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7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 10:36

Les Ministres de l’Union européenne vont approuver, le 10 novembre, l’Action commune qui cadre d’un point de vue politique et juridique l’opération militaire « Eunavfor », dénommée officiellement « Atalanta », que mènera l’Union européenne à partir de décembre au large de la Somalie contre la piraterie maritime.

Le point qui a demandé le plus de travail est l'arrestation et le transfert des pirates d'un bateau à l'autre. C'est-à-dire d'un Etat à l'autre. D'une certaine façon, c'est le prolongement du mandat d'arrêt européen au plan international qui est ainsi défini, avec une notion supplémentaire, autorisée par le droit de la mer, l'arrestation par une force européenne de "contrevenants" au droit international. Depuis plusieurs semaines, les groupes des conseillers "Relations extérieures" ont le point "Somalie" à leur ordre du jour et notamment ce fichu article 13. Devenu - dans le texte définitif qui sera adopté lundi - l’article 12 (en effet les 26 ont renoncé à nommer le Commandant de la force, celui-ci étant nommé plus tard par le Comité de Politique et de Sécurité, du coup un article a été supprimé).

Dispositif. Les personnes ayant commis ou suspectées d'avoir commis des actes de piraterie ou des vols à main armée appréhendées et retenues en vue de l'exercice de poursuites judiciaires dans les eaux territoriales de la Somalie ou en haute mer, ainsi que les biens ayant servi à accomplir ces actes, sont transférés :
« – aux autorités compétentes de l'État membre ou de l'État tiers participant à l'opération dont le navire, qui a réalisé la capture, bat le pavillon, ou
« – si cet État ne peut pas ou ne souhaite pas exercer sa juridiction, à un État membre ou à tout État tiers qui souhaite exercer celle-ci sur les personnes ou les biens susmentionnés. »

Commentaire. Cette formule assez souple permet de préserver l’efficacité de l’opération en transférant les prisonniers à un Etat qui a la capacité juridique de juger cette personne. Seuls trois ou quatre Etats ont une telle disposition dans leur droit interne (Pays-Bas, Suède, Finlande et France). D’autres étudient les conditions de traitement des pirates, comme le Royaume-Uni, où des projets législatifs sont à l’étude. (*)

La base juridique
est « l'acceptation de la Somalie quant à l'exercice de leur juridiction par des États membres ou des États tiers, d'une part, et l'article 105 de la convention des Nations unies sur le droit de la mer, d'autre part». L'UE a d'ailleurs envoyé une lettre, le 30 octobre 2008, au gouvernement de transition somalien, «faisant une offre de collaboration conforme à la résolution 1816 (2008), qui contient des propositions quant à l'exercice de juridiction à l'encontre des personnes appréhendées dans les eaux territoriales de la Somalie».

Une condition reste de mise : « aucune des personnes ne peut être transférée à un État tiers, si les conditions de ce transfert n'ont pas été arrêtées avec cet État tiers d'une manière conforme au droit international applicable, notamment le droit international des droits de l'homme, pour garantir en particulier que nul ne soit soumis à la peine de mort, à la torture ou à tout autre traitement cruel, inhumain ou dégradant ».

Javier Solana et Phil Jones, le chef de l'opération (crédit : Conseil de l'UE)

  Modalités de l'opération

Zones. Les forces déployées à cet effet opèrent jusqu'à 500 milles marins au large des côtes de la Somalie et des pays voisins (soit près de 1000 kms).

Durée. L’opération durera un an (à compter de la déclaration de capacité opérationnelle initiale de l'opération).

Commandement. Comme annoncé, le centre d’opération est «fixé à Northwood (Royaume-Uni)». Ce sera la première fois que ce centre sera activé au niveau européen. Et c’est le « vice-amiral Phillip Jones » (britannique) qui assurera le commandement de l’opération.

(*) Voir aussi le blog de Thomas Wiegold journaliste à l'hebdomadaire allemand Focus

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Piraterie Golfe d'Aden - Océan Indien
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7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 08:10
Le premier navire de la nouvelle génération de démineurs de la marine suédoise a été livré le 6 novembre. Le Vinga est le premier d'une série de cinq navires de déminage ; deux suivants suivront au printemps de 2009 et à l'été 2010, les cinq navires devraient tous être livrés aux forces armées.

Ces navires pourront fournir des "possibilités sans précédent" pour détecter et détruire tous les types de mines sous l'eau, explique la marine suédoise. Un sonar dans l'eau permet de détecter les plus petits détails et le nouveau submersible est plus sûr et plus rapide pour désamorcer les mines. La plus grand nouveauté réside dans la capacité du navire à se défendre seul contre des attaques aériennes (les autres navires de déminage existant sont dépendants d'un autre navire qui doit être présent sur zone pour les protéger des frappes aériennes).

Un projet européen. Cette livraison est importante ; l'Union européenne lance en effet, le 10 novembre, un projet européen de déminage des mers les plus contaminées (Baltique, surtout, Manche et Méditérannée également) auquel devraient participer les pays riverains (Suède, Pays-Bas, Italie notamment).

Selon les estimations, plusieurs dizaines de milliers de mines, déposées au cours des guerres mondiales, sont encore au fond de la mer Baltique.
Des mines qui peuvent causer une menace et des dégâts à la pêche ou le travail sous-marin, notamment comme le projet de gazoduc à travers la mer Baltique.

Photo: Ministère de la défense Suédois - Peter Nilsson/Kockums
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Armées européennes
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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 23:29
La grande carte du Congo occupe toute la table de la salle de réunion de cette mission diplomatique européenne à Bruxelles, dans la zone réservée aux diplomates "secret défense". Elle a servi il y a peu. Et apparemment, on s'est bien gardé de la replier sachant qu'elle pourrait resservir encore. A juste titre... Car si le point "RD Congo" ne figure pas à l'ordre du jour de la réunion des Ministres des Affaires étrangères et de la Défense, du 10 novembre, il pourrait y ressurgir très vite - vu l'évolution de la situation sur le terrain.

De nouvelles exactions. Selon radio Okapi (une radio soutenue par la Monuc et les coopérations européennes), "environ 5 000 familles de la cité de Kiwanja, relevant de Rutshuru-Centre, à 75 kilomètres au nord de Goma, ont trouvé refuge autour du camp des casques bleus de la Monuc". D’après certaines personnes sur place, elles fuient des exactions des hommes du CNDP en représailles à l’attaque des combattants Maï-Maï. Plusieurs jeunes auraient été tués. (*). Selon l'organisation Human Rights watch, les forces du rebelle congolais Nkunda (CNDP- aux milices pro-gouvernementales Maï-Maï les 4 et 5 novembre à Kiwanja, tuant un certain nombre de civils pris au piège dans la zone de conflit. Il a intimé l'ordre aux quelques de 30000 habitants à quitter la ville et a ensuite systématiquement recherché et tué des civils, en particulier les hommes, qu'ils accusaient de soutenir leurs ennemis. Des témoins oculaires ont dit à HRW,qu'à Kiwanja au moins 20 personnes ont été tuées et 33 autres blessés au cours d'une bataille pour la ville et dans les opérations de nettoyage par les forces de Nkunda qui ont suivi. Les deux parties ont commis des crimes de guerre dans les combats autour de Kiwanja et la ville voisine de Rutshuru. (NB : à lire, et écouter, le témoignage édifiant de Radio France internationale)
 
L'appel des ONGs. "Les Casques bleus de l'ONU dans l'est du Congo sont tout simplement incapables de protéger les civils qui sont délibérément attaqués», estime Anneke Van Woudenberg, chercheur Afrique de Human Rights Watch. "Les gouvernements concernés devraient répondre immédiatement à l'ONU appel urgent à envoyer davantage de soldats de la paix pour protéger les civils, qui ont déjà souffert gravement." A Bruxelles, ce 6 novembre, trois organisations de défense des droits de l'homme - Oxfam, Human rights watch et International crisis group (ICG) - ont ainsi lancé un nouvel appel à l'Union européenne, pour qu'elle s'impplique davantage dans la résolution de la crise au Nord-Kivu, en renforçant la MONUC (Mission de l’ONU en République démocratique du Congo). «Davantage de troupes doivent être déployées le plus vite possible» avait déjà dit, le 3 novembre, Juliette Prodhan, responsable d’Oxfam au Congo. Et « L’Union Européenne est bien placée pour fournir rapidement des troupes supplémentaires ».
Selon Oxfam, cette mission devrait faciliter la création d’un environnement sûr où les populations seront à l’abri des attaques, et permettre aux agences humanitaires d’acheminer de l’aide à ces personnes qui en ont tellement besoin.

Appel qui n'est pas sans contradiction. Cet appel est louable si les ONGs n'avaient pas leurs propres contradictoires. Un responsable d'ICG a ainsi eu cette remarque subtile  : il faudrait que ces troupes ne comprennent pas de Français. Du fait de leurs relations mauvaises avec les Rwandais. Ce qui est effectivement "beau" sur le papier est totalement irréaliste au niveau politique. Les Français étant les principaux partisans d'intervenir au Congo - et les seuls avec les Belges à bien connaître le secteur - cela revient à nier toute faculté d'intervention.

Photo : Monuc/Marie Frechon

(*) Mis à jour le 7 novembre. Le journaliste de la radio communautaire Ushirika, donné pour mort durant les affrontements a été retrouvé vivant le 7 novembre
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Afrique - Congo
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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 18:42
(nb : une erreur de mise en ligne s'est produite, voici l'article complet) "L'échec annoncé de la réforme du secteur de sécurité (RSS) au Congo", c'est l'analyse de Sébastien Melmot, qui vient de rédiger une note publiée à l'Ifri - l'institut français des relations extérieures. Ce haut fonctionnaire spécialiste des questions de gouvernance sécuritaire dans les zones de conflits met en avant "les ambiguïtés, les limites et les contradictions" de la RSS au Congo. Cette politique qui "fait désormais partie du «kit de paix» au même titre que la transition sous contrôle international, les élections, l'élarabotion d'une nouvelle constitution ou la conférence des donateurs" est restée une "politique importée qui rencontre une forte résistance et subit la contrainte des enjeux de pouvoir à la fois nationaux et internationaux".

1er leçon : une politique importée et non appropriée.

Un manque de volonté du pouvoir. Il y a "une absence d'impulsion, de coordination et de vision des autorités nationales en matière de politique de sécurité". La RSS congolaise est incomplète et déséquilibrée. Deux services de sécurité importants – les renseignements civils et militaires et les services chargés du contrôle des frontières – sont hors de son champ. Le secteur de la défense n'a toujours pas de cadre de concertation entre les bailleurs et les autorités nationales. Le nouveau cadre législatif du secteur de la sécurité est à l'état d'ébauche.

Plutôt équiper que réformer. De façon générale, "les autorités congolaises ont adopté une attitude d'évitement vis-à-vis de la demande de RSS". Tout simplement car le Congo "préfère se doter d'équipements et d'une force armée plutôt que de la réformer". Ainsi, 2007 a "été une année blanche dans la réforme de la RSS, les dirigeants congolais préférant consacrer leurs efforts à intervenir contre la milice de Jean-Pierre Bemba en mars, ou mener une campagne militaire au nord-Kivu, de septembre à décembre."

Les résistances internes. La réforme de la chaîne de paiements - séparation entre la chaîne de commandement et les responsables financiers des régimes - a été "mal vécue par une hiérarchie militaire habituée à s'immiscer de façon intéressée dans les budgets de fonctionnement".

Le trompe l'oeil financier. De même, "la dissimulation des effectifs militaires (les chiffres oscillent entre 120 et 175 000) et du budget réels de la Défense, dont les opérations s’effectuent pour une large part hors procédure budgétaire ordinaire, ne facilite pas un débat technique et sincère sur un aspect central mais non-dit de la RSS au Congo : le financement du secteur de la sécurité à un niveau adéquat."

2e leçon : un engagement limité de la communauté internationale

Le sous financement par crainte de corruption. "Les pays donateurs ont été incapables de mobiliser les sommes nécessaires pour financer la réforme. Et ils restent opposés à l'aide budgétaire en raison du mauvais état du système financier congolais". De la corruption ambiante en quelque sorte : "Le Trésor public est à la fois poreux et exsanghe".

La réintégration des milices sans contrôle. L'intégration dans la police et dans l'armée de chefs de milices ainsi que d'une partie de leurs troupes n'a pas été assortie de "vérification de leur passé criminel et de "vetting" (interdiction d'exercice en fonction des agissements antérieurs). Témoin: "le comportement actuel des forces armées sur le théâtre d’opération du Nord Kivu. A Nyanzale, zone sous contrôle gouvernemental, les violences sexuelles sont évaluées à environ 600 cas par mois et la « criminalité en kaki » se développe à Goma".

3e leçon : la concurrence des organismes internationaux et le double jeu des Etats

Mais "l'absence de coordination qui règne au sein du gouvernement congolais contraste à peine avec le
semblant de coordination qui est de mise au sein de la communauté internationale, toujours prompte à demander aux autorités nationales ce qu'elle n'est pas capable de faire elle-même
".

il existe une "forte concurrence entre donateurs et institutions internationales" dont l'un des enjeux principaux est "d'exercer un pouvoir d’influence sur les autorités congolaises, voire directement sur leurs forces de sécurité. L’ONU et l’UE sont dans une situation d’émulation pour jouer le rôle de leader en matière de RSS", entre les missions EUPOL – Kinshasa et EUSEC RD Congo, d'un coté, et la MONUC, de l'autre. La "question du leadership international n'a jamais été tranchée". "Pour l'ONU, il en va de la justification d'une partie de son mandat de maintien de la paix tandis que, pour l'UE, il en va de l'affirmation et de la consolidation de la Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD), sachant que plusieurs Etats membres estiment avoir un rôle à jouer en Afrique et en matière de sécurité. Cette émulation concurrentielle entre l'UE et l’ONU se traduit par une "absence de coordination sincère et crée un appel d’air pour des « cavaliers solitaires », à la recherche d’un pouvoir d’influence à Kinshasa et/ou dans des forums internationaux".

Les jeux personnels de plusieurs pays. "L’Angola, l’Afrique du Sud et, dans une moindre mesure et plus récemment, la Chine et les Etats-Unis mènent leur propre coopération militaire en dehors de tout cadre de référence collectif et de manière opaque". "Ces coopérations bilatérales ne s’intègrent pas dans la logique d'un appui collectif et coordonné à la RSS mais relèvent plutôt de la coopération militaire classique". Une coopération "recherchée par le gouvernement congolais qui, dès le début de 2007, a indiqué clairement sa préférence pour le bilatéralisme plutôt que le multilatéralisme dans le secteur de la sécurité". Ainsi la Chine a livré plusieurs équipements militaires. Tandis que les Etats-Unis ont proposé de former des éléments de la force de réaction rapide du Ministère de la défense. A signaler également le Japon qui soutient la création d'une police des frontières congolaises en finançant un projet de l'Organisation Internationale des Migrations.

La tentation du "cavalier seul" n'épargne pas les Européens. Ainsi, "tout en participant à EUPOL-Kinshasa et EUSEC RD Congo, plusieurs pays européens maintiennent une coopération bilatérale volontariste (la Belgique dans le domaine de la défense ou la France dans le domaine de la police) ou développent une coopération trilatérale (pour le plus grand bénéfice de l'Afrique du Sud). Les Pays-Bas, par exemple, appuient les initiatives de l'Afrique du Sud en RDC dans le domaine militaire tandis que la Grande-Bretagne appuie les initiatives du même pays dans le domaine policier".

(IFRI, Focus stratégique, n°9, septembre 2008) Pour télécharger le rapport.
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Afrique - Congo
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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 17:48
Intervenant aux « Security & Defence Days 08 », le 4 novembre à Bruxelles - une conférence organisée par plusieurs thinks tanks et consultants européens (CEIS, SecurityDefenceAgenda, Fondation Robert Schuman), le lieutenant-général américain Karl Eikenberry, chef adjoint du comité militaire de l’Otan, a pointé du doigt les lacunes européennes dans trois domaines : l’équipement, les opérations et l’engagement politique ou idéologique (Nb : un résumé de cet article est paru dans Europolitique).

Les faiblesses de la PESD...

Bien qu’exprimé « à titre personnel », ce constat direct, reprend - on s'en doute - une partie de la perception qui prédomine à l'Otan - ou au moins dans une partie de l'armée américaine - sur la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Et il mérite d'être écouté. Car tout ce qui est décrit est sans doute une "part" de la réalité".

Des lacunes d'équipement. « Les forces européennes ont tendance à faire cavalier seuls. Il y a des redondances, des problèmes quantitatifs mais aussi qualitatifs » a-t-il relevé. J'en ai été témoin en Afghanistan. Et de citer. « L’Europe consacre 55% à sa masse salariale contre 20% aux Usa, 19% aux acquisitions contre 29% aux Usa, 100 000 euros par soldat et seulement en Europe deux pays dépassent les 30 000 euros, la plupart sont au-dessous de 20 000. Lors du sommet Helsinki, une cinquantaine d’objectifs de capacité avaient été fixés, 12 seulement ont été réalisés. Il y a un nombre de handicaps de capacités (dans des domaines importants) : les hélicoptères, les renseignements, le ravitaillement.

Des capacités opérationnelles bien modestes. Au niveau opérationnel, si la PESD a « réalisé 20 opérations », celles-ci restent modestes. « Seules 5 comptaient plus de 100 soldats ». « La génération de force reste un exercice difficile, compliqué par des effets pervers du système de financement qui fait que l’Etat qui s’engage, supporte davantage l’opération ». Enfin, il a mis en doute la capacité de l’UE à avoir une « capacité d’intervention dans une zone complexe ». l'UE se vante d’avoir « une approche globale de l'UE vantée. (Mais elle) n’a pas su jusqu’ici développer une force expéditionnaire civile ».

L'Europe un ventre mou de la sécurité ? Allant plus loin, le général s'est ensuite interrogé sur l'engagement idéologique de l'Europe : « La réussite économique en Europe n’a-t-elle pas eu raison de son effort collectif pour considérer une attaque contre une partie de l’Europe est une attaque contre soi-même ? N’a-t-on pas trop désarmé après la guerre froide ? » Après une telle offensive, le général s’est voulu rassurant. « Si je devais faire une critique de l’Otan, j‘évoquerai les mêmes problèmes (de capacités), les mêmes défis. Les problèmes de l’UE sont ceux de l’Otan ».

Mais quand même, un soldat Ue est aussi bon qu'un soldat Us. Après ce véritable tir sur la PESD, le général s'est rattrapé... tressant des louanges aux troupes européennes (Eikenberry était commandant des forces conjointes en Afghanistan) : « j'y ai vu le meilleur, des forces engagées, défendant des idéaux élevés, des partenaires remarquables, courageux, à hauteur de tout ce qu’un soldat Us attend »...

Une relation se batit sur la confiance d'abord, répond Alliot Marie

Des répartitions de compétence possibles. La réponse européenne, par le biais de la Ministre français de l’Intérieur, Michele Alliot-Marie n'a pas tardé. Sachant de quoi elle parle, MAM est ancienne ministre de la Défense (sous Jacques Chirac) a répliqué tout aussi directement  : «Le lien transatlantique oui il doit exister. Mais cela doit se faire dans des relations de confiance, il y a certains pays qui croient encore qu’avoir une Europe de la défense c’est minimiser l’Otan». Je suis convaincu qu'il y a « des répartitions de compétence possibles. Dans certains types de conflits, seule la puissance de l’Otan qui ne peut qu’intervenir. Dans d’autres, l’UE a des instruments que n’a pas l’Otan. Quand ce sera clair sur cela, ce sera plus facile».

Un partage des menaces implique un partage des réponses et une analyse idéologique commune. Et la Ministre d'ajouter : «L'Atlantique n’est pas une frontière pour la criminalité. Nous partageons les mêmes risques, les mêmes menaces. Nous devons partager davantage – des réponses techniques (services de renseignements coopèrent beaucoup) mais aussi des réponses idéologiques. Jusqu’à quel degré de sécurité, nos populations sont-elles prêtes à renoncer dans l’exercice de leurs libertés économiques et des libertés. Il y a un dialogue sur certaines questions qui doit être posée. Nous avons en commun de partager des valeurs, comme les libertés, le respect des hommes et femmes. Ce qui nous unit va au-delà de toutes les différences. »
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Défense UE (droit doctrine politique)
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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 14:10
Conçus en 2004, après l’opération Artémis (au Congo), sur une initiative franco-britannique-allemande, les groupements tactiques 1500 (plus souvent dénommés Battlegroups) sont la « force légère de réaction rapide » de l’UE. Forts d’au moins 1500 hommes, disposant d’appuis tactique et logistique (transport aérien…) pour être autonomes, ils doivent arriver sur le terrain au plus tard 15 jours après l’approbation du concept de gestion de crise (CMC). Ils peuvent assurer leur mission durant un à quatre mois.

Deux groupements GT1500 sont de permanence chaque semestre. Au deuxième semestre 2008, un groupe dirigé par l’Allemagne (+ France, Espagne, Belgique et Luxembourg, cinq pays qui forment l’Eurocorps), et un autre par le Royaume-Uni sont de permanence. Au premier semestre 2009, deux groupes méditerranéen sont présents : le premier dirigé par l’Italie (+ Espagne, Portugal, Grèce) ; le deuxième par la Grèce (+ Bulgarie, Chypre, Roumanie).

Au deuxième semestre 2008

Le Battlegroup au coeur allemand. Le Battlegroup "franco-allemand" comprend environ 2300 hommes - 1600 Allemands, 400 Français et 250 Belges, 40 Espagnols et 20 Luxembourgeois - commandé par le chef de la Brigade franco-allemande, le général allemand Andreas Berg. Le coeur du Battlegroup est formé de plusieurs compagnies du bataillon de chasseurs de la Bundeswehr (JgBtl292), qui intègre également une compagnie du 110e régiment français d'infanterie. S'y ajoutent des éléments du bataillon de commandement et de soutien (BCS - unité mixte franco-allemande), du bataillon d'artillerie blindée 295 (PzArtBtl295) ainsi que du génie 550 (PzPiKp550) renforcés d'éléments belges, du 3e Régiment français de Hussards "Esterhazy" (*), chargé de l'éclairage. La composante médicale du Battlegroup (Medevac) est fournie par les Belges, avec un détachement de quatre hélicoptères Agusta.

Le Battlegroup britannique est formé à partir de deux bataillons :
• Le 2e RRF (2e bataillon du Royal Regiment of Fusiliers) était de permanence du 1er juillet au 1er octobre. Jusqu'à récemment, ce bataillon était basé à Chypre et servait de bataillon de réserve en Irak et en Afghanistan. En 2007, il a été déployé en Afghanistan par deux fois, la première avec deux compagnies, la deuxième avec une compagnie.
• C'est le 4 RIFLES (4e Bataillon "The Rifles") qui est de permanence, du 1er octobre au 31 décembre 2008. Le 4e Rifles est basé à Bulford. Et son précédent engagement opérationnel a été en Irak (en 2007).
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans La PeSDC: comment çà marche
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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 20:45
Aujourd'hui quelques minutes après 15h, l'ambassadeur russe auprès de l'Union européenne, Vladimir Tchijov et le Haut représentant de l'UE pour la Politique étrangère et de sécurité commune, Javier Solana, ont signé l'accord sur la participation de la Russie à l'opération militaire de l'Union au Tchad et en Centrafrique.

Les Russes enverront quatre hélicoptères de transport Mi-8MT, munis d'armements et de munitions nécessaires, pour 12 mois au maximum. Les hélicoptères pourraient ainsi passer de l'Eufor sous mandat de l'Onu.

"Le premier hélicoptère devrait arriver (sans doute au Cameroun) à bord d'un Rouslan (cargo géant russe) le 14 novembre"
m'ont indiqué mes collègues russes. Les autres suivront dans les jours suivants. Le contingent russe sera basé à Abêché.

"C'est notre première expérience de coopération avec l'UE dans une opération militaire de l'UE" a précisé le diplomate. Peut-être pas la dernière ? aurait-il pu ajouter. 

(Photo : Conseil de l'UE)
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Afrique - Tchad Soudan
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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 21:00
Le ministre de la Défense, Nikolaï Tsonev a réceptionné, le 3 novembre, les 52 véhicules « Hummer », don des Etats-Unis aux armées de terre bulgares. Estimé à 16 millions de dollars, ce don est une récompense pour l'engagement bulgare en Irak et en Afghanistan aux côtés des Américains. Il provient en effet du Fond de solidarité du gouvernement américain.

Quelques uns de ses véhicules vont être déployés immédiatement en Géorgie, dans la mission des observateurs de l'Union européenne (EUMM), où servent actuellement cinq Bulgares.
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Armées européennes
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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 18:25
Le général Leakey, planchant devant la sous-commission défense du Parlement européen, le 3 novembre, a aussi évoqué l’éventualité d’une intervention militaire au Congo, davantage d’ailleurs pour en réfuter l’utilité que pour la justifier. « C’est uniquement une question de jugement et de volonté politique». Et de décrire tous les motifs qui ont pesé pour ne pas intervenir.

Des raisons internes aux Européens

1° Le peu d’enthousiasme des Européens. « Nous on fait notre travail : on a demandé qui souhaite y aller, certains souhaitent, d’autres pas du tout. Mais il n’y a pas eu beaucoup de manifestations d’intérêt, il faut donc faire preuve de réalisme. » Mais a-t-expliqué, « on ne m’a pas donné l’ordre de faire quelque chose ».

2° La difficulté d'intervention.
Comment intervenir « sans avoir un aéroport à proximité ». « Faire entrer une force dans la région suppose d’avoir un aéroport sur place, utilisable. Si on ne peut pas utiliser l’aéroport de Goma (qui ne peut recevoir d'ailleurs que des petits porteurs, pas des Antonov apparemment), il faut utiliser Kinshasa. Mais c’est trop loin». Cela supposerait avoir des hélicoptères et véhicules. Ce serait long et cher. Nous aurions des troupes au compte-goutte. Ce serait un gazoduc militaire. » (NB : utiliser Kigali au Rwanda ou Entebbe en Ouganda n'était pas possible pour des raisons politiques). «Et ensuite il fallait garder l'aéroport, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Avec 400 hommes, était-ce suffisant ». On le voit les questions opérationnelles paraissaient insurmontables pour une action rapide, avec un faible volant d'hommes.

L'évolution de la situation sur le terrain

3° La Monuc suffisante. «Au Congo, il y a 17 000 hommes de la Monuc, pas toutes dans l’Est. Et les Nations-Unies ont pu accompagner, ces jours-ci, sans danger, des convois humanitaires, vers Goma. C’est apparemment un bon signe, la Monuc se redéploie et répond aux besoins les plus urgents, les besoins humanitaires».

4° Les pressions diplomatiques, Nkenda sous influence est maîtrisable. «Le chef du mouvement rebelle congolais, Nkenda n’a pas pris Goma, alors que c’était possible s’il le voulait ;  les troupes gouvernementales s’étant enfuies. Ce qui me fait dire que Nkenda est influencé, peut être même contrôlé par d’autres forces de la région. Cela donne un signe pour la paix, pour la reprise du dialogue politique. S’il y a un accord politique, il faudra alors se poser la question de savoir si une nouvelle force est nécessaire. Si la politique reprend ses droits, on se retrouverait dans la situation des 4 mois, on serait dans la même position, avec la MONUC qui retrouverait son rôle».

5° La réalité du terrain. Aujourd'hui « il n’y a pas de combats mais des conséquences des combats. »

Commentaire : Finalement la voie diplomatique et politique semble avoir payer - au moins temporairement. On pourrait dire heureusement. Car à lire ce commentaire détaillé, pourquoi il était urgent d'attendre, on peut que se poser des questions sur l'utilité du concept de battlegroups, tel qu'il existe actuellement. J'y reviendrai.
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Afrique - Congo
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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 17:25
Venu rendre compte devant la sous-commission défense du Parlement européen, le général David Leakey, chef de l’Etat major de l’Union européenne, a usé de tout son sens politique, pour répondre aussi franchement que possible tout en restant diplomatiquement correct. Mais – et c’est tout le talent de ce général britannique – à travers les incises de son raisonnement, on peut découvrir certains « éléments de langage » plus directs. Quand il a tracé les défis auxquels avait été - ou est encore confronté - l'opération militaire de
l'Union européenne au Tchad et république Centrafricaine, Eufor Tchad RCA.

Eufor Tchad : un succès opérationnel

Dans un milieu hostile. Le général a mis en avant la réussite de l’opération, particulièrement d’un point de vue de l’intégration de troupes venus de divers horizons de l'UE. Ce qui n'était pas évident pour une telle mission en Afrique. « Au début de cette opération, le pessimisme régnait. On croyait ne pas pouvoir déployer ces forces dans l’environnement le plus hostile du monde, à des milliers de kilomètres des ports et aéroports. Les sceptiques se retrouvaient même au sein même des plus grands contingents qui craignaient de devoir soutenir les petits Etats membres qui n’avaient pas leur expérience, comme eux, de l’Afrique (le général ne cite pas les Français mais il y pense très fort…) ». Mais le résultat a été bon.

Equipement adéquat et troupes aguerries. « Le Général Ganascia (commandant de la force sur le terrain) m’a dit lui même être très surpris des capacités déployées par les contingents polonais, irlandais, suédois par exemple… qui sont arrivés avec les équipements qui convenaient idéalement au terrain ». Elément supplémentaire «les soldats sont arrivés avec un état d’esprit positif. Ils n’ont pas été épouvantés de la situation. Alors que le contexte est réellement difficile, hostile. Car sur place, il n’y a rien, rigoureusement rien, même l’approvisionnement en eau pose un problème». Conclusion : « cela traduit l’évolution des armées de plusieurs Etats membres, qui sont passés d’une défense territoriale à une défense qui se projette ».

Les principaux défis  pour l’avenir

1° Rebelles et armée gouvernementale se préparent à la confrontation. La situation reste « calme dans toutes les régions où agit l’opération ». Mais le général est bien conscient que la climatologie joue son rôle. « La saison des pluies s’est prolongée. Les pistes qui devaient avoir retrouvé leur état sont encore difficilement trafiquables (dans le sud surtout)». La situation devrait changer d'ici 2 ou 3 semaines. «Et qui dit facilité de circulation, dit menace de confrontation. » La situation est complexe. Il n’y a pas qu’une lutte frontale entre rebelles contre forces gouvernementales. « Il y a aussi des rivalités, pas vraiment ethniques, mais aussi de compétences territoriales. » Concernant plus particulièrement les rebelles, il est difficile « d’affirmer qu'ils se sont réarmés. Il faut maintenant savoir quand ils vont attaquer et avec quelle détermination, et aussi avec quelles ambitions. Les attaques précédentes ont été repoussées ».
La confrontation est proche. En tout cas, l’armée gouvernementale s’est préparée et renforcée. « Le président (tchadien) Deby s’est réarmé. Il est plus fort et a déployé plus de forces que d’habitude dans l’Est. Et on peut dire qu’il attend des incursions de rebelles. Il dispose désormais d’un potentiel (notable) : des bombardiers d’origine russe, des hélicoptères de combat. On sait que ce sont des capacités décisives en cas d’attaque.

2° La sécurité de la population et des humanitaires. Cela demeure encore un problème. Le général Leakey le reconnaît à mi-mot. Dépendant des forces de sécurité tchadiennes, le bilan est « assez mitigé ». « Les forces tchadiennes préfèrent combattre les rebelles que lutter contre l’insécurité » remarque-t-il. Ensuite, « certaines milices, aux côtés des armées, se sont mal comportées, la fidélité de ces milices est très fluctuante ». Les gens n’ont donc pas confiance en l’Etat. Mais le général européen se veut néanmoins optimiste grâce au déploiement du DIS – le détachement intégré de sécurité – un corps de policiers et de gendarmes tchadiens formés par l’Onu. « 800 personnes du DIS ont été formés, dont une partie se déploie dans les camp de réfugiés et déplacés. Et 400 sont en formation. C’est un progrès, un jalon essentiel dans la sécurité. Et j’espère qu’avec ce déploiement, de personnes formés et sous autorité Minurcat, cela va s’améliorer».

3° Le retour des personnes déplacées. Un grand nombre de villageois sont revenus dans leur village, avec pour objectif de moissonner. Mais il faut voir maintenant si ces personnes déplacées vont rester ». « Je pense qu’ils ne seront pas très nombreux à rester sur place » ajoute le général. Cela ne tient pas seulement aux conditions de vie, « un peu meilleures dans les camps de déplacés mais qui restent tout de même rudimentaires (…) cela tient aussi aussi aux conditions de sécurité ». Au passage, le général note une nette différence entre les camps réfugiés très structurés et les camps de déplacés qui le sont un peu moins ; une volonté claire pour les humanitaires qui souhaitent que les déplacés rentrent chez eux. Mais sans exercer trop de pression.

4° Une transition douce entre l'EUFOR et l’Onu. Une équipe d’experts européens de la logistique et financiers travaillent en ce moment à New-York, « sur les modalités de la transition, ainsi que sur les aspects financiers» (NB : le mandat d'Eufor va jusqu'en mars 2009). Un rapport du Secrétaire général de l’ONU sur le suivi est attendu. A l’étude également, la «phase critique» opérationnelle, c'est-à-dire la transition « sans heurt » entre l’EUFOR et l’ONU. Les Nations-Unies espèrent qu’elle sera « souple ». C’est-à-dire que la plupart des Etats membres qui participent actuellement pourront rester sous mandat de l’ONU et faire passer leurs troupes comme les Casques bleus.

Le vœu du général.

Si j’avais un vœu, un seul : ce seraient des hélicoptères (sur les hélicoptères russes, voir ici). Car cela permet de mieux utiliser les moyens. Si j’avais droit à deux vœux : ce serait un bataillon en plus.

Photo © NGV
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Afrique - Tchad Soudan
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.