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20 janvier 2005 4 20 /01 /janvier /2005 22:39

(article publié dans Ouest-France 21 janvier 2005) Une simple note devrait être donc présentée ce lundi aux ministres des affaires étrangères qui doivent adopter un plan d’action après le Tsunami.

Le souffle du tsunami retombé, l’élan européen pour coordonner les moyens de protection civile semble s’essouffler. Sauf surprise, les ministres devraient ainsi se contenter, ce lundi, de belles phrases. Ce n’est pas la première une fois... La première résolution en la matière remonte à… 1991. Et ce n’est qu’après une conjonction d’accidents en 1999-2000 — naufrage de l’Erika, tempêtes, tremblement de terre en Turquie… — qu’un semblant de coordination européenne voit le jour. Une petite cellule « protection civile » prend ses quartiers à la Commission européenne (1). Une base de données répertoriant les moyens est mise en ligne. Quelques exercices en commun ont lieu. Michel Barnier, à l’époque commissaire à la politique régionale, voit plus loin et se prononce (déjà !), pour « développer une capacité d'intervention européenne, qui s'appuierait sur les dispositifs nationaux existants et qui serait capable d'intervenir de façon coordonnée ».

Tout est dit… Peu sera fait ! De nombreux Etats membres semblent réticents à lâcher une quelconque parcelle de pouvoir et… de budget (2). Et après les attentats du 11 septembre 2001, la lutte antiterroriste occupe tous les esprits. Certes les incendies de forêts à l’été 2003 et, surtout l’attentat à Madrid en mars 2004, reposent l’urgence d’une solution. Mais la rétention d’informations pour alimenter la base de données reste monnaie courante. La Commission Prodi propose bien aux Ministres un plan d’action précis. Avec les félicitations des 25… Mais, toujours, sans suite concrète.

Les querelles de pouvoir minent, en fait, toute initiative. Entre institutions européennes tout d’abord mais aussi en leur sein (3). La Commission Barroso a ainsi été incapable, mercredi dernier, d’adopter une position commune sur le sujet, les commissaires se disputant le leadership du dossier. Et dans certains pays, ce n’est pas mieux ! Chacun des acteurs concernés – Affaires étrangères, Intérieur, Santé, Environnement…— tente de sauvegarder son point de vue...

Que faudra-t-il pour que l’Europe se dote, enfin, d’une coordination de ses moyens de protection civile adaptée à son ambition ? Une nouvelle catastrophe majeure ?

Nicolas GROS-VERHEYDE.

(1) Non sans difficulté. Quelques jours avant le tsunami, le 21 décembre, les ministres renâclent à voter une augmentation de budget pour la petite cellule de protection civile — 2 millions d’euros par an, une misère à l’échelle européenne.

(2) Ainsi, alors qu'un seul Etat avait signaler avoir des pompes à disposition. six tout d’un coup en mettront à disposition lors des inondations en 2003. Effet bénéfique mais sous la pression. D'ordinaire c'est plutôt la rétention d'informations qui masque la collaboration inter-étatique.

(3) Au niveau européen, Conseil des Ministres et Commission européenne se disputent le leadership du dossier. Et ces dissensions se répercutent à la Commission européenne. Celle-ci a été incapable de présenter une position commune aux ministres.

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15 janvier 2005 6 15 /01 /janvier /2005 09:22
(article rédigé en janvier 2005) Malgré de belles paroles, les Etats membres ont toujours été réticents à confier à l’Europe une parcelle d’efficacité en matière de protection civile. Témoin de cette véritable « apathie », un sabre budgétaire s’est abattu en décembre dernier sur le seul budget de coopération en la matière. Allié au goupillon de la lutte anti-terroriste, il a beaucoup fait pour geler le dossier.

20 % de moins pour le budget de protection civile
C’était le 20 décembre (2004). A Bruxelles, les ministres de l’environnement des 25 entérinaient sans discussion une décision préparée par leurs diplomates. L’objectif — consacrer le minimum du minimum à la coopération en matière de protection civile — était atteint. Alors que la Commission proposait 2,4 millions d’euros par an  — - une misère au regard des budgets européens,  0,002 % du budget de l’Union, vingt minutes à peine de primes agricoles !— quelques Etats emportés par une rage anti-dépenses, —l’Allemagne, les Pays-Bas particulièrement contrés mais très mollement par la France et l’Espagne— décidaient de sabrer dans ce budget, que seule, en fait, l’Italie défendait. Résultat : 800.000 euros en moins, 20 % du budget alloué. Juste par principe ! Il s’agissait de montrer les crocs face à la Commission européenne dans une discussion qui se déroulait en parallèle sur les perspectives financières pour 2007-2013… Quelques jours plus tard, les mêmes s’enflammaient, faisaient de la surenchère aux dons, … Il est vrai qu’entre-temps, des vagues déferlantes avaient emporté près de 200.000 corps, quelque part en Asie. Et que dans cet entredeux fêtes, les caméras étaient braquées sur les gouvernements, embarqués dans un vaste téléthon mondial.

Tout a été posé dès 1999-2000…
Malgré une résolution … datant de 1991 pour renforcer l’assistance mutuelle en cas de catastrophe naturelle ou technologique , les Etats ont en effet toujours été très réticents à lâcher une petite parcelle de pouvoir, et de budget, en matière de protection civile.
Certes la nécessité d’aller plus loin en matière de protection civile a été soulignée dès les années 1999-2000. Le naufrage de l’Erika, le tremblement de terre en Turquie, les tempêtes, l’accident d’une usine de feux d’artifice à Enschede aux Pays-Bas … mettent en lumière la nécessité d’agir. A la Commission européenne, un triumvirat composé de Prodi, Barnier et Wallström pousse alors en avant. Il souligne , déjà !, « le manque de coordination des interventions dans les situations d'urgence et la nécessité » . Les Etats-membres, touchés chacun leur tour par une catastrophe, en conviennent. Un programme de coopération est donc mis en place. Il comprend déjà toutes les idées, (ré)agitées ces derniers temps : le recensement préalable des équipes d’intervention « disponibles dans des délais très courts », un programme de formation, des équipes communes d’évaluation et de coordination, un système de communication, etc. Michel Barnier, alors commissaire à la politique régionale, voit même plus loin – sur ce point, il n’a jamais varié de conviction — et enfonce le clou « il faut développer de manière plus systématique une capacité d'intervention européenne pour lutter contre les catastrophes, qui s'appuierait sur les dispositifs nationaux existants et qui serait capable d'intervenir de façon coordonnée ». Tout est dit… Peu sera fait !

mais ralentie et torpillée par l’obsession de la lutte antiterroriste …
Mais, avec les attentats de septembre 2001, les Etats ont la tête ailleurs. La lutte antiterroriste occupe tous les esprits. De précieux mois sont perdus. Un expert le confirme en termes fort diplomatiques. « le momentum politique n’était pas là ». L’expédition anglo-américaine en Irak n’arrange rien. Le projet du « clan des 4 » (France, Allemagne, Belgique, Luxembourg) d’une EU-Fast déposée en novembre 2003 fait long feu. Britanniques et Espagnols sont, à l’époque, obsédés par l’idée de ne pas déposséder l’Otan de certaines capacités de la « gestion civile de crise ». Le compromis est vite trouvé. Le projet d’une task force est enterrée.

Malgré de belles paroles, les Etats membres ont toujours été réticents à confier à l’Europe une parcelle d’efficacité en matière de protection civile. Témoin de cette véritable « apathie », un sabre budgétaire s’est abattu en décembre dernier sur le seul budget de coopération en la matière. Allié au goupillon de la lutte anti-terroriste, il a beaucoup fait pour geler le dossier. 

… des querelles de pouvoir et de chapelle …

A cela s’ajoute des querelles de pouvoir. Entre Etats membres d’abord. Pour les uns la protection civile est du ressort de l’armée, pour d’autres, de la gestion civile des crises, donc du ministre de l’intérieur, pour les troisièmes, de la santé et du secours d’urgence ou de la préservation de l’environnement.  Cette querelle se répercute naturellement au niveau européen. La protection civile dépend, en effet, à la Commission  de la direction générale  « Environnement ». Pas très sérieux aux yeux des militaires ou sapeurs pompiers chargés en général de la sécurité civile. Le haut représentant à la politique extérieure, Javier Solana, qui souhaiterait bien disposer de telles compétences, n’est pas le dernier à souffler les braises sur le feu. Au sein de la Commission européenne, la querelle se fait jour entre les services de la justice et de l’environnement qui revendique chacun le leadership en matière de protection civile.

… les carences des Etats membres …
Les Etats font de la rétention d’information. La Commission reconnaît d’ailleurs, dans son rapport en mars 2004, « des carences en matière d’information ». « La base de données est actuellement assez rudimentaire ». Exemple lors des inondations en France, « lorsque la France a récemment demandé des pompes en grande capacité, un seul pays avait enregistré dans la base de données des équipes disposant de pompes et la capacité de ces pompes n’était pas précisée. Or la réponse à la demande d’aide a révélé que six pays participants disposaient de matériel répondant aux spécifiques techniques ».

… et la fausse excuse des « bases juridiques » (1)
Ce n’est qu’après l’attentat de Madrid, en mars 2004, que l’idée d’un renforcement de la protection civile peut refaire surface. La Commission européenne présente rapidement ses propositions. Tout simplement, car elles reprennent le projet ébauché en 1999-2000 . L’idée d’une « task force » reste taboue. « Nous n’avons pas de base juridique pour agir » avance un porte-parole de la Commission. « Faux » répond un diplomate. Personne n’a apparemment songé à une idée émise par certains spécialistes, qui ne coûte rien et ne nécessite qu’une décision administrative. Rassembler physiquement en un même lieu, la petite cellule de protection civile au service de l’Office européen d’aide humanitaire. Trop facile sans doute !

 Echo, l’exemple louable, à ne surtout pas suivre ?
Malgré tous les louanges qu’a reçu dernièrement, Echo, cet Office européen pour l’aide humanitaire souffre d’une tare indélébile aux yeux des gouvernements : il est bien trop autonome. Son budget est débloquable rapidement.  Et s’il ne dispose pas de ses propres troupes, il se repose généralement sur  la Croix-rouge ou les ONGs, voire des organes des Nations-Unies à qui il distribue , directement, ses subsides. Trop risqué. Ces « troupes » ne portent pas suffisamment haut le macaron national. Or n’est-ce pas ce qui compte  dans une intervention de cette nature ? Le drapeau porté hors des frontières, de préférence devant les caméras....

(1) (mis à jour janvier 2010) Depuis le 1er décembre 2009 (avec l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne), il y a une base juridique pour agir (lire : Une nouvelle compétence de gestion de crises pour l'UE: la protection civile). Et dans la structure de la nouvelle Commission 2010, la cellule de protection civile va être intégrée à ECHO (sous la responsabilité de la commissaire à l’aide humanitaire et la réponse de crise qui aura donc les deux fonctions).
© NGV
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7 janvier 2005 5 07 /01 /janvier /2005 10:55
(article paru dans Ouest-France 2004).
Rassembler près d’une cinquantaine de ministres autour de la table, sur la catastrophe asiatique. Tel était le symbole de solidarité, et le principal objectif, de la réunion extraordinaire des Ministres des affaires étrangères et de la santé, auxquels assistaient plusieurs représentants des Nations-Unies (OMS, Unicef, Affaires humanitaires). Le « rôle central de l’ONU » a, bien évidemment, été mis en exergue. Et les 25 ont salué la volonté de la Commission européenne de dégager 450 millions d’euros supplémentaires sur le budget communautaire, en majeure partie destinée à la réhabilitation. « Une phase cruciale » a souligné le commissaire européen au développement et à l’aide humanitaire, Louis Michel. D’autres actions pourraient voir le jour, notamment pour venir en aide aux communautés de pêcheurs, fortement touchées. Les 25 encouragent enfin la mise en place d’une solidarité de proximité, des jumelages entre les régions, les villes, les hôpitaux, les écoles. Mais l’ambition européenne est aussi de mieux s’organiser pour l’avenir. L’espagnol Javier Solana a ainsi été chargé de coordonner les moyens militaires d’intervention. Michel Barnier et Philippe Douste-Blazy, ont plaidé pour « une force d’intervention rapide de protection civile ». « Il ne faut pas créer une nouvelle structure — explique Michel Barnier, ardent promoteur de cette idée depuis des années — mais avoir à Bruxelles un petit Etat-major qui fasse la liaison entre les différentes forces de protection civile de chaque pays. Avec des secouristes entraînés à travailler ensemble et pouvant partir dans les 48 heures. (…) Il faut aussi que l’on vérifie si nos côtes, en Méditerranée et en Atlantique, sont bien dotés d’un mécanisme d’alerte comme dans le Pacifique » a-t-il ajouté. Puissent ces idées être mises en pratique avant la prochaine catastrophe…
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30 décembre 2004 4 30 /12 /décembre /2004 01:55
12 rue de Genève, un bâtiment de bureau de trois étages assez ordinaire, fait de verre et métal, typique dans cette zone proche de l’aéroport et de l’Otan où siègent de nombreuses entreprises internationales. Nous sommes au siège d’Echo, l’Office européen d’aide humanitaire, qui dépend de la Commission européenne.

Séisme en Asie oblige, l’homme de permanence pour les vacances de Noël, Jean-Claude Heyraud, n’a pas chômé ces derniers jours. Dispersés aux quatre coins de l’Europe pour cause de vacances, qui à Lisbonne, qui en Aveyron, les administrateurs de la cellule de Echo 3, chargée de l’Asie, sont à pied d’œuvre. Notre travail, explique Jorge Pereiro Pinon, responsable du desk Asie du Sud-Est : « évaluer les besoins et préparer les décisions pour attribuer des financements ». Un travail « narratif » qui peut paraître abscons vu l’urgence. Mais très utile. « Il faut bien justifier pourquoi on demande et comment on dépense l’argent public ».

Premier impératif : l’évaluation. Pour cela, la Commission européenne dispose de son réseau de délégations, à New-Delhi et Djakarta par exemple. Mais elle se repose surtout sur l’œil et l’expérience des opérateurs humanitaires présents dans la région. « Des ONGs avec qui nous travaillons depuis longtemps, comme Médecins sans frontières, Caritas ou Handicap international, les Croix-Rouge, ou les organismes des Nations-Unies  — explique Antoine Lemasson, chargé de l’Asie du Sud (Sri-Lanka…). Logique. Ce seront, eux, ensuite qui mèneront les opérations de secours avec l’argent européen. En plusieurs années d’existence, le système est rodé. En cas de crise, Echo peut débloquer tout de suite 3 millions d’euros.

Ensuite, il s’agit, pays par pays ou projet par projet, de justifier toute autre sortie d’argent. Une enveloppe de 30 millions d’euros supplémentaire est aujourd’hui disponible. Mais la souplesse n’est pas absente. « En situation d’urgence, nous pouvons financer les projets rétroactivement, à la date du désastre », détaille Jorge Pereiro Pinon. Ce qui permet aux ONGs de commencer à engager les actions dès qu’elles ont un accord européen. Si nécessaire, d’autres financements peuvent être débloqués avec accord du conseil des ministres européens. Car ces sommes proviennent directement du budget communautaire.

Les aides des Etats membres s’ajoutent à cette ressource. La Commission européenne ne centralise pas en effet toute l’aide européenne, principe de subsidiarité oblige. Mais chacun se tient au courant. Un système, dénommé CIRCA, répertorie moyens et financements que chaque Etat membre met à disposition. Et, au besoin, le téléphone fonctionne entre capitales pour ajuster le tir. Au grand dam apparemment des Américains qui ont, récemment, fait passer un message à Bruxelles « il faudrait moins se faire de la concurrence et davantage se coordonner ». La générosité européenne ferait-elle de l’ombre au géant mondial ?

(article paru dans Ouest-France)
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20 octobre 2004 3 20 /10 /octobre /2004 17:32
(publié dans France-Soir, octobre 2004) Hier d'aucuns pressaient les Irlandais de voter « Non » au référendum sur le traité de Nice (*). Aujourd’hui ce serait le financement qui ne serait pas au point. L'Europe serait mal préparée ; les pays candidats non plus, disent les uns. Le traité de Nice est mauvais, incomplet et mal rédigé, il vaudrait mieux attendre un peu avant de s'engager, disent les autres. Triste hypocrisie...

Le dilemme entre approfondissement et élargissement est un leurre. Qui peut en effet être assez naïf aujourd'hui pour croire que les chefs d'Etat ou de gouvernements des Quinze pourront se mettre d'accord demain ce qu'ils n'ont pas résolu hier. Les tenants de ce « Non », par procuration, ne veulent pas en fait de cet élargissement à dix nouveaux pays, essentiellement d'Europe centrale et orientale. Pour résumer, une seule motivation anime ces soubresauts médiatiques. La nostalgie d'un mur révolu. Où tout était simple, tranché. Où les « bons » etaient d'un coté, les méchants de l'autre. Où Mitterand et Kohl se promenaient main dans la main. Le soi-disant moteur franco-allemand n'est plus seul maître à bord.

D'autres couples se sont donc formés, se forment, se formeront. Il serait donc peut-être temps que les Français se réveillent, qu'ils s'aperçoivent que l'Europe de Papa est morte. Par sentiment politique ou incompréhensions personnelles, nos différents dirigeants - peu aidés par une diplomatie frigide - n'ont pas pressenti cette évolution. Ils n'ont pas eu l'heur et le courage d'en expliquer le sens aux Français. Erreurs et approximations ont ainsi émaillé notre politique dans ces pays depuis dix ans.

Les Français ne doivent pas avoir peur de ces « inconnus » de l'Est. Structurellement, politiquement, idéologiquement, la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie, la Slovaquie pour ne citer que les plus importants de ces pays, apparaissent plutôt comme un renfort pour notre conception de l'Etat et de l'économie. Elevés au biberon du code napoléon, saturés d'une idéologie soviétique - qui on l'oublie souvent - s'est fortement inspirée des principes de la révolution française, tous ces pays ont ainsi une conception unitaire de l'Etat. Où un gouvernement national décide de manière égalitaire pour tout le pays. alors que le modèle prédominant en Europe était jusqu'ici le modèle fédéral. Cette même identité de vue prédomine au niveau socio-économique. Le concept d'intervention de l'Etat reste encore fortement ancré dans la population. Malgré les discours politiques et les apparences, le service public à la française, mêlant public et privé, reçoit là aussi un renfort inespéré.

Accepter l'élargissement c'est accepter de rejoindre la réalité, cesser de se cacher les yeux. De gré ou de force, ces pays d'Europe centrale et orientale, et leurs habitants, se sont déjà en effet agglomérés à « notre » Europe. Ceux des travailleurs de l'est qui ont voulu émigrer dans nos contrées et abandonner leurs foyers sont déjà présents dans nos pays, légalement ou au noir. A l'inverse, les entreprises de l'ouest sont déjà présentes a l'Est, ouvertement ou par le biais de filiales. Toute la problématique de l'élargissement est donc faussée : ces pays sont déjà en simili concurrence dans l'Union européenne. Il ne s'agit donc pas de savoir s'il faut leur ouvrir la porte. Mais de résoudre trois questions. Voulons-nous que leurs habitants aient également le droit de participer démocratiquement aux instances européennes ou seulement de les subir ? Voulons-nous amener ces pays à un niveau pour que toute concurrence déloyale, tout dumping social ou économique cesse d'être intéressant ? Voulons-nous que les échanges se fassent ouvertement ou subrepticement ? En gros, légalisons-nous cette nouvelle Union. Ou préférons-nous reconstruire un "Mur" ? C'est aussi à cette question que nous devons répondre aujourd'hui plutôt que de voter par procuration.

(*) Par référence à un article de Jean Quatremer (Libération).
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30 septembre 2004 4 30 /09 /septembre /2004 02:59
(Paru dans Ouest-France, septembre 2004) Pour Paul Filler le chef du bureau de l’Office européen d’aide humanitaire en Iraq, le pessimisme est de mise. La situation ne s’améliore pas. Bien au contraire…

L’homme est discret, peu disert, en un mot prudent. Paul Filler est le chef du bureau d’Echo, l’office européen d’aide humanitaire, en Iraq. Ou plutôt en Jordanie car, depuis plusieurs mois, cet organisme qui dépend directement de la Commission européenne, présent en Iraq depuis… 1992, a replié l’essentiel de son personnel international à Amman, en Jordanie. Reste donc sur place uniquement le staff local, dans un bureau à Bagdad dont l’adresse est gardée soigneusement secrète… par mesure de sûreté ! Les Européens s’y risquent à de trop rares moments. « C’est très difficile pour tous nos partenaires sur le terrain : les ONGs, la Croix-Rouge internationale… Il faut être très imaginatif, très souple pour continuer à travailler ». Une « situation totalement nouvelle » assure-t-il. « D’ordinaire, nous faisons face à l’urgence et, une fois les besoins primaires assurés, démarre la reconstruction. Ici, en Iraq, on doit faire face aux deux à la fois ». Avec une difficulté supplémentaire. « La situation évolue constamment. Il est très difficile de prévoir les besoins ». Et surtout un problème qui tourne à l’obsession : « la sécurité ». Une préoccupation qui n’est pas près de s’éloigner. Car la situation s’aggrave. « C’est encore plus difficile ces derniers mois d’agir. Le danger est partout. Les forces militaires mais aussi la criminalité qui se développe ». Et la confusion règne entre l’humanitaire et le militaire. Certaines troupes de la coalition menant des actions humanitaires envers la population. « Ce qui sème une grande confusion » et explique peut-être pourquoi certains membres d’ONGs sont pris pour cible. Pour l’avenir, le pessimisme semble de mise. « Il est difficile d’imaginer que cela puisse s’améliorer demain» avoue Paul Filler. La seule issue, selon lui : « la paix. Tout dépend de cela. Que la paix revienne et alors, pfouf, tout reviendra, il n’y a plus de problèmes d’urgence et on pourra attaquer réellement la reconstruction ».
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1 juin 2004 2 01 /06 /juin /2004 13:30
Enrôlée à neuf ans dans les rangs de la National Resistance Army (NRA), en Ouganda, China Keitetsi ne quittera son uniforme que dix ans plus tard. Aujourd’hui, elle jette un regard âpre sur ce passé d’enfant soldat.

(article paru dans Ouest-France en juin 2004)

Chaussures de sport, jean, chemise blanche, cette jeune femme de 28 ans pourrait ressembler à toutes celles de sa génération. La casquette de travers, souriante, on ne s’imagine pas pointant une arme. Et, cependant, sa voix douce et triste, son regard dur et amer, peut en dire long sur ce qu’elle a vécut.

Un passé de sang et de colère. Malgré son jeune âge, China Keitetsi a déjà, en effet, une sérieuse expérience des armes. Elle avait presque 10 ans quand elle décide de quitter la maison familiale. Battue et méprisée par son père et sa belle-mère, elle fuit à la recherche de sa vraie mère. En chemin, elle est hébergée par des hommes de la National Resistance Army (NRA), le mouvement rebelle dirigé par Yoweri Museveni. Elle ne les quittera plus.

Son fidèle "jouet" : l'Uzi. « Quand je me réveillai — raconte-t-elle dans son livre —, je vis des enfants, petits et grands, marchant aux cotés d’un homme en uniforme militaire. … J’espérai jouer avec eux. » Elle est incorporée. « Le lendemain, nous apprîmes à nous mettre à l’abri et à attaquer à la baïonnette. Toutefois, comme l’AK-47 était plus grand que la plupart des enfants, ceux-ci s’exerçaient le plus souvent avec un morceau de bois. ». Au bout de quelques semaines, celle qui a été rebaptisée China, à cause de ses yeux bridés, reçoit un uniforme et un Uzi – la version israëlienne des Kalachnikov, un peu plus courte. Ses nouveaux jouets… « Moi et d’autres enfants fûmes choisis pour former une unité de commando spéciale, ce qui nous permit enfin de participer aux réelles actions militaires. Je croyais encore qu’il s’agissait d’une sorte de jeu et trépignais d’impatience » Elle déchante rapidement. « C’était tout sauf un jeu ».

La violence est le pain quotidien. Les filles sont doublement victimes, abusées par leurs collègues masculins. China reste cependant. Que faire d’autre ? « Nous n’avions rien vers quoi nous tourner. Nous ne pouvions pas renoncer.» Elle marchera ainsi jusqu’à la prise du pouvoir par la NRA. Museveni devient chef de l’Etat. La guerre ne cesse pas. Elle tente bien le retour à la vie civile mais ne se réadapte pas. De camp en camp, elle devient garde du corps de plusieurs officiers puis sert dans la police militaire. Dans ce contexte troublé, elle rencontre  cependant l’homme qui la marque de son amour, le père de son enfant né en 1991, Moses Drago. En août 1995, craignant pour sa vie, elle passe au Kenya puis en Afrique du sud. Elle accouche d’un deuxième enfant, une fille. Au bout de quelques années d’une période difficile, faite de petits boulots, de rencontres pas toujours heureuses, elle franchit le pas.

Quitter l’Afrique. Le bureau du Haut Commissariat des réfugiés lui délivre un visa. Elle s’envole pour le Danemark. A Copenhague, les premiers pas seront surréalistes. « J’ai été choquée — me raconte-t-elle — de voir que les gens de mon âge n’ont  pas d’enfant, vont à l’école, n’ont pas tant de responsabilités à penser. Je ne savais pas quoi leur dire. Et au Danemark, même un chien à une maison, des parents.». Il fallait aussi se réadapter à une vie ordinaire. « Quand tu es dans l’armée, ton boss te dis quoi faire, quoi penser, ce qu’il faut ressentir. Jour après jour, c’est la même chose. Ici il faut penser par toi-même, prendre les décisions, apprendre, tout apprendre ».

A commencer par les émotions. « Dans l’armée, je devais sourire en saluant « yes Sir ». Maintenant quand je souris, je le sens. Je suis heureuse aussi de pouvoir pleurer. » Petit à petit lui vint l’idée d’écrire le livre, une sorte de thérapie. « Cela a été comme une prise de conscience, de tous ces morts qui m’entourent, de tous les crimes commis. En Afrique, j’étais habitée par le sentiment de vengeance. Tout cela m’a quitté car en venant en Europe, j’ai vu le prix de la vie. » C’est un succès. Elle est reçue aux Nations-Unies, par Nelson Mandela, devient un symbole vivant pour l’Unicef engagée dans une campagne contre les enfants soldats… Ce qui n’est du goût de tout le monde, notamment du gouvernement  ougandais de Museveni, qui tente de l’intimider. Il lui en faut davantage pour lui faire peur. Nombre de ses compagnons de route sont morts, face dans la boue, quand ce n’est pas du Sida. « Si j’étais morte, le gouvernement ne se serait jamais soucié de moi ».

Aujourd’hui, son plus grand désir est ailleurs : ramener ses enfants au Danemark. « Ma fille vit en Afrique du Sud avec sa famille, mon fils est en Ouganda avec sa tante. J’espère qu’en décembre, ils seront tous les deux avec moi. C’est facile à dire, plus difficile à faire... (silence). Je suis seule. Mes sœurs, mes parents sont morts. Il est temps de prouver à moi-même que je peux être une mère ».
.
• China Keitetsi, « La petite fille à la Kalachnikov. Ma vie d’enfant soldat », Ed. Complexe / Unicef / Grip, 17,90 euros, 280 pages (en librairie le 16 juin)
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23 avril 2004 5 23 /04 /avril /2004 21:46
Il faudra s'y habituer. Après longtemps dit les 12 puis les 15, quand on désignera l'Europe, il faudra désormais les appeler les 25, avant de les appeler 28 etc. Petit inventaire des mots-clés d'aujourd'hui et... de demain. Dix Etats deviennent membres de l'Union européenne au 1er mai: trois Baltes issus de l'ex-Urss (Estonie, Lettonie, Lituanie), quatre de l'ancien bloc socialiste (Hongrie, Pologne, Slovaquie, république Tchèque), un de l'ex-Yougoslavie (Slovénie) et deux iles de Méditerranée (Chypre et Malte).

450 millions d'habitants. Avec ce chiffre, l'Europe est au troisième rang de la population mondiale derrière la Chine et l'Inde, loin devant les Etats-Unis.

Acquis. Toutes les règles communautaires sont applicables dans les nouveaux Etats ou à l'égard de leurs ressortissants en France.

Berlaymont. La Commission européenne doit réintégrer cette année son ancien siège déserté pour cause de désamiantage depuis 1991. Tout de verre vêtu, majestueux et moderne, situé en face du siège en art néo-stalinien du conseil des ministres, il doit redonner tout son lustre à la Commission.... Au moins au niveau architectural.

Commissaires. A titre transitoire, jusqu'au 31 octobre prochain, l'exécutif bruxellois comptera 30 membres. Les petits nouveaux auront le droit de vote mais pas de portefeuille propre.

Constitution. Même si son adoption paraît proche, l'entrée en vigueur paraît incertaine. Chaque Etat membre doit encore ratifier ce texte, soit par referendum, soit par voie parlementaire. "L'œuvre" de Giscard D'Estaing risque bien de passer directement au rayon archives.

Dérogations (ou opt-out). Dans certains domaines— environnement, télécom, énergie — les nouveaux Etats membres bénéficient d'une phase transitoire pour se mettre aux normes.

Egalité. Les ressortissants de l'Est peuvent voter aux élections municipales ou se présenter à la majorité des concours de la fonction publique.

Elargissement. Mot toujours d'actualité. Cinq pays sont dans les starting blocks. La Bulgarie et la Roumanie doivent adhérer en 2007. La Croatie et la Macédoine viennent de déposer leur candidature et pourraient les rejoindre rapidement. Le cas de la Turquie (*) est plus épineux.

Emplettes. Le grand marché sera la règle. Certains produits - alcools, lunettes, vêtements, jouets... - sont moins chers à l'Est. A vos bourses...

Environnement. La mise aux normes à l'est - gestion des déchets, dépollution de l'eau et de l'air - devrait coûter entre 50 et 80 milliards d'euros.

Euro. Les nouveaux Etats membres doivent encore remplir les critères de Maastricht pour adopter l'euro. Déjà, cependant, la monnaie européenne supplante le dollar comme seconde monnaie dans toute l'est de l'Europe.

Frontières. L'Europe se rapproche de ses limites historiques, la Russie et le Moyen-Orient. Autant dire que l'étanchéité des frontières relève davantage de la gageure et de l'utopie !

Immigration. L'arrivée de nouveaux travailleurs en provenance des pays de l'Est ne devrait concerner, tout au plus qu'1 % de la population active, 220 000 personnes par an selon la Commission européenne. En fait, c'est surtout à une "invasion" (ou un exode) des cerveaux à quoi il faut s'attendre. Un étudiant sur dix envisage de passer à l'Ouest.

Langues. 20 langues officielles auront droit de citer dans les institutions européennes. Mais l'Allemand, le Français et surtout l'anglais gardent leur statut de "langue de travail".

Manne. Un euro sur deux versé par l'Europe au titre des fonds régionaux ira aux nouveaux Etats membres à partir de 2007. Mais le problème reste la capacité des pays à absorber cette manne. Environ un tiers des fonds n'était même pas sollicité ces dernières années...

Pauvreté et chômage. Un des principaux problèmes des Etats entrants, confrontés à des taux de chômage ou de pauvreté frôlant parfois la barre des 20 % comme en Pologne ou en Estonie.

Prodi (Romano). L'actuel président de la Commission européenne aura réussi son pari, mener l'élargissement à terme, sans trop de heurts.

Recrutement. Les institutions européennes recrutent ! Environ 3500 postes sont ouverts aux nouveaux Etats membres. Des concours ouverts également aux doubles nationaux. A vos actes de naissance...

Schengen. Les Français en déplacement à l'Est bénéficieront de contrôles allégées, avec les files spéciales UE. La carte d'identité devient le seul sésame pour aller de Brest à Riga, de Bordeaux à Nicosie.

Strasbourg. La capitale alsacienne est en perte de vitesse face à Bruxelles comme siège du Parlement européen. De plus en plus de députés grognent contre les déplacements mensuels. L'absence de liaison aérienne directe avec plusieurs pays aggrave la situation.

Traité de Nice. En attendant la Constitution (*), ce sera ce Traité qui régira le fonctionnement des institutions européennes - avec les traités de Maastricht et de Rome qu'il modifie.

Tsiganes (Roms). Le principe de protection des minorités nationales va obliger l'Europe réunifiée à se pencher enfin sur le sort des Tsiganes et autres Roms. Victimes du génocide nazi, leur condition souvent de parias, laisse à désirer dans nombre de pays européens, à l'Est comme à l'Ouest.

Turquie. La candidature de l'ancien empire ottoman empoisonne la vie des responsables européens. Le pays se voit promettre l'adhésion dès la signature d'un accord d'association en 1963. Sa candidature déposée en 1987 est reconnue légitime en 1999. Reste la décision d'ouvrir formellement les négociations d'adhésion. La Commission doit rendre son avis à l'automne. Ce sera aux chefs d'Etat et de gouvernement de prendre leurs responsabilités (en décembre).

TVA. S'il était possible auparavant de se faire rembourser la TVA (sur les achats de marchandises ou les locations de voitures) ou certains achats, en Lituanie ou en Hongrie, cela ne sera désormais plus possible.

Union. C'est sous ce terme raccourci que, bien souvent, les pays membres de l'Union européenne se dénomment. Qu'il paraît loin le temps de la CEE ou Communauté économique européenne...

(*) Voir ce mot.
(article paru dans France-Soir)
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10 février 2004 2 10 /02 /février /2004 03:01
(projet d'opinion pour France-Soir et Gazeta Wyborcza, février 2004). Cette "lettre" était destinée aux amis polonais en particulier. Car si il y a eu un ralliement aux Américains et à l'engagement en Irak, qui a fait particulièrement mal à nombre de Français (dont j'étais) - ceux-là même qui avaient lutté pour que Solidarnosc vive et que la liberté s'instaure à l'est -, c'est bien celui de la Pologne. Nous n'avions pas soutenu Solidarnosc, pour cela, ai-je entendu plusieurs fois... Je ne pouvais donc rester la plume sur la table, à laisser dire, à laisser faire (au moins par respect pour mes enfants... à moitié polonais).

« Amis polonais, Vous étiez venus en Irak pour chercher des armes de destruction massive. Il est maintenant clair et prouvé, par ceux-là même qui l'avaient affirmé au départ, qui ont déclenché cette guerre, que ces armes n'existent pas ou du moins qu'elles n'existent plus.

« Vous étiez venus faire une guerre de libération. Voyez-vous une population heureuse, libre, vivant une vie démocratique épanouie ? Non. Vous avez certes enlevé aux Irakiens leur oppresseur, leur dictateur. Mais vous n'avez rien su lui apporter en échange. Car la liberté ne s'importe pas, surtout pas dans les fourgons des chars.

« Vous étiez venus apporter la paix ? Vous n'en aviez pas le mandat. Aucune puissance au monde ne détient le pouvoir d'amener sa paix. La paix n'appartient pas et n'est pas réservée à un Etat. Elle doit être l'émanation de tous et de chacun... Vous étiez venus faire pourchasser les criminels, détruire des bases arrières du terrorisme mondial? Qu'en est-il aujourd'hui ? L'Irak est à feu et à sang.

« Ce pays qui vivait sous un joug oppresseur connaît, à son tour, une nouvelle terreur ; celle des attentats aveugles. Les soldats américains, anglais, italiens, vos soldats sont tour à tour victimes d'attentats ou d'actes de guerre. Non seulement le terrorisme fait rage en Irak. Mais il continue de se répandre dans le monde....

« Vous le savez pourtant bien, amis polonais. Quand on intervient sous le coup d'une mystification, pour une réalité qui n'existe pas, cette intervention est faussée. Elle ne sert qu'à affirmer un pouvoir, asservir une idée ou soumettre un peuple.  Comment puis-je croire que cette "aventure" ne vous rappelle rien ? L'histoire d'une certaine Europe divisée, abaissée. Votre histoire.

« Celle dont vous avez été tour à tour victimes et complices. Du temps où tout était simple en Europe : gris à l'Est, rose à l'Ouest. Où il y avait un mythe celui du communisme. Et, où, au nom du communisme, les chars d'un certain Pacte de Varsovie allaient, tour à tour, maintenir la pax sovietica, sous prétexte de sauvegarder l'intégrité menacée d'un pays et de faire la chasse aux agents de l'impérialisme venus de l'extérieur. Ce communisme... Vous le saviez bien était factice. Et il ne servait qu'à préserver les intérêts d'une puissance impériale, la Russie.

« A votre tour, vous êtes devenus une force occupante, prêtant la main à un imperium qui n'a en fait qu'un seul but, maintenir sa domination sur tous les autres Etats. En fait, monsieur Miller (*), c'est à croire que si vous avez changé de maître, vous n'avez pas changé de méthode. Vous avez dupé, méprisé votre peuple. Pire ! Demain peut-être des familles seront endeuillées par une bataille qui n'est ni un preux combat de chevaliers mais une gabegie. N'est-il pas temps alors de cesser cette monumentale erreur ? Ce ne serait pas une honte ou un déshonneur.

« Amis polonais. Au 1er mai, vous rejoignerez cette Europe pour laquelle vous avez lutté et dont vous avez rêvé, que nous avons désirée ensemble. Bataillez dur pour vos paysans, vos entreprises, votre place au sein de l'Europe, pour la construction européenne. Ca oui ! C'est un combat qui se mérite et se respecte. Mais envoyer quelques soldats se faire tuer en Irak relève plus du viol d'une jeune fille sans défense que de la défense de la liberté.

« Rejoignez le camp de la raison ! Retirez vos troupes. Ce geste symbolique pourrait vous sembler suranné. Aux yeux de la grande majorité des citoyens européens, largement opposée à cette guerre, il vous grandira... Il est encore temps de ne pas gâcher nos retrouvailles.

(*) Premier ministre de la Pologne (ex-communiste)

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Moyen Orient - Iran Irak
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20 octobre 2003 1 20 /10 /octobre /2003 11:42
(publié dans Agence Europe, 20 oct 2003) L'Union européenne devrait jouer un rôle plus important en matière civile dans les relations internationales, et ne pas se contenter d'une action militaire. Tel est le message qu'ont voulu faire passer les participants à une conférence organisée par le groupe Verts/ALE au Parlement européen, jeudi à Bruxelles.

Après une comparaison critique entre les documents de stratégie de l'Union européenne et des Etats-Unis, les différents intervenants ont en effet estimé qu'un pas important pour une politique européenne de prévention des conflits passe par la création d'un corps civil européen pour la paix. « Nous avions déjà évoqué ce sujet il y a plusieurs années », rappelle le député Per Gahrton (Miljöpartiet de Gröna, Suède). « Dix présidences ont passé. Et rien n'a été fait. En matière d'engagement militaire, il y a eu des avancées et cela a été vite. Mais pour le corps civil, on n'en a plus parlé. Le moment est venu d'agir », a-t-il estimé avant d'avancer deux propositions: « le Conseil devrait lancer une étude pour avoir une mini- structure souple flexible capable d'établir les ressources à donner aux Etats, et ONG et il faut inscrire la création d'une agence européenne d'établissement de la paix dans la Constitution ».

La nécessité de forces civiles aux côtés d'un engagement militaire ou de police a été démontrée par Arno Truger, du Centre autrichien pour la paix et la résolution des conflits, « Des forces militaires et de police ne suffisent plus lorsqu'il s'agit de conflits internes. Il faut aller plus loin que le respect d'un simple cessez-le-feu et la mise en place d'élections. Sur ce point, l'UE n'a pas tiré les leçons adéquates des Balkans ». Et d'ajouter: « J'ai l'impression qu'on met parfois la charrue avant les bœufs. Une situation de post-conflit est difficile à gérer et il est nécessaire d'avoir des experts civils. Il suffit d'observer ce qui s'est passé au Rwanda. La Communauté internationale perd beaucoup d'argent dans des opérations militaires ». L'expert autrichien a également défini les contours d'un tel corps. Doté d'une formation et structuré, « il devrait être civil à 100%. Certes, il doit y avoir une coopération avec les autres corps présents sur place - militaires, police - mais le mélange [des forces] est difficile à gérer. « Il suffit de voir ce qui passe actuellement en Irak ou ce qui s'est passé en Somalie. Il devrait recevoir un mandat des Nations unies et pourrait intervenir sur toute situation, pas seulement après un conflit mais aussi en prévention ».

Il est important de ne pas sombrer dans le pessimisme, a estimé pour conclure le député européen Joost Lagendijk (Pays-Bas): « J'ai assez d'espoir. Car les politiques des Américains ont échoué. Ces Américains qui demandent maintenant aux Européens quelles sont leurs expériences en matière de reconstruction. Ils se sont aperçus qu'après une guerre, il reste des problèmes à gérer. C'est une vraie chance pour nous ». Et de lancer un appel: maintenant, « il faut pouvoir répondre aux Américains ».

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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.