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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 19:36

bateauMigrantsGolfeAden4-Se1006.jpgMême si le général Leakey - qui quitte ces jours-ci l'Etat-Major de l'UE - semble sceptique sur un QG permanent, tous les participants du triangle de Weimar l'ont dit et redit à Genshagen. Les structures actuelles de planification ne suffisent plus, il faut un "centre opérationnel de commandement" ou de conduite des opérations civiles et militaires, "permanent" et "à Bruxelles". Tous les mots sont importants et pesés. Que ce soit le militaire engagé sur une opération, les représentants des différents ministères de défense ou des affaires étrangères, français, allemand, polonais, il y a là une longueur d'onde commune. Maintenant la question est comment convaincre les 27... et surtout 1 seul (le Royaume-Uni pour ne pas le citer). On voit cependant qu'il n'est pas mention d'un QG en tant que tel mais plutôt de structures, mot plus facile à faire passer...


Commentaire : commencer par un centre de gestion de crises inter-unités

A mon sens, il y a une étape préalable à cela. Il serait utile de regrouper, sur un même site les trois centres de crise qui existent déjà à Bruxelles. ECHO, pour l'aide humanitaire, MIC pour la protection civile, SITCEN, pour la protection consulaire, CPCC, Etat-Major militaire.

Bien sûr, me rétorquera-t-on, de façon fortement argumentée, les objectifs sont forts différents et les modalités d'action fort différentes. Et, puis, les connexions sont déjà régulières. Etc... Ces arguments sont aujourd'hui inintelligibles alors que l'intention politique, transcrite dans le Traité de Lisbonne, est de rassembler tous les instruments de politique étrangère de l'Union dans une seule main et d'avoir une approche de plus en plus "globale".

D'une part, rien ne remplace le croisement au quotidien, à la cafet, dans les couloirs, la possibilité pratique d'aller frapper à la porte de l'un ou de l'autre (voir OHQ Northwood), discuter de façon très informelle, sans règle hiérarchique. En cas de crise, il faut aller très vite et la fait de pouvoir - à tous les échelons - se croiser, s'échanger, au préalable, accélère la prise de décision. Avoir tout le monde sur un même site n'empêche pas chacun d'avoir sa propre logique de conduite de crises, ses propres interlocuteurs.

D'autre part, sur le plan des principes, l'Europe qui défend l'approche globale devrait mettre cette approche en pratique dans les moments ultimes de crises. En ces temps de restriction budgétaire, cela aurait enfin un intérêt économique. Et, cerise sur le gateau, cela permettrait certainement d'atteindre cette visibilité que d'aucuns déplorent régulièrement.

Ce centre de crises aurait l'avantage de pouvoir sans grande complication institutionnelle (il suffit d'une décision de 2 commissaires : Catherine Ashton et Kristalina Georgieva) de disposer déjà d'un centre de planification et de conduite civilo-militaire (il ne resterait alors que la conduite militaire à agréer).

(crédit photo : Le Carlkrona, navire amiral suédois d'Atalanta, en train de ravitailler des bateaux migrants dans le Golfe d'Aden)

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 08:22

Les ambassadeurs de l'UE doivent se concerter aujourd'hui sur l'attitude à adopter face à Israël après l'assaut donné à des navires de la "flottille de la liberté" qui avait pour ambition d'amener de l'aide humanitaire et à la reconstruction à Gaza. Une réunion des 27 ambassadeurs COPS des Etats membres de l'UE a été convoquée, en urgence, lundi après-midi. Et plusieurs pays ont déjà convoqué l'ambassadeur d'Israël à leur ministère des Affaires étrangères.

Plusieurs députés nationaux (allemands et suédois notamment) étaient à bord des bateaux, ainsi qu'une survivante de l'Holocauste, et Mairead Corrigan Maguire, prix Nobel de la paix en 1976 (à bord du Mv Rachel Corrie qui n'a pas encore abordé).

Un dérapage des commandos marine

Les commandos d'élite de la marine israélienne, Shayetet 13, ont donné l'assaut, au petit matin (4 heures), sur le navire battant pavillon turc, Mavi Marmara, qui était le plus proche de la côte. La télévision turque annonce entre 10 et 15 morts et plusieurs dizaines de blessés (60). En fin de matinée, une chaîne de télévision israélienne annonçait le chiffre de 19 morts. Les forces israéliennes confirmaient 10 morts parmi les passagers et des blessés sans donner un chiffre. Mardi matin, le bilan semblait s'établir à 9 morts.

Les forces israéliennes ont expliqué avoir dû réagir face à une attitude menaçante, lors de l'arrivée des hommes droppés par les hélicoptères sur le pont du navire. Des armes blanches auraient été utilisées contre les militaires. Et une de leurs armes aurait même été retournée contre eux par les militants activistes. 4 membres des commandos marines ont été blessés. Tous les blessés (civils et militaires) ont été rapatriés sur des hôpitaux israéliens pour y recevoir des soins. (Pour lire le communiqué des forces israéliennes). 

Convocation des ambassadeurs d'Israël en Europe, première mesure 

L'Espagne qui assure actuellement la présidence de l'Union européenne a convoqué l'ambassadeur d'Israël à Madrid au ministère des Affaires étrangères. Le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Diego López Garrido, a qualifié l'action militaire de "inacceptables" et la situation de "gravissime". En Grèce, le diplomate israélien a été convoqué d'urgence dès le matin. Idem en Irlande et en Suède (1) ainsi qu'au Danemark, en Belgique et en France.  

A Paris, le président Sarkozy a été très prudent. Il a « condamné l'usage disproportionné de la force et adresse ses condoléances aux familles des victimes. Toute la lumière doit être faite sur les circonstances de cette tragédie, qui souligne l'urgence d'une relance du processus de paix. »

D'autres réactions devraient suivre dans la journée.

Première réaction mesurée de la Haute représentante de l'UE : demande d'enquête interne

En attendant le résultat de la réunion des ambasadeurs, la Haute représentante, Cathy Ashton, qui est en déplacement à Varsovie a fait, par l'intermédiaire du porte-parole de la Commission européenne, une première déclaration plutôt mesurée. « Elle regrette profondément ce qui est survenu et exprime sa compassion aux familles touchées » a expliqué son porte-parole. Cathy Ashton a ainsi « condamné tout acte de violence et l'usage excessif de la force » et demandé « une enquête immédiate de la part des autorités israéliennes. »

Elle a aussi répété sa position déjà affichée en fin de semaine dernière : « La politique de blocus qui perdure est inacceptable et politiquement contreproductive ». Nous voulons « une ouverture immédiate, durable et inconditionnelle des points de passage pour l'aide humanitaire, les marchandises et les personnes venant de et ou allant vers Gaza ».

Vive condamnation au Parlement européen : une violation de la Convention de Genève

Au Parlement européen, le leader des Verts Dany Cohn-Bendit a demandé un débat d'urgence. Et Véronique de Keyser, qui revient d'une visite d'une délégation à Gaza, conduite par la députée française Eva Joly, estime que cet "incident nous montre qu'on a atteint un point de non-retour. Nous devons maintenant exiger d'Israël la fin du blocus de Gaza complètement".

Quant au président du Parlement européen, le polonais Jerzy Buzek (Plate-forme citoyenne PO / PPE), il a eu des mots très durs. Il a estimé que cette attaque est « injustifiée et constitue une violation claire et inacceptable de la loi internationale, en particulier de la 4e convention de Genève. Nous demandons qu'Israël s'explique ses actions immédiatement, avec la plus grande transparence et les garanties d'une pleine responsabilité en coopérant à toute enquête qui pourrait être mise en place. (...) Le Parlement européen demande de toute urgence à la Haute représentante de prendre des initiatives dans le cadre du Quartet pour forcer Israël à lever le siège sur la population de Gaza immédiatement et de façon inconditionnelle. Nous ne pouvons tolérer que 80% de la population de Gaza vive au-dessous du niveau de pauvreté. »

Situation "grave" pour Israël et Gaza

La situation paraît, en effet, grave pour l'Etat hébreux. Selon le droit international, la mise en place d'un blocus peut être assimilée à un acte de guerre. Cet assaut pourrait conduire à une évolution de certaines positions au sein de l'Union européenne, qui était pour l'instant assez divisée sur la question israélienne et palestinienne, et plutôt attentiste.

 (1) Pays de provenance des bateaux. La flottille comprend en effet 6 navires, essentiellement européens : turc, irlandais, suédois, grec, koweitien et algérien


Premières images

Voir le premier reportage de Aljazeera à bord du Mavi Marmara repris par CNN Türk (le bilan était seulement de 2 morts à ce moment):

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 06:05

GenLeakeyHandover-UE100528.jpgC'est par une plaisanterie d'auto-dérision que le général Leakey, chef d'Etat-Major de l'Union européenne a entamé sa dernière conférence de presse, avant son départ vers d'autres horizons « Vous savez, tous les Britanniques ont un gène eurosceptique. (...) Mais aujourd'hui je suis soigné ». Et effectivement, c'est par une vibrante profession de foi dans l'Europe de la Défense que le Britannique a tenu à clore son chapitre bruxellois. « Je suis absolument certain que l'Union européenne a un rôle important à jouer, dans un monde pas sûr, multicomplexe, multidimensionnel. Le général Perruche m'avait dit quand j'ai pris mes fonctions : vous savez les budgets diminuents, il n'y a pas d'opération, même dans les cartons. (...) Effectiment le budget a diminué. Mais de façon intéressante, le tempo des opérations a augmenté. »

"Le tempo des opérations a augmenté"

« Nous avons continué l'opération en Bosnie ; certes, l'effectif a diminué, mais Eufor Althea a joué un rôle effectif, contribuant à la stabilisation de l'environnement, en dépit des turbulences politiques du pays. En Afrique, nous avons déployé l'opération EUFOR Tchad RCA avec nombre de difficultés logistiques dans cette partie du monde très inhospitalière pour une opération militaire et avec plusieurs Etats participants qui n'avaient pas l'habitude du terrain africain. Et cela a été un succès. Demandez aux ONG, elles vous diront qu'Eufor a un rôle modérateur sur une très difficile situation sécuritaire. Enfin, l'opération Atalanta, première opération maritime de l'UE nous a beaucoup appris, sur la manière de commander une opération maritime, d'associer également les civils et les militaires. »

 

De l'intérêt des OHQ tournants

Cependant, le Général Leakey s'est bien gardé d'aller au-delà de cette démonstration. Répondant à la question d'un confrère de l'AFP, il s'est ainsi montré plutôt peu enthousiaste sur la création d'un QG de conduite des opérations à Bruxelles, y voyant plus d'inconvénients que d'avantages. « Aucune opération n'est la même. (...) Et le choix d'un quartier général se fait en relation avec l'opération. Il était logique d'avoir ainsi Berlin+ pour la Bosnie, d'avoir Potsdam, le Mont-Valérien et Northwood pour une opération en Afrique...»

Mieux, le général voit, de façon pragmatique, un grand intérêt aux QG tournants. « Si un Etat prend le OpCommander et la responsabilité de l'OHQ, c'est la garantie d'un succès. Car cet Etat saura prendre la responsabilité de soutenir le HQ, et surtout exercera sa volonté politique auprès de ses autres collègues Etats membres pour être sûr qu'ils y contribuent. Avec un QG permanent sur une base multinationale, on perdrait cette appropriation de l'opération par un Etat. » « Au moment où les jours sont difficiles pour les budgets, cette pression sur les Etats pour trouver les ressources et équipements à une opération est nécessaire », conclut-il...

 

NB : le général Leakey est désormais remplacé par le général néerlandais Ton Van Osch (ancien représentant militaire néerlandais à l'UE), la cérémonie de passation des pouvoirs a eu lieu jeudi dernier. Voir la cérémonie de passation des pouvoirs.

(Crédit photo : Conseil de l'Union européenne)

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 01:12

Vous n'avez pu assister à la cérémonie de passation des pouvoirs entre le Général David Leakey et son successeur le général Ton Van Osch à la tête de l'Etat-Major de l'Union européenne, jeudi dernier. Vous ne saviez pas que pouvaient résonner dans l'Atrium du Conseil de l'Union européenne d'ordinaire réservé aux pas feutrés des diplomates ou aux joyeux conciliabules des journalistes les cuivres et tambours de la fanfare militaire belge entonner une martiale 9e symphonie. Lady Ashton vous manque... Et vous n'avez jamais vu les militaires lui rendre le salut. Alors voici ...

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 14:13

NorthwoodQG-2061.JPG(Au QG d’Atalanta) Northwood, dans une banlieue de plutôt verdoyante et huppée du nord de Londres. Le QG de l’opération européenne anti-piraterie « EUNAVFOR Atalanta » se trouve à l’intérieur d’une des grandes bases militaires de la capitale britannique. Et il est en « bonne compagnie ».

Petit tour du propriétaire

Sur le même site, on trouve en effet : le QG de l’Otan (dans un bâtiment de briques rouges), le Centre de conduite des opérations nationales (pour l’Afghanistan surtout) et le quartier multinational, ces deux derniers logés dans un bâtiment blanc, flambant neuf, très lumineux, et ses murs bleus ciels. Les officiers d’Atalanta viennent d’y aménager, il y a quelques mois. Et le prince Philip, duc d'Edinburgh l’a inauguré, au nom de la Reine, début mai. Au dehors, les travaux continuent ; la base de Northwood est en chantier permanent depuis plusieurs… années.

L’ensemble de l’équipe « Atalanta » est logé au rez-de-chaussée. Sur un grand plateau, sont regroupées les principales fonctions du QG : planification, politique (Polad) et juridique (Legad), média et information, finances et personnel... Au-dessous se trouve le commandant de l’opération et une salle identique qui permet, le cas échéant, de conduire simultanément, une seconde opération internationale… ou de doubler l’effectif.

Navires3-3700.jpgla "grande salle" de l'OHQ (crédit : Eunavfor)


La salle de conduite des opérations

Dans un des coins du bâtiment, le « saint des saints » : la salle de conduite des opérations. Une grande pièce, avec plusieurs bureaux et « l’arme de guerre » de l’opérateur de QG : l'ordinateur. Sur un des murs, les moyens engagés : les bateaux (avec photo et court descriptif), les avions (avec leur indicatif, parfois imagé, « Obélix » ne peut que désigner l'Atlantique 2 français de permanence ce jour-là).

Mais ce qui attire immédiatement l’œil, c’est ce mur d’images. Un des murs a, en effet, été transformé en grand écran. On peut y projeter ce qui est nécessaire à la décision. En général, d’un côté, on y trouve le « chat Mercury » (voir ci-dessous), et de l’autre une télévision en continu (comme Skynews ou CNN). Mais on peut faire apparaître sur cet écran improvisé, ce qui est nécessaire sur le moment.

Dans la salle, une douzaine d’officiers sont présents : au plus près de l’écran, l’équivalent de la cellule de quart sur le bateau : des « battlewatchers » suivent attentivement le « Chat mercury » ; une petite cellule de renseignement, l’administration des réseaux et les officiers de marine marchande du MSCHOA, le centre d’enregistrement des navires civils.

SalleOperation3537.jpgLa salle de conduite des opérations à Northwood (crédit : Eunavfor)


Des civils ici ! Oui

Et personne ne s’en offusque au contraire. Très tôt, les militaires ont, en effet, compris l’essentiel : « Nous ne pouvons pas tout faire tout seuls. Ce sont les mesures d’auto-défense (prises par les marins) qui sont les plus importantes » explique l’officier « de quart ». Ces mesures codifiées dans les bonnes pratiques maritimes. « Dans le corridor IRTC, les hélicos peuvent être là en 15 minutes. Si on est alerté, à temps, cela suffit. Quand ils voient l’hélico, les pirates fuient, la plupart du temps ». Mais si l’alerte est donnée trop tard, par exemple « quand on entend les pirates derrière les marins, avec un pistolet pointé contre l’équipage, on sait que c’est trop tard pour agir ». Mêler les civils aux militaires est donc non seulement souhaitable, mais nécessaire et utile, tous les jours.

L’officier s’interrompt dans son explication. L’avion suédois des gardes-côtes « BlueX » vient de repérer un bateau pirate. « 4 Pax signalés ». « Qui se rend sur place ? » demande l’officier de permanence. « Le Victoria » répond le battlewatcher. Les Espagnols ont entendu l’appel et foncent déjà sur l’objectif repéré…

Les Britanniques dans le rôle de la Nation-cadre

Au QG, ce sont les Britanniques qui assurent le rôle de « Nation cadre». Une soixantaine de personnes y sont affectées en permanence pour 18 mois. Ils procurent ainsi une bonne partie de l’effectif et, en même temps, de sa stabilité. Tandis que les autres nations envoient du personnel pour une durée plus limitée, variable, souvent entre 4 et 6 mois. La première relève se termine ainsi en ce moment. Moment délicat pour Atalanta qui doit pouvoir assurer le relais « sans perte de mémoire ».

 

Arrêt image sur le « chat mercury »

L’instrument le plus original…

Le « chat Mercury » est sans doute l’instrument le plus original de cette opération. Il pourrait d’ailleurs servir de modèle pour les futurs systèmes de surveillance maritime au niveau européen. C’est un système, assez simple, « utilisé à l’origine par les Britanniques » et adapté pour les besoins de l’opération maritime. « C’est très pratique. Auparavant chacun avait son système. Maintenant tout le monde est sur le même » me précise un officier de permanence.

 Dans son fonctionnement quotidien, ce chat est assez semblable aux « chats » grand public. Il n’est pas « protégé » au sens militaire du terme mais il est sécurisé. L’accès est restreint. Et seuls y accèdent ceux qui ont montré patte blanche…

« Il n’y a pas d’organisation qui compte. Mais uniquement des moyens disponibles. Chacun signale sa présence selon le principe de la bonne volonté et de l’esprit qui règne sur mer », un peu comme une VHF Marine. « Si un navire marchand est signalé attaqué, ceux qui sont le plus proches se portent spontanément à son secours, sans discussion » poursuit mon guide. « Entre marins, nous sommes entre gens civilisés » commente un autre.

« Du joint opérations sans chaîne de commandement »

Le gros avantage est, ainsi, de pouvoir rassembler l’ensemble des partenaires de la lutte anti-piraterie, quelle que soit l’opération à laquelle ils participent – EUNAVFOR, CMF, OTAN — ou leur nationalité. Japonais, Chinois, Russes… sont aussi présents sur « le fil » tout comme les gardes-côtes des Seychelles (cf. action combinée avec le Topaz). Les principaux centres de coordination (terrestre) des alliés sont reliés : l’UKMto (le centre britannique d’aide à la marine marchande de Dubaï), Alindien (amiral français commandant dans l’Océan indien), le CPCO (le centre de conduite des armées à Paris)…

En fait, sur Mercury, « on fait du joint-opérations sans chaîne de commandement, sans ordre de commandement » résume un des officiers responsables. « C’est uniquement basé sur la bonne volonté. Et ça marche. Personne ne peut se sentir obligé ou commandé. Et les questions politiques sont évacuées. C’est un canal neutre d’information ».

N’interviennent cependant que les acteurs opérationnels : les militaires. Il n’est pas question d’ouvrir le système aux navires marchands. Ceux-ci envoient leur info via le MSCHOA ou l’UKMTO. De même, les forces privées de protection n’y ont pas accès (normalement) au contraire des équipes de protection embarquées de l’armée française, connectées, via leur PC aux Seychelles.

Le Rôle de l'OHQ et ses moyens de liaison / coordination

Le Rôle de l’OHQ : interface entre la sphère politique et civile & la sphère opérationnelle et militare

Le travail de l’OHQ est d’assurer la liaison avec la chaîne de commandement politique et les autres partenaires opérationnels (civils comme militaires). Avec l’OTAN, ce n’est normalement pas difficile, il suffit de traverser la cour. Pour Bruxelles, c’est un peu plus compliqué. L’éloignement n’est pas automatiquement un atout.

« Ici on gère le moyen terme — de 2-3 jours à quelques semaines — notamment les relations avec le PAM et l’Amisom ». Le commandement tactique est effectué, directement sur mer, par le navire amiral qui emporte le FHQ (actuellement le Suédois, ensuite le Français).

L’OHQ prépare ainsi les directives militaires, donne les impulsions et indique les priorités que le commandant d’opération (l’OpCommander) entend fixer aux bateaux. C'est là qu'a notamment été élaboré la directive concernant le traitement des groupes suspects pirates, leur désarmement et leur libération (faute de pays d'accueil). L'OHQ gère également l’arrivée de nouveaux moyens, par contact avec l’État-major militaire de l’UE et l’État-Major concerné. Il assure également l’établissement de nouvelles bases ou la reconnaissance de sites : où mettre l’avion ? C’est ainsi que le P3 Orion portugais a été placé aux Seychelles plutôt qu'à Djibouti (où il n'y avait plus assez de place).

Des hommes de liaison

Atalanta a plusieurs officiers de liaison : à Bruxelles, Bahrein, Djibouti, Mombasa (Kenya).

A Djibouti et au Kenya, les délégations de la Commission européenne ont basculé, depuis le début de l'année 2010, comme ambassades de l’UE. Et « C’est intéressant. Elles se lancent dans le jeu politique » précise un expert du dossier. « Et cela facilite notre tâche ». Un officier de liaison d’Atalanta se trouve désormais dans l’ambassade UE (auparavant il était dans l’ambassade de France). Au Kenya, il y a un officier de liaison à Mombasa et à Nairobi, c’est le chef de délégation qui assure le lien avec les autorités.

Le rôle de l’officier de liaison à Bruxelles est légèrement différent. Il s’agit de maintenir le lien avec les autorités politiques, et avec les représentations permanentes, de « déminer quelques problèmes qui peuvent survenir ». Parfois, il s’agit d’incompréhensions ou de quiproquos. « La première fois qu’un diplomate à Bruxelles a vu qu’il y avait des contacts avec l’Iran, il a bondi. Et une explication a été nécessaire. Car nos messages, en jargon militaire, peuvent paraître plus conséquents pour le profane ».

La coopération avec l’OTAN, au beau fixe

La coopération avec l’OTAN et la CMF est au beau fixe. Tous mes interlocuteurs me l’ont rappelé, sur tous les tons. On ne sent pas les tensions et rivalités qui peuvent exister à un autre niveau, plus politique, à Bruxelles. Déjà, ici, tout le monde est sur le même site. Et la proximité facilite la coopération. « Nous sommes au-dessous de la ligne de flottaison du politique » explique un officier. Concrètement, « nous tentons d’avoir une appréciation commune sur l’action, les tactiques utilisées par les pirates. C’est très utile ».

CoordPiratBatimentNorthwood-OTAN1004.jpgLes équipes Otan et Eunavfor réunis en février 2010 (crédit : OTAN / SNMG2)

La Coordination structurée par le SHADE

Autre élément de coordination, plus formel, le SHADE (comme Shared Awareness and Deconfliction Meeting). Il regroupe les différents commandants d’opérations à un rythme régulier. En général, une fois par mois, à Bahrein, se retrouvent tous les chefs d’opérations. Pas pour de grandes discussions. Ces « réunions sont très pratiques. Elles vont dans le détail des tactiques. Il s’agit éviter d’être au même endroit et au même moment ». Le SHADE est coprésidé par un représentant d'EUNAVFOR et de la CMF.

La fonction de coordination est assurée par les trois forces multinationales en présence (UE, OTAN, CTF), alternativement, tant dans le corridor que dans le bassin somalien. Le rôle du coordinateur n’est pas d’assurer le commandement mais d’un « transmetteur d’information ». Un « animateur de réseau en quelque sorte ». A lui également de « détecter les manques ou d’éventuels conflits ».

L'arrivée de la Chine

Récemment, la Chine a proposé de rentrer dans le dispositif.« Il y a une réelle volonté » m’assure un expert du dossier. « Les Chinois semblent disposés à s’impliquer largement, en y mettant les moyens, en hommes et en navires. Ils ont envie de montrer qu’ils sont capables au niveau international et maritime, d’être reconnus comme une puissance à part égale. (...) Leur chaîne de commandement est assez lourde et remonte très vite au sommet. » Mais assez efficace semble-t-il. Les Chinois « observent d’abord, regardent comment ils pourraient agir. Une implication qui ne tient pas au hasard, dans l’Océan indien et en Afrique. Terre de prédilection des Chinois. « Ceci s’inscrit certainement dans une stratégie plus globale ».

Si, côté chinois, nombre de signaux sont positifs, du côté de l’Inde, c’est plus confus. L’Inde est aussi très présente dans cette mer qui porte son nom. Elle entretient des relations étroites avec les Seychelles (notamment en ayant rénové le navire des gardes-côtes, le Topaz). Ses navires de pêche ou commerçants sont parmi les seuls à s’aventurer encore dans les eaux somaliennes pour assurer le commerce et le ravitaillement de toutes sortes de produits. La piraterie qui restait jusqu’à présent cantonnée dans certaines limites nautiques commence à se rapprocher solidement des côtes indiennes. Et cependant, les relations restent sinon difficiles du moins complexes. « On ne sait jamais très bien comment ils fonctionnent. Nous avons des interlocuteurs souvent différents. Et généralement cela se perd dans les méandres de la bureaucratie de l’administration indienne ».

CdtBindtAmiralChinoisZhingo2-Eunavfor091122.JPGLe Cdt néerlandais Bindt et le Contre-Amiral Zhingo, en novembre dernier (crédit : EUNAVFOR)


Seul exclu : l’Iran

L’Iran et ses navires reste une exception dans l’effort de coordination maritime. Ses navires et son commandement n’ont accès ni au « Chat Mercury » ni au SHADE. Les rapports avec les bateaux iraniens se « limitent au minimum » explique un officier. Même si ce « minimum » n’empêche pas parfois certains quiproquos.

Nous avons tout de même pour règle de nous échanger des informations d’ordre technique : quand un hélicoptère prend son envol par exemple, nous nous appelons, pour éviter tout incident (qu’un autre hélicoptère décolle au même moment par exemple ou qu’il y ait confusion sur nos intentions).

Mais parfois quand un diplomate prend connaissance de ces échanges, souvent transcrits de façon laconique dans le rapport hebdomadaire, type « échange avec navire iranien pour envoi d’hélicoptère », cela peut donner lieu à questionnement politique. Le mot Iran fait bondir à Bruxelles (voir plus haut, sur les officiers de liaison).

Et.. la cafet’ lieu ultime de coordination

Je ne pouvais achever ce tour du propriétaire sans … un tour à la cantine, la cafet’, le lieu le plus stratégique de la base. C’est ici que s’échangent les derniers potins de la base mais aussi que s’échangent les dernières appréciations sur les pirates ou que s’échafaudent des coordinations, hors cadre. On ne dira jamais assez combien la cantine et surtout le café pris en commun vaut tous les plans et comités de coordination (enfin presque :-).

(reportage effectué fin avril au QG de Northwood - crédit photo : NGV (logo northwood), EUNAVFOR (intérieur), OTAN)

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 12:59

Le Topaz, navire des gardes-côtes des Seychelles ont arrêté, samedi soir, 9 suspects au nord-est de l'archipel. Aucune attaque ne pouvant leur être imputée directement, ils ont été libérés et remis à bord du bateau-mère (un baleinier), direction : la Somalie. Enfin théoriquement... En attendant, leur attirail de piraterie et leurs armes ont été saisies et les deux skiffs d'assaut coulés.

Cette arrestation illustre cependant les méthodes affinées de "filature" mises au point par les navires anti-pirates déployés au large de la Somalie. Un groupe suspect d'un baleinier et deux skiffs avait, en effet, été repéré dès le jeudi (27 mai) par l'avion de patrouille maritime suédois de la force anti-pirates européenne (EUNAVFOR Atalanta), à près de 500 miles des côtes somaliennes. Aucun navire n'étant à proximité pour vérifier et contrôler les navires, il avait été décidé au FHQ suédois de suivre leur avancées. Le samedi matin, le groupe avait été à nouveau reperé à 250 miles au nord-est des Seychelles. Les gardes-côtes seychellois entrèrent alors en action, avertis grâce au système de communication interne "Mercury" précise-t-on au QG d'Atalanta, et dirigèrent leur navire Topaz (lire également : au QG d'Atalanta à Northwood).

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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 15:54

AssistDhowMaharaGuepratte2-Eunavfor1005.jpgLa frégate française Guepratte - qui participe à l'opération anti-piraterie de l'UE "EUNAVFOR Atalanta" - a porté assistance hier à des pêcheurs yemenites.C'était hier après-midi (vendredi) dans le Golfe d'Aden.

Le Guepattre a trouvé un dhow, avec six personnes à bord, dérivait et semblait avoir des problèmes. De fait, il avait perdu son hélice et dérivait déjà depuis 7 jours dans la mer. Le dhow, qui se nomme Mahra, a été pris en remorque par la frégate, en attendant un relais par les gardes côtes d'Oman.

Ce type d'assistance à des marins en détresse est assez courante dans le Golfe d'Aden. Bien qu'elle ne figure pas dans le cadre fixé à la mission Atalanta, elle obéit au principe général d'assistance en mer. Elle est codifiée à l'article 98 de la convention internationale sur le droit de la mer (dite de Montego Bay).

(crédit photo : EUNAVFOR / Marine française)

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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 13:21

AvionsJsfF135Afterburner-Us.jpgLe futur avion de combat JSF / F-35 a suscité une nouvelle passe d'armes à la seconde chambre aux Pays-Bas. Le ministre de la Défense, Van Middelkoop, a, en effet, écrit aux députés néerlandais pour leur dire qu'il n'avait pas l'intention de céder et d'annuler la commande du premier JSF nécessaire à la phase de test.

Ceci conduirait à une position "irréversible" estime-t-il qui est contraire au rôle de gardien de la loi d'un gouvernement démissionnaire. Nous n'avons « pas le droit  de prendre des décisions qui affectent gravement la politique du prochain gouvernement » précise-t-il. Le ministre alerte également les députés sur le fait que l'annulation du contrat coûterait une amende de 220 millions d'euros.

Cette lettre fait suite à un renversement de majorité au sein de la 2e chambre, favorisé par le changement de position du PvDA, les socio-démocrates. Dans une résolution votée, le 20 mai, le Parlement a, en effet, demandé au gouvernement de revoir son implication dans la phase de test et de réévaluer l'ensemble du programme JSF.

Cette annonce se situe en pleine campagne électorale. Les élections aux Pays-Bas auront lieu le 9 juin prochain. Et la question de l'engagement néerlandais au niveau de la défense (engagement en Afghanistan, achat du JSF...) est, sinon un enjeu clé de la campagne, du moins un des critères de différenciation entre les partis en lice.

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 13:08

La Commission européenne a décidé d'activer son mécanisme d'intervention de Protection Civile pour... les Etats-Unis. C'est la première intervention de ce type. La cellule de crise "Protection civile" a, en effet, reçu une demande des gardes-côtes américains face à la marée noire qui atteint le Golfe du Mexique, pour fournir des équipements spécifiques de récupération du pétrole (bras rigides qui peuvent être attachés derrière les bateaux). L'Espagne, en moins d'une heure, suivie des Pays-Bas et l'Agence européenne de sécurité maritime ont offert du matériel disponible. Les coûts de transport, de mise en place et de remplacement de ces bras seront couverts par une entreprise sous contrat US.

 

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Secours - Sécurité Civile
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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 11:40

ChateauGenshagen-copie-2.jpgLa Fondation Genshagen - qui a son siège dans ce superbe chateau, à quelques kilomètres de Berlin - a eu la bonne idée de réunir, ces jeudi et vendredi, de manière très informelle, une quarantaine de spécialistes français, allemands, polonais (le triangle de Weimar) autour d'une idée : et si le Triangle de Weimar pouvait avoir une traduction plus concrète en matière de coopération civilo-militaire et de missions de défense européenne et impulser de nouveaux développements pour la PSDC ? 

Durant deux jours, ont ainsi planché des ministres en poste ou "vétérans", des militaires qui ont souvent exercé des responsabilités de premier plan sur les terrains d'opérations européennes (1), des responsables minisériels, des chercheurs de diverses institutions et quelques journalistes, etc. 

Ces échanges sont couverts (normalement) par la règle de Chatham House (non citable, non attribuable), ce qui permet des échanges à bâtons rompus. J'y reviendrai dans de prochains posts... Car comme l'a affirmé un des participants, c'st « L'occasion de sortir de ronronnements un peu soporifiques qui ont trop longtemps rythmé les échanges du Triangle de Weimar ». 

Un triangle qui doit s'élargir au Royaume-Uni

Premier constat apparemment partagé par nombre de participants, si le triangle de Weimar trouve toute sa pertinence en matière de défense car il rassemble trois pays majeurs dans le domaine, il ne pourra pas trouver toute sa pertinence et son efficacité sans associer le Royaume-Uni. Une proposition soutenue par l'Allemagne. « A défaut de rectangle, ne pourrait-on pas trouver une autre formule » a estimé un participant. Et pourquoi pas une formule de "triangle plus" ou "3+1" ont précisé d'autres. Ces dernières formules auraient un avantage : permettre aux Britanniques de trouver toute leur place dans les discussions, sans être associés formellement, ni tenus d'y participer systématiquement.

(1) On peut citer : l'Allemand Christian Schmidt, secrétaire d'Etat parlementaire à la Défense, le Français Alain Richard ou le Polonais Janusz Onyskiewicz — ; des militaires  — le général français Ganascia (ancien chef d'Eufor Tchad et aujourd'hui consultant pour les ONGs) et le général Beth (ancien de la Force Licorne et aujourd'hui à directeur de la coopération militaire et de défense) le général Pacek (ancien chef adjoint d'Eufor Tchad et aujourd'hui conseiller du chef d'Etat-Major des armées polonaises), le contre-amiral allemand Krause (chef d'Etat-major interarmées des opérations...), etc.

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Défense UE (droit doctrine politique)
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.