Helsinki, la spécialiste en médecine légale dentaire, Helena Ranta, raconte que des officiels du ministère finlandais des affaires étrangères ont essayé d'influencer le contenu de son rapport sur le massacre de Racak au Kosovo.

Le 15 janvier 1999, une quarantaine d'Albanais y avaient été tués à Racak au Kosovo. Ce massacre, notamment, a contribué à convaincre l'OTAN de lancer des bombardements de la Yougoslavie au printemps 1999. Helena Ranta avait été chargée par l'Union européenne d'enquêter et rédiger un rapport. Le rapport a été remis - à l'été 2000 - au tribunal pénal pour l'ex-Yougoslavie de la Haye et un résumé rendu aux Etats membres de l'UE. Mais il ne semblait pas suffisamment mettre en lumière la notion de crime contre l'humanité.

Le chef de la direction politique du ministère finlandais des Affaires étrangères, de l'époque Pertti Torstila (aujourd'hui secrétaire d'Etat) lui aurait demander de retirer de son rapport certains commentaires qui étaient trop modérés sur les allégations de crime contre l'humanité, selon le quotidien Helsingin Sanomat. "J'ai les emails trois fonctionnaires du Ministère qui ont tenté de me faire "approfondir" les conclusions" explique-t-elle, pour dire qu'il y avait bien eu exécution, et que certains coups de feu étaient des "coups de grâce". L'experte préférait, elle, s'en tenir aux conclusions de médecine légale et non pas entrer dans des considérations qui lui semblaient "politiques et juridiques". (Torstila a démenti dans un email envoyé à nos confrères finlandais et parle d'un dialogue avec l'experte "pour chercher la vérité"). Ranta racontre également que William Walker, le chef de la mission de surveillance de l'OSCE au Kosovo, était particulièrement furieux des conclusions de son rapport "au point de briser son stylo" car elle n'utilisait pas de mots assez durs sur les Serbes.

Pour lire un commentaire sur le résumé du rapport de Racak

(ce livre a été écrit par Kaius Niemi, un rédacteur en chef du journal, connu également pour ses reportages en Iraq).
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Yougoslavie, mémoire d'un désastre
Dimanche 31 août 2008 7 31 /08 /2008 21:13
Si comparer une crise à une autre est toujours hasardeux, on peut cependant relever que détailler - à l'aide des différents points de vue des acteurs ou observateurs de cette crise - la position de l'Europe (des Douze alors) au début des années 1990 lors des guerres en ex-Yougoslavie peut être intéressant pour les actuelles crises (notamment en Géorgie). On peut cerner une dizaine d'erreurs (impréparations, incohérences) :

l’impréparation de la crise visiblement montante. Cette impréparation dure de longues années. Et, événement après événement, on ne tire pas des leçons des erreurs précédentes. La réaction à une nouvelle est calée avec les instruments de la précédente crise : d'abord le silence quand il faut de la diplomatie, ensuite la diplomatie quand il faut des observateurs sur place, enfin des observateurs non armés quant il faut des militaires, etc… L'Europe s'est ainsi fait surprendre au moins quatre fois : au Kosovo, Slovénie et Croatie (1991), puis en Bosnie (1992).

• Le refus de reconnaître l’agresseur. En considérant durant longtemps les adversaires à part égales (sentiment particulièrement présent pour le gouvernement français), sans pointer l'agresseur principal, la Serbie, l’Europe a ainsi donné une prime à l’agresseur .

L’envoi d’une mission de surveillance (juillet 1991), d'observateurs non armés, en faible nombre, sans capacité de réaction précise, a aussi été un signe d'impuissance (et d'encouragement) donné à l'agresseur (s). Les observateurs ont souvent bien "observé", rendu compte, au besoin su temporiser ou s'interposer face à certaines agressions. Mais ils ont souvent été débordés par la situation.

L'embargo sur les armes (juillet 1991) a favorisé le plus fort (les Serbes) et diminué la capacité de résistance des Croates d’abord, mais surtout des Bosniaques.

Le refus d’une intervention militaire (septembre 1991). Contrairement aux idées répandues, il y a eu plusieurs projets d’intervention (par les Français ou les Allemands, par les Néerlandais et l’UEO). Mais tous ont achoppé, morts nés. Le rôle joué par les Britanniques est ici assez trouble. Le Royaume-Uni était réticent pour plusieurs raisons, notamment la crainte de réitérer un engagement difficile comme en Irlande du Nord mais aussi le refus de déclencher une intervention autonome de l'Otan et de concrétiser ainsi une Europe de la Défense et une Europe politique qu'ils refusaient (nous sommes en pleine négociation du traité de Maastricht). Une intervention militaire à ce moment aurait pu changer la face du conflit, la plupart des intervenants le reconnaissent. En refusant de donner suite à un projet d’intervention, les Européens donnent ainsi une « carte blanche » aux partisans des armes.

La reconnaissance en solo des indépendances (décembre 1991) : la reconnaissance en solo de la Croatie (par l’Allemagne) a signifié aux yeux extérieurs la désunion de l'Europe, d'autant qu'elle suivait la réunion d'un Conseil européen et précédait une décision possible commune de reconnaissance.

La demande de la tenue d'un référendum (janvier 1992), faite à la Bosnie pour être reconnue indépendante, sans prévoir d’autres dispositions, notamment de protection (jeu Franco – Allemand UEM / Europe politique).

• Les cessez-le-feu non respectés donnent une image d'impuissance avérée mais surtout le plan de cantonisation proposé par l'ambassadeur portugais Cutileiro en 1992 et qui servira de modèle, grosso modo, pour les accords de paix de Dayton donnent une prime à la force. Les plans de paix successifs, (en Bosnie notamment) stimulent chez les belligérants l’envie immédiate de prendre ou de défendre, par la force, des positions contestées.

• Le refus d’accueillir les réfugiés (1991-92). Quand les Serbes libèrent les réfugiés, peu de pays sont d'accord de les accueillir (l'Autriche, l'Allemagne, la Hongrie seront les principaux "volontaires"). Manquent à l’appel notamment la France et le Royaume-Uni.

• Les actes unilatéraux "d'héroisme", comme l’échappée solitaire de Mitterand, à Sarajevo (juin 1993), ont surtout permis de repousser l'échéance de sanction contre les agresseurs.

On peut lire aussi "The real Balkan lessons of the Georgia conflict" par Gordana Kneževic, ancien chef politique de Oslobodenje (Sarajevo), au temps de la guerre, et maintenant directeur de Radio Free Europe, section slaves du sud. Il dresse un parallèle (intéressant) entre la politique russe en Géorgie et l'intervention de Milosevic dans les républiques de l'ex-Yougoslavie.
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Yougoslavie, mémoire d'un désastre
Mardi 5 août 2008 2 05 /08 /2008 21:21
NB : cet article fait partie d'une série entamée en 2007 pour tenter de cerner les responsabilités européennes
dans le drame en ex-Yougoslavie dans les années 1990.

Doris Pack, eurodéputée allemande (CDU / PPE-DE) depuis 1989. Elle est une des meilleures spécialistes des Balkans dont elle a suivi tous les soubresauts, en tant que vice-présidente de la délégation avec la Yougoslavie puis l’ex-Yougoslavie (jusqu’à 1994), et présidente de la délégation du Parlement sur l’Europe du Sud-Est

Pourquoi n'a-t-on pas réagi dans le début des années 1990 ?
Naturellement, on aurait du réagir après 1989 quand Milosevic a supprimé l’autonomie du Kosovo. Mais on n’a pas pris au sérieux Milosevic, on n’a pas cru qu’il pouvait réaliser ce qu’il promettait aux Serbes. (par contre) Tout le monde le croyait quand il disait qu’il pourrait sauvegarder la Yougoslavie. C’était un grand acteur. On n’a pas cru véritablement que la Yougoslavie allait disparaître. On soutenait Ante Markovic (le premier ministre proeuropéen), qui avait promis beaucoup de choses, était quelqu'un d’Européen,qui soutenait le marché...
Et, puis on était préoccupé ailleurs. On avait, en même temps, la réunification de l’Allemagne. On était occupé par nos problèmes à l’intérieur qui n’étaient pas faciles à digérer.

Quelles étaient les commentaires officiels réagissait-on à l'époque...
La première fois que j’étais à Belgrade, j’ai vu l’ambassadeur allemand qui m’a dit : « il faut garder la Yougoslavie. Entre les Slovènes et les Croates, ce n’est qu’un jeu, ça va s’arrêter. Quant au Kosovo, çà ne nous regarde pas ». Tous les ambassadeurs ont dit, à peu près la même chose à leurs capitales : « Ne nous en mêlons pas ». On n’ a pas vraiment aidé les Yougoslaves démocrates. On n’a pas réussi à persuader ainsi les Serbes qu’il fallait trouver un autre chemin que la guerre, par exemple en enlevant plus de centralisation. On s’en est rendu compte trop tard.

Les Allemands ont cependant poussé à l’indépendance ?
Non. Au début, les Allemands étaient comme les autres. Ils n’étaient pas spécialement pour l’indépendance. Et puis, on a vu Vukovar et les bombardements de Zagreb. Ca nous a alerté. Nous (les Allemands) nous avons simplement aidé, après octobre 1991, à reconnaître les faits tout simplement. (...) L'Europe n’avait pas de vue commune sur la situation dans les Balkans. On n’était pas habitué à regarder la Yougoslavie avec une vue neutre. Les Français et les Anglais regardaient çà avec leurs yeux de la Seconde guerre mondiale, rangeant les pays entre alliés et non alliés. Nous les Allemands, on a recommencé à zéro, sans avoir d’idée de grande Allemagne. Et on ne raisonnait plus en ces termes. Je crois que les Anglais et Français n’ont pas eu, comme nous, le « devoir de changer de politique » (après la 2e guerre mondiale).

On a donc laissé faire ?
Oui Pendant quatre ans, on a rien fait. Les Serbes de la Krajina ont même bombardé Bihac. On a tout laissé faire et on n’a pas aidé les Croates. Tudjman a récupéré des armes, refait son armée avec l’aide des Américains et reconquis les territoires perdus. (...) La même chose s'est reproduit avec la Bosnie. On n’a pas voulu s'en mêler. On n’est pas intervenu. Pas parce que c’étaient des Musulmans, comme l'Europe a été, un moment, accusé. Non, la vérité, c’est qu’on ne voulait pas s’en mêler. L’Europe n’était pas préparée à faire une guerre pour cela. L’Europe n’avait tout simplement  pas fait de guerre depuis la seconde guerre mondiale. Elle n’était pas prête à aider les peuples. (…) Il a fallu Srebrenica et l’aide de l’Amérique pour faire le chemin ensemble. Et en 1998, on a eu (enfin) une approche commune. Cela a été l’idée allemande d’un Pacte de stabilité.

L’indépendance du Kosovo ?

Maintenant faire digérer à un gouvernement démocratique l’héritage de Milosevic, c'est plus dur. Il fallait faire tout de suite l’indépendance, après la guerre au Kosovo. Si on avait trouvé une solution immédiatement, cela aurait été facile. C'est le problème des Européens avec les Balkans : on a toujours eu peur d’aller plus loin. Après les précédents (bombardements), on ne voulait pas faire plus de mal à Milosevic et les Serbes. Actuellement (juillet 2007), je ne vois pas d’autre solution que l'indépendance. Ils (les Kosovars) sont en attente depuis 1989 (fin autonomie) et 1999. Les Américains ont toujours été pour cette indépendance.

Et les Russes ?
I
ls se servent du veto par rapport à la Serbie pour nous emmerder, et avoir du pouvoir. Il y a crainte aussi d’une situation identique en Transnistrie.

(entretien réalisé le 3 juillet 2007 en vis-à-vis, avec Ernest Bunguri)
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Yougoslavie, mémoire d'un désastre
Dimanche 3 août 2008 7 03 /08 /2008 20:06
NB : cet article fait partie d'une série entamée en 2007 pour tenter de cerner les responsabilités européennes
dans le drame en ex-Yougoslavie dans les années 1990.


Socialiste autrichien. Hannes Swoboda est député européen depuis 1996, membre de la commission des Affaires étrangères et vice-président (depuis 1997) de la délégation du PE pour les relations avec les pays de l’Europe du Sud-Est.

Votre sentiment en 1990-91 ? Dans la coalition au pouvoir, il y avait des divergences. Pour nous socio-démocrates, les Balkans c’était du passé, une affaire terminée. Pour les Chrétiens-Démocrates, c’était légèrement différent. Pour un homme catholique comme Alois Mock (nb : le ministre des Affaires étrangères), la Croatie avait plus d’importance. On avait dit à nos amis français que c’était impossible de garder la Yougoslavie. Les tendances séparatistes en Slovénie et Croatie étaient très fortes.

Que fallait-il faire ? Une stratégie préventive de la Communauté européenne, incluant Autriche, aurait permis un processus de séparation plus pacifique, comme entre la République tchèque et Slovaquie ou, plus tard, entre la Serbie et Monténégro. C’est à mon sens la plus grande erreur. La question n’était pas de dire Ok pour la séparation, mais de l’accompagner. Une intervention militaire limitée, incorporée par l’Otan et sous l’ombrelle de l’Onu aurait permis ensuite d’avoir une discussion, d’avoir la possibilité d’un processus pacifié de discussion.

Quel est la faille de l’Europe ? La Communauté européenne n’a pas été fondée pour stabiliser le voisinage mais pour amener la paix entre ses membres. Ce qui a certaines conséquences avec nos voins, les réfugiés... La nouvelle stratégie européenne n’est pas d’aller avec des forces militaires, pour faire des colonies, mais de stabiliser ces zones. Mais cette intervention doit relier le militaire (comme au Kosovo), la police, la reconstruction des institutions et de l’Etat de droit, et amener une changement d’état d’esprit dans la population. Cela ne se fait pas en un an. Il faut donc éviter d'intervenir un ou deux ans et se retirer ensuite. Cela n’aurait encore aucun sens.

L’Europe est-elle mieux préparée aujourd'hui ? Nous n’avons pas de structure militaire, sauf l’Otan. On n’a pas plus instruments ni juridiques, ni militaires. Et les Etats membres ne sont pas prêts à changer cela. Il y a une résistance de plusieurs gouvernements. Avec des règles nationales, des commandements différents, on ne peut rien faire d’efficace. Avoir des règles communes d’intervention militaire n’est pas uniquement une question de bonne volonté. Si des groupes recréent une armée de libération nationale ou des groupes terroristes, on sera face à une situation difficile.

Aujourd'hui, pour le Kosovo, vous craignez un dérapage ? Je ne crois pas. On craignait des évènements après la décision des Nations-Unies de prolonger les discussions en mai – juin 2007. Et il n’y a pas eu çà. (...) Les Serbes ne seraient pas heureux avec le Kosovo, ils auront un permanent conflit. Ils auraient peut-être formellement le Kosovo, mais aucune influence sur celui-ci. (...) S’ils cherchent à séparer la Rep Srbska, ils auront aussi de nouveaux problèmes.

Les Serbes ne l'acceptent pas ? On doit faire pression sur les Serbes pour favoriser une solution au Kosovo. On ne peut pas leur demander d’accepter cette solution mais il s'agit qu'ils ne l'entravent pas. En Europe, nous avons eu des conflits qui viennent seulement d’être résolus, plusieurs années après, regardez l’Irlande et le Royaume-Uni c’est tout récent - ou ne le sont pas encore (l'Eta). Je reste assez optimiste. Si le traité est ratifié et que la Croatie rentre en 2011, on aura un processus avec une adhésion à l'Union européenne à l’horizon 2014-2015.

(Entretien réalisé le 28 août 2007 en vis-à-vis)
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Yougoslavie, mémoire d'un désastre
Dimanche 3 août 2008 7 03 /08 /2008 10:32
NB : cet article fait partie d'une série entamée en 2007 pour tenter de cerner les responsabilités européennes
dans le drame en ex-Yougoslavie dans les années 1990.

Une crise prévisible. « L’explosion de la Yougoslavie était un événement prévu, prévisible et annoncé par ses acteurs. La diplomatie française et, François Mitterand, portent un poids important Mitterand a particulièrement méprisé et sous-estimé les acteurs dans ce conflit. C’était une réaction assez extravagante. Alors que l’homme était profondément engagé au niveau européen, en matière monétaire par exemple, il a réagi comme si on était 80 ans en arrière, en 1913, dans un réflexe d’alliance traditionnelle de la France avec la Serbie. Ce qui est dément et difficile à comprendre…

Comment avez-vous découvert le « problème » yougoslave ?
C’était en avril 1991, j’étais alors porte-parole de l’UDF, nous avons reçu une demi-douzaine de personnes représentant la Slovénie. On savait à peine à l’époque que la Slovénie existait et où elle était. Et je vois arriver une espèce de « Jésus-Christ », en costume et cravate, Alojz Peterle (aujourd’hui député européen) qui, d’une voix très douce, me dit : « Je suis le Premier Ministre de Slovénie. Voici mes ministres. Je fais le tour d’Europe, des gouvernements et des oppositions. Nous avons organisé un référendum qui a donné que 80% de la population veut l’indépendance. A compter du 24 juin prochain, nous la proclamerons. Nous négocions avec les Ministères fédéraux à Belgrade l’indépendance, ça se passe bien avec certains Ministres (éducation…) mais avec la Défense, ça se passe mal. C’est vraisemblable qu’il y aura une guerre en Europe ». Je suis resté interloqué, on a pris note. J’ai téléphoné au Quai d’Orsay (le Ministère des affaires étrangères français). Cela n’intéressait personne. Je me suis même demandé si tout çà était vraiment sérieux. On a cependant reçu une lettre officielle des Slovènes nous remerciant de l’audience. Et plus de nouvelles. Et, quelques temps plus tard, le 24 juin au matin, je me rase le matin, j’écoute les informations et j’apprends qu’il y a la guerre en Europe.

La réaction communautaire ?
La première réaction européenne a été bonne – d’autant qu’on n’avait pas de politique étrangère commune, juste une coopération politique. Nous étions allé, avec un petit groupe en août 1991, rencontrer les dirigeants des républiques yougoslaves : on a vu sous nos yeux la Yougoslavie éclater. Et la guerre se déclencher en Croatie, avec le bombardement de Vukovar. L’Ambasssadeur français a été scandaleusement nul ; il nous a dit : « Vous vous laissez prendre par la propagande croate, on fait brûler de vieux pneus pour faire croire que la ville brûle »... A Sarajevo, tous les partis politiques nous ont supplié de ne pas faire un référendum sur l’indépendance: « Si on l’organise, il y aura deux-tiers de Oui à l’indépendance. Mais les Serbes qui ne sont pas d’accord prendront leur armes le lendemain (et sur 201 communes sur 208, il y avait un mélange des trois communautés présentes dans tous les villages). S’il y a une guerre, ce sera terrible, on se battra dans tous les villages et les villes ».

Et puis l'Europe dérape... Le projet d'Europe politique éclate les Européens, juste au moment où Dubrovnik est encerclé, fin septembre ?  Effectivement, s'il y a un moment  où on peut dire qu'il y a une perte de contrôle, c'est ce 30 septembre 1991. Il est incontestable que le débat sur l’Union politique a pollué le débat sur Yougoslavie.

Pourquoi êtes vous si dur avec cette négation française ? La France a commencé par nier le droit à l'indépendance. Nous avions face à nous une population qui fait un référendum et à 80%, dit "nous voulons être indépendants". Quelle légitimité aurions-nous à refuser ce qui n'est que l'expression du droit des peuples à disposer eux-mêmes. Jacques Delors, lui-même, était hors du coup: en juillet 1991, il disait: "les Slovènes sont fous, comment un pays de deux millions d’habitants qui n’a pas vraiment de débouché sur mer, peut avoir l’indépendance." (...) La France a estimé (ensuite) que, si éclatement il y avait, toutes les Républiques devaient avoir le droit de prendre leur indépendance – sous l'influence de Badinter, et même de Jacques Delors, qui se sont complètement "plantés", il faut le reconnaître...

Et la division européenne ?
L’Allemagne, l’Autriche, le Vatican étaient furieux ; la Communauté européenne au Sommet de décembre 1991 arrive divisée. Cette division très forte était aussi présente au Parlement européen. Les Britanniques s'opposèrent à la proposition française d’interposition militaire (l’Allemagne n’était pas très chaude non plus d’avoir des troupes dans les Balkans), ils répondirent : c’est l’Otan ou rien. Résultat, çà a été rien. Ou plutôt, ca été le temps des « marchands de glace ». Ces quelques dizaines d’observateurs qui observaient. Puis on est entré dans un circuit de l’Onu.

Le vrai tournant politique est arrivé en 1995 avec Chirac qui a dit « On arrête, est allé voir les Américains, pour leur demander d’intervenir. On a commencé à tirer sur les Serbes. Et ils ont mis les pouces. Car l’armée serbe n’était pas aussi redoutable qu’on l’a dit. On le savait bien dans les milieux militaires. Mais on ne voulait pas s’engager...

Et aujourd'hui ? On a été nul au moment de l’éclatement de la Yougoslavie et on continue de l’être. Pourquoi ? Comme on dit que c'est de la politique extérieure, donc de l'intergouvernemental, et pas du communautaire, la Commission européenne et le Parlement européen se sentent déchargés de cette tâche. Comme l'a dit justement Clinton « it's your back home, itsn't mine ». (...) En octobre 2006, je suis à Washington, je vois Dan Fried (sous-secrétaire Etat, en charge de l’Europe et de la Russie), je voulais lui faire passer le message sur la réforme constitutionnelle en France (qui a des conséquences sur la Turquie). Il me répond surtout Kosovo : « il faut qu’on règle le Kosovo » me dit-il. Je me suis rendu compte que ce sont eux les Américains qui se rendaient compte que (l'accord de) Dayton ne marchait plus, et qu'il fallait "trouver une solution pour la Serbie et régler la question de la Bosnie qui reste entière".

Et maintenant l'adhésion des Balkans ? Je dis "Oui" à l’adhésion des Balkans, ensemble, en bloc ou étalé dans le temps. Mais il faut qu’ils aient réglé leurs problèmes internes avant l’adhésion, comme l’ont fait la République tchèque et la Slovaquie, et ne pas reproduire ce qu’on a fait pour Chypre. Ce n’est pas en allant dans l’Union qu’on règle les problèmes. (...) Il faut aussi expliquer aux nouveaux arrivants qu'il y a une règle non écrite quand on rentre dans l’Union, c'est qu’on ne parle plus du passé: la patrie c’est la terre de nos pères, l’Europe la terre de nos enfants. Entre un Français et un Allemand jamais on ne reparle du passé. C'est un tabou. L’histoire, on doit la laisser aux historiens. Sinon on ne peut pas bâtir l’Europe. Pour reprendre la parole de Jésus dans St Mathieu « viens, suis-moi, et laisse les morts enterrer les morts".

Alain Lamassoure est aujourd'hui député européen. Parlementaire européen il l'avait déjà été de 1989 à 1993, avant de le redevenir à partir de 1999. Entretemps, il a été ministre délégué aux Affaires européennes (1993 – 1995, gouvernement Balladur), puis au Budget et porte-parole du Gouvernement français (1995 – 1997 gouvernement Juppé).

(entretien réalisé le 3 juillet 2007 en vis-à-vis à Strasbourg)
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Yougoslavie, mémoire d'un désastre
Samedi 2 août 2008 6 02 /08 /2008 19:30
NB : cet article fait partie d'une série entamée en 2007 pour tenter de cerner les responsabilités européennes
dans le drame en ex-Yougoslavie dans les années 1990.

Homme politique français. Responsable des étudiants socialistes en pleine guerre d’Algérie, chrétien de gauche, Michel Rocard rejoint le PSU, parti socialiste unifié – mouvement alternatif de gauche non-communiste - en 1960 et est son candidat aux présidentielles en 1969. Adepte de l’autogestion, il préface notamment l’ouvrage de Milojko Drulovic sur l’expérience yougoslave « L'autogestion à l'épreuve » (Ed. Fayard, 1973). Il rejoint ensuite le parti socialiste (PS), en pleine recomposition sous la férule de Mitterand, en 1974. Il est Premier ministre français de 1988 à 1991 où il règle la « crise » calédonienne. Premier secrétaire du PS en 1993-1994, il est élu député européen en 1994 et siège au Parlement européen depuis (président de la Commission développement, puis de la Commission emploi et, enfin, de la Commission « Culture » et aujourd'hui membre de la Commission Affaires Etrangères / Défense).

En 1990-1991, vous êtes Premier ministre, votre rôle dans les Balkans ? Vous savez, dans la « religion » de la France de Mitterand, les Affaires étrangères, c’était lui seul. J’étais le Ministre des affaires intérieures et… du Pacifique sud. Je me suis donc peu occupé d’affaires européennes. C’est le président qui avait la main directe sur les Balkans avec le SGCI (secrétariat général des affaires européennes) dirigé par Elisabeth Guigou.

Vous connaissiez cependant bien certains dirigeants Yougoslaves, quel était le sentiment à l'époque, votre sentiment ? On n’était ni indifférent, ni mal informé. On était inquiet. J’avais passé mes vacances en 1990 sur la cote dalmate. Et j’avais retrouvé Ante Markovic, le Premier Ministre yougoslave, un homme de paix, pour prendre un verre dans un port de la Cote. Il m’avait dit son énorme inquiétude, comment avec Milosevic ce serait difficile. Il était bien conscient que Milosevic (le serbe) et Tudjman (le croate) voulaient l’éclatement de la Yougoslavie. Il savait très bien que les forces centripètes étaient supérieures aux forces de maintien de cohésion, que sa position était fragile. Il avait raison. On a appris après coup que, lors d’une réunion secrète entre Milosevic et Tudjman, les deux secrétaires des Pc serbe et croate avaient convenu de faire éclater le cadre yougoslave et de se partager la Bosnie. Nous l’avons su, en 1995-96, quand les carottes étaient déjà cuites, et les massacres déjà commis. (...) Je ne connaissais pas à l’époque Kucan (représentant slovène à la présidence collégiale), le plus perspicace et le plus brillant (des responsables politiques yougoslaves). J’ai fait sa connaissance ensuite. Quand il a vu la Serbie ratifier le choix de Milosevic, il a tout de suite compris que çà allait barder. Et il a commencé tout de suite à renforcer la police de Slovénie.

L’absence de réaction des Européens, comment la qualifiez-vous ? Ce n’était pas un problème de sérieux ou de brouillon, il y avait tout simplement un désaccord. (…) Les Britanniques ne tenaient pas à s’en mêler. Et les Allemands tenaient à s’en mêler sans que les autres s’en occupent. C’est seulement après l’indépendance qu’ils deviennent disponibles pour une réflexion (plus avancée).

La reconnaissance des indépendances par l’Allemagne a joué un rôle négatif ? Oui. Très vite on a senti que les Allemands jouaient tout seuls. (…) La diplomatie allemande, ravie de voir ses anciens commensaux Slovène et Croate, a poussé à l’indépendance trop vite, mettant en situation de faire disparaître le cadre fédéral yougoslave.

Une erreur ? Oui. Je crois et persiste à croire que la disparition du cadre yougoslave a nui. Son éclatement nous a mis dans une situation tout à fait nouvelle et ouvert la voix à une guerre internationale. (…) On n’y pouvait rien. Quand on est sans moyen d’intervention, cela ne disqualifie pas la pensée. Mais on avait le sentiment qu’on n’en avait pas la possibilité.

Ne pouvait-on réagir tout de même ? Le diagnostic de Bernard Kouchner « décidément on n’y peut rien » est malheureusement exact. (…) La Communauté internationale ferait mieux (dans ce cas) d’expliquer son indignation mais aussi son incompétence, plutôt que de risquer des coups tordus qui foirent.

L’intervention militaire impossible ? Les Yougoslaves étaient des guerriers épouvantables, et le terrain était difficile. L’idée d’une intervention pour calmer le jeu n’était pas à la portée des Européens et de pas grand monde d’ailleurs. Il nous fallait 200 000 hommes. (…) J’ai retiré de l’Afrique ou du Pacifique – si on peut le comparer à la situation yougoslave – qu’on ne peut faire la paix que si les chefs le veulent, et sont obéis. C’était le cas dans le Pacifique. Mais pas en Yougoslavie où chacun était occupé à rogner sur le territoire de l‘autre et à faire le jeu de la force.

Au bilan ? Il y a eu un échec complet dans le fait de maintenir la paix et d’éviter le génocide. Oui. Mais aussi un succès dans le fait de limiter le conflit à l’intérieur des frontières yougoslaves.

(Entretien réalisé le 29 août 2007 en vis-à-vis)
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Yougoslavie, mémoire d'un désastre
Samedi 2 août 2008 6 02 /08 /2008 09:00
Une histoire mouvementée. Issue pour partie de l'ancien empire austro-hongrois et des condominiums turcs, et des Etats autonomes (Serbie), la première Yougoslavie est créée en 1918, sous forme d'un Royaume. Arrivant à rester neutre jusqu'en 1941, elle est démembrée par les Allemands qui y créent trois Etats plus ou moins fantoches : en Croatie, sous la coupe du dirigeant d'extrême droite, Ante Pavelic et ses oustachis ; en Serbie, sous la coupe du général Nedic, et dans une partie de Macédoine. La résistance est divisée entre les Tchechniks, royalistes, et les partisans communistes qui l'emportent... avec le soutien des Britanniques. Entre les massacres et la guerre, on dénombre un million de morts dans le pays.

La mosaïque yougoslave. La République fédérale socialiste de Yougoslavie, créée en 1945, compte, en 1989, six Républiques (Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Macédoine et Monténégro) et deux provinces autonomes rattachées à la Serbie (Kosovo et Vojvodine). Au découpage territorial s'ajoute un découpage national. Six nations principales (Serbes, Croates, Slovènes, Monténégrins, Macédoniens et Musulmans) y sont reconnues, la répartition de ses peuples ne correspondant pas systématiquement au découpage territorial (sauf en Slovénie, la seule République homogène). A cette mosaïque s'ajoutent les trois langues officielles (le slovène, serbo-croate - parlé en Croatie, Bosnie et Serbie - et le macédonien), sans compter l'albanais et le hongrois, parlés par les deux principales minorités de Serbie; ainsi que deux alphabets (cyrillique et latin) et la pratique de trois religions : le catholicisme (surtout chez les Croates et les Slovènes), l'orthodoxie (surtout chez les Serbes et les Macédoniens non Albanais) et l'islam (surtout au Kosovo, en Bosnie-Herzégovine et en Macédoine).

La mort de Tito en 1980
est concomitante avec l'irruption publique de la crise, sous-jacente depuis des années, à la fois économique et des nationalités. Les manifestations d'Albanais du Kosovo qui réclament le statut de république au sein de la Yougoslavie sont sévèrement réprimées en 1981. En 1986, l'Académie serbe des sciences et des arts publie un mémorandum redéfinissant l'identité serbe. Milosevic accède à la tête de la Ligue des Communistes en Serbie et, dès lors, n'aura de cesse que de développer des thèmes nationalistes, d'entraîner des heurts contre les autres « Nations » de la Yougoslavie, particulièrement au Kosovo.

En 1989, la Yougoslavie est un des pays « communistes » le plus proche de l'Europe occidentale. Leader du mouvement des pays « non alignés », elle mène une politique pragmatique au point de vue politique et économique et a passé un accord de coopération avec la CEE.

Tous les clignotants sont au rouge. Dans ce pays, où il pourrait faire bon vivre (la mer, le soleil, les montagnes), qui vit en grande partie grâce aux rentrées de devises du tourisme, du transit routier (la voie royale entre l'Europe et le Moyen-Orient) et de ses immigrés - largement présents en Allemagne, Italie ou en France -, les prémices de crise sont visibles. Une triple crise - économique, politique, de nationalités - menace. Tous les témoins ont été avertis. Mais les regards internationaux, en 1989-1990, sont tournés ailleurs : vers l'Europe de l'Est qui retrouve son autonomie (1989), vers l'Irak et la première guerre du Golfe (1990), vers l'Urss qui implose (1991).

(photo : © NGV)
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Yougoslavie, mémoire d'un désastre
Samedi 2 août 2008 6 02 /08 /2008 08:42
Dans un discours prononcé à Oslo, le 28 août 1990, Vaclav Havel, alors président de la Tchécoslovaquie, explicite le parcours qui conduit à la haine collective. Quelques phrases, concises, précises, qui préfigurent beaucoup...

"Les peuples d’Europe occidentale (…) ont l’impression justifiée d’avoir subi un préjudice historique. Le sentiment hypertrophié d’avoir été lésé, caractéristique de la haine, y trouve donc logiquement un terrain favorable. Le système totalitaire, qui a régné pendant longtemps dans ces pays, avait tendance à tout uniformiser, à tout rendre identique et, de ce fait, pendant des décennies, il a réprimé toute expression d’autonomie ou, pourrait-on dire, tout « particularisme » des nations soumises. (…) Comment s’étonner donc que, au moment de leur libération, ces peuples aient perçu leurs différences respectives d’une manières aiguë ? Et comment ne pas s’étonner de cette différence, invisible durant des années, jamais vécue et jamais mentalement assimilée ? Débarrassés de notre uniforme et de nos masques, nous nous regardons pour la première fois mutuellement dans les yeux ; Et cette sorte de choc de notre « différence » qui se produit, peut favoriser l’apparition d’un rejet collectif, capable de se transformer, sans certaines conditions, en haine collective."

("L’Amour et la vérité doivent triompher de la haine et du mensonge", Vaclav Havel, éditions de l’Aube, 2007, p. 69).
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Yougoslavie, mémoire d'un désastre
Samedi 2 août 2008 6 02 /08 /2008 08:40
1990-1991, L'Europe responsable. C'est le temps des balbutiements « heureux » et des erreurs « tragiques »

Entre 1990 et 1991, l’Europe est, seule, maître à bord de la question yougoslave.
Les Russes (le coup d’Etat contre Gorbatchev a lieu en août 1991) et les Américains (première intervention dans le Golfe en 1990) sont occupés ailleurs et ont « donné les clés » de la crise à la CEE. Comme prévu, et annoncé par tous les experts — et les Serbes eux-mêmes —, la première réaction yougoslave à l’indépendance est une réaction… militaire. C’est la courte intervention en Slovénie (1991) mais surtout la première guerre de Croatie (avec la prise sanglante de Vukovar).

En 1991, après un relatif étonnement, l’Europe réagit de façon plutôt bénéfique. Les premières actions semblent enrayées. C’est l’accord de 1991 signé sur l’île de Brion, qui a pour objet de repousser de quelques mois l’indépendance et qui tente de poser les clés d’un dialogue entre les communautés. Ce sont aussi les critères posés pour la reconnaissance (par la commission ad hoc présidée par l’ancien ministre de la Justice français Robert Badinter) et les premiers projets d’intervention militaire, tous avortés aussitôt (au point qu’on peut se demander s’ils étaient vraiment réalistes). Mais, c’est aussi le moment où l’Europe se déchire sur son unité politique, sur la mise en place d’une politique étrangère et de sécurité communes (on est en pleine discussion de ce qui sera le Traité de Maastricht). C'est le premier dérapage intra européen. L’Europe renonce ainsi à l’envoi d’une force militaire (proposée un moment par les Français, puis les Néerlandais), laisse faire l’armée serbe à Vukovar et en Slavonie. La France cède à l’Allemagne sur la reconnaissance de la Slovénie et de la Croatie, en échange de son accord final sur l’Union économique et monétaire. L’Allemagne tient sa promesse de reconnaître les nouvelles républiques avant la Noël 1991. Mais l’unité européenne est secouée et perd sa crédibilité dans la région. L’Europe semble, réellement, passer, à ce moment-là, à deux doigts d’une chance d’enrayer la crise. Quelques semaines phares peuvent être particulièrement détaillées : en septembre 1991 et en décembre (reconnaissance de l’indépendance).

1992-1999 - L’Europe irresponsable, absente ? 

Entre 1992 et 1999, l’Europe impassible, repliée sur elle-même, renonce à gérer la crise,
notamment en Bosnie, et passe le relais aux Nations Unies, à l’Otan, se contentant de participer (souvent massivement en hommes, finances et aide humanitaire) et de commenter politiquement les évènements dans la région.

A partir de 1992, l’Europe développe sa puissance à travers l’aide humanitaire — ce qu’elle faire de mieux —. C’est à ce moment qu’est notamment fixée sa doctrine en la matière, qui fera d’elle un des leaders mondiaux de l’aide humanitaire, et qu’est formalisé l’Office européen d’aide humanitaire (Echo). Mais l’Europe faillit dans le militaire, du moins de manière autonome. Si elle fournit l’essentiel des troupes à l’Onu, son efficacité dépend de l’action internationale. Et à Srebrenica, comme dans toute la Bosnie et en Croatie, ce seront des troupes européennes (Néerlandais, Français…) qui, en première ligne, seront confrontées à l’épuration ethnique. A ce moment là aussi, l’Europe faillit dans le respect de son fondement historique — le « Plus jamais çà » issu des camps de concentration et de l’épuration nazie ayant été un des ressorts communs et philosophiques des fondateurs de l’Europe. Elle faillit également dans le respect de ses principes fondamentaux : l’accueil des victimes. Alors que de nombreuses personnes sont libérées des camps de prisonniers serbes, L’Europe ferme ses portes, plusieurs pays refusant de servir de terre d’accueil à ces réfugiés. « Faute » terrible qui a, aujourd’hui, quasiment disparu de l’histoire officielle européenne.

Cette crise intra européenne sera salutaire. Elle accélérera la création d’une Europe de l’asile (et de l’immigration). Certains éléments trouvent place dans le Traité d’Amsterdam et le Sommet de Tampere qui crée l’espace de justice et de liberté. Le texte sur « protection temporaire » (dit aussi « asile humanitaire ») est directement née de cette période. L’instrument n’a jamais été mis en oeuvre depuis.

En 1995, les accords de Dayton, symbolisent la « pax americana ». Les Etats-Unis, sous la conduite de Bill Clinton, ont décidé d’appuyer une solution, bancale (le gel des conquêtes territoriales et le découpage en plusieurs zones), mais qui permet de « stabiliser » la Bosnie. Avec l’aide de conseillers américains, et quelques livraisons d’armes adéquates, la Croatie a reconquis, dans une offensive éclair, le territoire « occupé » par les Serbes. (cf. rôle clé du gaulliste Jacques Chirac élu Président de la république en France, qui constitue un tournant notable dans la politique française, réputée trop attentiste et favorable aux Serbes).

En 1999, cette « reprise en main » se termine par l’intervention de l’Otan au Kosovo, après l’échec des négociations de Rambouillet, entre Serbes et Kosovars et l’expulsion massive décidée par Milosevic des Albanais du Kosovo. Là encore, les Européens fournissent l’essentiel des hommes, les Américains fournissant le bouclier aérien (cf. rôle clé joué par Tony Blair dans l’engagement terrestre).

Cette quatrième guerre yougoslave (après celle de Slovénie, de Croatie et de Bosnie) se déroule en même temps qu’une prise de conscience de la nécessité d’une politique européenne de défense autonome. En 1998, au sommet de Saint Malo, Britanniques et Français s’accordent sur les priorités à venir.
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Yougoslavie, mémoire d'un désastre
Samedi 2 août 2008 6 02 /08 /2008 08:20
A partir de 2000, et le Sommet européen de Zagreb, sous présidence belge, l’Europe met en place une nouvelle stratégie, de stabilisation et d’adhésion progressive de la région à l’Union européenne.
Des négociations sont entamées avec la plupart des pays de la région. Stratégie qui fonctionne apparemment. La région n’est pas pacifiée. Mais la stabilisation peu à peu gagne du terrain. C’est l’agenda – visant à terme l’adhésion de tous les pays - qui est fixé à Thessalonique, en 2003.

Très vite, la Croatie, tout d’abord, puis, malgré de graves incidents, en 2001, la Macédoine, demandent le statut de pays candidat. Le Monténégro se sépare de la Serbie, pour ne pas être retardé dans ce rapprochement européen. Le problème bosniaque n’est pas réglé. Mais c’est la question du Kosovo (qui est l’épicentre de la crise yougoslave depuis 20 ans) qui reste la plus épineuse à résoudre. 

Il ne faut pas se cacher. La négociation de ces accords de stabilisation est, en effet, une phase-test à l’adhésion proprement dite. Ce sont les mêmes sujets qui sont négociés. Et, bien souvent, le contenu réel des négociations est révélateur de la politique « réelle » du pays engagé, au-delà des déclarations politiques publiques (cf. conditions de négociation de l’accord avec la Serbie). De fait, si l’accord de stabilisation est bien appliqué, la négociation de l’adhésion pleine et entière peut ensuite aller très vite. Placé sous une sorte de protectorat international – sous mandat de l’Onu et administration mixte (internationale – européenne) —, l’ancienne province albanaise du Kosovo a raté son indépendance au début 2007. Le plan Ahtisaari a été rejeté par les Russes et les Serbes.

Au sommet de Bruxelles, en juin 2007, les Européens ont d’autres chats à fouetter. Ils cherchent à panser leurs plaies issues de l’échec de la Constitution européenne et à remettre en selle un nouveau Traité européen. L’échec de 1991 va-t-il se rééditer sur un deal – approfondir l’Europe sur en faisant le deuil des Balkans ou se diviser sur les Balkans ? La réalité prend une tournure différente. Même si les protagonistes ne le reconnaissent pas tous alors ouvertement, la leçon du passé est dans toutes les têtes. Plusieurs des protagonistes ont vécu l’échec des années 1990 et ne veulent pas le reproduire. Le Portugais Barroso, à la tête de la Commission, le Luxembourgeois Juncker, le Français Bernard Kouchner, le Suédois Carld Bildt, le haut représentant Javier Solana… sont, en quelque sorte, des « orphelins » de la première « impuissance » européenne. Ainsi, durant de longues heures en juin, parallèlement aux discussions que mènent les chefs d’Etat, les ministres des Affaire étrangères tentent de préserver une unité mise à mal par la possible indépendance du Kosovo (« c’est la guerre de tranchée, c’est pire qu’au Kosovo presque » dira un participant à cette réunion). Ces discussions se poursuivront, plusieurs mois durant (lors d’un dîner Ue-Otan, début décembre, notamment), afin de rapprocher les positions.

2008. C’est à la Slovénie, première des anciennes Républiques yougoslaves à avoir déclarer son indépendance, et la seule jusqu’ici à avoir réussi à adhérer à l’UE — le premier également des nouveaux Etats ex-communistes —, que revient le soin de gérer ces questions en tant que présidence de l’UE. Singulier retournement de l’histoire. Elle doit notamment fixer une date d’adhésion et une feuille de route à ses anciens partenaires de Yougoslavie ; avant la France, qui prendra la présidence au 2e semestre 2008.

La Serbie demandera-t-elle son adhésion à l’Europe, rapidement ? En tout cas, la Commission européenne, suivant cette politique de stabilisation, est bien décidée à accélérer les étapes, en échange de l’indépendance du Kosovo. Région que, paradoxalement, lors des négociations, la Serbie n’a, à aucun moment, demandé à inclure dans la négociation (un fait peu connu du public et totalement passé sous silence en Serbie).

2009-2010.
L’objectif européen, même s’il n’est pas affiché, est un scénario du type : adhésion de la plupart des pays de la zone, surtout des deux ennemis historiques – Serbie et Croatie – dans un même mouvement, à défaut d’un même moment, avec une mise en orbite, progressive, de l’autonomie puis de l’indépendance du Kosovo.

Si l’Union européenne réussit au Kosovo en 2008, et dans les Balkans en 2009, là où elle avait échoué dans les années 1990, l’Europe aura au moins réussi, à tourner une page douloureuse de son histoire. Si elle échoue, ce sera terrible pour la région, pour l’Europe aussi. Dans tous les cas, elle n’échappera pas à une question fondamentale : sa responsabilité dans les évènements passés.
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Yougoslavie, mémoire d'un désastre
Samedi 2 août 2008 6 02 /08 /2008 08:01
L’idée d’un tel récit est venue dès les premiers soubresauts en Yougoslavie, en 1990-1991. Quand j’assistais, comme un spectateur attentif, mais somme toute un spectateur passif, non seulement à l’effondrement d’un régime et d’un Etat mais aussi du retour de l’innommable, de la barbarie, fondée sur la pire idée : celle d'un pays ethniquement pur.

Nous étions partis, en ce mois d'août 1990, - avec deux autres confrères - pour des vacances "studieuses" dans ce pays, si proche, mais où déjà se produisaient des bruits de botte bizarres. Notre tournée de trois semaines nous emmena de Ljubljana à Belgrade, en passant par Sarajevo, le sandjak (Novi Pazar), Pristina. A notre retour de voyage, nous étions convaincus qu'il y avait beaucoup de choses à raconter. Et fîmes à Paris le tour des rédactions. Mais... Saddam Hussein venait d'envahir le Koweit et, en réaction, les Etats-Unis aidant les monarchies arabes (ou le contraire) avaient déclenché avec leurs alliés occidentaux la (première) guerre du Golfe. Et, autant dire que nous étions "un peu déclarés". Un de nos interlocuteurs eut la clairvoyance - cynisme ou franchise (c'est selon) - de nous dire "très intéressant, ... mais bon... Revenez-nous voir. Quand il y aura des morts"...

Un an plus tard, il commençait à y avoir des morts. Je suivais le sujet "Europe de l'Est - Urss" pour la Truffe, quotidien éphémère français. Il faut bien dire que la Yougoslavie,  où chacun prenait partie, pour les Croates assiégés, pour les Slovènes libérés, les Kosovars emprisonnés ou les Serbes minorisés paraissait incompréhensible pour nos yeux d'Occidentaux... beaucoup plus captivés par le "coup d'Etat" en Urss qui mit un terme à l'expérience gorbatchevienne (lire à ce propos ce que dit Gorbatchev de l'Etat Nation)... Et pourtant, déjà présentes, vinrent des questions : l’Europe était-elle responsable ? En quoi est-elle coupable ? Questions lancinantes auxquelles, je n'ai jusqu'ici pas trouvé de réponse. Car, comme beaucoup, à l'époque, j'ai laissé faire... sinon écrire quelques articles.

Aujourd'hui, les années ont passé. Le temps s'est écoulé. Maints ouvrages ont été écrits sur les Balkans. J'en ai lu quelques uns. Les uns cernent les responsabilités de l’Onu. Les autres témoignent des conditions difficiles pour survivre dans ces moments. Les derniers mettent en évidence la part serbe démoniaque dans ce naufrage collectif. Peu se sont intéressés au rôle de l’Europe, sauf pour dire qu’elle n’avait aucun poids. Cette assertion mérite d’être nuancée.

L'objet de ce récit est donc de mettre en relief le contexte de l'époque et de rassembler le maximum de témoignages des différents acteurs européens (responsables politiques, diplomates, militaires...) sur leur vision de l’époque. Comment a-t-on pu laissé s’échapper une telle situation ? Comment alors que l'Europe était effectivement "naine" sur la scène internationale est-elle intervenue ? ...

Quelques années après, le temps du témoignage et de la prise de responsabilité semble venu.
Quand l'Europe faillit à la paix...

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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Yougoslavie, mémoire d'un désastre
Jeudi 14 novembre 1991 4 14 /11 /1991 01:03
Vukovar se sent abandonné. Voilà 83 jours que la ville croate située à quelques kilomètres de la frontière avec la Serbie sur les rives du Danube subit les assauts de l’armée fédérale. Et depuis la mi-août, sa résistance s’amenuise de jour en jour. L’isolement se fait sentir au point que le commandant local des forces armées croates a la semaine dernière accusé les autorités de Zagreb (Croatie) de les avoir abandonnés. Entre les deux camps hostiles, les civils seront - comme dans tous les conflits - les principales victimes du choc final. La majeure partie d’entre eux a déjà fui, qui en Hongrie en Croatie ou en Serbie. Les quelques milliers de civils qui s’accrochent encore à leur maison auront le choix entre mourir sous les obus, être exécuté par un militaire déchainé ou exploser sur une mine. A moins qu’entre temps, un accord de cessez-le-feu ne vienne redonner un souffle d’air à la ville assiégée.

(article paru dans "La Truffe" quotidien français éphèmère, 14 novembre 1991, © NGV)
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Yougoslavie, mémoire d'un désastre
Mercredi 13 novembre 1991 3 13 /11 /1991 00:57

Ne pas reconnaître, c'est maintenir la pression
Depuis trois mois, la Slovénie et la Croatie se sont proclamées Etats indépendants. Et depuis trois mois, les Etats européens lui refusent cette indépendance. Mais la ferveur du “non” du début n'y est plus. On est passé progressivement du “refus”, puis d'une notion floue “d'indépendance négociée”, à la réalité d'aujourd'hui : “l'indépendance, d'accord. Mais... pas tout de suite”. Comme le note un responsable britannique, “il est bien évident que la fédération est fichue. (Mais) ne pas reconnaître immédiatement la Slovénie et la Croatie, c'est une manière pour nous de maintenir la pression, de forcer chacune des parties à trouver une solution amiable à la sortie de la fédération”. Conséquence de cette pression, les Slovènes et les Croates tentent le forcing pour affirmer par tous moyens leur souveraineté.

Qu'est-ce qu'un Etat ?
Au sens classique, en effet, un Etat est constitué quand un gouvernement exerce effectivement son pouvoir sur un territoire et un peuple donnés. Toute la difficulté est alors de déterminer ”l'effectivité” de ce gouvernement. Pour Jean Combacau, professeur à l'institut des hautes études internationales de Paris II, ”il faut que ce gouvernement ait réellement le contrôle de cette autorité. En Croatie par exemple, on ne peut, si l'on s'en tient à la rigueur juridique, estimer qu'il y a un Etat croate tant que l'ancien gouvernement central réussit à maintenir une parcelle importante de son autorité.” Pour la Slovénie, cela parait plus simple. Car “en retirant ses armées, et laissant la Slovénie se gouverner, Belgrade a, somme toute, reconnu de façon tacite, mais claire, l'indépendance slovène”. Reste à établir les traces de cette souveraineté. D'une part, la Slovénie, comme la Croatie, émettent depuis un mois leurs propres passeports, reconnus aujourd'hui par plusieurs Etats européens, un premier pas important vers la reconnaissance diplomatique. D'autre part, même si la frontière interne en Yougoslavie n'existe pas encore de manière tangible, les postes frontières “externes” sont désormais gardés par des agents slovènes. Seule ombre au tableau : la monnaie. Certes, la Slovénie a adopté une monnaie nationale, mais le Tolar n'est pas encore accepté dans l'usage de tous les jours. En outre, le gouvernement de Ljubljana continue - en douce - d'imprimer du dinar... yougoslave !

Ceux qui ont reconnu, ceux qui ne l'ont pas
Si quasiment tous les Etats d'Europe, même ceux qui n'en font pas partie, comme la Suisse ou les pays nordiques, disent s'aligner sur la position de la Communauté Européenne, chacun nuance son alignement. Tous les Européens souhaitent un consensus mais sans avoir quel contenu lui donner. Certains ont ainsi reconnu la validité des passeports croates et slovènes. D'autres s'affirment prêts à reconnaître les nouveaux Etats... mais seulement quand un autre aura franchi le premier pas. En clair, chacun attend le premier acte de reconnaissance. L'Allemagne et l'Italie semblent bien placés dans cette course au leadership...
Groupe 1 : reconnaissance de l'indépendance = Estonie...
Groupe 2 : reconnaissance des passeports = Autriche, Italie, Tchécoslovaquie, Hongrie...
Groupe 3 : attend le premier geste = pays nordiques...
Groupe 4 : la Communauté = Danemark, Espagne (“on ne peut contraindre des gens qui ne le veulent pas à vivre ensemble”), France

(article paru dans la Truffe, 13 novembre 1991 © NGV avec infographie JSI)
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Yougoslavie, mémoire d'un désastre
Mardi 12 novembre 1991 2 12 /11 /1991 01:21
Pendant que ses canons continuaient de marteler la ville historique de Dubrovnik, l’armée fédérale abandonne d’autres zones en Yougoslavie. Une absurdité yougoslave de plus ou une nouvelle tactique …

L’armée fédérale yougoslave a décidé - plus que jamais - d’en finir avec Dubrovnik et d’intégrer la ville croate dans les territoires serbes, avant l’arrivée imminente de troupes internationales. “Quelque 3.000 obus sont tombés sur Dubrovnik dimanche”, selon l’agence croate Hina, et “les attaques conjuguées par terre et par mer ont touché, incendié et détruit 17 hôtels de la ville et 122 bateaux à quai dans le port de Gruz.

Dimanche, des obus étaient tombés pour la première fois sur la forteresse Minceta datant du XVème siècle, dans le centre historique de la vieille ville placée sous la protection de l'Unesco”. Au mépris des conventions sur la protection des biens culturels et malgré les “instructions donnés par le commandement de l’armée fédéral de préserver les monuments historiques”.

Cette accélération de l’offensive sur Dubrovnik marque un changement dans la tactique serbe. L’offensive n’a ici plus de raison ethnique majeure, la ville de Dubrovnik comptant moins d’un quart de population serbe. L’armée fédérale se bat désormais - avant l’arrivée de troupes internationales désormais désirées autant par les Serbes que par les Croates - dans des secteurs susceptibles de servir de points d’appui à une république de Serbie-Monténégro agrandie. Elle abandonne les fronts lointains de la zone - et de la logistique - serbe.

Dimanche ainsi, un accord local de cessez-le-feu absolu était ainsi signé - et relativement respecté - sous les auspices d'observateurs de la CEE à Sisak, située à moins de 50 kilomètres de Zagreb. A Rijeka, sur la côte dalmate, lundi matin, le blocage du port était levé et les chars du corps d'armée de Rijeka rapatriés sur des bateaux jusqu'à Bar au sud du pays. Une fois cette reorganisation tactique achevée, l’ONU pourra intervenir…

(article paru dans la Truffe, 12 novembre 1991, © NGV)
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L'auteur

Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" de Ouest-France, spécialiste "défense-sécurité" à Europolitique (agence de presse européenne) et responsable des "dossiers-enquêtes". Ma carrière de journaliste commence en 1989 par des reportages en Europe de l’Est (Hongrie, Tchécoslovaquie, Pologne) à la réunification. J'ai travaillé pour La Tribune, Le Quotidien de Paris, Impact Médecin, Radio France Urgences, Arte et LCI. Pour d'autres archives articles et travaux, voir ce site. ou le blog Europe sociale (en veilleuse). Pour m'écrire.

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