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12 novembre 1991 2 12 /11 /novembre /1991 01:21
Pendant que ses canons continuaient de marteler la ville historique de Dubrovnik, l’armée fédérale abandonne d’autres zones en Yougoslavie. Une absurdité yougoslave de plus ou une nouvelle tactique …

L’armée fédérale yougoslave a décidé - plus que jamais - d’en finir avec Dubrovnik et d’intégrer la ville croate dans les territoires serbes, avant l’arrivée imminente de troupes internationales. “Quelque 3.000 obus sont tombés sur Dubrovnik dimanche”, selon l’agence croate Hina, et “les attaques conjuguées par terre et par mer ont touché, incendié et détruit 17 hôtels de la ville et 122 bateaux à quai dans le port de Gruz.

Dimanche, des obus étaient tombés pour la première fois sur la forteresse Minceta datant du XVème siècle, dans le centre historique de la vieille ville placée sous la protection de l'Unesco”. Au mépris des conventions sur la protection des biens culturels et malgré les “instructions donnés par le commandement de l’armée fédéral de préserver les monuments historiques”.

Cette accélération de l’offensive sur Dubrovnik marque un changement dans la tactique serbe. L’offensive n’a ici plus de raison ethnique majeure, la ville de Dubrovnik comptant moins d’un quart de population serbe. L’armée fédérale se bat désormais - avant l’arrivée de troupes internationales désormais désirées autant par les Serbes que par les Croates - dans des secteurs susceptibles de servir de points d’appui à une république de Serbie-Monténégro agrandie. Elle abandonne les fronts lointains de la zone - et de la logistique - serbe.

Dimanche ainsi, un accord local de cessez-le-feu absolu était ainsi signé - et relativement respecté - sous les auspices d'observateurs de la CEE à Sisak, située à moins de 50 kilomètres de Zagreb. A Rijeka, sur la côte dalmate, lundi matin, le blocage du port était levé et les chars du corps d'armée de Rijeka rapatriés sur des bateaux jusqu'à Bar au sud du pays. Une fois cette reorganisation tactique achevée, l’ONU pourra intervenir…

(article paru dans la Truffe, 12 novembre 1991, © NGV)
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7 octobre 1991 1 07 /10 /octobre /1991 00:53
La guerre d’intoxication bat son plein en Yougoslavie. Les fédéraux Serbes forts d’une puissance théorique de 700.000 hommes, masquent un taux de désertion important. Les sécessionnistes Croates pleurent sur un approvisionnement en armes, qui ne semble pas sur le terrain être si pitoyable.

Sur le papier, l’armée fédérale yougoslave est toute puissante. Forte de 180.000 hommes en temps ordinaire, elle dispose d’un réservoir théorique de 510.000 réservistes. Mais pour combien de temps encore ? Plus le temps passe, plus ses forces, malgré l’ordre de mobilisation générale et de rappel des réservistes, au lieu de monter en puissance, ont tendance à se réduire telle une peau de chagrin. Après les Slovènes et les Croates qui ont abandonné l’armée fédérale en même temps que leur Etat se proclamait indépendant, le 25 juin dernier, l’heure est aujourd’hui pour toutes les composantes de l’armée au sauve qui peut. Les Albanais et les Musulmans sont des recrues peu sûres. Les Macédoniens et les Hongrois trainent des pieds pour venir s’enrôler. 5000 conscrits de Voïvodine refusant de partir à la guerre sont déjà partis se réfugier en Hongrie. La Hongrie qui pour éviter toute tension supplémentaire avec le gouvernement de Belgrade exige de toute personne passant la frontière, qu’elle dépose ses armes en entrant. Même, les jeunes Serbes ne montrent pas un enthousiasme forcené. Seuls 15% des Serbes de Sarajevo (Bosnie) ont répondu à l’appel et selon l'hebdomadaire indépendant "Vreme", la situation est identique en Serbie. La conscription n’a jusqu’à présent permis de lever que 15% seulement des serbes de Belgrade et 50% dans toute la république. D’autant que les troupes déjà incorporées commencent à déserter par vague, comme cela s’est produit il y a dix jours dans une caserne d’Herzégovine où six cent réservistes serbes ont plaqué leur unité et sont rentrés chez eux sans plus de formalités ; et sur le manque de combativité de l’encadrement - le commandement de la base n’a pu que laissé faire ; il a juste désarmé les peu enthousiastes guerriers et promis des “poursuites conformément au code militaire".  Par ailleurs, le “suicide” lundi 30 septembre du contre amiral Barovic, un des commandants de l’état major fédéral est un signe plutôt négatif du moral des troupes. Ce n’est pas les quelques centaines de volontaires des milices serbes incorporés à l’armée fédérale qui pourront compenser ces pertes (cf tableau), sans compter les pertes en matériel, au moins une dizaine d’avions et environ une centaine de chars.

La situation n’est plus brillante chez les Croates
puisque selon Milos Vasic, spécialiste militaire de Vreme, “10.000 Croates ont déjà trouvé refuge en Slovénie (en Italie ou en Autriche) pour éviter de faire leur service dans la Garde nationale”. Si le rapport de forces ne permet pas aux “fédéraux” de remporter une bataille décisive dans les jours prochains, les Croates pourront dédier une de leurs prières au… maréchal Tito ! Le “vieux” à force de clamer les mérites de l’autogestion, et de vouloir réactualiser la lutte des partisans avait en effet fait un choix stratégique et politique d’institutionnaliser le port d’armes, les fabriques locales de fusils - une tradition particulièrement vivace en Bosnie - et plus sérieusement l’implantation de DCA dans certaines usines. Il a ainsi offert aux différentes républiques “autonomes” des capacités opérationnelles - avec détachements territoriaux et instruction de réservistes. Un curieux renversement de l’histoire, dont l’Armée “populaire yougoslave” se passerait  bien aujourd’hui. Comble de l’ironie, les responsables croates qui avaient déclaré dans un premier temps qu’ils ne voulaient plus entendre parler de défense territoriale semblent contraints par les faits de s’adapter rapidement à une pratique d’armée populaire. Tandis que les Serbes tenant d’une armée populaire se replient peu à peu sur une armée professionnelle.

(article Paru dans la Truffe 7 octobre 1991 © NGV - infographie JSI)

Annexe - les forces en présence

a) QUI RESTE-T-IL DANS L’ARMEE FEDERALE…
Professionnels (80.000)
* serbes     40.000
**autres    30.000
***    10.000
Appellés (100.000)
* serbes, monténégrains    40.000
** albanais, musulmans, macédoniens     20.000
*** hongrois, croates, slovènes    40.000
Réservistes (510.000)
* serbes, monténégrains    60.000 hommes
** divers    30.000
*** hongrois, croates, slovènes, albanais, musulmans, macédoniens, serbes déserteurs   
Total forces sûres disponibles (maximum de capacité)    140.000 hommes

Légende : * = troupes sûres, ** peu sûres, *** absents (déserteurs, réfractaires, neutres, adversaires…)
NB : attention, ces chiffres ne sont qu’une évaluation de la situation, ils permettent de donner une idée de la situation et ne peuvent être considérés comme scientifiquement exacts, vu le peu de connaissance de la composition sociologique de l’armée yougoslave.

Total forces croates (minimum)    60.000

b). CARTE DES APPROVISIONNEMENTS EN ARME
Malgré ce qu’ils peuvent laisser croire, les Croates, comme leurs voisins Slovènes se sont équipés de façon plus que satisfaisante en armement neuf. Seul handicap - et de taille - ils ^n’auraient (pour l’instant) pas comme l’armée fédérale d’armements lourds, une aviation et une marine. En effet, en quelques mois la Yougoslavie s’est transformé en un vaste marché d’armes où se retrouve non seulement l’arsenal du défunt pacte de Varsovie, mais aussi des armes occidentales ou des pays en voie de développement. Selon l’hebdomadaire spécialisé Jane's Defence Weekly, l’ensemble des bélligérants a reçu “depuis juin pour plus de 15 millions de dollars (soit 84 millions de francs) d'armes individuelles du "marché noir" et de fournisseurs étrangers agréés.”

Armée fédérale (Belgrade)
Terre     1.850 chars lourds dont 850 T-54/55,
Artillerie    1.934  canons tractés, plus de 6.000 mortiers
Air    455 avions de combat MIG,  198 hélicoptères armés.
Marine    5 sous-marins, 4 frégates  lance-missiles, 59 patrouilleurs et garde-côtes

Milices serbes
approvisionnement de :
    - Israël,
    - Armée Fédérale

Croates
    - Hongrie (Kalatchnikoff)
    - Singapour (fusils d’assault SAR-80 de la Charterde Industries of Singapore)    - Stinger (fabrication Usa - transit Chypre - destiné Afghanistan)
    - Israel (carabines sophistiquées de précission Steyr Police ou des mitraillettes israéliennes UZI)
flux continus
    - Italie (fusils italiens à canon lisse Franchi Spas 12
    - Autriche
    - Australie
    - Allemagne (Lance roquettes anti-chars allemands MBB)
   + Armée fédérale (stock territorial)

Lieux de fabrication
    Hélicoptères (Serbie sud est de Belgrade, 80 kms)
    Chars (Bosnie - près Sarajevo)
    L'usine Zastava fabrique les M72 et AK47 à Kragujevac (Serbie)
    A Mostar (Bosnie) : fabrication d'avions Galeb et SuperGaleb

c) Répartion de la population
Serbes    36%
Croates    20%
Musulmans    9%
Slovènes    8%
Albanais    7%
Yougoslaves    5%
Monténégro    2%
Hongrois    2%
divers    5%

(article paru dans la Truffe, quotidien français, novembre 1991)
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2 octobre 1991 3 02 /10 /octobre /1991 02:01
La guerre en Yougoslavie n'est pas seulement ethnique, comme veulent le laisser croire tous les commentaires, c'est aussi - et surtout - une guerre économique, entre un ”nord” plus richement doté qu'un ”sud”.

Superposez la carte des enclaves serbes en Croatie ou Bosnie et celle des combats, vous ne comprenez pas tout. Superposez la carte des “avancées” depuis un an de la Serbie sur les autres républiques ou provinces autonomes - telle que les avait dessinée Tito - et celle des principales richesses économiques, la coïncidence devient plus troublante. En effet l'amputation de zones aussi riches que les champs de pétrole en Croatie - qui couvrent près d'un quart des besoins du pays -, les riches terres agricoles de Voïvodine, le sous sol et les ressources hydroélectriques qui enrichissent l'industrie de Bosnie, enfin les gisements de lignite et de plomb notamment du pauvre Kosovo risquent d'être une perte mortelle pour la Serbie de Tito. Une Serbie qui ne pourra alors que faire pâle figure sur le marché mondial avec des zones agricoles ou minières (cuivre) étroites - essentiellement dans la vallée de la Morava - et des industries “en décrépitude” mondiale (sidérurgie, textile, mécanique), le tout sans un seul débouché maritime. En effet, le découpage “diabolique” des frontières intérieures, dignes du meilleur équilibriste, n'a accordé l'air marin qu'à trois des quatre “grandes” républiques, Bosnie, Croatie et Slovénie. Or cette ouverture est non seulement nécessaire d'un point de vue stratégique mais surtout économique. Le tourisme assure en effet, bon an, mal an, une rentrée de devises importante, la deuxième du pays. Un pactole qui risque bien d'aboutir dans l'escarcelle d'une Croatie indépendante. Pas étonnant donc que la première préoccupation des Serbes soit d'assurer le contrôle - ou la destruction - de ces régions, en utilisant des arguments historiques aussi confus que le fut l'histoire de la Yougoslavie !

(article paru dans La Truffe octobre 1991, © NGV)
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27 septembre 1991 5 27 /09 /septembre /1991 01:04
On avait connu un élan de générosité sans précédent pour la “libération” de Bucarest, un charter de personnalités pour le mur de Berlin, l’engouement des hommes politiques pour Elstine il y a peu. Pour la Yougoslavie, foin de toute intensité philosophe. La communauté “qui réfléchit” reste dans sa grande majorité d’un hermétisme prudent.

Nos chers intellectuels, sont d’ailleurs pour la plupart, davantage étonnés de notre question, que du sujet. Ainsi Alain Finkelkraut s’est “déjà exprimé sur le sujet début juillet dans Le Monde et prépare une émission le 5 octobre sur France Culture”. Suffisant ! Et Alexandre Adler du journal Libération estime que“… les enjeux sont bien trop petits pour qu’on puisse taxer les Yougoslaves d’impérialistes. Ils ont déjà mis en l’air plus de la moitié de leur PNB pour l’année”.

Ceux qui tentent d’expliquer : Rony Braumann, président de Médecins sans frontières : “la Yougoslavie, c’est premièrement, une guerre civile et pour l’opinion publique, rien ne vaut une minorité de méchants face à une majorité de bons ; deuxièmement les Balkans, c’est la peur du début du siècle qui renait devant des crises qu’on croyait enfouies”. Ou, Gérard Fuchs, chargé des relations internationales au Parti Socialiste, ”On reste bloqué par une situation dont on a perdu l’habitude depuis les prémices de la première guerre mondiale. Dans ce conflit là, à qui s’identifier pour des porteurs de morale ? Il n’y a pas dans cette affaire de façon évidente, le droit et le non droit, le bon et le mauvais”.

Ceux qui hierarchisent un idéal d’action pour l’Europe, comme André Glucksman : “ de quel ordre auraient dues être les positions : 1) la fédération a des droits moindres que les ethnies dans les nations ; 2) dans chaque nation les ethnies et minorités ont des droits supérieurs aux majorités ; 3 le droit des minorités elles-même n’est pas un droit absolu”.

Ceux qui demeurent prudemment aux abonnés absents, comme Bernard Kouchner, secrétaire d’Etat ”aux grandes causes” ; sa seule sortie à l’AFP et dans le Monde, a vu notre apôtre des bonnes causes se cramponner désespérement au credo du “droit à l'ingérence humanitaire pour imposer la démocratie … y compris en Yougoslavie”.

Et enfin, ceux qui ont déjà enterré la Yougoslavie, comme Jack Lang, ministre de la culture, a pris une décision courageuse, “inscrire sur l’inventaire des monuments historiques la Chapelle Saint Save et la salle de lecture du fort Foch à Niederhausbergen”.

Merci Tonton, doivent dire tous les Yougoslaves à genoux suppliant que leur pays soit inscrit sur la liste des grands chantiers de l’an 2000 !

(article paru dans "La Truffe", 27 septembre 1991, © NGV et Dorothée Noblet)
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23 septembre 1991 1 23 /09 /septembre /1991 01:10
Strasbourg , 18h30, quelque part dans un coin du Conseil de l’Europe, diplomates, députés et journalistes battent la semelle autour d’un café ou d’un thé. Ils attendent… l’arrivée de “catcheurs” de choix, les différentes représentants des assemblées parlementaires yougoslaves. Peu d’exclamations mais à mi-voix une atmosphère hésitant entre celle d’une salle de boxe avant le combat et celle d’une chambre mortuaire avant l’arrivée de la dépouille.

18h45, les protagonistes arrivent. Silence ! On se serre la main, courtoisement et chacun prend place autour de la table ronde. Le Croate et le Serbe se retrouvent face à face, le hasard alphabétique ayant bien fait les choses. Bogdana, présidente de l’assemblée fédérale yougoslave discute, d’un air attristé, avec Zarko, le croate, comme deux époux qui s’aiment encore et se retrouvent devant le juge matrimonial pour constater leur divorce. Le gong du président retentit - une cuillère sur un verre - les photographes se retirent, la place est libre. Honneur aux dames…

Bogdana, la fédérale, entame alors le long énoncé d’une position intenable “la remise en cause des frontières ne peut que se faire à l’intérieur du Parlement fédéral”, suivie d’une évidence pour tous - sauf pour les Yougoslaves - “toute solution, même des Etats indépendants devra amener une coexistence en tant que bons voisins”. Et surtout une lente nostalgie, ”il y a peu de temps, dans cette même salle, on aurait parlé de l'intégration européenne, alors qu’aujourd'hui…” Un ange passe !

Zarko, le croate, attaque. “L'objectif serbe est l'annexion de la Croatie et la création d'ethnies pures” et “la réponse internationale inadéquate”. Il plaide, “la Croatie ne menace personne, respecte les droits de l'homme et les droits des minorités mais est décidée à se débarrasser de la force d'occupation et du communisme”. Mais Zarko est désolé car… “la Croatie est obligée de maintenir son indépendance puisque le peuple en a décidé ainsi… à plus de 75%” ! Peuple, ce mot revient tout le temps. Argument suprême, glaive de choix, guillotine de discussion, même si aucun des protagonistes ne s’affirme plus communiste, la méthode dialectique reste bien ancrée dans les esprits. Près de 50 ans d’éducation marxiste ne s’effacent pas par la méthode Coué.

19h30, petit interlude… Asim, le monténegrin, et Stojan, le macédonien, énoncent l’un en serbe, l’autre en anglais des propos trop bafoués pour être réels tel “l’appel au dialogue” ou “tout exclusivisme ne peut qu'aggraver la situation”. La salle ne les écoute plus. Trop insignifiants… Catherine Lalumière, présidente du Conseil de l’Europe s’est d’ailleurs éclipsée… discrètement.  Chacun piaffe d’impatience d’entendre le Serbe. Qu’on en finisse…

Aleksandar parle enfin, en français, pour attendrir son auditoire. D’un ton sec, saccadé, entrecoupé de rappels historiques pour ajouter à la confusion, il énonce “ce qu’on ne dit jamais (…) : en Serbie, la paix règne”. (…) Et  - il le jure -  ”la Serbie n’est pas en guerre avec qui que ce soit”. Tout est dit.

Et ce n’est pas Franc, le Slovène, qui va arriver à redresser ce non-dialogue. La nouvelle politique yougoslave, faite de 'bruit et de fureur' a percé à Strasbourg. Le texte était à la hauteur des attentes, incompréhensible…

(article paru dans La Truffe, 23 septembre 1991,  © NGV)
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17 septembre 1991 2 17 /09 /septembre /1991 00:44
Quatre vingt observateurs et leurs ‘assistants’, diplomates ou militaires de carrière pour la plupart, sont aujourd’hui opérationnels en Yougoslavie. Mais il est toujours aussi difficile de connaître leur rôle exact, et donc… leur efficacité ! Tant à La Haye, la présidence néerlandaise, qu’à Paris au Ministère des affaires étrangères, on entend préserver cette opacité. Officiellement , la tâche des ‘contrôleurs’ est d’ “observer localement la mise en place du cessez le feu et d’examiner si la Slovénie et la Croatie ont stoppé l’implantation de la déclaration d’indépendance”.  Mais à Zagreb, au quartier général des ’contrôleurs’, c’est l’attente, dans une situation inconfortable. Traités de “marchands de glaces” par les uns, d’avoir “un parti pris” par les autres, ils entendent garder la “tête froide” au milieu du vacarme yougoslave.

Comme l'explique Georges Marie Chenu, le responsable du staff français et diplomate de carrière, “notre mission n’est pas de relater les évènements ou de donner un bilan des victimes. Nous transmettons uniquement les faits contrôlés à la présidence (européenne) et aux signataires des différents documents, comme peut le faire un juge d’instruction”. Tous les jours, selon les informations recueillies dans les médias, par les différentes parties en présence ou leurs propres canaux, les ’contrôleurs’ dressent leur plan de travail. Après le briefing du matin, ils partent vers les différents points de ‘contrôle’. Il y a parfois des dérapages, comme dernièrement pour la ville Zadar (cote Adriatique) ; ce n’est que trois jours après le début des premiers combats, et sous l’insistante pression italienne, que les ‘contrôleurs’ se sont rendus sur place.

Que peut alors valoir un corps d’observateurs en sous-nombre - seuls 80 sur 300 annoncés sont arrivés - et muets dans la fournaise et le vacarme yougoslaves ? Car ce conflit armé est doublé et alimenté d’une “guerre” de communiqués entre médias Serbes et Croates, accroissant chaque jour la confusion et la tension. Pas étonnant alors que l’idée d’une force d’interposition militaire s’impose peu à peu. La dernière mission de Lord Carrington en Yougoslavie lundi, semble sonner le glas des observateurs. Ou le constat d’une mission impossible...

(article paru dans "La Truffe" quotidien français, 17 septembre 1991 © Ngv)
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19 janvier 1991 6 19 /01 /janvier /1991 03:11
(article dans le Quotidien de Paris, 1991)

Baptême du feu pour une confrontation Croix rouge - Croissant rouge ?

Depuis les temps reculés, on a tenté "d'humaniser la guerre". En 1864, la 1ère convention de Genève pose comme base, la protection des blessés de guerre et de leurs sauveteurs par un emblème - la Croix-rouge - apposé sur les hôpitaux, ambulances….
Le principe est alors simple : tout blessé est neutralisé, dans tous les sens du mot : être rendu neutre (sens étymologique), inoffensif (sens courant) et inopérant (sens physique). Cette protection a été ensuite étendue à l'ensemble des non-belligérants : naufragés, prisonniers de guerre, personnes civiles. Pour ces dernières, les belligérants devant faire "en tout temps la distinction entre la population civile et les combattants… ni la population civile en tant que telle, ni les personnes civiles ne doivent être l'objet d'attaques". Idéal certes… mais cette protection parait bien relative dès qu'arrive le temps de crise face à la volonté d'un État et aux réalités de la guerre moderne. D'autant que l'efficacité de la protection dépend surtout de la visibilité de l'emblème et de sa reconnaissance par tous. Une modification de la réglementation est à l'étude mais elle n'a pas encore été adoptée.
Coté visibilité, à l'heure de l'électronique-maitre du champ de bataille, on entre dans un terrain inconnu. Certes  le protocole I des conventions de Genève de 1977 a défini des moyens de reconnaissance par radar mais ce protocole n'a pas été ratifié par la plupart des belligérants, dont la France.  

Coté symbolisme, l'unité du départ s'est fractionnée, toujours d'ailleurs au Moyen-Orient. En 1876, la Turquie, en guerre avec la Russie, refuse d'adopter le sigle "Croix-Rouge" et adopte celui du "Croissant-Rouge" pour protéger ses services de santé. 23 pays - essentiellement musulmans - ont depuis adopté ce sigle. Deuxième entorse à l'unicité de l'emblème quand en 1922, la Perse adopte le sigle du "Lion et soleil rouge" ! Là c’ est trop, devant la menace d'effilochement, une conférence internationale réunie en 1929, déclare qu'aucun nouveau sigle ne pourra être adopté. Ce qui n'empêche pas Israël d'adopter à sa création en 1948, le "Bouclier de David rouge". Si en juillet 1980, l'arrivée de Khomeiny ramène un peu d'ordre - le sigle adopté par l'Iran devenant le croissant rouge - le problème n'en demeure pas moins entier.

Avec deux, voire trois, sigles qui ont chacun une connotation religieuse marquée, dans le cadre d'un conflit où la revendication religieuse est largement présente, le port de tel ou tel emblème risque de devenir davantage un handicap. Car comme le disait Max Huber - président du CICR de 1928 à 1944 : "seule l'unité du signe distinctif peut assurer son respect international". La solution viendrait-elle alors de l'Urss qui a juxtaposé les deux emblèmes !… Ou faudra-t-il attendre la fin de la guerre pour voir de nouvelles dispositions entrer en vigueur ?… Comme on a attendu la fin de la guerre 14-18 pour  adopter en 1929 une convention sur les prisonniers de guerre, ou la fin de la guerre 39-45 pour adopter en 1949 une convention sur les prisonniers civils…
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Droit international humanitaire
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7 décembre 1989 4 07 /12 /décembre /1989 03:05
Depuis le 1er janvier, la Tchécoslovaquie - contrairement à toute l’Europe - tente tant bien que mal de créer une frontière entre ses deux peuples… pas totalement artificielle d’ailleurs. Mais essayons de voir pourquoi ?

Depuis des années on parle des habitants de ce pays situé entre la Pologne et l’Autriche, l’Allemagne et la Russie comme des tchécoslovaques. Mais en fait si la Tchécoslovaquie existe bien, c’est en tant qu’union au sein d’un même État de peuples différents dans la culture, la langue et le passé : les Tchèques et les Slovaques. Et si vous dites encore aujourd’hui à un (ou une) Slovaque qu’il est tchécoslovaque, et que vous admirez beaucoup Vaclav Havel (un tchèque) ce n’est sûrement pas la meilleure manière de créer l’intimité… ! La différence se marque d’abord par l’histoire. Issus de l’empire austro-hongrois, la Bohème-Moravie (le pays tchèque) était dépendant du gouvernement autrichien, la Slovaquie était dépendante du gouvernement hongrois. Elle est ensuite économique, la partie tchèque, au nord et à l’ouest, est largement plus industrialisée tandis que la partie slovaque, au sud et à l’est, est essentiellement de tradition agricole et paysanne.

Mais depuis la révolution manquée de 1968, ces deux républiques avaient su conquérir une mini-indépendance. Chacune avait à leur tête une capitale, Bratislava en Slovaquie, Prague pour la Bohème-Moravie, un gouvernement autonome et un Parlement local. Certains ministères tchécoslovaques d’ailleurs n'existaient pas. Ou plutôt si, mais il y en avait deux : un Slovaque, un Tchèque. Comme par exemple en matière d’éducation, de culture ou de santé. Il n’y avait pas d’hymne tchécoslovaque mais deux hymnes juxtaposés l’un à l’autre, l’un tchèque rapide et nerveux, l’autre plus lent et triste, le Slovaque. Bref on pourrait énumérer sur une longue liste les différences infimes qui séparaient ces deux peuples.

Malgré cela ils étaient restés unis. Depuis 1918, de nombreux couples se sont formés cimentant la réalité tchéco-slovaque.
Pourquoi aujourd’hui alors se séparer ? Les Tchèques & Slovaques sont alors comme une vieille famille vivant, pour le bien comme pour le pire, dans une seule maison et qui décide sur un coup de tête de se séparer en deux. Comment partager la cuisine, la chambre, la voiture, le jardin… ? Bien des habitants des deux cotés de la nouvelle frontière commencent aujourd’hui à réfléchir et regretter… Un peu tard.

 Car, surtout, en Slovaquie les problèmes ne manquent pas. D’abord la situation économique est très dure. Ses deux principales richesses, l’agriculture et l’industrie lourde (métallurgie, militaire…), ont bien du mal à s’adapter à la nouvelle situation économique et aux normes occidentales. Ensuite l’emplacement géographique de la capitale - Bratislava est située à 3 kilomètres de la frontière et 65 kms de Vienne - fait craindre qu’elle ne devienne qu’une simple annexe de l’Autriche. Enfin la situation interne politique est très délicate avec la minorité hongroise, forte de près de 500.000 personnes, et l’importante communauté tzigane. Les tensions risquent d’être d’autant plus importantes que le nationalisme slovaque est (ré)apparu. Sorte de revanche sur le temps - lointain - où la Slovaquie n’était qu’une partie opprimée du royaume hongrois, l’emploi de la langue hongroise jusqu’à là protégé a donc été supprimé, et certaines écoles fermées. Des supporters de football ont même été molestés.

Même si la situation est très différente et la majeure partie de la population pacifique , cela ne va pas sans rappeler les premiers pas de la guerre yougoslave en 1989 contre les Albanais du Kosovo…

Nicolas Gros © Quotidien de Paris 7 décembre 1989
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Elargissement UE
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7 décembre 1989 4 07 /12 /décembre /1989 03:00
La création d'un mouvement d'opposition, ses premiers succès et le recul du pouvoir ont provoqué maintes réactions à l'étranger.

Un des premiers à réagir a été le Premier ministre polonais, Mazowiecki. La veille du sommet de Malte, un long télégramme signé du président Bush, adressé au Forum civique, se réjouissait de "l'avancée démocratique en Tchécoslovaquie", tandis que le gouvernement anglais accueillait "chaleureusement le processus de démocratisation en cours". Les jeunesses des différents pays, notamment à l'est, n'ont pas été en reste. Le NZS polonais et la FIDESZ hongroise ont envoyé des délégués à Prague. Un représentant des étudiants autrichiens avait apporté dimanche dernier à Bratislava, un bouquet de fleurs aux couleurs tricolores, en guise de cadeau de bienvenue à la veille de l'ouverture de la frontière. Plusieurs partis politiques d'Europe ont exprimé leurs vœux de solidarité, tel le Parti populaire italien.

Coté français…rien ! Ni communiqué officiel, ni réaction des organisations étudiantes, ni message de la part d'organisations non gouvernementales, comme la Fondation France-Libertés par exemple, d'habitude si promptes à réagir. Dommage, car le souvenir français est toujours vivace en Tchécoslovaquie. Les personnes âgées ne se font pas faute de rappeler que la France a contribué à créer leur République en 1918. Et le portrait du général franco-slovaque Stefanik qui lutta pour l'indépendance, orne toujours symboliquement la boutonnière des étudiants en grève en Slovaquie.

(article paru dans le Quotidien de Paris, 7 décembre 1989)
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Elargissement UE
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3 décembre 1989 7 03 /12 /décembre /1989 03:03
La protection de l'environnement occupe une bonne place dans les revendications de l'opposition. D'une part, parce que les spécialistes de l'environnement ont été parmi les initateurs du mouvement, d'autre part car la situation est réellement critique. La Tchécoslovaquie est aujourd'hui un des pays les plus pollués d'Europe, avec près de 30% du territoire atteint, dont 8% à un taux supérieur à celui existant en Europe. Tout le nord-ouest du pays a un air saturé en pollution, et la plupart des résineux y ont été détruits.

A Prague, lundi, la radio lançait des appels à la population pour réduire les déplacements en voiture, le seuil de pollution étant dépassé. Mais le problème réel est ailleurs… En Slovaquie, région à tradition agricole, l'enfouissement de déchets chimiques et de de phosphates à même le sous-sol, le plus souvent sans aucune précaution. Peu, pour ainsi dire pas, d'usines se sont équipées en dispositifs anti-pollution. C'est le résultat de l'absence de toute volonté politique du gouvernement d'agir. Car comme le souligne, amèrement, un universitaire de Bratislava "dans les pays socialistes, personne n'est responsable… la terre est à tous. J'aimerais voir le jour, où comme à l'ouest, on pourra mettre en cause la responsabilité d'un chef d'entreprise qui mettrait en danger la vie de nos enfants".

Dernièrement, la RFA a bien offert de fournir gratuitement des filtres pour les usines… Mais le pouvoir tchécoslovaque n'a pas donné de réponse, sinon de façon indirecte, dans la revue de l'officiel mouvement de la nature… "Les pays occidentaux ont réussi à se développer en polluant leur territoire, et maintenant ils voudraient nous empêcher de nous développer économiquement en nous imposant des normes minimales de pollution" !  C'est cette même stratégie qui a motivé la continuité des travaux de construction d'un barrage géant sur le Danube, à Gabcikovo, à la lisière de la frontière hongroise, malgré l'opposition du gouvernement de Budapest et des scientifiques. Le canal, détournant le cours du Danube, est aujourd'hui terminé, atteignant par endroits une hauteur de 18 mètres. Mais il est encore vide, l'ouverture des vannes dépendant du changement de pouvoir en cours à Prague. 

(article paru dans le Quotidien de Paris, 3 décembre 1989)
 
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Elargissement UE
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