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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 08:45

PolicePlKosovo-Eulex08.jpg"We shall take concrete steps, as appropriate, to implement all provisions and articles of the Lisbon Treaty relevant to CSDP" cette phrase qui figurait dans la déclaration ministérielle adoptée en novembre 2009, lors de l'anniversaire des 10 ans de la PESD, la Belgique, la Hongrie et la Pologne entendent la faire devenir réalité.

Ces trois pays se sont mis d'accord sur un "Non-paper" (papier non officiel fixant une position politique) pour mettre en place les nouveaux instruments de la PeSDC du Traité de Lisbonne. Document que j'ai pu longuement consulter en exclusivité.

Cette configuration à trois est originale sur la défense. Mais elle ne tient pas au hasard. Ces trois pays vont occuper, à tour de rôle la présidence de l'UE : Belges au 2e semestre 2010, Hongrois ensuite au 1er semestre 2011, Polonais au 2e semestre 2011. La France n'a pas été signataire de ce document. Mais elle a été associée aux discussions ou, au moins, tenue étroitement au courant de sa réalisation... 

Une explication de texte, politique

Ce document n'est pas une feuille de route, un programme de travail opérationnel. Il consiste davantage en une analyse commune des nouvelles dispositions PeSDC du Traité de Lisbonne. Une sorte d'explication de texte, politique, très utile, vu le coté lapidaire de certaines dispositions et sur lesquels les 27 sont pour le moins divisés.

Le trio ne se cache pas les difficultés. La compréhension commune de ces instruments reste encore au « stade très précoce » écrivent-ils. Pour parvenir à une telle compréhension, une « quantité considérable de travail est nécessaire ». Ce travail doit commencer « dès maintenant ».

Et les trois pays affichent une ambition, mesurée, raisonnable (réalisable). Ce travail doit être mené dans « l'esprit d'utiliser ces instruments de la meilleure façon possible » pour faire progresser la solidarité entre les États membres, promouvoir la PSDC et l'intégration européenne continuelle, et le rôle de l'UE en tant qu'acteur mondial. Ils détaillent ainsi cinq des dispositions principales de l'Europe de la défense dans l'avenir.

1. La coopération structurée permanente (CSP).

« Nous y voyons une vraie plus-value ». Cette coopération doit conduire à des avantages opérationnels, des dépenses de défense plus efficaces, l'élimination des duplications actuelles et des lacunes. Elle doit être vue comme le moyen de générer une "volonté politique" entre les Etats membres comme un "incitant pour renforcer l'efficacité de leur effort de défense". Tout reste à faire, cependant. Et le trio en est conscient. Les modalités qui gouverneront la CSP comme les méthodes d'évaluation restent à fixer. Mais, dans tous les cas, l'approche doit être "ouverte et inclusive" (c'est-à-dire pouvoir inclure tous les pays).

2. La clause d'aide et assistance mutuelle (article 42 du Traité UE).

Cette clause est une clause moderne, reflétant que les menaces doivent être résolues d'une manière globale. Pour les alliés de l'OTAN, le traité est très clair ; l'OTAN est le "forum pour la mise en oeuvre" de cette clause. Mais dans « un contexte d'interdépendance croissante, cette clause a une importance clé. Elle doit faciliter la coopération entre les États membres désireux de mettre en commun, le partage et la spécialisation des capacités. »

3. La clause de solidarité (article 222 du Traité  FUE).

Même si elle ne figure pas dans le chapitre PeSDC, cette clause est "clairement liée" à la PeSDC, souligne le papier. « En d'autres termes, il ouvre la possibilité d'utiliser les instruments de la PeSDC à l'intérieur des frontières de l'UE », réflétant ainsi la réalité d'un « continuum entre la sécurité interne et externe ». Ainsi, même si le contexte juridique est différent, on peut raisonnablement s'attendre à que les capacités, les procédures, les accords sur les structures de commandement et de contrôle (C2) soient discutées dans le cadre du débat sur l'intervention humanitaire ou de secours de catastrophes de l'UE.

4. Le fonds de lancement - start-up (article 41 Traité UE).

Le texte pointe les différences de vues qui existent sur la nature et l'objectif de ce fonds. Pour certains, il est en lien avec le mécanisme Athena, pour d'autres non. Pour certains, il est purement militaire par nature, pour d'autres il pourrait impliquer le financement des efforts militaires et civils. « Nos réflexions sur cette clause devraient prendre en compte les leçons des récentes missions et opérations et le potentiel d'une valeur ajoutée de la phase d'évaluation précoce, en se basant sur l'exemple récent d'EUCO Haïti ».

5. Groupe d'avant-garde (article 42§5 et 44 Traité UE).

Cet article « nous ouvre la possibilité de confier l'exécution de certaines tâches à un groupe d'Etats membres. » Ce qui suscite certaines questions pour le Trio. Ces tâches se réfèrent-elles aussi bien à des opérations ou des capacités ? Que veut dire le "management" d'une mission ? Quelles sont les conséquences financières, le cas échéant ? Cette clause codifie-t-elle des pratiques existantes ou vise-t-elle un objectif pour renforcer la réponse rapide, y compris les cas d'extrême urgence ? « Cet article est applicable immédiatement mais il n'y a pas d'entente commune sur ce que cela peut signifier en pratique. L'Union a besoin d'éviter d'être dans une situation où cette clause pourrait être utilisée sans avoir atteint un niveau commun d'entente ».

(crédit photo : policiers polonais au Kosovo - Eulex)

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Défense UE (droit doctrine politique)
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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 21:58

QSM-DUBAI.jpg(maj) Mauvais temps pour les pirates. Après le MV Rim qui s'est libéré tout seul, ou à peu près, c'est au tour du Mv QSM Dubai d'avoir été libéré. Les forces de sécurité du Puntland (province autonome de Somalie) sont, en effet, intervenus jeudi sur le bateau battant pavillon panaméen, selon l'agence Garowe. Une cinquantaine d'hommes ont participé à l'intervention. Avec un navire de l'OTAN en soutien: le navire américain USS Cole. Celui-ci collait au plus près depuis la capture par les pirates. Et l'assistance américaine a été primordiale dans la libération de l'équipage et du bateau.

24 marins égyptiens, pakistanais, bengalis et ghanéens étaient à bord du navire marchand. Le capitaine a été tué lors de l'assaut ainsi qu'un autre marin blessé. Et 3 soldats légèrement blessés, selon le ministre du transport maritime du Puntland, Mohamed Rage. Ils ont été pris en charge et soignés par le médecin de l'USS Cole.

C'est la troisième fois que les forces du Puntland mènent ce type d'action. Mais le ministre s'est plaint du manque de soutien international pour permettre aux forces du Puntland de mener d'autres opérations de libération.

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Piraterie Golfe d'Aden - Océan Indien
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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 17:35

PoliciersFrancaisHOmmag2569a.jpg(A Sarajevo) 84 soldats français sont morts en ex-Yougoslavie, engagés dans les casques bleus ou autres forces d'interposition. On l'oublie trop souvent. 

En effet, dans les guerres yougoslaves qui ont fait près de 100.000 morts civils et militaires, les Casques bleus et autres observateurs internationaux ont aussi payé un prix lourd. La France en tête. Souvent par faute de courage politique et avec un mandat étriqué. Imposer la paix sans tirer ou répliquer face à des enragés qui jouaient avec leurs adversaires à la roulette slave était impossible à tenir.

"On tire ou on se tire"

Lors de son passage à Sarajevo hier, pour le Sommet UE-Balkans, le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, a tenu à déposer une gerbe devant la stèle placée à proximité de l'ambassade de France et qui commémore ces soldats morts pour la paix. Un certain moment d'émotion au moment de la minute de silence (plusieurs militaires français engagés étaient là) et une sorte d'engagement personnel  pour celui qui fut de 1989 à 1995, le "conseiller diplo" de Jacques Chirac à la Mairie de Paris. Quand il se rappelle cette époque, Lellouche en frémit encore « J'étais vert. Et j'en suis encore malade de voir ce qui se passait à l'époque : les sacs de riz des uns, les envolées lyriques des BHL et autres. Alors que nos types se faisaient proprement tirer comme des lapins. J'ai été un de ceux à conseiller à Chirac: "on tire, ou on se tire". » 

Quand Jacques Chirac arrive au pouvoir,  en mai 1995, il rompt avec la politique mitterandienne d'équilibre et décide de rendre coup pour coup. « Le temps de l’impuissance est fini » déclare-t-il. Il obtient l'accord des Britanniques « En quelques semaines, avec l'appui de John Major, c'était réglé » se rappelle Pierre Lellouche. Et effectivement, quelques semaines plus tard, les Casques bleus français passent à l'action, sans le feu vert du commandement onusien.

Il y a 15 ans, quand les Casques bleus français passent à l'action

C'était, juste, il y a 15 ans maintenant... Le 27 mai 1995, l'histoire bascule dans les Balkans. Les hommes du 3e Rima, engagés dans la FORPRONU, viennent de se faire prendre en otages 12 des leurs qui gardaient le pont de Vrbanja (Verbania) à Sarajevo. Ce ne sont que quelques uns des 300 casques bleus pris en otages par les Serbes en réaction des premiers bombardements d'ampleur de l'ONU. Mais c'est trop pour les Français.

Le général français Gobilliard qui commande le secteur de Sarajevo des casques bleus décide de répliquer, sans attendre une quelconque autorisation du QG de la FORPRONU et même de Paris, il lance une section du 3e Rima « Les Forbans » à l’assaut (1). Les « marines » ont 2 tués et 17 blessés. Mais les Serbes acceptent l’échange "otages contre prisonniers". Cette victoire tactique constitue un des tournants de la guerre...

SteleCasquesBleusCouronneFleurs2570a-copie-1.jpgLa stèle en hommage aux Casques bleus français morts pour la Bosnie près de l'ambassade de France (© NGV)

Pour aller plus loin :

- Retex Video (2003) le témoignage du capitaine Lecointre

- la reprise du pont, sur le site des anciens du 3e RIMA

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Yougoslavie - mémoire d'un désastre
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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 12:00

DestructArmesKrajlovac-Eufor100514.jpgIl en était question pourtant. Le retrait progressif des Européens des Balkans a, en effet, pour conséquence que le premier pays contributeur de la mission européenne militaire de stabilisation en Bosnie EUFOR Althea est aujourd’hui… un État non membre de l’Union européenne. En l’occurrence, la Turquie ! Singulier retournement de situation pour le successeur de l’empire ottoman qui était l’autorité de tutelle de la région durant des siècles.

La logique suivie jusqu’à là aurait été de proposer le commandement de la force (1) aux Turcs. Ce qu’ils espéraient. Mais ce qui ne semblait pas possible par le caractère « UE » de la mission (2). Le comité militaire a donc donné un avis négatif sur mais proposé alors le poste d’adjoint. Vexés, les Turcs ont refusé, selon les informations qui me sont parvenues.

Commentaire : c’est la première fois à ma connaissance dans la courte histoire de l’Europe de la défense que cette situation (présence majeure d'un Etat non membre) se produit. Et cela montre combien la PeSDC demeure à la fois fragile et soumise aux aléas de la volonté des Etats membres et combien  les pressions à la fois financière (restrictions budgétaires) et opérationnelles (engagement en Afghanistan notamment) sont fortes. Cela illustre, plus que jamais, la nécessité de la mise en place d’Althea II, simple mission non-exécutive et non plus mission de stabilisation.

(1) Le commandement de l’opération est assuré par le D-Saceur, Althea étant placé sous format « Berlin Plus »

(2) Accessoirement, avec un commandant turc à la tête d’Althea et un Haut représentant (OHR/EUSR) autrichien, on reconstituait un peu la domination historique des deux anciennes puissances tutélaires sur la Bosnie. Peut-être un peu « too much ».

(crédit photo : EUFOR Althea - destruction d'armes)

 

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 15:11

L'équipage du navire lybien Mv RIM a repris le contrôle de son navire qui avait été capturé par les pirates, apprend-on du QG d'Atalanta, l'opération européenne anti-piraterie. Parmi les dix membres d'équipage, tous syriens, un des marins a été gravement blessé durant l'incident. Le Mv RIM qui bat pavillon nord-coréen avait été capturé dans le Golfe d'Aden, au nord du corridor, le 2 février dernier.

La "libération" s'est déroulée au large des côtes somaliennes, au sud-est de Garacad, une cité refuge pour les pirates. Averti, le navire espagnol d'EUNAVFOR, le Victoria, qui était à 100 miles nautiques, a fait route sur le navire sur ordre du commandant de la force européenne. Il a envoyé son hélicoptère pour faire une première reconnaissance. Il a pu ainsi confirmer que le navire était aux mains de l'équipage. D'autres pirates, qui étaient dans le secteur à bord d'un autre navire piraté, le Voc Daisy, ont bien décidé de mener une contre-offensive. Mais l'arrivée de l'hélicoptère espagnol les en a dissuadés.

MvRimFregateVictoria2-Esp100603.jpgUn RHIB du Victoria a alors amené vers le navire marchand unec équipe de sécurité, avec médecin et infirmier. Les conditions climatiques ont empêché une évacuation par bateau, c'est par l'hélicoptère que le blessé a été transporté.  Il a été alors traité par le médecin de bord du Victoria.

MvRimFregateVictoriaHelo-Esp100603.jpgUne capture mouvementée

Selon l'ONG Ecoterra, cette libération serait le fait de rivalités internes entre plusieurs bandes pirates qui aurait fait 9 morts parmi les Somaliens. 6 pirates auraient été faits prisonniers, selon elle, et gardés à bord. La capture du navire n'avait pas été de tout repos pour les pirates. A LasKorey, sur la côte somalienne du Golfe d'Aden. des coups de feux sont  échangés avec les forces du Puntland. Arrivé à Garacad, leur repaire, des "ainés" auraient cherché à s'interposer, et les pirates obligés de déménager, avaient mis le cap aux alentours de Kulub. Des négociations avaient été entamées avec le propriétaire lybien du bateau. Négociations difficiles semble-t-il au point que les pirates avaient menacé de tuer leurs otages. Le tout sous le nez de navires de guerre, souligne Ecoterra. Un incident - avec tir provenant des pirates - ayant même eu lieu.

Interrogation sur la cargaison

Le Mv RIM se dirigeait de l'Erythrée vers le Yemen quand il a été capturé par les pirates et des interrogations se posent sur sa cargaison, selon l'ONG Ecoterra qui souligne que la rançon de 3 millions $ demandée par les pirates est disproportionnée par rapport à ce type de bateau et d'équipage. Certaines rumeurs font état de transport d'armes. En tout cas, le MV RIM n'est ni enregistré au MSCHOA (le système anti-piraterie de la marine marchande de l'UE) ni de l'UKMTO (dispositif britannique). Et il n'est pas couvert par les accords de l'ITF (International Transport Workers' Federation) ni n'a une assurance appropriée.

(crédit photo : Marine espagnole) mis à jour le 5 juin

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 10:58

LellouchePierreAvionDossier2374a.jpg« C'est une erreur politique majeure », c'est en ces termes que Pierre Lellouche, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, a commenté l'assaut israélien sur la flottille de bateaux vers Gaza (dans un entretien que nous avons eu au petit matin). De façon plus large, il estime que la position de blocus de la bande de Gaza est impossible à tenir. « Plutôt que de détruire le Hamas, il le renforce. Celui-ci peut aujourd'hui crier victoire » explique-t-il un brin amer.

La solution passerait-elle alors par une réouverture des portes controlées ? En tout cas, la situation est « intenable » souligne le Ministre. La réouverture du point frontière de Rafah par l'Egypte semble le prouver. « L'Egypte n'avait plus d'autre moyen dans la situation actuelle que de rouvrir ses portes ».

(NB : L'Egypte - on l'oublie souvent en pointant du doigt Israël - participe, en effet, actuellement au blocus de la bande de Gaza.)

L'Europe doit prendre des initiatives

Pour le secrétaire d'Etat, sans vouloir préjuger d'initiatives que pourrait prendre le président de la République (système présidentiel français oblige), il est nécessaire de renforcer le poids européen dans la région. « Nous ne pouvons continuer à être simplement des banquiers et sortir le carnet de chèque » souligne le ministre, qui réfléchit tout haut à certaines initiatives susceptibles de faire "bouger les lignes".

L'enquête. L'UE pourrait ainsi s'impliquer largement dans l'enquête "impartiale" (donc internationale) réclamée à la fois par les 27 et repris au Conseil de sécurité de l'ONU (1). « Pourquoi pas une implication européenne dans l'enquête sur les faits ? Les Européens pourraient en prendre l'initiative » souligne P. Lellouche. A la manière de ce qui s'est passé en Géorgie, pourrait-on ajouter, où l'équipe d'enquête dirigée par une Suisse avait été soutenue et financée par l'Union européenne.

Sécurisation des ports. Mais il faudrait aller plus loin et essayer de déminer le contexte de Gaza. « L'Europe pourrait assurer la sécurisation des installations portuaires de Gaza » pour permettre à la fois l'acheminement de l'aide humanitaire à Gaza. En quelque sorte un volet "maritime" de l'opération EUBAM Rafah.

Règlement de la paix et force d'interposition. Ces différents initiatives rejoindraient ainsi le « projet de règlement final de Jérusalem capitale des deux Etatssur lequel travaille actuellement l'UE avec le soutien de la France — et de l'éventuelle « force d'interposition qui pourrait être  déployée — à laquelle (là encore) l'Europe doit être amenée à participer ». Tout cela étant suspendu à un accord de règlement de paix. Ce qui n'est pas gagné !

Une réunion des Affaires étrangères. Pour évaluer toutes les décisions à prendre, « une réunion des Ministres paraît nécessaire » souligne P. Lellouche. La réunion du Conseil des Affaires étrangères, prévue le 14 juin, paraît en effet fort éloignée en termes de timing, vu l'actualité et surtout l'agenda (déjà chargé) de ce Conseil destiné à préparer le sommet européen. Encore « faut-il avoir des éléments de discussion en commun ». Mais il paraît incontestable, selon mon opinion, que ce sujet "montera" au niveau des "chefs d'Etat et de gouvernement des 27 lors du sommet des 18 et 19 juin.

Commentaire : un peu d'audace que diable ! 

L'idée d'une implication plus forte des Européens dans le contrôle de la bande de Gaza n'est pas sans danger. Mais elle est séduisante et surtout nécessaire. Il faut tout de même se rappeler que si le blocus israélien paraît illégal, il obéit néanmoins à une préoccupation internationale de boycotter le Hamas dans la région. De fait, c'est non seulement l'attitude israélienne qui doit évoluer mais l'attitude générale et l'engagement de la communauté internationale  dans la région - à commencer par celle des Européens   pour éviter de laisser seuls dans un face-à-face, de plus en plus tendu et dangereux pour la paix internationale, Israël et Palestiniens.

 EUBAM Rafah qui est restée, somme toute, une "petite" mission et n'a jamais pu déployer totalement ses capacités, deviendrait ainsi une pièce maitresse de l'effort européen d'apaisement dans la région. Il faudra un peu d'audace sans doute. Mais il y a un précédent. Tout d'abord le contrôle des ports yougoslaves (sous couvert de l'UEO) dans les années 1990. Et surtout plus récemment dans la région. On se souvient qu'en janvier 2009, au plus fort des bombardements israéliens sur la bande de Gaza, une frégate française (le Germinal) avait été déployée pour limiter  les contrebandes d'armes (2). A l'époque, la présence était plus symbolique et politique (notamment vis-à-vis des Américains et Israéliens) que réelle. Il s'agit maintenant de transformer cet essai en un investissement plus durable et important.

Il paraît urgent pour l'Union européenne de se réimpliquer dans le jeu politique au Moyen-Orient. D'une certaine façon l'assaut israélien sur des navires, européens, et l'arrestation de citoyens européens offre une opportunité politique inestimable. Au moins la dizaine de personnes décédées dans l'assaut ne serait pas mort pour rien. 

(1) Lire Opération Flottille à Gaza: l'UE réclame une enquête ...

(2) lire : La frégate française "Germinal" au large de Gaza. Ordre de Sarkozy

 

(crédit photo : © NGV)

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 09:03

SarajevoNuitMosquée2378aPour un voyage éclair de 24 heures, je suis à Sarajevo pour le sommet UE-Balkans "embedded" avec l'équipe du secrétaire d'Etat français, Pierre Lellouche.  Ce sommet qui réunit les principaux protagonistes de la région et les ministres européens (plusieurs ont fait le déplacement : Bildt pour la Suède, Lajcak pour la Slovaquie), est destiné, 10 ans après le sommet de Zagreb, à réitérer que ces pays ont, tous, vocation à intégrer l'Union européenne mais, en même temps, à avertir que le chemin sera long jusqu'à l'adhésion.

Pour permettre sa tenue avec tous les pays de la région (Serbes et Kosovars inclus), il a été décidé d'adopter le format "gymnich". Les participants à la réunion sont désignés uniquement par leur nom et non par leur pays. Le mot "sommet" a aussi été gommé officiellement; la réunion s'appelant officiellement "réunion de haut niveau ministériel". Une solution qui permet aux Serbes d'être à la même table que les Kosovars sans renier leur prétention territoriale sur cette ancienne province d'ex-Yougoslavie.

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 05:25

ObservateursEubamRafah.JPGPremière conséquence (positive) de l'incident militaire contre la flottille de Gaza : l'Egypte a décidé de rouvrir le point de passage de Rafah vers la bande de Gaza (seul point de passage entre Gaza non contrôlé par Israël). Non pas pour trois jours comme prévu au départ mais "pour une durée indéterminée" selon les dernières déclarations égyptiennes. La question qui se pose donc maintenant à l'UE est de savoir si ses observateurs qui sont "en stand bye" depuis juin 2005 à Ashkelon joueront, à nouveau, leur rôle sur place.

L'UE avait mis en place, en novembre 2005, cette mission d'observateurs dans le cadre d'un accord de désengagement unilatéral d'Israël de certains points. Mais celle-ci n'avait fonctionné que peu de mois, cessant une large partie de ses activités en juin 2006, avec l'arrivée du Hamas à Gaza, et totalement en novembre 2007. On avait cru à une réouverture possible en janvier 2009 (lire : EUBAM Rafah: le redéploiement en phase accélérée). Mais il n'en avait rien été (La mission Eubam rafah revient en veilleuse).

Une mission en veilleuse qui peut être redéployée rapidement

Alors que sa suppression, un moment, a été envisagée, cette option n'a jamais été retenue. Et EUBAM Rafah a été prolongé, pour la quatrième fois, par les 27 lors de leur réunion du 12 mai dernier jusqu'au 24 mai 2011. Cette mission devrait comprendre 24 personnes (13 internationaux et 11 locaux) permettant, le cas échéant, un redéploiement rapide (3 semaines normalement)

Les activités ont été réduites, notamment le pilier des opérations. Mais une expertise en Police aux frontières et une expertise douanière a été conservée. En attendant un éventuel rédéploiement, la mission maintient des contacts réguliers avec les parties aux accords de 2005 (au niveau opérationnel), la planification des scenarii de redéploiement - qui doivent être régulièrement mis a jour, en fonction des évolutions de la situation et des différentes options qui pourraient se présenter sur le terrain, le maintien en état des véhicules et équipements nécessaires au redéploiement rapide, le développement des contacts avec les différentes organisations internationales travaillant sur la question des frontières et points de passage...

(crédit photo : Eubam Rafah)

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 14:00

"Les forces israéliennes ont intercepté six navires qui tentaient de briser le blocus maritime de la bande de Gaza et rejetant les avertissements faits par la Marine avant cette interception. Ils ont aussi ignoré l'invitation d'accoster dans le port d'Ashdod pour transférer les matériels humanitaires en utilisant des moyens Israéliens. Sur cinq des six navires de la flottille, les soldats n'ont rencontré aucune résistance dans les passagers. Et les navires amenés au port d'Ashdod. Dans le sixième, le Mavi Mamara, les soldats israéliens furent attaqués avec des pistolets, des grenades incapacitantes, des couteaux et des clubs. Les manifestants ont volé deux pistolets aux soldats et faits feu sur eux. Deux soldats ont été blessés avec ces armes à feu et un troisième poignardé avec un couteau. En tout sept soldats ont été blessés. 4 sont considérés en condition modérée, un est légèrement blessé et deux autres sont sortis de l'hopital". Voici en quelques phrases la version des forces israéliennes de l'assaut donné sur le Mavi Marmara. Qui joignent des images à l'appui.  

 

Images à prendre cependant avec précaution. Car elles ne montrent ni l'avant, ni l'après, ni ce qui se passe autour. Elles contrastent fortement avec les images diffusées par les chaînes turques et arabes et les versions des passagers. Entre deux versions de faits, totalement différents, il est donc important de savoir rapidement ce qu'il est advenu. Et la réaction de l'UE, qui réclame, avant tout, une enquête impartiale sur les évènements est à saluer.

Un triple échec retentissant

On peut faire la liste des erreurs de l'opération qui fera date dans l'histoire de l'armée israélienne. Sans entrer dans le débat juridique d'un navire civil pris dans les eaux internationales par des forces militaires, on ne peut, en effet, qu'être frappé par le débordement et l'impréparation à la fois militaire et politique de cette opération. Et la version officielle israélienne - si elle est maintenue - est aussi dangereuse pour Israël que les faits eux-mêmes car elle révèle trois types d'erreurs : le mauvais emploi de moyens militaires, l'incompétence de son armée, l'arrestation de forces de citoyens d'autres pays.

Tout d'abord, le bilan en atteste, l'usage de la force a été "totalement" déséquilibré. L'emploi de forces militaires - sans doute pas entraînées pour du maintien de l'ordre — a été sans doute l'"erreur de départ". Lutilisation de balles réelles a fait le reste. Quels que soient les "attaques" dont ont été l'objet les soldats israéliens, le bilan est dévastateur : 9 morts et plusieurs dizaines de blessés d'un coté (passagers) et 7 blessés de l'autre (dont aucun en danger). Ce qui est largement révélateur d'un emploi démesuré de la force.

Ensuite, si on en croit la version officielle, que des commandos arrivent à se faire prendre deux pistolets par des civils armés de couteaux et de barres de fers peut faire douter de la compétence militaire des forces d'assaut israélienne. Que les forces israéliennes n'aient pas été "au courant" de ce qui les attendait sur le Mavi Marmara révèlérait une incompétence de ses services de renseignements. Or, sens de l'offensive, forces spéciales et services de renseignements ont toujours été une des clés de la réputation, et des succès, de l'armée israélienne dans la région.

Enfin, sont en cause non pas des citoyens palestiniens ou de voisins arabes "belliqueux" comme d'ordinaire mais des citoyens d'autres pays notamment européens. Le fait que des Turcs, Irlandais, Allemands, Britanniques... se retrouvent "victimes" de cet assaut militaire, puis "transférés" en Israël (alors qu'ils étaient dans les eaux internationales), et pour certains "emprisonnés, propulse le conflit moyen-oriental dans l'arène européenne. On ne peut plus s'en désintéresser. Et dans cette partie, Israël apparaît non plus comme un pays subissant des menaces mais comme un pays exportateur de "menaces". Le Hamas peut ainsi crier victoire. Cette trace indélébile dans les opinions publiques rendra difficile dorénavant dans toutes les relations internationales avec l'Etat hébreux.

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Proche Orient - Israel Liban Palestine
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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 08:59

Convoquée dans l'urgence, dans la matinée, la réunion des ambassadeurs du COPS (le Comité politique et de sécurité) de l'UE, lundi 31 mai, a été essentiellement consacrée à rédiger une déclaration destinée à la fois à déplorer les pertes de vies comme à appeler à une enquête internationale et la levée du blocus sur Gaza. Une déclaration qui a été légèrement durcie par rapport à la première déclaration de la diplomate en chef de l'UE, Catherine Ashton (lire : L'assaut israélien sur la "flottille de la paix" pose problème à l'UE (maj4)).

La discussion n'a pas été évidente selon les informations obtenues. Elle a duré plusieurs heures. Le sujet "Israël/Palestine" continue de diviser les Européens. Entre les Suédois ou Grecs d'un coté (pour une résolution dure), les Tchèques et Néerlandais de l'autre (pour une résolution la plus consensuelle possible), on trouve toute la palette des opinions possibles. Les Tchèques, particulièrement, estimaient même qu'il n'y avait pas matière à résolution et ont diffusé un télex diplomatique en ce sens avant la réunion à tous leurs homologues.

Parmi les points de discussion, la façon de qualifier les évènements, la nature des victimes, les conditions de l'enquête, les autres actions à prendre en oeuvre (la suspension de l'accord d'association n'a pas recueilli d'opinions majoritaires, mais la question est désormais posée).

Une enquête "impartiale", autrement dit internationale, réclame l'UE

Finalement les 27 se sont mis d'accord sur un texte de déclaration (lire ci-dessous) sensiblement plus dur demandant notamment une enquête "impartiale, complète et immédiate" pour faire la lumière sur les évènements, autrement dit une enquête internationale comme me l'a expliqué un expert du sujet, là où Lady Ashton demandait une simple enquête par les autorités israéliennes. Ce qui, au niveau diplomatique, est une singulière différence.

La déclaration rappelle également à Israël ses obligations internationales, notamment pour permettre "de façon urgente" l'accès consulaire des Etats membres à leurs citoyens actuellement détenus (les six navires de la flottille ont été déroutés sur Ashdod et plusieurs personnes détenues après interrogatoire).

Les 27 ont également décidé que cette déclaration devrait être remise à haut niveau (sans doute au Premier ministre israélien) par un des représentants de l'UE présents dans le pays. D'autres initiatives qui seront précisées dans les heures ou jours qui suivent, comme la convocation d'une réunion du Quartet à haut niveau.

L'OTAN bien embarrassée

Du coté de l'OTAN, la réaction a été très mesurée, prudente, voire embarrassée. Le secrétaire général de l'OTAN n'a pris sa plume qu'en milieu d'après-midi. Et  encore était-ce le service minimum, pour regretter les vies perdues et attendre d'en savoir plus pour réagir : « NATO is deeply concerned about the loss of life in this incident.  We look forward to a further establishment of the facts of what has happened. » Une prudence sans doute nécessaire vu la confusion mais qui détonne notablement. La Turquie - Etat du pavillon du Mavi Marmara - a demandé la convocation d'une réunion exceptionnelle du Conseil de l'Atlantique Nord - qui regroupe les ambassadeurs des 28 (équivalent du COPS). Celle-ci doit avoir lieu cet après-midi.

  • Declaration by High Representative Catherine Ashton on behalf of the EU on the Israeli military operation against the Flotilla
  • The EU deeply regrets the loss of life during the Israeli military operation in international waters against the Flotilla sailing to Gaza and offers its condolences to the families of the victims. The EU condemns the use of violence that has produced a high number of victims among the members of the flotilla and demands an immediate, full and impartial inquiry into the events and the circumstances surrounding them.
  • The humanitarian situation in Gaza remains a source of grave concern. The EU does not accept the continued policy of closure. It is unacceptable and politically counterproductive. We need to urgently achieve a durable solution to the situation in Gaza.
  • The EU underlines its call for an immediate, sustained and unconditional opening of crossings for the flow of humanitarian aid, commercial goods and persons to and from Gaza.
  • The EU calls on Israel to urgently provide Member States with consular access to and information about their citizens.
  • The EU calls upon all parties and relevant actors to prevent a further escalation of tensions and underlines the need to continue the proximity talks with a view to the resumption of direct negotiations.
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Proche Orient - Israel Liban Palestine
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.