Afrique - Congo

Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Afrique - Congo
Samedi 17 octobre 2009 6 17 10 2009 00:00
Les ministres des Affaires étrangères des 27 devraient adopter, lors de leur réunion du 26 octobre, une extension de la mission de police au Congo (EUPOL) à la lutte contre les viols. Un phénomène particulièrement grave et répandu surtout dans l'est du pays. (1). « Il convient de renouveler et d'intensifier les efforts visant à lutter contre la persistance de violences sexuelles et l'impunité en République démocratique du Congo, notamment dans l'est du pays » expliquent les motifs de la décision.

Du personnel supplémentaire spécialisé dans les enquêtes pénales et la lutte contre les violences sexuelles, va être déployé à Goma et à Bukavu. Mais sa zone de compétence couvrira la totalité du territoire de la RDC et son lieu d'affectation pourra « varier en fonction de l'évolution de la situation locale et des conditions de sécurité ». Ce personnel sera placé « sous l'autorité directe de l'adjoint au chef de mission chargé des opérations ».
Autre novation de cette modification du mandat de la mission EUPOL : les moyens de la mission sont renforcés par une « cellule projets » chargée d'identifier et de mettre en oeuvre les projets « dans des domaines d'intérêt pour la mission ». L'avis de recrutement, déjà diffusé sur ce site, tient compte de ces évolutions. 

Le budget de la mission est sensiblement augmenté. Il passe à 5,15 millions d'euros pour huit mois (période novembre 2009 - juin 2010), ce qui revient en budget annuel à 7,7 millions d'euros. Mais cette augmentation revient surtout à compenser le gel des financements sur la période précédente. Le budget de 6,9 millions d'euros avait été étendu - sans toucher au montant jusqu'à octobre 2009. Somme toute au regard des enjeux du Congo et à la taille du pays, ces sommes restent modestes.

(1) En 2008, l
e Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) recensait près de 16000 viols dans l'ensemble du pays, la moitié commis par des forces armées (armée nationale ou rebelles). Rien que dans la province du sud-Kivu, pour le 1er semestre 2009, une commission provinciale d'enquête a recensé près de 2600 cas, selon Radio Okapi ! L'ONU a adopté le 30 septembre 2009 une résolution (1888) sur la lutte contre les violences sexuelles dans les conflits armés et mettant un Représentant spécial sur la question.
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Afrique - Congo
Jeudi 15 octobre 2009 4 15 10 2009 00:46
L'Union européenne a, de nouveau, été sollicitée par le département des missions de la paix de l'ONU pour le Congo. Cette fois, il s'agit de contribuer à aider le contingent tanzanien qui devrait se déployer au Congo à la mi-décembre dans la MONUC, avec notamment pour mission de former les troupes des FARDC (armée congolaise). La Tanzanie demande surtout du matériel de formation (rétroprojecteur, paperboard, caméras, lecteurs DVD...), d'entraînement (cibles, course d'obstacles type Otan), et d'observation et liaison (jumelles, radio motorola...), ainsi que du matériel plus lourd (jeeps, camions...).
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Afrique - Congo
Samedi 26 septembre 2009 6 26 09 2009 16:09
Les 27 devraient reconduire le général français Jean-Paul Michel, comme chef de mission de l'UE d'assistance à la réforme de sécurité en RDC, république démocratique du Congo, à partir du 1er octobre.

Il a pris la tête de cette "petite" mission en juillet 2008. Dans sa période militaire en France, il a notamment commandé le Régiment de marche du Tchad et fait plusieurs séjours à Djbouti. On peut également retenir qu'il a commandé le 5e bataillon d'infanterie de Sarajevo de la Forpronu, de mars à juille 1995, à une période plus que tendue (
les forces bosniaques affrontent les forces serbes et réciproquement, l'ONU réagit, l'Otan bombarde les positions serbes, des centaines de casques de l'ONU sont pris en otage, massacres de Srebrenica).
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Afrique - Congo
Mardi 15 septembre 2009 2 15 09 2009 11:40
Les 27 ministres des Affaires étrangères de l'UE ont adopté, lundi, la nouvelle action commune qui définit le cadre politique de la mission européenne d'assistance à la réforme de sécurité au Congo. J'en avais déjà commenté les principaux aspects (lire ici). télécharger le communiqué.
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Afrique - Congo
Lundi 31 août 2009 1 31 08 2009 23:58
La décision était attendue. L'Union européenne devrait prolonger d'un an la mission d'assistance à la réfome du secteur de sécurité en RD Congo (1). Elle avait déjà prolongé, en juin, d'une durée équivalente la mission EUPOL, d'assistance à la réforme de la police et du secteur judiciaire. Plutôt que d'adopter une simple décision de prolongation, l'action commune (la décision qui fonde la mission), a été remodelée, certaines dispositions étant "clarifiées". En fait, c'est l'orientation de la mission qui est redessiné à la lumière des premiers résultats et des évolutions dans le pays.

L'objectif fixé à la mission a sensiblement évolué. De "
contribuer à l'achèvement de l'intégration des différentes factions armées en RDC et de contribuer aux efforts congolais de restructuration et de reconstruction de l'armée congolaise", il est devenu : "assister les autorités congolaises dans la mise en place d'un appareil de défense capable de garantir la sécurité des Congolais". Ce afin de "créer les conditions permettant la mise en oeuvre à court et à moyen termes des orientations retenues par les autorités congolaises dans le plan révisé de la réforme des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC)." Un plan approuvé, fin mai par le Président de la république du Congo.

Le détail des missions d'Eusec change légèrement. Il n'y plus de mention spécifique de la réforme de la chaine de paiements - action primordiale développée au cours des dernières actions et qui est considérée comme achevée - mais de façon plus extensive de : "l'opérationnalisation de la mise en oeuvre du plan révisé de réforme des FARDC à travers le développement de plans détaillés pour reconstruire les FARDC, notamment dans les domaines suivants: administration, capacités opérationnelles, budget et finances, formation, logistique, droits de l'homme et lutte contre les violences sexuelles, ainsi que ressources humaines." Une attention supplémentaire doit être portée aux droits de l'homme et questions de genre" qui sont mentionnées sur une ligne à part.


La mission est plus structurée. Plutôt que d'un bureau, on parle désormais d'un Quartier-général à Kinshasa, terme plus proprement militaire. Avec une direction,
un département soutien administratif et logistique de la mission, et un département de conseillers, au niveau stratégique, affectés aux différentes structures du ministère de la défense. La plupart des conseillers sont basés à Kinshasa. Mais des détachements sont expressément prévus "dans les quatre régions militaires de l'est de la RDC". On a en quelque sorte une mission d'assistance technique militaire de l'UE à l'armée d'un autre pays. Le changement peut ne pas être sémantique. Et l'importance du Congo, un des plus grands (et plus riches potentiellement) pays d'Afrique, n'est pas à nier.

L'importance de cette mission n'est pas à relativiser. L'armée au Congo est à la fois la solution et un problème. Nombre d'exactions (jusqu'au viol ou au meurtre) dans l'Est du Congo sont le fait de l'armée "régulière" en campagne, aux effectifs mal tenus. Les autorités congolaises ont cependant promis, en juillet dernier, d'y mettre bon ordre et de désormais sanctionner de façon nette tout écart à la discipline. Le Congo est aussi un facteur de stabilité indéniable dans cette région des Grands lacs, tourmentée, d'Afrique. La décision le rappelle sans ambiguité : « La situation actuelle en matière de sécurité en RDC pourrait se dégrader, ce qui aurait des répercussions potentiellement graves sur le processus de renforcement de la démocratie, de l'État de droit et de la sécurité au niveau international et régional. Un engagement continu de l'UE en termes d'effort politique et de ressources contribuera à asseoir la stabilité dans la région. »

Le montant consacré est légèrement augmenté : de 8,45 millions d'euros pour la période de 15 mois juillet 2008-septembre 2009, on passe ainsi à 10,9 millions d'euros pour la période d'un an à venir (octobre 2009-septembre 2010). Une somme financée sur le budget de l'UE (la mission Eusec Congo est une mission civile, même si elle est composée en grande partie de militaires et a pour objet la défense d'un pays tiers). La mission compte 60 personnes actuellement. Elle pourrait être augmentée, notamment avec la contribution de pays tiers (non UE). Précision ultime : la mission est actuellement dirigée par le général français Jean-Paul Michel.
 
Télécharger le projet de décision

(1)
La mission avait été prolongée en mai jusqu'à fin septembre, une prolongation courte pour des raisons politico-diplomatiques: l'UE attendait essentiellement d'avoir certains échos coté Kinshasa, notamment l'approbation de ce plan révisé. Il ne pouvait être question dans un document de l'UE de faire reposer l'objectif sur un plan qui n'avait pas encore été officiellement approuvé par les autorités nationales du pays concerné (Kabila se serait fait un peu tirer l'oreille pour approuver ce plan...).
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Afrique - Congo
Mardi 23 décembre 2008 2 23 12 2008 18:00
Ce sont les Pays-Bas qui ont lancé l'initiative, la semaine dernière. Elles ont annoncé jeudi aux autorités rwandaises qu’elles suspendaient leur aide budgétaire en raison de l’implication de ce pays dans les violences qui perdurent dans l’est de la République du Congo. (un rapport remis au Conseil de sécurité de l'Onu à la mi-décembre démontraint l'implication du Rwanda dans le soutien aux éléments rebelles de N'Kunda). Il était initialement prévu d’envoyer 3 millions d’Euros au Rwanda en 2008 et 4 millions en 2009. Les Pays-Bas maintiennent en revanche l’aide humanitaire qui profite directement à la population. « L’aide budgétaire est un signe de confiance dans un gouvernement », a fait savoir M. Koenders, le ministre de la coopération, Or « nous avons des doutes sérieux sur le rôle de ce gouvernement. Les Pays-Bas ne veulent pas porter une part de responsabilité dans la violation des droits de l’Homme ».
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Afrique - Congo
Samedi 20 décembre 2008 6 20 12 2008 09:38
C'est difficile "d'avoir une vue claire de la situation en RDC (ex Zaïre)". Les rapports "se contredisent d'un jour à l'autre" explique ce diplomate européen. Ce qui "n'aide pas vraiment les Etats membres à se décider à intervenir". D'autant que l'impression que la MONUC n'est pas vraiment efficiente sur le terrain, et qu'il faut avant tout la restructurer, est corroborée par ce qui remonte du terrain et les visites d'officiels européens sur place.

Témoin ce propos d'un officiel européen de haut rang en visite à Goma que j'ai interrogé sur le travail de la MONUC.  "Qu'on arrête de dire n'importe quoi. Il faudrait déjà que les troupes indiennes de la MONUC acceptent de travailler après 17h" raconte-t-il anecdote à l'appui. Et de poursuivre : "Ce sont des gens excessivement bien payés - en un mois ils gagnent autant qu'en un an chez eux. Mais ils ne veulent prendre aucun risque. La population n'est pas rassurée par la présence. Quand on signale des personnes agressées, les personnels de la Monuc passent devant sans s'arrêter. Ca me rappelle le Rwanda (en 1994) quand les personnels de l'ONU sont passés à 50 mètres des génocidaires, où se commettaient les crimes, sans s'arrêter"...

Après plusieurs jours de tergiversation, les Européens ne semblent donc toujours pas prêts à répondre positivement à la demande de Ban Ki Moon, le secrétaire général de l'ONU, demandant la constitution d'une force multinationale intérimaire et complémentaire à la MONUC. Le propos de Nicolas Sarkozy, en fin de sommet européen, le 12 décembre semble refléter le sentiment général. Au sein des 27 le blocage est simple. Les Etats (Royaume-Uni, Allemagne...) qui ne veulent pas d'une intervention européenne, défendent le renfort de la MONUC. Or ceux qui seraient capables de venir renforcer la MONUC ne le veulent pas pour diverses raisons: internes (belges, néerlandais), internationales (français)...

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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Afrique - Congo
Mercredi 17 décembre 2008 3 17 12 2008 10:54
A lire les rapports de l'Office des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA) et de la MONUC, on peut en douter. Botter en touche et rejeter la faute - comme l'a fait Nicolas Sarkozy, le président français qui exerce la présidence du Conseil de l'UE, lors du sommet européen -, sur l'organisation de la MONUC et impliquer les acteurs régionaux ne semble pas être très adéquat. Pour être équilibré, je dois dire que le fait que d'un coté la MONUC se vante, dans un communiqué, que la situation à l'est est "relativement calme", et que, dans le même temps, d'autres rapports de la MONUC, de l'ONU ou des ONGs semblent proclamer le contraire, ne facilite pas l'appréhension claire de la situation. Le général Gaye a d'ailleurs appellé, encore récemment, à l'arrivée de la force multinationale (indiquant également aux Européens certaines tâches prioritaires).

L'insécurité continue au Nord Kivu. "L'instabilité de la situation sécuritaire caractérisée par la poursuite d'actes de pillages nocturnes par des hommes armés au Sud de Lubero, et la cohabitation entre les milices Mayi-Mayi et les FARDC dans la partie Est du sud de Lubero inquiètent la communauté humanitaire qui n'arrive pas encore à faire de distributions directes aux populations vulnérables dans cette zone. Les localités de Kirumba, Kayna, Kanyabayonga et la zone de Kamandi demeurent encore des foyers d'insécurité où des problèmes de protection sont rapportés et dont les auteurs sont principalement les militaires FARDC et des miliciens Mayi-Mayi". Ou encore : "En raison de l'insécurité permanente créée par des groupes armés incontrôlés dans le territoire de Rutshuru, plusieurs axes ne sont plus accessibles notamment Kiwanja – Ishasha, Kiwanja – Vitsumbi, Rutshuru – Mutabo – Karambi – Busanza et Burayi – Bunagana."

Laisser faire le gouvernement congolais ne résout rien, au contraire, il semble aggraver l'insécurité. "Les problèmes de protection continuent à se poser avec acuité et sont exacerbés par une forte présence d'hommes armés (FARDC et Mayi-Mayi)." De plus des problèmes annexes sont posées à Butembo-Kanyabayonga  par les familles des militaires qui exigent leur prise en charge au même titre que les autres. Du coup, les humanitaires "sont contraints de ne pas faire de distributions auprès des populations retournées". Les Humanitaires ONU-ONG demandent donc que "le gouvernement prenne en charge ces militaires et leurs dépendants, afin d'éviter le pillage des biens et des civils, et la fin de leur ingérence dans l'administration publique".

La MONUC se réorganise déjà. Environ 10 000 hommes sont présents dans le Kivu a assuré Alan Doss, le chef de la MONUC.
 Mais c'est au prix d'un dégarnissage de certaines autres régions. Où tout risque n'est pas éteint. Notamment du coté de la province orientale. Et selon Doss, il n’est pas exclu que la MONUC qui dégarnit en ces jours l’effectif de ses troupes en Ituri pour le Nord-Kivu puisse, au cas de besoin, les redéployer de nouveau dans ce district de la Province Orientale. Selon un dernier décompte de la MONUC : "6.139 hommes sont stationnés dans le Nord Kivu (soit 8 bataillons sur les 17 qu’elle compte) : entre 800 et 1.000 hommes sont déployées à Goma; 3.513 autres sont dans le Sud Kivu. 3.769 Casques bleus sont opérationnels dans l’Ituri, "l’une des régions de plus sécuritairement volatiles". Tandis que le reste de la force est dans l’Ouest de la RDC dont Kinshasa.

Le risque n'existe pas seulement au Kivu mais dans tout l'Est. En Ituri, "la rivalité constatée entre les milices FJPC et FRPI inquiète la communauté humanitaire qui redoute l'imminence d'affrontements entre ces groupes qui pourraient occasionner encore des nouvelles vagues de déplacements de populations."Les populations qui sont sur l'axe Bunia-Bogoro sont sujettes à des exactions et abus de tout genre comme les viols, les taxes illégales et les arrestations arbitraires. Certains des déplacés ne peuvent accéder aux champs alors que c'est la saison de la récolte." Et les humanitaires de s'interroger : "Sommes-nous dans une spirale sans fin de combats entre victoires successives des FARDC et des miliciens ? S'agit-il de questions de DDR non résolus ou mal résolus ?"

Les attaques contre les humanitaires continuent. Un mort et un blessé lors d'une attaque, lundi 15 décembre, sur un convoi de 3 véhicules des ONG à Burayi, 5 kilomètres de Rutshuru, selon Radio Okapi. Les victimes étaient à bord d'un véhicule de l'ONG italienne Avsi. C'est la milice rebelle, CNDP, qui contrôle ce secteur. Elle dément avoir tiré. Un autre humanitaire, de la Norwegian Church Aid (NCA), agressé  à Nzulo le 10 décembre, par des éléments FARDC (troupes régulières), est toujours dans un "état critique" selon les ONGs. Le bilan pourrait être pire : un militaire des FARDC a tiré à bout portant le 11 décembre sur un véhicule de SC-UK près de Kibati. "Le chauffeur et les deux passagers ont réussi à se mettre à l'abri à temps".
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Afrique - Congo
Mercredi 17 décembre 2008 3 17 12 2008 10:00
Dans une interview publiée sur le site de la MONUC, le général Gaye précise trois points qui me semblent importants :

1) Oui l'arrivée de troupes multinationales est bienvenue (sous entendu une force européenne autonome). "Si la présence des forces multinationales est un signe de l’engagement supplémentaire de la communauté internationale, c’est extrêmement positif. Il est clair que si les forces multinationales peuvent très rapidement venir et servir de force intérimaire avant l’arrivée du renforcement des troupes de la MONUC, c’est également très positif. Si les forces multinationales peuvent venir avec un mandat qui leur permet d’opérer en parfaite coordination avec la MONUC et si leur présence contribue à stabiliser la situation, elles sont les bienvenues."

Et le général Gaye de détailler également les besoins précis auxquels doit faire la MONUC et qui pourrait servir de ligne directrice pour une intervention a minima des Européens :

• le problème d’infrastructure est une "une première contrainte et un premier défi". Le Nord Kivu n'a pas beaucoup d’aéroports. "Or il faut toujours des aérodromes puisqu’il n’y a pas toujours l’accessibilité par la route. Par exemple, la route qui va actuellement de Goma à Mushake n’est plus utilisable du fait des pluies malgré tout le travail qui a été fait par la compagnie sud-africaine de génie".

• la mobilité. "Il faut pouvoir être présent, choisir des positions à partir desquelles on peut rapidement intervenir là où il faut remplir la mission de protection des populations. C’est clair que ces troupes sont les bienvenues, surtout qu’il est prévu qu’elles soient accompagnées d’une certaine mobilité aérienne, et de ce point de vue je pense que cela apportera beaucoup à nos troupes qui sont au Nord Kivu".
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Afrique - Congo
Vendredi 12 décembre 2008 5 12 12 2008 16:14
Nicolas Sarkozy, cloturant le sommet européen des 11 et 12 décembre, a été très clair sur l'opportunité d'une opération européenne au Congo. Refusant d'y voir un "échec" de la politique de défense européenne, ainsi que je l'avais apostrophé, il a répondu, plutôt gêné aux entournures, trouvant toutes les justifications pour ne pas enclencher une opération européenne :

« 1) En RDC, il y a 17 000 soldats de l’Onu, l’opération la plus importante de l’ONU. Et apparemment seulement 800 servent. Alors est-ce qu’avec 3000 de plus, on résoudra la question ? » « Il y a peut-être aussi des problèmes d’organisation et pas seulement de nombre. 2) L’Angola est prêt à s’engager, sous couvert de l’Onu. Ne vaut-il donc mieux pas engager des forces régionales que des forces européennes ? » a ajouté le président faisant référence explicite aux reproches qui étaient nés lors de l’opération au Tchad. Et d'ajouter ce qui parait être le fil de sa pensée : « On ne peut pas tout faire. On ne peut pas être toujours partout. Il y a des limites. » a-t-il précisé. Avant de se reprendre :  « Mais on ne veut pas rien faire. « S’il s’agit d’aider par un pont aérien, pour des vivres ou une opération humanitaire », pourquoi pas a-t-il semblé dire. (*)

NB : le président français et le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, seront au Congo début janvier pour rencontrer les principaux protagonistes de la région.

Un propos qui semble refléter le contenu de la discussion
qui a duré environ 3/4 heures au diner des ministres des Affaires étrangères le soir du 11 décembre. Chaque Etat a semble-t-il posé des questions sur la situation en ne s'engageant pas vraiment plus. En gros, peu d'évolution par rapport au débat lors du Conseil des Affaires étrangères du 8 décembre. Plusieurs ministres ont semblé interloqués par les rapports contradictoires qui semblent remonter sur le terrain, sur la réalité de la situation humanitaire, et également sur l'état de la MONUC. "On reçoit tellement de rapports de la Monuc, sur son renforcement, la logistique..., qu'on n'a pas une vue claire de ce qu’est la Monuc. Personne ne sait nous dire exactement dans quel état est la Monuc" confirme Karel de Gucht, le ministre belge des Affaires étrangères. Chacun "ressent qu’il faudrait faire quelque chose mais nous ne savons pas quoi (faire)". On se dit qu’on ne peut pas refuser d’intervenir, "ça ne serait pas sérieux, ce serait une honte". Mais ensuite quand on passe à la faisabilité, "qui et comment envoyer des troupes"... ca devient plus difficile, très difficile.

Il est vrai que la présence de Louis Michel dans la région n'a pas vraiment aidé à la clarté du débat, contrairement à ce qu'on aurait pu en attendre. Mais a plutôt ajouté à la confusion... "Quand on a un commissaire qui explique sur place qu'il n'y a pas vraiment de besoin d'une intervention militaire", c'est encore plus difficile pour comprendre ce qui est vraiment nécessaire, précise un connaisseur du dossier.

---
(*) Texte intégral de Nicolas Sarkozy

Sur la question du Congo. Je veux d’ailleurs rendre hommage à tout ce qu’a fait Bernard
KOUCHNER en la matière. Le problème, ce n’est pas du tout que l’Europe ne veut pas y prendre sa
part, l’Europe est prête à y prendre sa part. Je fais deux remarques. La première, c’est qu’à l’heure
actuelle, en RDC, il y a 17 000 soldats de l’ONU, que c’est la plus importante opération onusienne. Je
suis désolé, quand il y a déjà 17 000 soldats et que l’on m’explique qu’il n’y en a que 800 qui servent,
je me demande si c’est nécessaire d’en envoyer 3 000 de plus, avec 17 000 ! Première remarque. C’est
une question.

Deuxième remarque. On met RDC, Rwanda, Angola. J’ai eu moi-même au téléphone le Président
DOS SANTOS qui est un acteur régional, qui m’a dit : « l’armée angolaise, dont vous connaissez
l’efficacité, est prête à s’engager pour la paix à condition que ce soit sous mandat ONU. Question que
je pose : « est-ce que, par souci d’efficacité, il vaut mieux, s’il y a besoin de renforts - je rappelle qu’il
y a 84 aéronefs là-bas -, est-ce qu’il ne vaut pas mieux faire appel d’abord à des forces régionales,
quasiment prêtes, installées, qu’à des forces européennes ?

Dernier point. S’agissant des forces européennes, on est au Tchad. Maintenant, après m’être battu pour
que l’on soit, avec Bernard KOUCHNER, au Tchad pour stabiliser cette région du monde, avec le
Darfour à côté où tout le monde nous a dit : c’est une nouvelle opération entre guillemets « France-
Afrique » de la France. Je ne vois pas comment on pourrait nous reprocher de ne pas vouloir être
présents en RDC.

Enfin, s’il s’agit d’aider par un pont aérien pour des vivres, de l’humanitaire, pourquoi pas ? Et puis, si
vous voulez que j’aille au bout de ma pensée, il faudra un jour que l’on discute de la présence des
armées françaises, par exemple en Côte d’Ivoire, où j’attends avec grande impatience les élections ;
que nous redéployons aux soldats au service de la paix dans d’autres régions d’Afrique où d’ailleurs,
on connaît nos responsabilités. Nous ne pouvons pas tout faire. Je l’ai dit au Secrétaire général BAN
Ki-Moon, il le fait d’ailleurs. C’est un homme que je soutiens et que j’apprécie. Il y a peut-être des
problèmes d’organisation et pas simplement des problèmes de quantité ou de nombre.

Dire cela ce n’est pas se désintéresser de la RDC où d’ailleurs nous avons prévu avec Bernard
KOUCHNER de nous rendre en janvier 2009 et j’aurai l’occasion d’en dire plus. Ce n’est vraiment
pas un désintérêt. J’ai eu le Président KAGAME, le Président KABILA, le Président DOS SANTOS.
Bernard y est allé. On essaye de trouver la meilleure solution. On ne peut pas non plus être partout,
toujours, sans limite. Et surtout, peut-être y-a-t-il des endroits où il n’y a pas un soldat de l’ONU. Y
aller là où il y a 17 000 soldats de l’ONU…Entre cela et ne rien faire, il y a un équilibre que l’on est
en train de trouver. On ne veut pas ne rien faire.
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Afrique - Congo
Jeudi 11 décembre 2008 4 11 12 2008 22:20
Javier Solana a présenté aux ministres des affaires étrangères quatre options pour l'intervention au Congo pour répondre à la demande expresse et précise du secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki Moon. Maintenant, il reviendra aux ambassadeurs du Comité de politique et de sécurité (COPS) d'élaborer des éléments de réponse plus circonstanciés, le plus vite possible, d'ici la fin de semaine. Et sinon au moins avant Noël. Au besoin on rajoutera des réunions, ajoute un diplomate.

Deux sont pleinement européennes et nécessitent un accord des 26 (le Danemark ne participe pas aux décision des opérations militaires) :

- déclenchement d'un battlegroup (groupement tactique) : C'est l'option naturellement évidente. Car c'est le concept même de battlegroup a été conçu... sur le modèle du Congo. 1500 hommes déployables rapidement dans la dizaine de jours, pour une mission courte (environ 4 mois), dans un rayon de 6000 kms. Deux sont en alerte chaque semestre. Un franco-allemand et un britannique jusqu'à fin 2008. Vu les positions allemande et britannique, cette option paraît exclue pour l'instant. En revanche, cela pourrait rester ouvert au premier semestre 2009 : avec la présence des battlegroup emmené l'un par l'Italie, l'autre par la Grèce (voir la liste des battlegroup). La sous-option de ne prendre que quelques éléments du battlegroup paraît difficilement jouable selon les militaires.

- génération de force : dispositif classique de la mise en place d'une force européenne. Il parait exclu - pour l'instant - pour deux principes, l'opposition de principe allemande et britannique. La lenteur du dispositif. Sauf pression particulière, de l'opinion publique, et disponibilité (cf. l'opération Somalie contre les pirates), ce dispositif est difficile, délicat à monter en puissance. Ce qui ne correspond pas à la demande de Ban Ki Moon.

Deux peuvent s'articuler de manière plus souple puisqu'elles associent des moyens européens, mais de façon non intégrée. Ce qui a l'avantage de permettre la mise en place d'une réponse plus ou moins, européenne, rapidement en contournant le veto de quelques Etats membres. Mais le résultat n'est pas très satisfaisant en matière de politique intégrée de défense.

- force multinationale (MNF) : c'est une force européenne ad hoc, avec éventuellement d'autres moyens. On prend les pays volontaires pour une opération, quelques pays tiers. Et on invente un nouveau format d'opération, à la manière des coalitions ad hoc montées au large de l'Arabie saoudite (coalition maritime TF 150) ou de la coalition en Afghanistan première génération. C'est tourner de fait le dos à tout ce qui a fait la valeur de la PESD. Une force intégrée, avec un financement solidaire.

- concours bilatéral (au besoin multiples) : chaque Etat ou institution concourt comme il le souhaite au renfort de la MONUC. La Belgique et les Pays-Bas apportent déjà un soutien aérien. Les Britanniques - par le biais de la coopération - ont loué des avions de transport humanitaire. L'Union européenne apporte un concours du centre satellitaire. La Commission européenne également dans son budget de 50 millions a affecté certaines ressources à l'affretement d'avions pour le transport d'aide humanitaire.

Une dernière option pourrait de combiner certains éléments : du bilatéral avec un battlegroup.

Le Haut représentant de l'UE, Javier Solana, sera dès ce lundi 15 décembre, à New York, et des conversations en marge de la réunion du Quartete pourraient avoir lieu.
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Afrique - Congo
Jeudi 11 décembre 2008 4 11 12 2008 10:00
Le Congo sera l'invité surprise de ce sommet européen. Les Belges sont en effet bien décidés à repartir à l'attaque. Karel de Gucht l'a répété devant la chambre des députés, le 10 décembre.

Le coup de ciseau est bien coordonné. Même si sur le plan politique interne les deux hommes ne s'entendent guère, Karel de Gucht et Louis Michel, chacun à leur manière, sont bien décidés à faire entendre raison à leurs homologues européens. A Karel de Gucht, ministre des Affaires étrangères, qui sera présent au Sommet européen, le soin "d'animer" le dîner des Ministres, en mettant la question du Congo sur la table. A Louis Michel, commissaire européen au développement et à l'action humanitaire, qui est justement en déplacement (un hasard!) ce jeudi à Kigali (Rwanda) et Goma (Congo RDC), d'alerter sur la situation humanitaire. Et elle n'est pas très glorieuse... pour l'Europe (lire plus loin). 

De Gucht accuse. Devant la commission Affaires Etrangères / défense de la chambre des députés, le ministre belge des Affaires étrangères a mis chacun face à ses responsabilités. L'Allemagne, le Royaume-Uni, la France en ont pris pour leurs grades (ce qui confirme les informations parues sur ce blog) : "La Grande-Bretagne dit ne pas disposer de troupes. Elle est pourtant actuellement à la tête d’un Battle Group. Cela signifie que celui-ci n’existe que sur papier, ce qui n’est pas le but. J’ai également été étonné de la position adoptée par l’Allemagne après mon entretien avec mon homologue allemand qui avait fait état de l’impossibilité d’obtenir un vote positif pour l’envoi de troupes au Congo immédiatement après avoir décidé d’une mobilisation supplémentaire en Afghanistan. Il faut peut-être en chercher la raison dans la différence d’appréciation qui peut exister entre un Secrétaire d’État, haut fonctionnaire reflétant davantage la position de l’administration, et un ministre. Quant à M. Kouchner, il dit que l’on ne peut pas répondre négativement au Secrétaire général mais tout le monde sait que son président y est opposé."  Faut-il un autre commentaire !

Le moment est bien choisi. On se rappelle que Solana a promis de rendre le rapport demandé par le Conseil des Affaires étrangères, le 8 décembre, d'ici la fin de semaine. Avec des éléments de réponse circonstanciés, assure-t-on au Conseil. En fait, les éléments de réponse existent déjà en partie, coté des groupes de travail (lire premiers éléments de réponse). Et c'est au COPS (mardi, mercredi ou/et vendredi) que le contenu de ce "rapport" va être évalué politiquement, en dégageant des lignes de force sur l'éventualité d'une mission. Tout dépendra alors des résultats du Conseil européen. Pour Karel De Gucht l'issue ne fait aucun doute "A un moment donné, l'Europe enverra une mission dans la région, étant donné qu'aucune solution politique n'interviendra sur place. (...) L'Europe ne pourra continuer à ignorer la demande d'intervention formulée par l'ONU. Cela aurait une incidence politique majeure sur la position de l'UE au sein de la communauté internationale." (lire le compte rendu de la commission)

Quelle force ? Les Belges sont prêts à fournir une bonne partie de la force (*), avec une contribution en "matière de transport aérien, d’instruction et de renseignement". Soit environ 400-500 hommes, selon le ministre de la défense belge, Pieter De Crem. Le complément pourrait être fourni par les Finlandais, Suédois, voire Irlandais (avec un soutien logistique espagnol ? et français ??). On arriverait ainsi à une force d'un millier d'hommes. Ce qui est un peu léger mais peut être suffisant pour une mission limitée : par exemple, protéger l'aéroport de Goma et effectuer quelques missions de sécurisation dans la ville (voire sur quelques autres axes).

Le Hiatus financier. Envoyer un homme revient à 100 000 euros par an, selon Pieter de Crem. Soit pour 400 ou 500 hommes, sur 4 mois, environ 17 millions d'euros. Or cette intervention "n'a pas été prévue dans le budget 2009 de la Défense" avertit de Crem " des moyens supplémentaires devront le cas échéant être libérés". C'est, en fait, le même problème dans tous les pays. Les finances. C'est pourquoi il est vital que les partenaires (allemands, britanniques...) disent "oui" à une opération PESD (même s'ils n'y participent pas directement), cela débloquerait le mécanisme "Athena" de financement commun - au moins sur une certaine partie des dépenses (Etat-major, moyens logistiques, de renseignement...). Autre problème : coté allemand, ils rechignent à faire - à nouveau ! un chèque (pour le Tchad, la contribution allemande est de l'ordre de 20 millions d'euros). Une autre option pourrait venir des Nations-Unies - qui indemnise les Etats-membres qui lui fournissent des troupes. Après tout la demande vient des NU et vise à pallier - pour une durée temporaire - au renforcement de la MONUC...

Une mission sous présidence tchèque ? Ce serait le moindre des paradoxes. La république Tchèque qui prend la présidence au 1er janvier, dont son président et le parti au pouvoir (ODS) ne cachent pas leur eurosceptiscime, et qui n'est pas vraiment un farouche militant de l'Europe de Défense... (lire un entretien avec un porte-parole de la défense tchèque) aura pour responsabilité de conduire l'Europe au Congo. Quelle claque pour la présidence française !

(*) Pour l'envoi des troupes, il faut l'accord du Parlement belge (nécessaire pour l'envoi dans les anciennes colonies). Lors du débat à la chambre le ministre des Affaires étrangères a d'ailleurs convenu qu'un accord du Parlement devrait etre nécessaire pour l'envoi de "toutes" les missions militaires.

Au Congo, la situation des droits de l'homme est grave.

Ce n'est pas une ONG qui parle. Mais très officiellement l'ONU. Plus précisément. Todd Howland, représentant du Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l'Homme et directeur de la division de droits de l'Homme de la MONUC : « Je peux dire que la situation est grave, très grave. Il y a violation systématique des droits de l’homme. Ça peut être le droit économique, le droit d’intégrité physique ». Cas de tortures, viols, droits des détenus non respectés, le bilan est peu glorieux. Et personne n'est là pour rattraper l'autre : "Le CNDP (rebelles de N'Kunda), les Maï-Maï, les FDLR, les FARDC (armée "régulière" du Congo), la PNC, sont autant d’acteurs qui s’illustrent dans ces violations dans cette province, a-t-il relevé. (Lire ou écouter sur Radio Okapi)

Un véritable pogrom ? Le mot est lourd de sens. Mais il a été prononcé. C'est Georges Dallemagne, député belge chrétien-démocrate, qui l'exprime : "les 4 et 5 novembre, dans la région de Kiwanja et de Rutshuru, un véritable pogrom a eu lieu en dehors de toute action de combat." Et, de fait, on ne peut pas dire que l'Europe soit surprise. Selon certaines estimations (ONGs, ONU), près de 4 millions de personnes sont mortes au Congo depuis 1994, et les violences à répétition. Et les femmes violées se comptent en dizaines de milliers...
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Afrique - Congo
Jeudi 11 décembre 2008 4 11 12 2008 09:08
Ce n'est pas encore fait... Mais cela se prépare. Un officier de liaison des Etats-Unis pourrait être inclu dans la mission destiné à soutenir la réforme du secteur de la sécurité "Eusec" en République démocratique du Congo (ex-Zaire). Ce qui serait assez justifié vu l'absence de coordination des différents moyens internationaux dans ce pays (voir cette étude).

Ce serait la troisième participation américaine. Les Américains sont déjà présents dans deux missions : Etat de droit "Eulex" au Kosovo (avec environ 80 policiers) et en Guinée.
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Afrique - Congo
Mardi 9 décembre 2008 2 09 12 2008 09:45
Du bout des lèvres, Javier Solana, le diplomate en chef de l'UE, a reconnu avoir reçu la lettre de Ban Ki Moon, le secrétaire général de l'Onu (voir la lettre), demandant l'intervention des Européens en République démocratique du Congo (RDC, ex Zaïre), avant les renforts à la MONUC. Les 27 ministres des Affaires étrangères, réunis hier à Bruxelles, avaient (encore) le sujet "Congo" à leur ordre du jour au déjeuner. Le "déjeuner est toujours réservé aux questions difficiles" commente un diplomate.

Les Européens sont bien embarrassés : Comment répondre poliment "non" au secrétaire général de l'ONU ? C'est toute la problématique. Jusqu'ici la plupart des responsables politiques et diplomates européens se réfugiaient derrière des arguments dilatoires : "Il faut d'abord renforcer la MONUC"; "L'Onu n'a jamais rien demandé à l'UE"; "Nous n'avons pas reçu de demande formelle", etc. Maintenant, il est dificile de nier la demande. La lettre de Ban Ki Moon est très claire. Si la réponse est "non", ce serait la première fois, la seule, où l'UE refuserait une demande de l'ONU. Au moment où l'UE défend avec force le multilatéralisme, c'est illustrer toute la différence entre la parole et l'acte... "Si l’Europe – cette aventure politique et morale née de la guerre —, ne répond pas à cette interrogation, Alors qu’est-ce que l’Europe ?" s'indigne, justement, Bernard Kouchner (le ministre français des Affaires étrangères). "Mais malheureusement notre indignation n'est pas partagée par tous les autres pays", reconnaît-il aussitôt.

Les Européens sont bien divisés : si plusieurs pays emmenés par la Belgique (Espagne, Pays-Bas, Suède, Finlande, Irlande) se sont montrés indignés par la situation et pourraient souscrire à une demande du secrétaire général de l'ONU, au moins sur le principe, éventuellement en envoyant des troupes, il reste "plusieurs" réticences... pour parler diplomatiquement. Concrètement aucun grand pays (Allemagne, France, Royaume-Uni, Espagne) n'est d'accord pour diriger l'opération. Deux pays (Allemagne, Royaume-Uni) ont un veto, par principe, à l'envoi d'une mission de la PESD. Certains sont très réticents (comme le Portugal) estimant que cela pourrait créer une double chaine de commandement (MONUC et UE), nuisible. Un pays (France) est divisé en interne. Une majorité (pays d'Europe centrale notamment) reste silencieuse, particulièrement la Pologne (qui pourrait être le (seul) pays à même de conduire la mission).
- L'Allemagne reste opposée à tout. Même si elle ne pense pas participer à une mission PESD, elle devrait tout de même en financer une petite partie, donc obtenir un nouveau mandat du Bundestag... Et les souvenirs de la dernière mission au Congo des Allemands ne sont pas très glorieux, si on en croit certains témoignages  (1)
 - Le Royaume-Uni est plus que réticent, défendant des renforts individuels à l'Onu, et étant en "tension permanente" entre ses troupes en Irak (pas encore revenus) et en Afghanistan (en partance). Ca grogne sérieusement dans les rangs de l'armée britannique (plusieurs hauts gradés l'ont exprimé clairement ces derniers temps). Il n'est pas question d'ajouter une opération de plus...
- La France a une réponse est ambigüe et plutôt... multiple. L'approche interventionniste du ministre Kouchner est peu partagée, particulièrement au Ministère de la défense. Le ministre de la Défense, Hervé Morin, a - à plusieurs reprises - exprimé qu'il n'y avait pas nécessité d'une intervention autonome. Autre difficulté : la France continue d'avoir des relations difficiles avec le Rwanda voisin (dont ce n'est un secret pour personne qu'elle soutient la rebellion de N'kunda).
"- Seuls les Belges, en fait (en tant qu'ancienne puissance coloniale) sont plus sensibles à la question du Congo. Ils ont ainsi approché les Britanniques, les Français, les Espagnols... A chaque fois, la réponse a été "non merci", "pas maintenant", "nous sommes débordés". Le dernier espoir du ministre des Affaires étrangères belge, Karel de Gucht, repose sur les Italiens - qui vont diriger l'année prochaine un des battlegroups... Mais il ne peut être question

Quelle réponse ? les 27 ont donc finalement demandé à Javier Solana, le Haut représentant de l'UE pour la politique extérieure, de "préparer rapidement les éléments de réponses techniques, humanitaires et politiques". Une fomule difficile à trouver. Même utiliser le mot "militaire" a été difficile à prononcer pour les Européens : c'est "technique" m'a répondu, un brin ironique, Bernard Kouchner. Quant à l'étude, elle ne devrait pas durer longtemps. Ce devrait fait "avant la fin de la semaine" a précisé Javier Solana. Et d'expliquer en aparté : "Nous allons voir tous les moyens que nous pouvons fournir : renseignement (que nous fournissons déjà), transport. Voire une petite mission de sécurisation de l'aéroport de Goma". Mais sans vraiment d'espoir. La mission est difficile pour Solana : comment proposer le minimum de réponse en suscitant l'adhésion des Européens ? Une autre idée pour l'UE consisterait donc à renforcer ses deux missions civiles déjà présentes dans le pays "police" (Eupol) et "réforme de sécurité" (Eusec), éventuellement en l'étendant à d'autres tâches comme le désarmement.

Pourquoi cette réticence ? On ne peut s'empêcher de songer qu'au-delà des aspects techniques (disponibilité militaire), politique interne (mandat parlementaire, financement...), se cachent des intérêts géopolitiques. En intervenant, on limite la rebellion. En n'intervenant pas, en laissant la rebellion gagner, on fait pression sur le pouvoir central congolais, du président Kabila junior. On le contraint à certaines réformes, certains ajustements que jusqu'ici il s'est refusé à faire. Un haut diplomate européen n'a d'ailleurs pas caché qu'il fallait "faire pression" sur Kabila, pour qu'il accepte, enfin, une "réforme profonde du système de sécurité". On ne peut s'empêcher aussi de songer que certains Etats (Britanniques par exemple) ne défendent pas aussi certaines arrières-pensées. En "donnant" à la rebellion de facto, le pouvoir sur l'Est du Congo, on autorise une certaine autonomie (à défaut d'une certaine partition) du Congo. Une sorte de zone "tampon" entre le Rwanda (anglophone) et le Congo (francophone). La tentation de scission de l'ex-Zaïre n'en est pas à son premier essai...

Se poser la question de l'utilité des battlegroups ? Si les Européens n'interviennent pas... Il faudra se poser quelques questions sur le format des BattleGroups (les groupements tactiques d'intervention rapides). A quoi servent-ils ? Est-ce vraiment le format ? Ne sont-ils pas trop politisés ? Le ministre belge De Gucht a d'ailleurs ouvertement posé la question (après les Finlandais et les Suédois) : "Ca existe sur la papier. Mais quand on veut les utiliser... Ce sont des militaires de papier!". Il faut aussi remarquer le silence de l'Otan sur la question. L'Organisation atlantique, d'ordinaire prompte à se saisir de toute opération potentielle, est... condamnée à l'inaction en Afrique. Et sa NRF (force de réaction rapide) n'a également jamais été opérationnelle ni engagée. La question de son utilité mérite également d'être posée (voir précedent article).

(1) Ce sont "surtout les Français" qui ont assuré les premières reconnaissances, "nettoyant la ville, les Allemands restant sagement à l'hotel" précise un diplomate européen. La coordination entre les deux quartiers généraux d'opération à Potsdam (OHQ) et sur place (FHQ) "n'a pas été très efficace" reconnait un militaire. La présence de "deux nations-cadres a (plutôt) été source de complication", explique un document de "retour d'expérience" sur Eufor RDC.

Photo : Conseil de l'Union européenne
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Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : Afrique - Congo
Mardi 9 décembre 2008 2 09 12 2008 06:56
C'est par une lettre officielle de 3 pages (télécharger ici), dûment argumentée, que Ban Ki Moon, le secrétaire de l'ONU, a demandé, très officiellement, l'intervention de l'UE. Certains diplomates européens, soucieux de dégonfler la demande, m'avaient suggéré qu'il n'y avait pas grand chose dans cette lettre. Elle mérite d'être lue. Après des contacts informels avec les Français, et surtout les Belges, qui n'ont pas produit leur effet (voir "mission intérimaire échec et mat ?") et après une conversation avec Louis Michel (le commissaire européen au développement), Ban Ki Moon prend sa plume - où on peut détecter quelque énervement devant l'atermoiement constant des Européens - pour dresser (à leur place ?), une vraie feuille de route de la mission qu'on pourrait intituler "Eufor Goma"...

Que dit-il ? :

1) La MONUC a entrepris une reconfiguration de ses forces pour augmenter sa présence à Goma et dans des cités clés du Nord Kivu.

2) Les renforts autorisés par la résolution 1843 mettront 4 mois à être déployés

3) Après la totale désintégration de l'armée nationale congolaise, la Monuc reste la seule force organisée dans la région

4) L'UE doit intervenir : "A ce stade, je suis persuadé que le déploiement immédiat d'une force multinationale (MNF), conduite par l'UE ou par des Etats membres de l'UE, pourrait fournir le complément nécessaire aux efforts de la MONUC"

5) Et de préciser : "cette force multinationale pourrait se concentrer sur deux objectifs : la sécurisation de la fourniture des besoins humanitaires au Nord Kivu, où 250 000 personnes ont été déplacées depuis le conflit de fin août, et protéger les civils menacés dans la province".

6) cette force opérerait "sous le chapitre 7" (de la charte de l'ONU - donc avec possibilité d'usage de la contrainte) et constituerait "de facto une réserve mobile pour renforcer la MONUC quand nécessaire".

7) le modèle de "déploiement serait l'opération Eufor Artemis", avec un "déploiement initial de 4 mois, sous commandement européen".

8) Cette force aurait comme "tâches spécifiques de protéger l'aéroport de Goma et les autres installations stratégiques de communication et du Gouvernement de la ville, de sécuriser les autres centres majeurs de population du Nord Kivu et de sécuriser les axes clés et routes de desserte autour de Goma. La mission intérimaire devrait avoir ses propres moyens aériens et capacité de renseignement et être capables d'intervenir simultanément dans plusieurs villes pour des actions de nature principalement humanitaire et défensive".

En conclusion, le secrétaire général de l'ONU appelle l'UE à engager des "consultations détaillées" avec le département des opérations de maintien de la paix de l'ONU (DPKO). Et, au-delà de l'impact immédiat sur les vies des plus vulnérables du peuple congolais", un déploiement rapide constituerait un message politique aux deux parties au conflit que la communauté internationale est déterminée à ne pas laisser une complète détérioration à l'est du Congo"... On ne peut être plus clair
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L'auteur

Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" de Ouest-France, spécialiste "défense-sécurité" à Europolitique (agence de presse européenne) et responsable des "dossiers-enquêtes". Ma carrière de journaliste commence en 1989 par des reportages en Europe de l’Est (Hongrie, Tchécoslovaquie, Pologne) à la réunification. J'ai travaillé pour La Tribune, Le Quotidien de Paris, Impact Médecin, Radio France Urgences, Arte et LCI. Pour d'autres archives articles et travaux, voir ce site. ou le blog Europe sociale (en veilleuse). Pour m'écrire.

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