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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 23:34
Une cinquantaine de nouveaux magistrats et policiers viennent d'arriver au Kosovo dans le cadre de la mission "Etat de droit" d'Eulex. Ils devraient être rejoint par près d'une centaine de personnes par semaine, indique un porte-parole de la mission à Pristina. Ce qui devrait d'atteindre la pleine opérationnalité en novembre-décembre. En outre, après l'accord technique signé avec les Nations-Unies (qui permet de reprendre les véhicules et batiments), Eulex a signé il y a quelques jours (le 10 septembre) un accord avec les procureurs et procureurs locaux qui fixe les modalités de la coopération. Il s'agit pour les équipes mixtes d'investigation et d'action judiciaire de mener le travail en commun. Il s'agit aussi pour Eulex de pouvoir intervenir, de façon plus importante dans certaines procédures sensibles (corruption...).
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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 13:00
Francesc Vendrell a fait, récemment, ses adieux à la presse internationale de Bruxelles. Envoyé spécial de l'Union européenne en Afghanistan, c'est un fin spécialiste du pays qui quitte son poste. Il y était depuis 2000, au titre de l'Onu d'abord, puis de l'Union européenne ensuite (à partir de 2002). C'est aussi un homme qui ne mâche pas ses mots et incite à revoir de fond en comble la stratégie menée par les Occidentaux en Afghanistan mais garde tout de même une part d'optimisme, lucide.

La situation n’est pas bonne.
La situation est mauvaise depuis les dernières 3 années dans le sud. Dans d’autres zones, c’est moins clair. Mais cela ne veut pas dire qu'il faut perdre l’Afghanistan, le laisser tomber. Non. C’est une période difficile. On doit maintenir la présence en Afghanistan, une présence aussi militaire. Mais il faut comprendre qu'il n’y aura pas une solution militaire, il faudra une solution politique. On doit revoir notre stratégie.

Une stratégie globale.
Il faut une "approche plus générale". Il faut aussi couvrir les problèmes du Pakistan, où les problèmes sont similaires. Il faut agir sur les sanctuaires où se réfugient les talibans. Le Pakistan et l’armée semblent avoir perdu le contrôle de larges zones, le Fata (les Régions tribales), la province de la Frontière du Nord-Ouest, le Baloutchistan. On doit vraiment aider le Pakistan à mettre fin à sa paranoïa, à se croire pris en sandwich entre l’Inde et l’Afghanistan. Il faut aussi travailler avec l’inde, encourager le leadership indien, son gouvernement à montrer plus de flexibilité sur le Cachemire. Il existe un lien - pas complet -, mais un lien tout de même entre le Cachemire et l’Afghanistan. Enfin, l'Iran joue un rôle, et on a véritablement besoin de son aide. Nous devons lui donner un rôle original.

Diminuer l'aide militaire non, mais augmenter l'aide civile oui.
Je ne suis pas d’accord pour diminuer notre aide militaire. Mais je suis d’accord pour avoir une augmentation de l'aide civile. Il faut souligner qu'en 2002-2004, on n'avait presque rien fait pour éviter la résurgence des Talibans. Les Américains avaient seulement une petite force dans le sud du pays. Et ils les ont utilisé pour gouverner l’Uruzgan. Résultat une augmentation de la drogue et mauvaise gouvernance. Pour moi c’est donc évident qu’on en soit arrivé à cette situation. Au niveau strictement militaire, je ne vois aucune chance d'une victoire des talibans, ils ne peuvent atteindre Kaboul et ne tiennent pas les principales villes. Mais la situation politique comme militaire est très mauvaise. Et l’un tient l’autre. Car la population peut être désillusionnée sur la capacité de son gouvernement à tenir ce qu’ils espèrent, la paix, le développement économique, en particulier. Vous ne pouvez pas sauver l’un sans l’autre.

Eupol, la mission de police européenne, une des choses les plus difficiles.
La mission "Eupol" est une opération autonome. Mais rétablir une police, efficace, démocratique, c’est une des choses les plus difficiles, avec le judiciaire, à réaliser dans une zone de conflit. Il faut un engagement à long terme. Nous espérons franchement des changements. Tout seuls nous ne pouvons pas changer.

L'Otan doit revoir ses règles d'engagement : bombarder les civils, c'est une "erreur grave de stratégie"
Ce serait très bien si l’Otan changeait son approche, ses règles d’engagement, notamment vis-à-vis des civils. (Le président afghan) Karzai a raison de vouloir signer un accord Sofa (fixant le statut des troupes - jusqu'ici l'Afghanistan n'en avait pas). Cet accord devrait contenir certaines clauses qui clarifient les bombardements sur l'Afghanistan. Les attaques contre civils doivent être strictement limitées par le Sofa. C’est une erreur des militaires, de tous les militaires, c’est improductif. C’est une erreur grave de stratégie. Parfois il vaut mieux laisser 4 talibans, vivants, quitter un village que faire plusieurs dizaines de morts civils.

Vous pouvez aussi écouter Francesc Vendrell lors de son passage à la BBC pour l'émission HardTalk de la BBC.
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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 23:03
Eumm Georgie est en cours de déploiement. Quelques jours à peine après la décision des 27 ministres des affaires étrangères, ses responsables ont pris leurs quartiers à Tbilissi, la capitale géorgienne, sur les hauteurs dans une ancienne datcha de... Béria (qui a servi depuis de résidence officielle pour le gouvernement géorgien vis-à-vis de ses hotes de marque).

Une mission de 340 personnes
Le nombre d'observateurs a été augmenté à 250, la mission comptant au total 340 personnes (Etat-major, soutien, personnel locaux). Tout le monde devrait être là d'ici la fin de la semaine. Pour une fois, il n'a pas été difficile de convaincre les Etats membres de fournir des hommes, au contraire tous voulaient participer (voir article précédent). Ce lundi, le chef de mission, Hansjörg Haber, a rencontré le vice-ministre géorgien des Affaires étrangères, Giorgi Bokeria. Un accord fixant le statut de la mission (Soma) devrait être signé prochainement.

Détail des effectifs
22 Etats membres devraient ainsi participer. Voici les derniers chiffres (obtenus du terrain et recoupés avec certaines capitales, mais cela peut encore varier) :
43 Français (31 gendarmes mobiles venant de plusieurs escadrons + 5 chefs de groupe + 7 à l'Etat-major)
25 Allemands (dans un premier temps sur une offre de 40, décision du cabinet fédéral le 24.09)
35-40 Italiens (carabinieri, décision du Conseil des ministres le 19.09)
26 Polonais (policiers et militaires)
25 Suédois (civils de la Folke Bernadotte Academy, spécialistes du Swedish Rescue Services Agency et 6 policiers du National Police Board, lire le témoignage de Ann-Christine Ollson qui vient de partir là-bas).
20 Roumains
16 Britanniques
12 Néerlandais (3 militaires de la Maréchaussee (= gendarmerie) et 9 civils)
10 Bulgares (venant du Ministère de la défense et du Ministère de l'intérieur)
10 Grecs (2 officiers d'Etat-major et 8 officiers des trois armes, en civil, sans armes, + deux véhicules type Hummer)
10 Espagnols (Guardia Civil)
10 Finlandais
10 Danois
9 Estoniens
5 Tchèques
5 Lituaniens
4 Autrichiens (3 policiers et 1 expert des droits de l'homme - annonce du ministre des affaires étrangères)
4 Irlandais
3 Hongrois
3 Lettons (ministères de la Défense, Intérieur et Affaires étrangères - décision du cabinet du Premier ministre du 16.09)
2 Luxembourgeois (2 policiers + une aide logistique de transport via Cargolux)
2 Maltais (militaires de la compagnie C - force de réaction rapide)
Nb : certains effectifs prennent en compte uniquement les observateurs, d'autres les personnels à l'Etat-Major. Dès que j'aurai plus de précision, je le mentionnerai.

On recrute encore
L'Union européenne a, par ailleurs publié un nouvel appel à recrutement pour pourvoir les postes non remplis ou d'autres postes : responsable de marchés publics, finances, juridique, soutien général, transport, conseiller médical, officiers de sécurité, de transport, etc... (fiches de postes à télécharger ici). Date limite : 26 septembre 17h00. Autres renseignements ici

(Crédit Photo. 1 :Sirpa gendarmerie – ADC BALSAMO - 2 : police suédoise, Ann-Christine Ollson)
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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 22:55
Dans trois pays qu'on peut qualifier d'atlantistes, la population ne croit plus aux vertus de la guerre menée en Afghanistan par les forces de la coalition IFAS. Elle a perdu confiance.

Ainsi, en Pologne, 74% des Polonais désapprouvent l'action militaire polonaise en Afghanistan, 21% seulement sont pour (5% n'ont pas d'opinion). 60% craignent que cette mission cause des attaques terroristes, 33% ne lecraignent pas (7% sans opinion). 19% pensent que l'opération en Afghanistan sera un succès, en approtant de la paix dans le pays, 65% en doutent (16% ne le savent pas). Un sondage fait par CBOS sur 1070 adultes du 5 au 9 septembre.

Aux Etats-Unis, ce n'est pas mieux. 54% n'ont pas confiance que les efforts américains en Afghanistan seront couronnés de sucès, tandis que 17% demeurent confiants (26% sans avis). 37% estiment que la situation va s'aggraver et 35% disent qu'ils ne voient pas de changement. Tandis que seulement 11% estiment que cela peut s'améliorer. Un sondage réalisé par Harris sur 2710 adultes, entre le 11 et 17 août (et publié le 5 sept).

Enfin au Canada, seuls 41% approuvent l'opération (14% fortement et 27% en partie) ; contre 56% qui la désapprouvent (34% fortement et 22% en partie), 3% ne savent pas. Seulement 28% des personnes interrogées pensent que la mission du Canada en Afghanistan sera un succès (34% en 2006), et 65% pense que ce ne sera pas un succès (58% en 2006). Un sondage réalisé par Environics poll sur 2505 personnes par téléphone pour la chaîne CBC, publié le 5 septembre.

A ce jour, selon le site iCasualties, depuis le début du conflit, les Américains ont perdu 602 hommes, les Canadiens 97, les Polonais 8.
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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 09:00
Peter Goossens est coordinateur du Programme alimentaire mondial (PAM) pour la Somalie.

Vous venez de rencontrer plusieurs responsables européens de la Commission, du Parlement à Bruxelles quel est votre message ?
Premièrement, nous faisons face à une extension de la crise alimentaire dans la Corne de l’Afrique. Nous avons de la nourriture pour les 3-4 mois. Mais ce qu’il faut préparer ce sont les mois suivants. Il nous faut donc 35 millions de $ par mois. Deuxièmement, vous pouvez nous donner tout l’argent et la nourriture nécessaire. Si je ne peux pas l'acheminer sur place, c’est perdu.

• Il vous faut donc une escorte maritime ?
Oui. Toute la nourriture vient de la mer. Il n’y a pas d’autre possibilité pour de telles quantités. Je peux trouver facilement les cinq à quinze bateaux nécessaires pour acheminer l’aide alimentaire nécessaire. Mais aucun armateur, aucun capitaine ne veut s’aventurer près des côtes somaliennes, où les pirates font la loi, sans de sérieuses garanties de sécurité. Donc sans une escorte militaire solide.

• Vous en avez une actuellement ?
Oui ce sont les Canadiens depuis la mi août. Mais leur mission s'arrête fin septembre. Et après je n'ai plus personne. Les Etats européens ont été parmi les plus actifs. C'est à l’initiative de la France que les escortes ont démarré, en octobre dernier. Les Danois les ont relayé ; puis les Néerlandais jusqu’à fin juin. Sérieusement j’espère qu’ils trouveront une solution.

• Personne ne s'est proposé ?
Non. Les Allemands ou les Espagnols, Italiens, Sud-Africains, Indiens y pensent, apparemment. Mais je n’ai reçu aucune offre précise et concrète. Et la fin septembre se rapproche. je dis donc que "c’est bien de penser à nous et de vouloir nous aider. Mais c’est mieux de passer à l’acte, de vraiment nous aider". Je sais que c’est difficile, que cela coûte aux Etats. Mais je sais aussi que c’est la seule solution.

• Vous n’avez pas des stocks suffisants sur place pour faire face ?
Pour quelques jours, oui. Mais si ca dure, non. Nous n’avons plus assez de nourriture sur place. Entre la mission des Danois et des Canadiens, nous avons eu six semaines d'intervalle, sans escorte. Nous avons pu trouver deux petits navires qui ont accepté de nous acheminer 9 000 tonnes. Mais ce n’était pas suffisant (et loin des 35 000 nécessaires par mois). Les stocks qui nous ont permis de tenir dans cet intervalle sont désormais presque épuisés. Et si un tel intervalle se renouvelle, nous n'avons pas vraiment moyen de faire face.

• La situation alimentaire en Somalie est si grave ?
Tout dépendra en fait des pluies de l’automne (en octobre – novembre). Combien de temps cette pluie va durer et combien d’eau va-t-elle amener ? Les pluies du printemps (avril – juin) n’ont en effet pas été suffisantes. Et la situation est mauvaise depuis trois années consécutives. Si cette pluie d’automne est mauvaise encore, on aura vraiment des problèmes. Si elle sera bonne ou tout simplement normale, on pourra stabiliser la situation.

• Sinon…
Ce sera la famine. Une famine comme on n’en a pas vu depuis 25 ans. On reverra les images des années 1980. Et on pourra compter les morts en milliers, voire plus. La crise est vraiment sérieuse. Il faut prendre la situation vraiment au sérieux. Et nous assurer cette escorte navale militaire dont nous avons besoin.

• Vous venez de rencontrer la nouvelle cellule de coordination "piraterie" pour la Somalie (Eu Navco). Qu’est-ce qu’il en ressort ?
Nous avons discuté en termes très opérationnels et concrets du type et du nombre de bateaux dont nous avions besoin, et des différentes modalités de protection. Par exemple, des patrouilles ou des escortes navales ...

• Entre les deux, vous préférez ?
Nous n’avons pas besoin de patrouilles mais surtout d’escortes (1). Nous voulons être sûr que nos bateaux arrivent. Et non d’une probabilité. Avec l’organisation et la vitesse d’intervention des pirates, le temps que le bateau patrouilleur arrive sur la zone, les pirates seront déjà passés à l’attaque. Seule l’escorte assure cette sécurité et une dissuasion suffisante. Sans elle, il n’y a aucune possibilité d’affréter des bateaux.

• N’y a-t-il pas une autre alternative aux bateaux des Etats, les sociétés privées ?
Si on ne trouve pas d’autre moyen, il faudra bien y réfléchir. Mais je préfère pas utiliser cette solution. Je ne suis pas sûr que ce soit la solution la plus efficace. Et aussi pour des questions plus éthiques, on ne sait pas vraiment ce que ces sociétés font en dehors. Et on ne préfère pas avoir affaire à eux.

• A plus long terme, quelle solution vous paraît envisageable envers les pirates ?
Je ne vois que deux solutions. Soit on attaque les bases terrestres des pirates (et tout le monde sait où elles sont). Soit on arrive à un accord global de paix en Somalie. Je ne sais pas ce qui est le plus difficile. (...) Si vous demandez mon avis personnel, je ne suis pas un expert militaire, mais l’attaque terrestre me paraît plus facile qu’un accord de paix !

• Cela nécessite un accord aux Nations-Unies ?
Oui. Car la résolution du Conseil de sécurité 1816 qui permet l’emploi de la force, permet une action maritime mais pas terrestre.

(1) Une patrouille évolue dans une zone plus ou moins large, aux fins de la sécuriser et se tient prêt à intervenir dans un délai plus ou moins variable (heures ou journées). Une escorte accompagne les bateaux à protéger (par air et/ou mer), voire en plaçant des commandos d’intervention à bord des navires et a donc un délai d’intervention très court.

(article paru dans Europolitique le 22 septembre)
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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 21:56
L'ancien chef d'Etat-Major de l'armée suisse, Christophe Keckeis, qui a quitté ses fonctions fin 2007, vient de jeter un pavé dans la mare de la politique de sécurité suisse. Ancien pilote (sur Mirage III au départ), il fonce en piqué sur la défense suisse, trop sûre et trop repliée sur elle-même. C'est dans l'Hebdo ce jeudi, un excellent article de Pierre-André Stauffer, où il précise que la défense suisse doit évoluer, arrêter de "vouloir faire tout elle-même" et se rapprocher nettement de l'Europe de défense.

Pour un accord bilatéral UE-Suisse sur la défense
«Alors que la Suisse conclut ou cherche à conclure des accords bilatéraux avec l’Union européenne sur à peu près tout, elle n’a pas le culot d’en négocier pour sa sécurité.». "Ce qui m'intéresse dans l'UE, c'est qu'elle a un concept de défense", explique Keckeis. La solution la plus simple pour la Suisse - continue-t-il - serait de trouver "une passerelle intelligente pour entrer à petits pas" dans cette Politique européenne de sécurité et de défense.
Ce qui n'est pas facile à faire, les partis politiques (UDC et socialiste) étant en chamaille, note le journaliste. Du coup, Christophe Keckeis indique, en deuxième choix, des «négociations bilatérales avec un petit groupe de pays, nos voisins directs par exemple comme la France ou l’Allemagne, et autres partenaires de confiance…». La France a un petit faible chez lui. «Parce qu’elle a quelque chose qui ressemble à la Suisse.» Elle ne veut pas se laisser «avaler par un grand machin américain ou britannique». Elle a une «attitude très critique à l’égard de l’OTAN, mais sainement critique».

Investir dans la défense et les missions de paix...
Deuxième constat. Pour rester neutres, forts et exclusifs, il faudrait 4,8 milliards de francs par année, or on en est à 3,6. Nous sommes les plus faibles en Europe en termes de pourcentages de PIB investis dans la sécurité du pays, c'est la honte", «la neutralité n’est pas une excuse pour ne rien foutre». Au contraire, la neutralité est «un avantage exclusif», un produit typiquement suisse, «qui nous permet d’aller partout» assèle Keckeis, qui n'a assurément pas sa langue dans la poche. Or, la Suisse n'investit pas assez sur les missions de l'ONU. Les effectifs envoyés sont à 2%, au-dessous des pays de l'Otan (2,7% alors qu'ils avaient promis 4%) et bien loin de l’Irlande dont le pourcentage, atteint 8,1% !

Ce qui suppose de revoir les conditions d'engagement à l'extérieur
L'ancien chef d'Etat-major critique ainsi les limites mises à l'engagement international par le Parlement national : pas plus de 220 hommes par an (250 dans les cas exceptionnels), «alors qu’il en faudrait au moins 500». Et surtout,aucune mission où un soldat risquerait d’y laisser sa peau. Ce qui est une erreur : «Engager des soldats sans envisager qu’ils puissent être tués est une erreur de principe». Il distingue bien ainsi le bourbier en Irak et les missions de paix. Le soldat qui «essaie de produire de la paix et qui tombe en faisant son boulot, c’est un peu comme le délégué du CICR qui risque sa vie pour sauver celle des autres». !

Les six points forts de l'armée suisse en coopération internationale
Entre chefs d’armée, «on sait quels sont nos points forts et nos points faibles, rappelle Christophe Keckeis, qui recevait régulièrement des coups de fil de ses homologues européens : «Mon gouvernement veut aller là ou là… Tu peux me filer un coup de main?». « j’ai toujours su ce que je pouvais proposer», commente-t-il, détaillant les six points forts de l'armée suisse:
1. La gestion de l’espace aérien, car la Suisse «a eu l’intelligence de gérer ensemble les espaces civils et militaires», alors qu’ailleurs c’est souvent la guéguerre entre les deux.
2. Le transport par hélicoptère.
3. La médecine.
4. La lutte contre les armes bactériologiques et chimiques, «car les terroristes ont compris que le procédé était meilleur marché qu’une bombe atomique».
5. Un savoir-faire dans la conduite, la programmation et la gestion.
6. Une capacité intellectuelle «extraordinaire» due au caractère milicien de l’armée (la fameuse armée de milice : conscription + rappel réguliert sous les drapeaux que Keckeis veut conserver). «Nous sommes l’un des rares pays qui peuvent trouver quelqu’un pour travailler dans n’importe quel job.»
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Armées européennes
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20 septembre 2008 6 20 /09 /septembre /2008 21:00

Ca y est ! Les 26 Etats membres (1) ont officiellement, adopté (par voie écrite) le 19 septembre, l'Action commune qui définit le mandat et les modalités d'EU Navco, "l'action de coordination militaire de l'UE à l'appui de la résolution 1816 du Conseil de sécurité des Nations Unies". (voir) (2)

Mission : "apporter un soutien aux activités des Etats membres qui déploient des moyens militaires sur le théâtre en vue de faciliter leur disponibilité et leur action opérationnelle".

Fonctions : la cellule EU Navco est la cheville ouvrière de la transmission d'information. Le chef de la cellule sert ainsi de "point de contact" avec les organisations d'armateurs, les départements compétents de l'ONU et de l'Organisation maritime internationale (OMI), ainsi que la Task Force 150 de l'opération "liberté immuable". Les États membres sont d'ailleurs "invités à communiquer" à la Cellule de coordination de l’Union européenne les "informations pertinentes concernant leurs activités opérationnelles sur le théâtre et (sur) la situation qui prévaut dans la zone, y compris les échanges d’informations avec les navires marchands".

Contrôle : c'est le COPS - Comité Politique et de Sécurité de l'UE (composé des ambassadeurs de l'UE) qui assure le contrôle politique et la direction stratégique de l'opération. Les 26 l'habilitent d'ailleurs à prendre toutes les décisions d'exécution comme à modifier le plan de mise en oeuvre si nécessaire. Le suivi de l'opération est suivi par le Comité militaire de l'UE (qui regroupe les chefs d'Etat-major des 26 et est présidé par le général Bentegeat).

Participation d'autres Etats : d'autres pays que les 26 Etats membres peuvent participer à l'opération. C'est le Cops qui autorise cette participation. Le chef de la cellule Eu Navco étant alors autorisé à conclure les arrangements administratifs et techniques nécessaires.

Budget : l'opération comprend deux parties : chaque personne détachée à la Cellule de coordination est prise en charge par son Etat d'origine. Les dépenses de fonctionnement (communications, transports/déplacement et administration) sont prises en charge par l'ensemble des Etats membres, selon une clé de répartition proportionnelle à sa richesse (le PIB), en application du mécanisme Athéna. Ce budget commun s'élève à 60 000 euros (soit environ 12.100 d'euros pour l'Allemagne, 10.200 pour le Royaume-Uni, 9.600 pour la France, etc.). Ce montant peut être revu le cas échéant. Il faut noter que les Pays-Bas et la Belgique ont tenu à faire noter que cette prise en charge au titre du mécanisme Athéna devait rester un cas "exceptionnel" et non pas consister en une extension de ce mécanisme. Celui-ci ne prévoyant pas en effet de financer de telles actions de coordination.

NB : Il s'agit bien d'un budget commun et non du budget communautaire (celui-ci ne prend en charge en effet que les dépenses communes des missions civiles de l'Europe de la défense et non celles des opérations militaires).

Localisation : la cellule est "logée" à l'Etat-Major militaire de l'UE, à Bruxelles. Ce qui est une première. Mais chut... il ne faut pas le dire. Le Royaume-Uni n'est pas vraiment enthousiaste à cette idée et a été le plus réticent au lancement d'une telle opération par l'UE (lire : L’opération maritime en Somalie bloquée… par le Royaume-Uni).  D'où le nom "d'action de coordination" employé officiellement plutôt que d'opération.

Responsabilité : aucune mesure type "SOFA" n'est prise pour le personnel de la cellule "EU Navco". Chaque Etat membre demeure responsable du personnel détaché (pour toute plainte liée à l'action de celui-ci). De même, chaque Etat membre reste responsable du traitement de toute plainte d'un tiers pour les opérations navales menées dans le cadre de la résolution 1816 ONU.

Durée : indéterminée. Elle dure tant que le Conseil n'en a pas décidé autrement. Ce qui est étonnant. Une opération étant souvent limitée dans le temps, quitte à être reconduite. Simplement, il est prévu une "réévaluation" de l'action de coordination à la fin de la validité de la résolution 1816 du Conseil de sécurité de l'ONU.

(1) Le Danemark ne participe pas aux opérations militaires de l'Europe de la défense, même si dans la lutte anti-piraterie au large de la Somalie, il est très actif dans la zone (lire: Les Danois arrêtent 10 suspects pirates au large de la Somalie).

(2) Le texte est paru au Journal officiel le 20 septembre. Notez que les auteurs du JO ont le sens de l'actualité : le meme numéro publie une décision de la Commission, en matière de concurrence, décidant compatible une aide des autorités françaises en faveur de la construction d'un navire de plaisance. Acte plutôt anodin si ce n'est que le bateau concerné... se nomme "Le Levant", le "frère" du Ponant, le bateau harponné par des pirates en avril et délivré par les commandos marine français...

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20 septembre 2008 6 20 /09 /septembre /2008 20:00

Aussitôt après la décision des 27 ministres des Affaires étrangères, lundi, la cellule européenne de coordination anti-piraterie en Somalie (dénommée EU Navco) s’est mise en travail.

Dirigée par un capitaine de vaisseau espagnol, Andres Breijo Claur, expérimenté, elle comprend aussi un Français, le capitaine de frégate français, Guillaume Fontarensky, ancien commandant du patrouilleur la Moqueuse. Tous deux sont déjà à pied d'oeuvre à Bruxelles. Ils ont ainsi rencontré différents responsables : du Comité militaire, du Programme alimentaire mondial, ... Ils doivent être renforcés rapidement par un officier chypriote et un sous-officier dont la nationalité n’est pas confirmée. Ils reçoivent le support logistique de l'Etat-major de l'UE à Bruxelles

Tâche principale: déterminer le profil et les modalités d’une future opération militaire. Une équipe d’experts européens doit rapidement partir à Djibouti pour étudier de près les modalités d’utilisation de la base française. Pour le  mandat exact d'EU Navco (lire : Mission EU NAVCO et le mandat - détails).

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20 septembre 2008 6 20 /09 /septembre /2008 16:44
Devant la recrudescence des attaques de pirates au large de la Somalie, et les problèmes économiques et de sécurité que cela engendre, la lutte contre la piraterie maritime est devenue une « top » priorité à Bruxelles.

La Commission européenne vient ainsi de mettre en place un groupe de travail, composé d’experts de tous les services concernés (maritime transport, sécurité, développement, justice) qui va se réunir pour la première fois, le 29 septembre. Objectif : cerner les aspects économique et juridique de la question. Ils ne manquent pas ! Tandis que l’Etat-major militaire de l’Union européenne dessine les contours d’une force d’intervention aéronavale.

Trois questions concrètes sont en jeu.
• Le financement. La Commission voudrait présenter un programme d’action sur 2009-2011 dans les routes maritimes critiques, comme la corne de l’Afrique, le détroit de Malacca et Singapour. L’intérêt de ce programme est de pouvoir dégager des ressources nécessaires pour financer des projets concrets : équiper les bateaux circulant dans la zone, renforcer une cellule de coordination... Les premiers projets doivent être prêts d’ici la fin de l’année.

• La modification du droit. Tout n’est pas permis au niveau international face aux pirates. Et nombre de questions restent à régler. Par exemple : Que faire des pirates capturés dans les eaux internationales ou territoriales ? Quel tribunal est compétent ? Et quel droit appliquer ? La discussion est ouverte au niveau de l’Onu mais aussi à l’Organisation maritime internationale, à Londres, où un texte doit être discuté en décembre (une initiative danoise).

• L’intervention au large de la Somalie. Trois options sont étudiées par les militaires : 1°: dissuader et arrêter les pirates ; 2° : protection voire escorte des bateaux marchands; 3° : ces deux actions combinées. La décision sur l’action pourrait être prise en octobre ou novembre, pour une mise en place avant la fin de l’année.  Reste maintenant à convaincre tous les Etats membres de la nécessité de ces actions.

(article paru dans Ouest-France le 20 septembre)
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19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 21:03
La mission des observateurs européens (EUMM) en Géorgie a souffert très vite... d'un trop plein de contributions. "Tous les Etats veulent participer". Heureusement pourrait-on dire ! Car avec le refus des Russes d'augmenter les observateurs de l'OSCE, c'est d'une certaine façon, les observateurs de l'UE qui vont compenser.

Le nombre d'observateurs pourrait finalement etre supérieur : entre 250 et 300, dont à peu près la moitié seront des militaires en civil.

Mais cela pose quelques problèmes diplomatiques : "Et il faut donc faire le tri entre toutes les propositions, demander à certains de revoir à la baisse leur offre, de la requalifier (si les personnels ne conviennent pas tout à fait), de la fortifier au besoin (en matériels notamment). Le tout "sans froisser ni mécontenter personne" explique un expert. Les groupes de travail du Conseil de l'union européenne sont donc en train de finaliser l'offre finale (avec le chef de mission et son adjoint).

Cela pose des problèmes pratiques, également: il faut trouver des équipements pour tout le monde. Et de l'aveu d'un de plusieurs responsables, il "manque des véhicules, surtout des véhicules blindés". En effet, contrairement à d'autres missions civiles, devant la rapidité de mise en place de la mission, et pour éviter le casse-tête régulier des appels d'offres publics, les responsables de l'opération ont demandé à chaque pays contributeur de fournir l'équipement et le matériel de chaque homme envoyé.

Coté budget apparemment pas trop de problème. Celui-ci devrait être revu à la hausse. On mentionne maintenant le chiffre de 35 millions d'euros minimum (au lieu de 31 millions) sur le budget communautaire. Le budget complet de l'opération est cependant supérieur puisqu'une partie des frais est supportée par chaque Etat membre (une répartion à 40% Ue / 60% Etat, selon le ministre italien de la Défense La Russa).

Au niveau opérationne, les observateurs pourraient évoluer par groupe de 2 ou 3 + 1 interprète, à bord d'un véhicule blindé, muni de tous les moyens de communication (fourni de manière homogène par l'EUMM afin d'être calé sur la même fréquence). Chaque groupe d'observateurs sera regroupé dans une "'Unité d'observation opérationnelle". Il devrait y avoir une dizaine d'unités au total. Le déploiement pourrait intervenir en deux vagues principales : le 22 septembre et le 25 septembre, selon les premiers éléments du Plan d'opération (OpPlan).

Voici les deuxièmes offres (chiffres à confirmer et qui vont encore évoluer - le total dépasse les 300):
60 Français (un escadron de gendarmerie mobile)
40 Allemands (décision du cabinet fédéral le 24.09)
40 Italiens (carabinieri, décision du Conseil des ministres le 19.09i)
30 Polonais (10 policiers et 20 militaires)
25 Suédois (civils de la Folke Bernadotte Academy, du Swedish Rescue Services Agency et policiers du National Police Board - décision du 18.09), les premiers partent cette semaine.
20 Roumains
20 Britanniques
20 Finlandais et Danois (10 Finlandais)
12 Néerlandais (3 militaires de la Maréchaussee (= gendarmerie) et 9 civils - décision du cabinet du Premier ministre du 19.09)
10 Belges (décision de principe du cabinet)
10 Bulgares (venant du Ministère de la défense et du Ministère de l'intérieur)
10 Grecs (2 officiers d'Etat-major et 8 officiers des trois armes, en civil, sans armes, + deux véhicules type Hummer)
10 Espagnols (Guardia Civil)
10 Hongrois
10 Lituaniens
10 Tchèques
9 Estoniens (déclaration de Urmas Paet, ministre des affaires étrangères)
5 Lettons (venant des ministères de la Défense, Intérieur et Affaires étrangères - décision du cabinet du Premier ministre du 16.09)
4 Autrichiens (3 policiers et 1 expert des droits de l'homme - annonce du ministre des affaires étrangères)
2 Luxembourgeois (2 policiers + une aide logistique de transport via Cargolux)

(photo : observateurs de l'OSCE)
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Asie centrale-Géorgie-Russie
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.