Les Suédois sont des gens
ponctuels. La fin du mini-sommet de Bruxelles consacré à la préparation du G20 était annoncée pour 22h15. L'horaire a été respecté. Et la conférence de presse a pu démarrer à temps. L'intérêt de la
traditionnelle rencontre entre le chef de l'Etat et de la presse est l'occasion d'avoir des informations et explications sur ce qui vient de se décider mais aussi des réactions sur les évènements
de l'actualité. C'est ce dernier aspect qui m'intéressait. Plus particulièrement sur le bouclier anti-missiles demandant à Nicolas Sarkozy un commentaire sur la
récente décision américaine. Il ne s'est pas fait prier pour montrer toute sa satisfaction
L'administration Obama semble vouloir tirer un
trait définitif sur l'installation d'un bouclier anti-missiles en Pologne et République Tchèque. Cette installation voulue par
l'administration Bush ne semble plus en odeur de sainteté à Washington. Il faut dire que les dernières informations n'étaient pas follement optimistes pour la
réalisation de ce bouclier (lire ici). Cette fois, même si aucune décision n'est encore
prise de façon définitive, la messe semble être dite.
Le problème de la fiscalité
applicable avait occasionné de longues discussions entre Tchèques et Américains pour l'installation du radar anti-missiles, aujourd'hui remis aux calendes grecques. J'avais commenté à ce moment la
discussion soulignant les problèmes de légalité que cela pouvait poser au niveau européen (lire ici). La question
refait surface avec la livraison promise de missiles sol-air Patriot américains (fabriqués par Raytheon) à la Pologne. Ce projet doit aboutir dans l'année. L'idée étant d'avoir des missiles
déployés sur le sol polonais mais non armés (lire là).
En marge de la réunion informelle des
ministres de la Défense de l’Otan, à Cracovie, les 19 et 20 février (auquel j'assistais d'où la relative absence...), Polonais et Américains ont discuté de leur collaboration réciproque. Et
notamment de l’installation d’une partie du bouclier anti-missiles US en Pologne. La nouvelle administration américaine a
encore « besoin de temps », a répondu Robert Gates, le secrétaire américain à la Défense, évoquant le « contexte » des relations « avec les alliés de l’OTAN (…) et la Russie ». «
Nous sommes déterminés à faire davantage d'efforts pour convaincre les Russes d'être nos partenaires dans cette affaire. » Car la menace iranienne, « objectif de ce bouclier » est
toujours présente, a-t-il expliqué. Mais ce qui préoccupait davantage les Polonais que l'installation du bouclier anti-missile était le respect par les Américains des engagements qu'ils avaient
pris en guise de contreparties à cette acceptation. Un point crucial notamment pour le gouvernement du Premier ministre polonais, Donald Tusk, qui n'a jamais été follement enthousiaste du bouclier
anti-missile et avait fait de l'installation des Patriot une condition sine qua non de son engagement. Les négociations avaient duré longtemps sur ce point, durée critiquée notamment durement par
l'opposition du PiS (droit et justice) des frères Kaczynski. Robert Gates a donc tenu à rassurer pleinement son homologue polonais : C'est « Oui » assure-t-il. « Les Etats-Unis n’ont
pas changé d’opinion concernant ce déploiement ». « Les discussions avancent en douceur. (Mais) cette décision est applicable indépendamment du bouclier anti-missile » explique-t-on
coté américain. « Une prochaine réunion du groupe polonais-américain de coopération stratégique devrait ainsi se tenir avant le sommet de l'Alliance, début d'avril », a précisé
Gates.
La nouvelle administration
américaine renoncera probablement à l'installation d'un radar en république tchèque dans le cadre du bouclier anti-missile américain. C'est le président de la
commission des affaires étrangères du Sénat tchèque, Jiri Dienstbier, qui l'affirme à la télévision nationale. L'ancien dissident et porte-parole
de la Charte 77, et ancien ministre des Affaires étrangères (de Vaclav Havel), ajoute que la seule possibilité de
réaliser ce bouclier serait dans un cadre Russie-USA. Selon lui, "Soit le projet de défense antimissile sera commune - OTAN, Russie et États-Unis - soit il ne se fera pas". Il a rappelé
également que le nouveau vice-président américain Joe Biden avait toujours été contre la "guerre des étoiles" (Joe Biden devrait faire une annonce importante à la conférence sur la sécurité de Münich en fin de
semaine).
On ne peut pas dire que les Polonais
soient follement optimistes sur la réalisation du bouclier anti-missiles américain avec la nouvelle administration américaine Obama. Le ministre des Affaires étrangères polonais, Radoslaw Sikorski,
a exprimé clairement ses doutes dans une interview à un confrère du quotidien Dziennik. Il explique d'ailleurs que tout n'est pas fini : «En fait, les négociations ne sont pas closes. Les discussions concernant les accords accessoires vont encore durer plusieurs mois. Je pense que nous pouvons travailler tranquillement jusqu’à ce que la nouvelle administration prenne une décision définitive.»
Quant aux chances de voir aboutir ce projet, le Ministre — dont le nom a été cité par deux journaux anglo saxons (International Herald Tribune, The Economist) comme un possible candidat au secrétariat général de l'Otan (1) —, refuse d'en pronostiquer la réalisation (le journaliste lui demandait "Plus de 50% de chances ?") : « Qui vivra verra. Pour nous, l’essentiel est de réaliser les clauses de la déclaration politique qui accompagne l’accord sur le bouclier anti-missiles, elle nous est en effet à l’évidence favorable.»
(1) avec le danois Rasmussen, la française Alliot-Marie ou la norvégienne Strom-Erichsen.
Le Parti social-démocrate, formation principale de
l’opposition en République tchèque, ne soutiendra pas les missions étrangères de l’armée tchèque en 2009. Cela été confirmé, ce mercredi, par le chef du Parti Jiří Paroubek nous apprend l'agence de
presse CTK. Selon ce dernier, le gouvernement qui se déclare majoritaire, ne peut pas demander aux partis de l’opposition de remplacer les députés des partis gouvernementaux. Lubomír Zaorálek,
vice-président social-démocrate de la Chambre des députés, a même rejeté l'affirmaion de Karel Schwarzenberg, le ministre des Affaires étrangères, selon lequel "la mission tchèque en Afghanistan
est dans l’intérêt de l'Etat (tchèque)".Si la république tchèque a avancé d'un pas dans la mise en place du bouclier anti-missiles Us - avec la ratification du sénat des accords passés avec les Américains - deux grandes inconnues demeurent dans la réalisation de ce projet : la position de l'administration Obama, la réaction russe.
Le Sénat tchèque a ratifié, jeudi, les accords conclus entre la République tchèque et les Etats-Unis pour l’installation d’un radar américain sur le territoire tchèque. Le débat a duré quatre heures selon nos confrères tchèques. La majorité des sénateurs (49 voix sur 81 présents, soit la majorité constitutionnelle nécessaire) se sont exprimés en faveur de l’accord de principe relatif à l’implantation même de la base radar, ainsi que de l’accord complémentaire SOFA portant sur les conditions de séjour des militaires américains en République tchèque. Pour entrer en vigueur, ces accords doivent encore être ratifiés par la Chambre des députés - où il n'y a pas d'unanimité, même au sein de la coalition gouvernementale (conservatrice, libérale et verte) et signés par le président de la République, Václav Klaus.
La main dans l'administration Obama. Après, il faudra encore que la nouvelle administration Obama veuille mener à bien ce projet entamé par l'administration précédente. Ce qui est plus ou moins incertain. Les conseillers du démocrate, alors en campagne, avaient affirmé que la poursuite du programme serait liée à son utilité. Selon plusieurs experts américains, comme Andrew Kuchins, du CSIS (think-tank proche des démocrates), la nouvelle administration ne renoncerait pas totalement au bouclier anti-missiles et les accords avec la Pologne et la république Tchèque ne seront pas dénoncés. Mais il serait sans doute réorienté. Ou au moins la partie russe serait davantage impliquée qu'aujoud'hui. C'était le sentiment du chef de la diplomatie polonaise, R. Sikorski, après sa rencontre en septembre, avec celui qui n'était encore que candidat à la présidence. Barack Obama est d'accord sur "le principe d'un bouclier, seulement à condition qu'il ne soit pas dirigé contre la Russie" avait-il alors expliqué.
La Russie toujours opposée. Quelle autre solution ? A défaut de continuer dans la même voie (accord bilatéraux Usa-Pologne, Usa-République Tchèque) - une voie qui suscite de plus en plus
des interrogations même en Europe (voir les propos du président français, Nicolas Sarkozy au dernier sommet UE-Russie le 14
novembre) -, deux pistes sont envisageables : 1° le passage de ce bouclier sous la coupe de l'Otan - ce qui serait somme toute logique - avec une implication, plus ou moins directe des Russes ;
2° la mise en place d'un bouclier trilatéral Usa-Otan-Europe, avec un dispositif ad hoc. Les Russes militent en faveur de cette troisième solution, avec utilisation conjointe des radars de
Gabala, en Azerbaïdjan, et d'Armavir, dans le sud de la Russie. Une proposition faite en juin 2007, et rappelée encore récemment (vendredi), l'ambassadeur russe en Azerbaïdjan Vassili Istratov,
selon nos confrères de Ria Novosti. Vladimir Poutine, dans un grand discours sur la sécurité européenne, lundi 25 à Saint-Petersbourg a fait du bouclier anti-missiles, un des tests principaux
d'une nouvelle volonté de partenariat européen en matière de sécurité. "Si la nouvelle administration américaine s'abstient de déployer des installations de défense antimissile en Pologne et en
République Tchèque, la question de mesures de rétorsion ne se posera plus" a-t-il précisé
On s'est beaucoup intéressé vendredi, lors du sommet de
l'Union européenne avec la Russie, aux propos de Nicolas Sarkozy sur les anti-missiles. "On peut continuer entre l’Europe et la Russie à se menacer de boucliers, de missiles, etc. Cela n’amènera
rien à la Russie, cela n’amènera rien à la Géorgie et cela n’amènera rien à l’Europe. Ce n’est pas notre conception des choses. Je suis tout à fait prêt à rendre des comptes là-dessus. Il me semble
d’ailleurs être soutenu par l’immense majorité des Etats européens. (...)" Cela a provoqué une réaction à Prague, plus discrète à Varsovie. Mais ce n'était pas nouveau. Déjà en juillet, lors d'une conférence de presse au Parlement européen, Sarkozy avait regretté le cavalier seul des deux pays de l'est et expliqué qu'au
minimum une discussion collective devait avoir lieu.
"Mort si je veux" - Au Théâtre de Poche (Bruxelles, Bois de la Cambre) du 14
au 28 novembre, à 20h30
Racket, tabassage, humiliations diverses, agressions, viols et, parfois, meurtres. Les jeunes sont-ils devenus violents ? A en croire les médias, les statistiques, la violence juvénile connaîtrait ces dernières années une augmentation significative. A en croire les psychologues, les sociologues, les enseignants, les parents, bref, le monde des adultes, les causes seraient identifiées : pas d’avenir, pas de repères, pas de cadre familial stable, etc. Pourtant les dispositifs éducatifs, les mesures judiciaires, le renouvellement des méthodes de suivis, tous ces efforts semblent vains à comprendre et surtout à apporter des solutions.