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16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 22:15
« Ne pas se fier au calme au calme apparent, c’est toute la difficulté de cette mission » raconte le capitaine Ucheida, de la brigade franco-allemande, qui termine sa mission de 4 mois. Quand il transmet la consigne au régiment d’infanterie de marine (français) qui les relève, c’est cette consigne qu’il veut faire passer. « Cela peut être calme. Ca se tend le matin et çà prend feu l’après-midi ».

Logés à « La Concession », le bâtiment et qui continue de servir centre culturel… et de boite de nuit le vendredi soir!, les militaires ont là un poste d’observation de choix. Ils surplombent le principal pont de Mitrovica (renommé Pont « Austerlitz » par la Kfor) gardé nuit et jour par les hommes du KPS (la police kosovare) et de l’Unmik Police (Onu).

Mitrovica ville de séparation ?
Un tel déploiement de force peut paraître superflu, tant la ville respire la vie. Mais Mitrovica c’est une ville symbole, une ville frontière. Ville symbole car c’est là, qu’éclate les incidents qui firent au total 19 morts et plusieurs centaines de blessés. Car la rivière Ibar sépare le « Kosovo albanais », au sud, du « Kosovo serbe », au nord. Cette frontière n’est pas vraiment parfaite. En effet, une nette majorité (100000 environ) des « Kosovars d’origine serbe » (K.O.S. dans le langage « politiquement correct » de l’Otan) vivent dans d’autres régions, à Pristina ou au sud du pays, en zone américaine. Ce nord Kosovo, terres arides d’extraction de minerai et de montagne, aux routes impraticables l’hiver, n’abrite que 60 000 serbes. Seules quelques dizaines de Kosovars d’origine albanaise (K.O.A.) sont restés, à Mitrovica, dans les zones d’habitation mixtes — les tours ou le quartier de la Petite Bosnie — et dans quelques enclaves villageoises albanaises. Ce Nord vit tourné vers Belgrade. Les affiches électorales montrent les différents partis politiques de la campagne présidentielle. Et les bureaux de vote ont été ouverts pour l’élection présidentielle en Serbie. En revanche, presqu’aucun votant – 43 dans le secteur de Nothing Hill selon le capitaine Petit – n’ont voté aux récentes élections législatives au Kosovo.

Le KPS – la police kosovare – exerce partout. Mais elle est « serbe » au nord, et très majoritairement albanaise dans le reste du pays. L’énergie provient de Serbie au nord, du Kosovo au sud. Les policiers serbes reçoivent d’ailleurs aussi un salaire de Belgrade. Les retraités serbes une pension… Les voitures affichent les plaques serbes «  KM » pour « Kosovo i Metohija » (nom serbe du Kosovo), les Kosovars ont un signe « KS » entre plusieurs chiffres. Même les réseaux de téléphone mobile sont séparés : serbe au nord (avec le 38 comme indicatif), kosovar ailleurs (avec le 377, l’indicatif de… Monaco, les Telecom de la Principauté gérant, ici, le réseau). Si la séparation est bien visible, les imbrications sont plus discrètes. La Serbie fournit de l’électricité aussi au Kosovo. Quelques véhicules circulent sans plaque : habitants d’une enclave qui reviennent voir leur famille, Albanais ou Serbes en transit dans l’autre « zone », ou véhicules volées. La police a décidé de fermer les yeux. Tel village « albanais », situé dans les hauteurs (les sommets culminent autour de 2000 mètres), l’hiver, ne peut circuler qu’en passant par la « zone serbe », donc devient une véritable enclave.

« High visibility, low profile ». C’est la doctrine de l’Otan. Autrement dit se montrer un maximum, mais garder un profil non agressif. Les soldats circulent sans gilet pare-balle mais ceux-ci restent dans les véhicules). Le fusil mitrailleur est-il avec un chargeur, bien visible. Mais il n’est pas enclenché (la balle n’est normalement pas engagée dans le canon). Et il se porte dans le dos, en temps ordinaire. Pas question de déambuler dans les villages l’arme à la hanche. Durant nos trois jours de patrouille, aucun soldat européen n’aura dérogé à cette règle. Les Américains restent une exception. « Ils sont traumatisés par ce qui se passe en Irak et croient que c’est partout l’Irak » confie un militaire.

Le KTM (Kosovo Tactical Reserve Maneuver Battalion) a été placé en alerte dans la zone nord. Le bataillon de réserve de la Kfor, composé du 2ème Bataillon d`infanterie (portugais) dirigé par le Colonel Magalhaes, patrouille régulièrement à MItrovica. Objectif : aujourd’hui : le « Barbecue » (monument à la gloire des héros miniers de l’ex-Yougoslavie qui domine la ville) en passant par « Montmartre » (le quartier résidentiel de Mitrovica) et retour par « Passy ». A chaque entrée de zone, arrêt, la robuste radio militaire des Portugais crépite. La patrouille se signale à son PC de compagnie. Seul hic : la radio portugaise n’est pas reliée au PC français de la Concession à quelques mètres de là. Si problème il y a, ce sera aux quartiers généraux de communiquer entre eux et d’assurer le relais… Les Portugais relèvent méthodiquement toute affiche politique ou annonçant un rassemblement. Photographie numérique, relevé typographique et résumé sont consignés sur un carnet et feront l’objet d’un rapport qui montera au Quartier général. « Nous notons aussi les véhicules étrangers – cela remonte à Interpol ». ainsi que les prix. Toute augmentation soudaine peut être un signe de tension » explique le sous-Lieutenant Laroche, chargé de l’information à la Task force Nord.

« Nothing Hill » le dernier camp avancé de la Kfor, plus rudimentaire que les autres. Effectivement nous sommes un peu au milieu de nul part. Une patrouille mixte franco-américaine, prend le relais, avec qui nous allons faire les derniers kilomètres qui séparent de la Serbie. Un détachement de la Garde nationale de l’Iowa, d’ordinaire stationné au sud du Kosovo, a pris son tour de garde au nord. Par rotation, « afin de mieux connaître le terrain », chaque Task force de l’Otan dépêche dans la zone une compagnie. « Que ce soient les Américains est un hasard » précisent les militaires. Mais l’intérêt stratégique n’échappe à personne. Montrer aux Serbes sur leur frontière — pardon la « limite administrative » — que les Américains, neuf ans après les frappes de l’Otan sont toujours là. Les Serbes savent pertinemment que frapper un Américain n’a pas le même poids que frapper un Européen.
 Et effectivement, les grands gaillards de la Garde nationale de l’Iowa, au pas lent et décontracté, malgré tout, avec l’écusson aux 50 étoiles sur l’épaule, ne passent pas vraiment inaperçus dans ce village de Lezak, plutôt vide. La population vaque à ses obligations. Un œil apparemment distrait, l’autre en éveil. La politique n’est pas loin. Le serbe rencontré, qui travaille au « relais » électrique, fait le signe des trois doigts, en guise d’au-revoir, le signe de ralliement des radicaux serbes. Message bien reçu. Un autre, chargé de « distribuer le courrier », entame une conversation qui vire à la polémique. Les mots plus rudes (« enculés d’Albanais ») succèdent aux mots convenus, que l’interprète se garde bien de traduire, lissant la conversation. La patrouille décroche pour éviter toute provocation supplémentaire. L’homme a, apparemment, d’autres fonctions que de distribuer le courrier…

Gate 1, c’est comme son nom l’indique, la porte d’entrée principale entre Belgrade et la Serbie, au nord, et Pristina et le Kosovo au sud. Ce sera sûrement un des enjeux principaux de sécurité des prochaines semaines. Qui tiendra ce poste assurera l’intégrité territoriale de la province. Certes, on ne dit pas « frontière » officiellement on parle de « limite administrative nord ». Mais la réalité est similaire. Un poste de douanes, des policiers de l’Unmik d’un coté, du KPS de l’autre. Et deux visions du contrôle. A l’entrée sans le territoire, c’est le KPS qui officie. L’accueil est plutôt débonnaire, un rapide coup d’œil, le plus souvent doublé d’une poignée de main quand c’est un voisin ou une connaissance. A la sortie, le contrôle est plus sévère. Le douanier de l’Unmik – un Ghanéen lors de notre passage - est plus rigoureux. Apercevant les soldats de la Kfor, un passager fait le signe des trois doigts, tout hilare. Inutile de préciser qu’aucune plaque kosovare ne hasarde à Gate 1. Fin du périple…

La Kfor en quelques mots. Forte de 16 000 hommes aujourd’hui, la force de l’Otan (kfor) a été déployée à partir du 12 juin 1999, après un accord militaro-technique avec les Serbes sur leur retrait militaire (le 9 juin) et la résolution de l’Onu (le 10 juin). Depuis 2006, elle est organisée en cinq Task Forces multinationales (MNTF), quadrillant tout le territoire, commandée par une nation-cadre : Etats-Unis (est), Irlande (et Royaume-Uni, au centre), Turquie (alternativement avec l’Allemagne, sud), Italie (Ouest), France (nord). Elle comprend deux forces – non sectorisées – le KTM (bataillon de réserve) et la MSU (force de police) qui ont vocation à intervenir dans tout le Kosovo. Depuis le 1er septembre 2007, la KFOR est commandée par le général de corps d'armée français Xavier Bout de Marnhac. Le quartier général est basé à Pristina à « Film city ».

Cité photo : NGV - janvier 2008
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Balkans-Bosnie-Kosovo
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16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 13:01
undefinedJe reviens de quelques jours au Kosovo - un reportage dans la partie nord essentiellement - entre Mitrovica et la frontière avec la Serbie - avec les militaires français, portugais, italiens et américains. Intéressant de voir ce qui se passe sur le terrain - une situation calme, en apparence, mais où les communautés vivent néanmoins séparées, où n'importe quel incident peut néanmoins déclencher l'insurmontable. Intéressant également de voir comment la mission européenne "Eulex" monte en puisssance.  Vous pouvez lire un premier article paru dans Ouest-France. Deux autres articles plus complet sont également parus dans Europolitique.
(ici patrouille franco-américaine à Lesak, au nord du Kosovo)
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1 janvier 2008 2 01 /01 /janvier /2008 13:20

Déclaration franco-britannique sur la défense européenne : Saint-Malo, 4 décembre 1998

« Les chefs d'Etat et de gouvernement du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord et de la France sont convenus de ce qui suit :

1. L'Union européenne doit pouvoir être en mesure de jouer tout son rôle sur la scène internationale. Le Traité d'Amsterdam, base essentielle pour l'action de l'Union, doit donc devenir une réalité. La mise en œuvre complète et rapide des dispositions d'Amsterdam sur la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) doit être achevée. Cela inclut la responsabilité du Conseil européen de décider le développement progressif d'une politique de défense commune dans le cadre de la PESC. Le Conseil doit être en mesure, sur une base intergouvernementale, de prendre des décisions portant sur tout l'éventail des actions prévues par le titre V du traité de l'Union européenne.

2. A cette fin, l'Union doit avoir une capacité autonome d'action, appuyée sur des forces militaires crédibles, avec les moyens de les utiliser et en étant prête à le faire afin de répondre aux crises internationales.

Dans cette perspective, les engagements de défense collective auxquels ont souscrit les Etats membres (article 5 du Traité de Washington et article V du traité de Bruxelles) devront être maintenus. En renforçant la solidarité entre les pays de l'Union européenne pour que l'Europe puisse faire entendre sa voix dans les affaires du monde, tout en agissant en conformité avec nos obligations respectives au sein de l'OTAN, nous contribuons à la vitalité d'une Alliance atlantique rénovée qui constitue le fondement de la défense collective de ses membres.

Les européens devront agir dans le cadre institutionnel de l'Union européenne (Conseil européen, Conseil Affaires générales et réunion des ministres de la défense).

Le renforcement de la solidarité européenne doit prendre en compte la variété des positions des pays européens.

La diversité des situations des Etats au regard de l'OTAN devra être respectée.

3. Pour pouvoir prendre des décisions et, lorsque l'Alliance en tant que telle n'est pas engagée, pour approuver des actions militaires, l'Union européenne doit être dotée de structures appropriées. Elle doit également disposer d'une capacité d'évaluation des situations, de sources de renseignement et d'une capacité de planification stratégique, sans duplication inutile, en prenant en compte les moyens actuels de l'Union de l'Europe occidentale (UEO) et l'évolution de ses rapports avec l'Union européenne. A cet égard, l'Union européenne devra pouvoir recourir à des moyens militaires adaptés (moyens européens pré-identifiés au sein du pilier européen de l'OTAN ou moyens nationaux et multinationaux extérieurs au cadre de l'OTAN).

4. L'Europe a besoin de forces armées renforcées, capables de faire face rapidement aux nouveaux risques et s'appuyant sur une base industrielle et technologique de défense compétitive et forte.

5. Nous sommes déterminés à unir nos efforts pour permettre à l'Union européenne de progresser concrètement vers ces objectifs. »

Pour se remémorer l'ambiance, voir le reportage de France3

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Textes officiels rapports
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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 09:19
Le tout Bruxelles gamberge sur les futurs noms à la tête de l’Europe. Les profils et conditions s’esquissent.
Selon des diplomates, le futur président de l’Europe ne pourra provenir que d’un petit ou moyen Etat membre, ceux-ci étant les plus réticents à cette fonction, il paraît exclu qu’il vienne d’un « grand » Etat membre. Exit donc la candidature de Tony Blair mise en avant par Nicolas Sarkozy.

Le Haut représentant chargé des relations extérieures devra, entre autres qualités, être "Otan-Compatible". Passant à la Commission européenne, il garde en effet la haute main sur l’action politico-militaire de l’Union ; la pleine coopération avec l’Otan était une condition mise par plusieurs pays, comme le Royaume-Uni et le Portugal. Ce ne pourra pas être un National d’un pays disposant d'un siège au Conseil de sécurité (français ou britannique). Ce qui (re)donne toutes ses chances à Javier Solana pour un être renouvellé ou à… un autre national ! Un Allemand par exemple ?

Angela Merkel souhaite, en effet, un retour des Allemands aux postes dirigeants, à la Commission par exemple. Quant à la France, si elle n’est officiellement candidate à aucun poste, cette modestie vise, en fait, à récupérer le secrétariat général du Conseil. Ce poste discret, mais à l’importance grandissante avec les élargissements successifs à de petits pays, sera libre en 2009 et le Français Pierre de Boissieu, fidèle secrétaire général adjoint pourrait un candidat « utile ».

Les femmes exclues ! Seule pièce manquante à ce puzzle : l’égalité des sexes. Aucune institution ou organismes principaux de l'Union européenne, n’est actuellement dirigée par une femme. Commission, Parlement, Conseil, Affaires étrangères, Cour de justice, Banque centrale, Cour des comptes, Comité économique et social, Comité des régions...sont tous présidés par un... homme. Extraordinaire ! Et aucun des noms avancés dans les "conversations" à Bruxelles n'évoque une femme.

(article publié à l'origine sur le blog "europesociale")
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Europe pouvoir - Traité de Lisbonne
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18 novembre 2007 7 18 /11 /novembre /2007 13:26
Rapatrié dans un Embraer de l'armée belge, samedi 10 novembre, Jacques Wilmart, le pilote du petit avion qui a travaillé avec Children Rescue/ Arche de Zoé (association française qui s'est fait connaître lors du Tsunami) a bien voulu m'entretenir (au téléphone) de longues minutes, depuis son lit d'hôpital, mardi dernier.

C'est au « Check-in pilots bar », un petit bar de Waterloo, dans la banlieue de Bruxelles, que tout a commencé. Le patron du bar le met en contact avec un jeune pilote qui doit remonter d'Ogades vers N'Djamena un petit avion, un Cherokee six Piper PA-32 pour Children Rescue, une ONG qui en a besoin pour ses opérations « d'évacuation sanitaire ». L'homme n'hésite pas beaucoup. Depuis sa retraite en 1993 de la Sabena, la compagnie nationale belge (il a été notamment le président de l'association des pilotes du temps où Pierre Godfroid était son PDG), volé tout azimut, d'abord en Asie sur des avions passagers, puis dans le fret cargo, enfin pour des ONGs en Afrique. « Regarder le ciel d'en bas m'est pénible », même à 74 ans dit-il et le projet de venir en aide à des enfants du Darfour le motive. Mais, pour lui, c'est Children Rescue qui l'appelle, pas l'Arche de Zoé ; ce n'est qu'au dernier moment qu'il a eu connaissance de ce nom.

Au Tchad, il commence par attendre. « Je poireaute à N'Djamena trois jours pour atteindre l'autorisation de circuler. Et ce n'est que le 6 octobre, que je décolle, enfin, avec à bord trois pompiers d'Argenteuil. On a un problème technique. L'huile fait monter trop la pression. Je reviens sur N'Djamena. Et finalement on ne redécolle que le lendemain, le 7 octobre ». Direction Abêché. Là, il « découvre l'antenne médicale de Children Rescue, des gosses sous perfusion, choyés, nourris, réapprenant à rire et jouer ». Sa mission : conduire le petit Piper pour aller récupérer les enfants dans les confins du territoire tchadien, à la limite du Soudan. toutes ces pistes de brousse étaient en limite soudanaise, sur territoire tchadien, très près des zones rebelles, Un jour près de la zone rebelle, on n'a pas pu atterrir car la piste était sous les tirs de mortiers. Mais on "n'a jamais franchi la frontière" assure-t-il. L'opération « se fait au grand jour ».

Les Tchadiens étaient au courant de tous les déplacements. « Chaque jour, je remplissais un plan de vol, avalisé par le contrôle aérien de l'aéroport d'Abéché, précisant le nombre de personnes à bord et le manifeste (les noms des passagers) ». Il dénie aussi qu'il puisse y avoir eu le même rapt d'enfants, ayant été « témoin à plusieurs reprises, notamment à Biltin, de la façon dont s'y prenait Emilie Lelouch (la compagne d'Eric Breteau, qui dirigeait toute l'opération), demandant, aux chefs de village et aux traducteurs s'ils étaient bien orphelins ». De toute façon, l'opération se faisait au grand jour. « Eric Breteau m'a dit de porter l'uniforme pompier parisien (NB : Eric Breteau est pompier volontaire à Argenteuil, en région parisienne), avec Children Rescue marqué derrière nous. Car je ne veux pas donner l'impression d'une secte secrète, m'a-t-il expliqué. On se balladait, partout avec des tee-shirt siglés « Children Rescue », des stickers sur l'avion, sur les 4X4. ».

L'affaire commence, en fait, vraiment à déraper le 21 octobre. « On était à Adré. Les 4X4 sont arrivés sur les chapeaux de roues. « On a été arrêté par la police puis relâchés » m'ont-ils dit, met le moteur en marche, et on repart ». A Abêché le soir, conciliabule au camp. C'est là que Wilmart découvre une autre partie de l'opération, l'évacuation des enfants vers la France, l'Arche de Zoé et les familles d'accueil.

Le retour s'improvise. Le 23, Eric me dit : « écoute on met fin à la mission. Je n'ai plus besoin de toi comme pilote de brousse. Va à N'djamena, tu montes le plan de vol, et reviens à Chartres (avec le Piper). (...) On avance l'évacuation des enfants au 25. « Il vaut mieux en sauver 103 que 200 ». Il m'a dit sur «On les a arrachés du Darfour, on a des familles d'accueil en France, ils vont les accueillir pendant la guerre au Darfour ».

(Coïncidence, les généraux irlandais Nash et français Ganascia, commandant la future opération européenne militaire de maintien de la paix, Eufor Tchad RCA, commencent le 21 à N'Djamena une visite qui durera jusqu'au 24 en passant par Abêché, Goz Beïda et Iriba, avant la République centrafricaine)

Le plan de vol du retour. Au Novotel à N'Djamena, "le 24, j'apprends au dernier moment l'arrivée de l'avion loué, un avion d'équipage espagnol, immatriculé islandais ' l'immatriculation ne correspondait pas, suite à un problème technique, l'avion d'origine ne pouvait venir, ils n'ont pas réintroduit de demande, c'est courant" dans le milieu aérien. "J'ai personellement assisté à l'élaboration du plan de vol (du Boeing), la veille du départ. Il était mentionné : Nombre personnes à bord = 7 (commandant bord, l'équipage), remarques : OPS Children Rescue, EVASAN. Nombre de personnes à bord : 119. Destination Vatry. (Pour les noms des enfants), c'est à Abeché, que le chef de mission avait établi le manifeste avec tous les noms des enfants". (...)

Trois jours à attendre ... d'être arrêtés. "On va faire le plein (pour le petit avion). On devait partir pour Agadès. Je découvre alors qu'ils (Eric Breteau et les autres de l'Arche) sont tous arrêtés. Du coup, je décide de rester ; je ne voulais pas laisser l'impression de partir comme un voleur, cela était trop facile." Il décide alors de laisser l'avion là. Accompagné du jeune pilote belge, il décide cependant de changer d'hotal. "Au Novotel, il y avait beaucoup de militaires français", et s'inscrit au Méridien "sous mon nom". "'ai la conviction qu'on peut être arrêté rapidement. En fait, rien, comme s'ils attendaient que je parte comme un voleur. Trois jours se passent, je reste là".

Une arrestation qui traîne. Le 28 au matin, "le "petit belge" (qui avait décidé de repartir et avait trouvé un billet) est en train de faire ces paquets, le commissaire Assan me demande à la réception: « Commandant Wilmart, vous êtes en état d'arrestation, ne demande même pas au "petit belge" qui il est. Il le laisse. Je vois à la sortie, Josselyn Grange du Figaro qui se demande pourquoi il est arrêté, il est  très inquiet, choqué, je dis « interrogez d'abord le journaliste, il doit repartir ». Je suis resté interrogé pendant 6 h 30, jusqu'après le coucher du soleil, j'ai dormi."

En prison. "On était dans une prison à ciel ouvert, au milieu de 20 condamnés de droit commun, il y avait là des criminels, des trafiquants de motos. On a dit que j'avais été racketté. Mais il faut voir ce que signifie ce terme en Afrique. Cela veut surtout dire contribuer à la solidarité des prisonniers.  Ils ont effectivement pris tout ce qu'il y avait dans mes poches. Mais je suis sidéré de l'organisation des détenus. C'est le principe : « Il y a un chef, on t'accepte, et tu contribues à notre bonne entente. Bon j'ai donné un peu plus que le droit d'entrée. Mais on ne touchera pas à un de tes cheveux. J'ai surtout été bouffé par les moustiques. Vers 23h, un espèce de prince peul, en djellabah bleu - je sais ce n'est pas la région mais c'est l'impression qu'il donnait - me dit « toi, ce n'est pas ta place ici. Il me met dans une cellule, seul. Je n'avais pas mangé, ils m'offraient de l'eau tellement dégueullasse que je ne l'ai pas bu tellement j'avais peur d'être malade. »
Le 29, transfert à la police judiciaire. Nouvel interrogatoire. "J'ai vu un général qui m'a dit « je suis convaincu de bonne foi.  Mais on vous a mis dans un beau merdier. (...) Dans l'ensemble, on a été traités de façon très correcte. On s'est retrouvé tous à la maison d'arret, plutôt mieux traités que la moyenne, même si c'était dur." Le personnel de l'ambassade de France au Tchad et l'armée française passaient chaque jour, les premiers pour apporter de la nourriture, les deuxièmes pour les soins médicaux. Ils étaient très chaleureux. "J'étais épuisé physiquement, par la chaleur, la diarrhée. J'ai été transféré à l'antenne médicale
Adji Kossei de N'damena.

Inculpé au Tchad de « complicité d'enlèvement d'enfants », il récuse ce terme et a tenu à acter au procès-verbal du juge tchadien qui l'interrogeait qu'il « transportait des enfants et non pas les enlevait ». Placé en liberté provisoire, il reste à disposition de la justice tchadienne, bien entendu, mais « jamais les autorités belges ne vont m'autoriser à repartir dans son état » plaide-t-il. « J'ai la bonne conscience des innocents. » Ce baroudeur de l'Afrique tient à aussi rappeler, une vérité, la réalité africaine. « Vous savez quand vous êtes au seuil de la misère, les femmes préfèrent confier leur enfant, dans l'espoir qu'il ait une chance de s'en sortir ». Quant aux autorités tchadiennes, il ne veut pas en dire plus. "Pour eux, nous étions une manne qui tombe du ciel. 17 otages. Ca leur a permis d'user de pression pour obtenir certains avantages."

S'il y a eu des erreurs dans l'opération, il en a conscience. Mais il ne regrette rien. « Je me battrais jusqu'au bout de personnes qui ont été salies. Je peux concevoir qu'ils aient été naïfs, aient cherché à bousculer les choses, qu'ils aient commis des violations de certaines règles. » Quant à repartir en Afrique, pourquoi pas, "sur des missions de sauvetage dont je suis convaincu, la vie est devant".

Courage et lâcheté. Jacques Wilmart tient à remercier les Français qui l'ont assistés ainsi que les autorités belges, qui ont « agi beaucoup plus discrètement sans panache » mais tout aussi efficacement, il n'a en revanche pas de mots assez durs sur ceux qui, à distance, les ont critiqué et, surtout lâché. Rama Yade, la secrétaire d'Etat (française) chargée des Droits de l'homme, ' un "faux diamant dans un très bel écrin", particulièrement, lui est restée en travers de la gorge : « Qu'un membre de gouvernement se permette une telle bassesse, çà me révolte » ' comme tous les autres qui ont enchaîné derrière (telle la Commission européenne). Tout comme l'attriste la curieuse jalousie de certaines ONGs « Sur le tarmac d'Abeché, à coté d'avions superbes pour le Programme alimentaire mondial ou l''Unicef, avec mon petit Piper, on faisait un peu enfants pauvres. Et pourtant on agissait »

Pour un autre témoignage d'un médecin d'Argenteuil (voir Le Monde)
Crédits Photos : xx, Ema, Arche de Zoé
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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 13:14
A l’image de la politique extérieure, dont elle constitue un des attributs, la politique de défense - quasi-inexistante dans les précédents traités - a désormais une place notable. Au passage, elle gagne l’attribut « commun » : la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) devient la « Politique de sécurité et de défense commune » (PSDC). Comme le prévoyait CIG 2004, les missions militaro-civiles de « Petersberg » sont élargies ; certains moyens financiers sont mis en place (Fonds autonome), les liens entre Etats sont précisés (clause de défense commune et clause de solidarité) ; les mécanismes d’intervention sont affinés (groupes de nations, coopération renforcée permanente, agence européenne de défense). Certaines de ces dispositions (Agence européenne de défense ou l’élargissement des tâches de Petersberg) ayant été mises en œuvre de manière anticipée, la nouveauté la plus notable est la coopération renforcée permanente, sorte d’avant-garde ou de noyau dur de pays désirant aller plus loin dans l’Europe de la défense.

Une politique pas encore commune

Les rédacteurs du nouveau Traité ont cependant pris soin d’encadrer la politique de défense afin qu’elle ne déborde pas sur les compétences nationales. Il a ainsi été précisé que « les dispositions régissant la politique commune en matière de sécurité et de défense ne préjugent pas de la nature spécifique de la politique de sécurité et de défense des États membres. L’UE et ses États membres demeureront liés par les dispositions de la Charte des Nations unies et, en particulier, par la responsabilité première incombant au Conseil de sécurité et à ses États membres d’assurer le maintien de la paix et de la sécurité internationales » (Déclaration N° 13).

De plus, le processus décisionnel en matière de politique de défense reste entièrement soumis à la règle du vote à l’unanimité. Et l’adoption d’actes législatifs est exclue (article 24 §2 du Traité sur l’UE - TUE). Aucune possibilité d’évolution vers la majorité qualifiée n’est prévue (article 280H du Traité sur le fonctionnement de l’UE - TFUE). Dans le même esprit, la Cour de justice de l’Union européenne n’est pas compétente (article 275 TFUE).
Les différences substantielles de visions des États membres et de leurs capacités militaires explique cette série de dispositions. Le Traité mentionne ainsi à plusieurs reprises des réserves ainsi que la nécessité de préserver autonomie de l’OTAN, demande britannique notamment.

Mais l’ambition réitérée est d’avoir « une définition progressive d’une politique de défense commune qui peut conduire à une défense commune » (article 24 TUE). Le passage à la défense commune est décidé par le Conseil européen, à l’unanimité ; il recommande alors aux États membres d’adopter une décision, selon leurs propres règles constitutionnelles nationales (article 42 §1 TUE).

Des missions élargies

Définition. La mission dévolue à l’Union est d’assurer « une capacité opérationnelle s’appuyant sur des moyens civils et militaires ». L’Union peut y avoir recours dans des missions en dehors de l’Union afin d’assurer le maintien de la paix, la prévention des conflits et le renforcement de la sécurité internationale conformément aux principes de la charte des Nations unies. L’exécution de ces tâches repose sur les capacités fournies par les États membres. Ces Etats s’engagent d’ailleurs à « mettre à disposition » ces capacités et à les « améliorer progressivement ».

Missions de Petersberg. Outre les missions humanitaires et d’évacuation et les missions de combat pour la gestion de crises, déjà contenues dans l’ancien Traité, le nouveau Traité entérine l’élargissement du champ d’application de ces missions - nées en pleine guerre de l’ex-Yougoslavie, en juin 1992, lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères et de la Défense de l’Union de l’Europe Occidentale (UEO) à Petersberg (près de Bonn). Il comprend désormais : les actions conjointes en matière de désarmement, les missions de conseil et d’assistance en matière militaire, les missions de prévention des conflits et de maintien de la paix et les opérations de stabilisation à la fin des conflits. Et toutes ces missions peuvent contribuer à la lutte contre le terrorisme (article 43 TUE).

Clause de défense commune. Inspirée du traité de l’UEO, le nouveau Traité établit une obligation de défense mutuelle. Si un État membre est objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui « doivent » alors aide et assistance « par tous les moyens en leur pouvoir ». Cette obligation n’affecte pas la « spécificité » de certains Etats membres (neutres ou liés par des accords spéciaux) ainsi que les accords de l’OTAN (article 42 §7 TUE).

Clause de solidarité. « Si un État membre est l’objet d’une attaque terroriste ou la victime d’une catastrophe naturelle ou d’origine humaine (…), l’Union mobilise tous les instruments à sa disposition, y compris les moyens militaires mis à sa disposition par les États membres ». L’UE peut ainsi utiliser des moyens de prévention (face à la menace terroriste) ou pour protéger les institutions démocratiques et la population civile. Elle peut aussi porter assistance à un État membre, « à la demande de ses autorités politiques » (article 222 TFUE). Cette Clause de solidarité est mise en œuvre par une décision adoptée par le Conseil, sur proposition conjointe de la Commission et du haut représentant. S’il y a des implications militaires dans le domaine de la défense, le Conseil statue à l’unanimité. Le Parlement européen est informé. Par ailleurs, Conseil européen procède à une évaluation régulière des menaces auxquelles l’Union est confrontée. Cette clause a été mise en œuvre, de manière anticipée, après les attentats de mars 2004 à Madrid. Elle est complétée par la disposition sur la protection civile.

Des moyens opérationnels

Coopération structurée permanente. C’est la principale nouveauté de ce Traité. Les Etats volontaires doivent s’engager à fournir des unités de combat « projetables » sur un terrain extérieur, c’est-à-dire avec les éléments de soutien (transport, logistique…) dans un délai court (5 à 30 jours) pour une durée de 4 mois. Cette coopération est mise en œuvre normalement dès l’entrée en vigueur du Traité. Chaque Etat voulant participer à cette coopération le notifie au haut représentant. La décision de mise en place de la coopération est ensuite prise dans les trois mois. Un Etat membre peut décider ultérieurement de la rejoindre. La décision de création, comme celle d’admettre ou de suspendre des membres, sont prises à la majorité qualifiée. En revanche, à l’intérieur de cette coopération, les décisions doivent être prises à l’unanimité (article 42§6 et 46 TUE + Protocole N° 10).

Groupe de nations. Le Conseil peut « confier la réalisation d’une mission, dans le cadre de l’Union, à un groupe d’États membres afin de préserver les valeurs de l’Union et de servir ses intérêts ». Les États qui participent à la réalisation de la mission informent régulièrement le Conseil de l’état de la mission de leur propre initiative ou à la demande d’un autre État membre (article 44 TUE).

Coopération renforcée (simple). Les restrictions figurant dans le traité de Nice sont supprimées, cette possibilité pourrait donc s’appliquer à la PSDC.

Agence européenne de défense. Déjà créée par anticipation à la Constitution en 2004, sur décision du Conseil européen de Thessalonique, l’Agence trouve, ici, une consécration juridique et une garantie d’autonomie. Le mandat qui lui est fixé est aussi plus global : non limité à la gestion de crise ou aux armements, l’agence reçoit aussi comme mission de promouvoir une harmonisation des besoins opérationnels Elle conserve évidemment ses autres missions : aider à l’évaluation des objectifs de capacités militaires, recherche et développement, base industrielle et technologique d’un marché de la défense. Le statut, le siège et les modalités de fonctionnement de l’Agence sont décidés à la majorité qualifiée (article 45 TUE)

Des moyens financiers
Le Traité maintient l’interdiction de mettre à la charge du budget général de l’Union les dépenses opérationnelles militaires ou de défense. Ces dépenses restent à la charge des États membres selon la clé du produit national brut, « à moins que le Conseil, à l’unanimité, n’en décide autrement ».
Deux exceptions sont prévues.
1° Le Conseil peut adopter une décision garantissant un accès rapide aux crédits du budget destinés au financement d’urgence pour des initiatives concernant les activités préparatoires des missions de Petersberg. Le Parlement européen est consulté.
2° Le Conseil peut mettre en place un « fonds de lancement », constitué de contributions des États membres, pour le financement des actions préparatoires aux missions de Petersberg et de la PSDC qui ne sont pas prises en charge par le budget général de l’Union. Le Conseil des ministres statue à la majorité qualifiée sur proposition du Haut représentant (article 41§3).

Un chef
C’est le Haut représentant qui conduit la politique de sécurité et de défense commune de l’Union. Il fait des propositions et l’exécute en tant que mandataire du Conseil (article 18 TUE).

Le Parlement européen est régulièrement consulté par le haut représentant sur les principaux aspects, les choix fondamentaux et l’évolution de la PSDC. Ses vues sont « dûment prises en considération » par le haut représentant. Les représentants spéciaux peuvent être associés à l’information du PE. Par ailleurs, la thématique de défense n’est pas interdite au débat des parlements nationaux. La conférence des organes parlementaires spécialisés dans les affaires de l’Union (Cosac) peut ainsi convoquer une conférence interparlementaire sur ce sujet.

(Article paru dans le numéro spécial d'Europolitique - consacré au Traité de Lisbonne - références mises à jour avec la nouvelle numéroration du traité)
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30 septembre 2007 7 30 /09 /septembre /2007 13:01
(article publié dans le quotidien Europolitique, 2007)

• Quelle est la priorité principale pour cette réunion informelle des ministres de la Défense qui s'ouvre aujourd'hui à Evora ?
À part les matières habituellement abordées, nous avons deux points d’agenda propres : la coopération avec l’Afrique (pour approfondir nos relations avec l’Union Africaine) et la coopération avec la Méditerranée (dans le cadre de l’Initiative 5 + 5). La présence, à Évora, du ministre de la Défense du Ghana (pays qui tient la présidence de l’Union africaine), des cinq ministres de la défense du Maghreb (Algérie, Maroc, Mauritanie, Libye et Tunisie) ainsi que le Secrétaire-géneral de l’OTAN le prouve. Dans la suite de la présidence allemande, qui a «investi» dans la relation UE-ONU, le Portugal soutient, en effet, et encourage le développement d’une coopération efficiente et réciproque avec l’Alliance Atlantique, dans les théâtres d’opérations mais aussi plus de transparence dans le processus de développement de capacités militaires dans les deux organisations. 

• Justement, l'Otan vient de faire savoir que sa force de réaction rapide n'était pas au complet. Principale cause : la multiplication des conflits et la moblisation des troupes américaines en Irak. Cette situation - particulière à l'Otan – est-t-elle généralisée au niveau européen ? Vous préoccupe-t-elle ?
Pour nous, l’Europe de la défense doit, entre autres, contribuer au développement de ses capacités militaires. Nous avons besoin effectivement de renforcer et d’approfondir notre capacité de réaction rapide face aux situations de crise. Cela passe par la création de groupements tactiques de forces de combat non seulement terrestres, mais aussi aériens et navals. Il nous faut aussi renforcer la capacité de planification et de pilotage des opérations et créer une base industrielle européenne. L’Agence européenne de défense joue un rôle fondamental sur ce point. Et tout cela, nous devons le développer sur une base de complémentarité avec l’Alliance atlantique.

• L’OTAN ne suffit-elle pas en tant que tel ? Pourquoi développer un système concurrent ?
Il ne s’agit pas de concurrence mais de complémentarité. L’Otan n’a pas vocation à tout faire. Nous avons des rôles différents et tous les deux sont nécessaires. Et la défense est un vecteur vital pour l'intégration européenne aujourd'hui. L'UE doit devenir une véritable communauté de défense. Ce n'est qu'ainsi qu'elle pourra devenir un acteur international à part entière.

• Le 10 décembre, quelle que soit la solution, le Kosovo dépendra encore plus de l'Europe (L'Onu ayant déclaré qu'elle cessait son mandat), comment le ministre de la Défense envisage une intervention européenne dans cette région ?
Nous suivons de près les négociations en cours sur la définition du futur statut du territoire du Kosovo. La semaine dernière, j’ai visité Belgrade et Pristina, où j’ai eu des contacts au plus haut niveau. J’ai eu la perception claire que la frontière entre autonomie maximale et indépendance minimale est très mince. Nous continuons donc à soutenir les efforts de la communauté internationale à fin de voir aboutir à une solution négociée entre les deus parties. Mis à part la participation d’un représentant de l’UE dans la Troika, notre engagement se traduit aussi dans une mission PESD, qui est en préparation pour y intervenir au lendemain d’une décision du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Texeira (biographie)
Né en Guinée-Bissau en 1957, Nuno Severiano Texeira est avant tout un historien et un spécialiste des questions internationales. Après une licence d’histoire à la faculté de lettres de l'université de Lisbonne (1981), il a été chercheur à l'institut universitaire européen (entre 1989 et 1992), où il obtient un doctorat en histoire des relations internationales (1994) puis directeur de l'institut de défense nationale (de 1996 à 2000). Il est ministre de l’Administration interne de 2000 à 2002 (dans le gouvernement du socialiste Gutteres) et est ministre de la Défense depuis juin 2006 (gouvernement Socrates). Il a publié plusieurs ouvrages sur: les Balkans et l’UE, « Southern Europe and the Making of the European Union» (Columbia Unniversity Press 2002); « l’Europe du Sud et la Construction européenne » (Imprensa de Ciências Sociais, 2005); et il a coordonné un ouvrage en 5 volumes sur la « nouvelle histoire militaire du Portugal (Círculo de Leitores, 2003).
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25 septembre 2007 2 25 /09 /septembre /2007 12:08

Résolution 1778 (2007)
Adoptée par le Conseil de sécurité à sa 5748e séance,
le 25 septembre 2007
Le Conseil de sécurité,
Rappelant ses résolutions et les déclarations de son président concernant le
Tchad, la République centrafricaine et la sous-région, y compris la résolution 1769,
Réaffirmant son attachement au respect de la souveraineté, de l’unité, de
l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique du Tchad et de la République
centrafricaine, ainsi qu’à la cause de la paix dans la région,
Exprimant sa vive préoccupation à l’égard des activités de groupes armés et
des autres attaques à l’est du Tchad, au nord-est de la République centrafricaine et à
l’ouest du Soudan qui font peser une menace sur la sécurité de la population civile
et la poursuite des opérations humanitaires dans ces régions ainsi que sur la stabilité
de ces pays, et donnent lieu à de graves violations des droits de l’homme et du droit
international humanitaire,
Réaffirmant le caractère inacceptable de toute tentative de déstabilisation par
la violence et de prise du pouvoir par la force,
Rappelant qu’il incombe au premier chef aux Gouvernements du Tchad et de
la République centrafricaine d’assurer la sécurité des populations civiles sur leur
territoire,
Redisant sa crainte que la violence persistante au Darfour, à l’est du Tchad et
au nord-est de la République centrafricaine ne vienne encore nuire à la situation
dans la région,
Rappelant l’Accord de Tripoli du 8 février 2006 et les autres accords
bilatéraux et multilatéraux entre les Gouvernements soudanais, tchadien et
centrafricain, soulignant qu’un juste règlement du problème du Darfour et une
amélioration des relations entre le Soudan, le Tchad et la République centrafricaine
contribueront à la paix et à la stabilité à long terme dans la région, et saluant le
communiqué publié à l’issue de la 70e réunion du Conseil de paix et de sécurité de
l’Union africaine, consacrée aux relations entre le Soudan et le Tchad, qui s’est
tenue les 12 et 13 février 2007,
Renouvelant son plein soutien aux efforts du Secrétaire général et de l’Union
africaine en vue de la relance du processus de paix initié par l’Accord de paix sur le
Darfour, de la consolidation du cessez-le-feu et du renforcement de la présence de
maintien de la paix au Darfour,
Réaffirmant ses résolutions 1325 (2000) sur les femmes, la paix et la sécurité,
1502 (2003) sur la protection du personnel humanitaire et du personnel des Nations
Unies et sa résolution 1674 (2006) sur la protection des civils en période de conflit
armé,
Réaffirmant sa résolution 1612 (2005) sur les enfants dans les conflits armés,
prenant note du rapport du Secrétaire général sur les enfants et les conflits armés au
Tchad (S/2007/400) et des recommandations qu’il contient, et rappelant les
conclusions relatives au Tchad adoptées ultérieurement par son groupe de travail sur
les enfants et les conflits armés (S/AC.51/2007/16),
Ayant à l’esprit la Convention relative au statut des réfugiés du 28 juillet 1951
et son protocole additionnel du 16 décembre 1966,
Soulignant la nécessité de préserver le caractère civil des camps de réfugiés et
des sites de personnes déplacées internes et de prévenir les recrutements, notamment
d’enfants, qui pourraient intervenir dans et autour de ces camps du fait de groupes
armés,
Saluant la signature le 13 août 2007 à N’Djamena de l’Accord politique en vue
du renforcement du processus démocratique au Tchad,
Ayant examiné le rapport (S/2007/488) du Secrétaire général du 10 août 2007
(ci-après dénommé « le rapport du Secrétaire général ») et les recommandations
qu’il contient sur le déploiement d’une présence internationale dans les régions de
l’est du Tchad et du nord-est de la République centrafricaine énoncées en son
paragraphe 37 (ci-après désignées par les termes « à l’est du Tchad et au nord-est de
la République centrafricaine »),
Saluant la disponibilité de l’Union européenne, exprimée lors de la réunion du
Conseil de l’Union européenne des 23 et 24 juillet 2007, à envisager la mise en
place pour une durée de 12 mois d’une opération qui viendrait appuyer la présence
des Nations Unies dans l’est du Tchad et le nord-est de la République centrafricaine,
et prenant note de la lettre, datée du 17 septembre 2007, adressée par le Haut
Représentant du Secrétaire général du Conseil de l’Union européenne (S/2007/560,
annexe),
Saluant la lettre des autorités tchadiennes en date du 11 septembre 2007
(S/2007/540) et la lettre des autorités centrafricaines en date du 17 septembre 2007
(S/2007/551), approuvant le déploiement d’une présence internationale fournie par
les Nations Unies et l’Union européenne,
Constatant que la situation qui prévaut dans la zone frontalière entre le
Soudan, le Tchad et la République centrafricaine constitue une menace pour la paix
et la sécurité internationales,
1. Approuve la mise en place au Tchad et en République centrafricaine,
conformément aux paragraphes 2 à 6 ci-après et en consultation avec les autorités
du Tchad et de la République centrafricaine, d’une présence multidimensionnelle
destinée à aider à créer les conditions favorables au retour volontaire, sécurisé et
durable des réfugiés et des personnes déplacées, y compris en contribuant à la
protection des réfugiés, des personnes déplacées et des populations civiles en
danger, en facilitant la fourniture de l’assistance humanitaire dans l’est du Tchad et
le nord-est de la République centrafricaine, et en créant les conditions en faveur
d’un effort de reconstruction et de développement économique et social de ces
zones;
2. Décide que cette présence multidimensionnelle inclura, pour une période
d’un an, une mission des Nations Unies en République centrafricaine et au Tchad
(l’acronyme MINURCAT étant retenu dans toutes les langues), dont le mandat sera
le suivant, dans l’est du Tchad et le nord-est de la République centrafricaine, en
liaison avec l’équipe de pays des Nations Unies :
Sécurité et protection des civils
a) Sélectionner, entraîner, conseiller et faciliter le soutien des éléments de la
police tchadienne pour la protection humanitaire visée au paragraphe 5 ci-dessous;
b) Assurer la liaison avec l’armée nationale, les forces de gendarmerie et de
police, la garde nationale nomade, les autorités judiciaires et pénitentiaires du
Tchad et de la République centrafricaine afin de contribuer à créer un
environnement plus sûr;
c) Assurer la liaison avec le Gouvernement tchadien et le Haut-
Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) pour soutenir leurs efforts
tendant à réinstaller les camps de réfugiés qui se trouvent à proximité de la
frontière, et fournir au HCR un soutien logistique à cet effet, là où elle en a la
possibilité et sur la base d’un remboursement des coûts;
d) Maintenir des contacts étroits avec le Gouvernement soudanais, l’Union
africaine, la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS) et l’opération hybride
UA/ONU au Darfour (MINUAD) qui lui succédera, le Bureau de l’Organisation des
Nations Unies en République centrafricaine (BONUCA), la Force multinationale de
la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale en République
centrafricaine (FOMUC) et la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD)
pour échanger leurs informations sur les menaces pesant sur les activités
humanitaires dans la région;
Droits de l’homme et état de droit
e) Contribuer à la surveillance ainsi qu’à la promotion et à la défense des
droits de l’homme, y compris en accordant une attention particulière aux violences
sexuelles et sexistes, et en recommandant aux autorités compétentes les mesures à
prendre, en vue de lutter contre l’impunité;
f) Dans les limites de ses possibilités, soutenir les efforts des
Gouvernements tchadien et centrafricain et de la société civile pour renforcer leurs
capacités en dispensant une formation sur les normes internationales en matière de
droits de l’homme, et les efforts tendant à mettre fin au recrutement et à l’utilisation
d’enfants par les groupes armés;
g) Aider les Gouvernements du Tchad et, sans préjudice du mandat du
BONUCA, de la République centrafricaine à promouvoir le respect de la légalité,
notamment en appuyant un système judiciaire indépendant et un système juridique
renforcé, en coordination étroite avec les organismes des Nations Unies;
3. Décide que la MINURCAT comprendra un maximum de 300 policiers et
de 50 officiers de liaison militaire, ainsi qu’un effectif approprié de personnel civil;
4. Prie le Secrétaire général et les Gouvernements tchadien et centrafricain
de conclure, dans les meilleurs délais, des accords sur le statut des forces de la
MINURCAT, prenant en considération la résolution 59/47 de l’Assemblée générale
sur la portée de la protection juridique offerte par la Convention sur la sécurité du
personnel des Nations Unies et du personnel associé, sa résolution 60/42 sur le
Protocole facultatif à la Convention sur la sécurité du personnel des Nations Unies
et du personnel associé et sa résolution 61/133 sur la sûreté et la sécurité du
personnel humanitaire et la protection du personnel des Nations Unies, et note qu’en
attendant la conclusion d’un tel accord avec l’un ou l’autre pays, l’accord type sur le
statut des forces en date du 9 octobre 1990 (A/45/594) s’appliquera provisoirement;
5. Fait sien le concept de police figurant dans le rapport du Secrétaire
général, y compris les dispositions relatives à la mise en place d’une Police
tchadienne pour la protection humanitaire (PTPH) qui aurait exclusivement pour
rôle d’assurer le maintien de l’ordre et le respect de la loi dans les camps de
réfugiés, les sites regroupant les personnes déplacées et les villes principales dans
les régions avoisinantes et d’aider à assurer la sécurité des opérations humanitaires
dans l’est du Tchad, et, à cet égard, encourage le Gouvernement tchadien à mettre
celle-ci en place, souligne le besoin urgent de fournir un appui logistique et
financier à la PTPH et prie le Secrétaire général de mobiliser les États Membres et
les donateurs institutionnels à cette fin;
6. Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies,
a) Autorise l’Union européenne à déployer, pour une durée d’un an à
compter du moment auquel l’Union européenne déclarera sa capacité opérationnelle
initiale en consultation avec le Secrétaire général, une opération (ci-après
dénommée « l’opération de l’Union européenne ») destinée à soutenir les éléments
visés aux paragraphes 2 à 4 ci-dessus, et décide que cette opération sera autorisée à
prendre toutes les mesures nécessaires, dans la limite de ses capacités et dans sa
zone d’opérations dans l’est du Tchad et le nord-est de la République centrafricaine,
pour s’acquitter des tâches suivantes, conformément à l’arrangement qui sera conclu
entre l’Union européenne et l’Organisation des Nations Unies, en liaison avec les
Gouvernements tchadien et centrafricain :
i) Contribuer à la protection des civils en danger, en particulier les réfugiés
et les personnes déplacées;
ii) Faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire et la libre circulation du
personnel humanitaire en contribuant à améliorer la sécurité dans la zone
d’opérations;
iii) Contribuer à la protection du personnel, des locaux, des installations et
du matériel des Nations Unies et à assurer la sécurité et la liberté de circulation
de son personnel, du personnel des Nations Unies et du personnel associé;
b) Autorise l’opération de l’Union européenne, à l’expiration de la période
précisée au sous-paragraphe a) ci-dessus, à prendre toutes les mesures appropriées
en vue de son désengagement ordonné, y compris en s’acquittant des tâches
précisées au sous-paragraphe a), et dans la limite de ses capacités résiduelles;
7. Invite l’Union européenne, selon qu’il conviendra en vue de la bonne
exécution du mandat de son opération, à participer aux activités de liaison et de
soutien prévues aux paragraphes 2 b) à 2 d);
8. Invite l’opération de l’Union européenne à prendre immédiatement toutes
les mesures appropriées en vue de préparer sa pleine capacité opérationnelle et prie
le Secrétaire général de se coordonner étroitement avec l’Union européenne tout au
long de ce processus, en particulier en ce qui concerne les arrangements requis pour
assurer une protection appropriée du personnel, des locaux, des installations et du
matériel des Nations Unies et assurer la liberté de circulation du personnel des
Nations Unies;
9. Prie l’Union européenne et le Secrétaire général et les Gouvernements
tchadien et centrafricain de coopérer étroitement tout au long de la période de
déploiement de l’opération de l’Union européenne, jusqu’à son désengagement
complet;
10. Prie le Secrétaire général de lui faire rapport, après avoir dûment
consulté les Gouvernements tchadien et centrafricain, six mois après la date précisée
au paragraphe 6 a), sur les dispositions de suivi de l’opération de l’Union
européenne à mettre en place, qui est autorisée pour une période d’un an, y compris
une possible opération des Nations Unies, en fonction de l’évolution de la situation,
et note qu’à cette fin, une évaluation des besoins sera faite avant cette date par
l’Organisation des Nations Unies et l’Union européenne;
11. Invite les Gouvernements du Tchad et de la République centrafricaine et
l’Union européenne à conclure dès que possible des accords sur le statut des forces
de l’opération visée au paragraphe 6 ci-dessus;
12. Prie l’Union européenne de faire rapport au Conseil de sécurité, au
milieu et à la fin de la période précisée au paragraphe 6 a) ci-dessus, sur la manière
dont son opération s’acquittera de son mandat;
13. Demande à toutes les parties de coopérer pleinement au déploiement et
aux opérations de la MINURCAT et de l’opération de l’Union européenne,
notamment en garantissant la sécurité et la liberté de circulation de leur personnel et
du personnel associé;
14. Engage tous les États Membres, en particulier les États voisins du Tchad
et de la République centrafricaine, à faciliter l’acheminement vers le Tchad et la
République centrafricaine librement, sans entrave et sans perte de temps de tout le
personnel ainsi que du matériel, des vivres et des fournitures et autres marchandises,
y compris les véhicules et pièces détachées, destinés à la MINURCAT et à
l’opération de l’Union européenne;
15. Encourage chacun des Gouvernements du Soudan, du Tchad et de la
République centrafricaine à veiller à ce que son territoire ne soit pas utilisé pour
porter atteinte à la souveraineté des autres, et à coopérer activement en vue de
mettre en oeuvre l’Accord de Tripoli et les autres accords destinés à assurer la
sécurité le long de leurs frontières communes;
16. Encourage les autorités et les acteurs politiques du Tchad et de la
République centrafricaine à poursuivre leurs efforts en matière de dialogue national,
dans le respect du cadre constitutionnel;
17. Réaffirme l’obligation pour toutes les parties d’appliquer pleinement les
règles et principes du droit international humanitaire, en particulier ceux relatifs à la
protection du personnel humanitaire, et demande également à toutes les parties
concernées de ménager au personnel humanitaire un accès immédiat, libre et sans
entrave à toutes les personnes qui ont besoin d’une assistance, conformément au
droit international applicable;
18. Prend note des mesures déjà prises par les autorités tchadiennes pour
mettre fin au recrutement et à l’utilisation d’enfants au sein des groupes armés, les
encourage à poursuivre leur coopération avec les organismes des Nations unies, en
particulier le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), et appelle toutes
les parties concernées à faire en sorte que la protection des enfants soit assurée;
19. Exhorte la communauté des donateurs à accroître ses efforts en vue de
répondre aux besoins humanitaires et aux besoins de reconstruction et de
développement au Tchad et en République centrafricaine;
20. Prie le Secrétaire général de le tenir informé des arrangements de liaison
prévus aux paragraphes 2 b) à 2 d) ci-dessus, et de le tenir régulièrement informé de
l’évolution de la situation sécuritaire et humanitaire, y compris les mouvements de
réfugiés et de déplacés, dans l’est du Tchad, dans le nord-est de la République
centrafricaine et dans la région, des progrès accomplis en direction de l’objectif
d’aider à créer les conditions favorables à un retour volontaire, sécurisé et durable
des réfugiés et des personnes déplacées, ainsi que de l’exécution du mandat de la
MINURCAT, et de lui présenter tous les trois mois un rapport à ce sujet;
21. Décide de demeurer activement saisi de la question.

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20 septembre 2007 4 20 /09 /septembre /2007 11:13
(articles publié dans Maires de France et Ouest-France, 2007)

Beaulieu 5-9, dans la banlieue de Bruxelles
, c’est le centre nerveux du « mécanisme européen de protection civile ». Un bien grand mot pour un bureau tout à fait ordinaire, où officient des fonctionnaires un peu moins ordinaires. Ici règne le franc parler habituel des « opérationnels ». Ici, 24 heures sur 24, un pays européen en proie à une calamité à laquelle il ne peut faire face (feux, inondations, pollution marine…) peut demander l’aide de ses homologues. Créée après une série de catastrophes à la fin des années 1990 - le naufrage de l'Erika, les violentes tempêtes, la pollution industrielle du Danube -, la cellule de crise de l'Union européenne a pris le relais d'un système plus lâche d'information, mis en place dès 1991. Les attentats du World trade center à New York servent de déclencheur. Il met en oeuvre le principe cher aux mousquetaires : « Un pour tous, Tous pour un ». Car l'Europe, quand on additionne ses pompiers, ses matériels divers et variés et ses experts en tout genre, représente la première force d'intervention de sécurité civile au monde. La cellule européenne a vocation à intervenir sur tout type de catastrophe d'origine naturelle, technologique, humaine survenant dans un pays européen, voire même dans un pays tiers lié par un accord avec l’Union européenne.

Un système opérationnel efficace

Cet été, quand l’appel de la Grèce pour les feux de forêt est tombé, il était déjà très tard. Les feux de forêt avaient pris une ampleur terrifiante. Heureusement, la réaction européenne a été rapide. Moins de 24 heures après, deux Canadairs français, en provenance de Marseille étaient déjà sur zone, deux autres suivaient le lendemain. « Les meilleurs sont les Français » assure-t-on, au niveau européen. « Ce sont les seuls qui peuvent larguer en volant à seulement 5 mètres de hauteur ». En tout une dizaine de Canadairs, cinq autres avions et près d’une vingtaine d’hélicoptères provenant de 14 pays européens, de Norvège, d’Allemagne, de Serbie et même d’Israël ont volé vers la Grèce.

« La solidarité européenne a joué à plein » explique Hervé Martin, le chef de l’Unité « Protection civile » à la Commission européenne. Et ce n’est pas un vain mot. L’Italie, qui avait des renforts français pour ses incendies, a accepté que ceux-ci soient déroutés sur les feux grecs. « C’est pire chez eux que chez nous » a justifié un responsable italien. « On n’a jamais vu une telle situation » confirme Hervé Martin. « Nous sommes d’ailleurs au bout des capacités européennes de Canadairs. Si un autre incendie se déclenche, nous serons démunis. Ou alors il faudra priver la Grèce de moyens. Et c’est la deuxième fois depuis le début de l’été que cela se reproduit. Il faut donc réfléchir à d’autres moyens pour l’avenir. » A défaut d’acheter de nouveaux Canadairs, des avions australiens ou canadiens pourraient être prépositionnés en Europe l’été ou des moyens privés mis en astreinte. Mais cela coûte, un peu, cher.

Les Etats membres sont réticents à confier une nouvelle compétence à l’Europe… même s’ils sont bien contents d’appeler Bruxelles à la rescousse quand le feu brûle. «Le mécanisme de protection civile européen a prouvé son utilité » estime Stavros Dimas, le commissaire chargé de l’Environnement. « Mais il peut encore être amélioré. Nous avons pu aider, mais nous avons aussi appris comment notre aide peut être améliorée. (…) Mais pour concrétiser ces plans, nous devrons disposer de ressources suffisantes.» 

Des propositions des moyens

Une proposition en 2006. La Commission européenne a ainsi avancé, en 2006, une série de propositions visant à améliorer la capacité de réaction du mécanisme de protection civile de l’Union européenne en cas de catastrophe naturelle ou écologique. Lorsque les moyens de transport nationaux font défaut, sont insuffisants ou inadéquats, la Commission propose donc de louer les moyens de transport nécessaires. En cas de catastrophes simultanées ou à grande échelle, la Commission pourra aussi mobiliser des équipements supplémentaires, notamment des équipements logistiques de base et en particulier du matériel de communication.

Un moyen d’information
La Commission a lancé sur son site internet, un bulletin quotidien appelé «MIC Daily» qui sert d’observatoire des catastrophes naturelles et humaines, en devenir ou en cours, dans le monde. L’objectif est d’informer les décideurs et les centres de crises en Europe et à l’étranger. Le MIC Daily est relié à plus de 50 services d’alerte précoce et d’alerte en temps réel ainsi qu’à des centaines de sources d’information à travers le monde. Il fournit à un aperçu des catastrophes principales (séismes, inondations, incendies de forêt, etc.), avec des liens hypertextes vers des rapports détaillés, cartes, images satellitaires et analyses. Le grand public y a également accès. Les systèmes d’alerte précoce seront renforcés permettant d’intervenir plus rapidement, ainsi que la coordination entre forces de protection civile.
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Secours - Sécurité Civile
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29 août 2007 3 29 /08 /août /2007 12:42
Beaulieu 5-9, dans la banlieue de Bruxelles, c’est le centre nerveux du « mécanisme européen de protection civile ». Un bien grand mot pour un bureau tout à fait ordinaire, où officient des fonctionnaires un peu moins ordinaires, au franc parler habituel des « opérationnels ».

Quand l’appel de Grèce est tombé, vendredi à 16h, il était déjà très tard. Les feux de forêt avaient pris une ampleur terrifique. Heureusement, la réaction européenne a été rapide. Dès le samedi midi, deux Canadairs français, en provenance de Marseille étaient sur zone, deux autres suivaient le lendemain. « Les meilleurs » assure-t-on, au niveau européen. « Ce sont les seuls qui peuvent larguer à 5 mètres ». En tout une dizaine de Canadairs, 5 autres avions et près d’une vingtaine d’hélicoptères provenant de 14 pays européens, de Norvège, d’Allemagne, de Serbie et même d’Israël ont volé vers la Grèce.

« La solidarité européenne a joué à plein » explique Hervé Martin, le chef de l’Unité « Protection civile » à la Commission européenne. Et ce n’est pas un vain mot. L’Italie qui avait des renforts français pour ses incendies a accepté que ceux-ci soient déroutés sur les feux grecs. « C’est pire chez eux que chez nous » a justifié un responsable italien. « On n’a jamais vu une telle situation » confirme Hervé Martin. « Nous sommes d’ailleurs au bout des capacités européennes de Canadairs. Si un autre incendie se déclenche, nous serons démunis. Ou alors il faudra priver la Grèce de moyens. Et c’est la deuxième fois depuis le début de l’été que cela se reproduit. Il faut donc réfléchir à d’autres moyens pour l’avenir ». A défaut d’acheter de nouveaux Canadairs, des avions australiens ou canadiens pourraient être prépositionnés en Europe l’été ou des moyens privés mis en astreinte. Mais cela coûte, un peu, cher. Et les Etats membres sont réticents à confier une nouvelle compétence à l’Europe… même s’ils sont bien contents d’appeler Bruxelles à la rescousse quand le feu brûle.
(article paru dans Ouest-France le 28 août 2007)
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Secours - Sécurité Civile
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