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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 18:45
Westerwelle-MinAffEtrAll-Munich100206.jpgL'Allemagne qui, ces dernières années a été plutôt timorée sur l'Europe de défense (1), tend à vouloir reprendre le flambeau de la PSDC de façon plus ambitieuse. Le propos de Guido Westerwelle, le vice-Premier ministre allemand et ministre des Affaires étrangères, lors de la conférence de Münich sur la sécurité, le 6 février, mérite l'attention (2).

En effet, Westerwelle remet non seulement en avant des objectifs importants pour la défense : partage et répartition et partage des tâches, capacité indépendante de gestion des crises. Il fixe un objectif à long terme : l'armée européenne. Et surtout il définit la défense
comme un objectif politique d'une Europe plus puissante sur le plan international et plus intégrée au niveau interne. A l'écouter, le projet de PSDC pourrait être, un peu comme l'a été le Marché unique, un projet moteur qui permettrait à l'Europe d'avancer. Il réfute également toute critique de possible doublon avec l'OTAN, estimant que la contribution de la défense européenne est, justement, une contribution au partenariat euro-Atlantique. Enfin, il estime nécessaire de réfléchir sur la proposition russe d'un nouveau cadre de sécurité européenne. Après le Livre vert britannique, qui est d'une autre teneur (mais pas sans intérêt), voici le deuxième grand Etat européen à se positionner, en quelques jours, sur la défense européenne. Très intéressant.

L'Europe doit être à la hauteur des enjeux
« Le gouvernement allemand veut avancer sur ce chemin (de la défense commune). L'objectif de long terme est l'établissement d'une armée européenne sous le plein contrôle parlementaire. L'Union européenne doit être à la hauteur de son rôle politique d'acteur mondial. Cela signifie qu'elle soit capable de gérer des crises de façon indépendante. Cela signifie aussi qu'elle soit disponible pour répondre rapidement, de façon flexible et avec une position unique. Pour réaliser cela, cependant, (l'UE) doit être capable de mettre en commun ses ressources de définir des priorités et de répartir ses responsabilités, même en des temps où les moyens sont de plus en plus rares ».

La Défense un projet d'intégration européenne. « La "coopération structurée permanente" envisagée par le Traité de Lisbonne fournit une possibilité d'avancer ensemble avec des Etats membres différents afin de continuer à développer une vision de l'Europe. Le projet de la politique de défense et de sécurité commune de l'UE
agira comme un moteur d'une plus grande intégration européenne ».

La défense européenne n'est pas dirigée contre l'OTAN. « Nous voulons une gestion de crise européenne. L'intention n'est pas de remplacer les autres structures de sécurité (NB : l'Otan). Davantage d'Europe n'est pas une stratégie dirigée sur quelqu'un en particulier. Il n'y a pas de raison de craindre l'Europe. Mais tout le monde devrait pouvoir compter sur l'Europe. La PSDC est la réponse de l'Europe à la mondialisation. C'est notre contribution au partenariat de sécurité Euro-Atlantique. » explique le Ministre. Et d'ajouter : «L'OTAN, aussi, cherche de nouvelles réponses à la mondialisation. Nous soutenous son travail sur un nouveau concept stratégique qui voit la sécurité dans un contexte politique global. Cela, aussi, appuiera le partenariat de sécurité euro-atlantique. »

Un accord doit se faire avec la Russie. Au passage, le ministre allemand affiche sa différence avec la position américaine sur le projet russe de sécurité. « Le partenariat stratégique avec la Russie n'est pas seulement une des clés de la sécurité européenne, elle aussi vitale pour résoudre les problèmes mondiaux. Nous voulons un partenariat et nous voulons continuer à le développer dans des zones où nous avons des intérêts communs. Cela inclut une discussion substantielle sur les propositions de sécurité européenne présentées par le président Medvedev ». Une position substantiellement différente de la position d'Hillary Clinton, la Secrétaire d'Etat américaine qui, à Paris fin janvier, ne cachait pas son scepticisme sur cette proposition (pour être poli :-)).

Extrait de l'intervention (en allemand) sur l'armée européenne:


(1) Même si le précédent gouvernement le déniait, lire :
F.-J. Jung: l’Allemagne pas moins enthousiaste qu’avant
(2) Lire son intervention

(crédit photo : Münich Security Conference, Kai Moerk)
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Défense UE (droit doctrine politique)
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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 20:53
Après une traversée de quinze jours, le navire hôpital de l'armée espagnol, Castilla est désormais à pied d'oeuvre au Petit-Goave, une ville d'Haiti où les secours internationaux ont, jusqu'ici, été plus limités. Une unité de 18 véhicules lourds a pu être débarquée à l'aide la péniche. Le navire restant ancré au large. Ils vont pouvoir être utilisés, dès demain dimanche, pour déblayer les gravas dans la ville, annonce l'Etat-Major de la marine espagnole.
VechiulesDebarqPenicheHaiti-Esp100205.jpg
Une équipe de reconnaissance est partie explorer les routes et les besoins de dégagement. Première priorité : dégager les routes menant au port. Le travail commence demain. Elle a pu aussi localisé un emplacement pour le futur camp de base, dans une parcelle clôturée donnée par le conseil municipal de la ville, non loin du petit quai du port et reliés à lui par l'une des principales rues de la ville. Pour niveler le terrain et le préparer, les sapeurs-marins  et les machines du Castilla auront besoin d'environ six jours, selon le commandant de bord. Autre travail pour le génie : déblayer l'Eglise, un lieu symbolique pour la population, en grande majorité catholique.
VechiulesDeblaiemLleganHaiti-Esp100205.jpg
Le groupe de soutien médical a, de son coté, effectué un premier bilan pour détecter les besoins des différents centres de soins primaires et autres postes de soins improvisés. « Les dommages causés par le tremblement de terre du 12 janvier et sa réplique du 20 ont sérieusement endommagé les structures de santé ». Et les besoins restent importants : soins post-chirugicaux et de suite après les traitements d'urgence. L'unité de soins médicaux embarquée (
USAEMB) va prêter son attention en premier lieu aux habitants du poste de santé du Westleyenne. Tandis que les « cas les plus graves seront transférés pour traitement sur l'hopital de bord du Castilla ».

(crédit photo : Castilla / Marine Espagnole)
 

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Amériques - Haïti
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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 11:00

RepresentantsSpeciaux-UE09.jpgLes représentants spéciaux dont le mandat se terminait (pour la plupart) le 28 février 2010 vont voir ce mandat prolongé. Au moins provisoirement jusqu'à la date de création du service d'action extérieur ou, au plus tard, jusqu'au 31 août 2010. La décision a été discutée au COPS - le comité politique et de sécurité de l'UE - lors d'une de ses dernières réunions, le 29 janvier. Et elle devrait être avalisée lors d'une prochaine réunion du Conseil des ministres.

Seule exception : le représentant spécial pour l'Afghanistan. Son titulaire actuel, l'Italien Francesco Sequi pourrait être remplacé. Un appel à candidatures a été lancé. Et lors de la réunion de Londres sur l'Afghanistan, la question de son remplacement a été évoquée. On parle du Lituanien Vygaudas Ušackas (selon nos confrères d'European Voice). Le remplaçant pourrait en tout coiffer les deux responsabilités : Représentant spécial et responsable de la délégation de la Commission européenne.

On peut remarquer qu'aucun représentant spécial sur Haïti n'est pour l'instant envisagé, alors que les Etats-Unis avaient tout de suite nommé leur représentant spécial en la personne de Bill Clinton qui est, depuis, devenu le Représentant spécial de l'ONU. Il faut noter également que personne n'est pour l'instant nommé sur les questions de piraterie ou la Somalie. L'ancien représentant personnel de Solana pour la Somalie, le général Français Pierre-Michel Joana n'a pas été reconduit. De façon générale, d'ailleurs, aucun des représentants personnels de Solana n'ont été reconduits.


Balkans


2131_er_dr__valentin_inzko.jpgBosnie-Herzégovine : Valentin Inzko (Autriche). 50 ans. Un spécialiste des Balkans. Parcours: Ambassadeur en Slovénie (2005-2009) et en Bosnie-Herzégovine (1996-1999), Chef du département Europe de l'Est et Sud-Est au ministère autrichien des Affaires étrangères (2000-2004), Conseiller culturel à l'ambassade de Prague (1993-1996), Chef de la mission de l'OSCE au Sandjak de Novi-Pazar (1992), Directeur fondateur de l'Institut culturel autrichien à Prague - Rép. Tchèque (1991-1995), Directeur de la section Presse - Information du ministère des Affaires étrangères (1989-1990), conseiller à la Mission autrichienne aux Nations-Unies New-York (1986-1989), Attaché de presse et attaché culturel à l'ambassade autrichienne à Belgrade - Yougoslavie (1982-1986). Entre au ministère autrichien des Affaires étrangères au département "Europe centrale, du Sud-Est et asie centrale" (1981-1982). Chef de la représentation du PNUD  à Colombo - Sri-Lanka (1978-1980) et à l'Office des Nations-Unies à Oulan-Bator Mongolie (1974-1978). Lire aussi : Inzko, le représentant spécial de l'UE en Bosnie, un connaisseur...

 

Fouere-RepSpe-UE09.jpgFyrom (Macédoine) : Erwan Fouéré (Irlande) (*). 63 ans. Un "communautaire" qui a fait toute sa carrière à la Commission. Parcours : Chef de délégation CE en Slovénie (2002-2005), Chef de la section OSCE à la DG Relex (1998-2002), Chef de la dégation en Afrique du Sud (1994- 1998), à Mexico et Cuba (1989-1993), adjoint à la délégation à Caracas - Venezuela (1984-1989) ... Administrateur à la DG Environnement de la Commission européenne en charge de la négociation des conventions internationales (1979 - 1983), Administrateur à la DG Relex de la Commission européenne chargé des pays de l'Est et CSCE (1975-1979).


FEITH_Pieter_Cornelis.jpgKosovo : Pieter Feith (Pays-Bas). 65 ans. Un expert de la gestion de crise UE. Parcours : Directeur des opérations civiles PESD au Conseil - CPCC (2007), Chef de la délégation d'observateurs à Aceh AMM (2005-2006), Chef de l'équipe d'experts de l'UE en Iraq (2005), Représentant personnel de Javier Solana au Darfour (2004), Directeur général adjoint aux affaires politico-militaires au Conseil de l'UE (2001-...). A l'OTAN (1995-2001) : Représentant personnel du secrétaire général Robertson en Yougoslavie, Directeur de la direction des opérations et de gestion de crises, Chef de la Task Force de l'Otan dans les Balkans, Conseiller politique, Polad, du commandant de l'IFOR en Bosnie-Herzégovine. Entré au service diplomatique néerlandais auparavant en 1970 où il a servi jusqu'en 1995.

 

Caucase - Asie centrale


morel-RepSpe-UE09.jpgCrise en Géorgie / Asie centrale : Pierre Morel (France). 65 ans. Un diplomate chevronné spécialiste des républiques ex-Urss. Parcours : nommé représentant spécial pour l'Asie centrale en 2006 et pour la crise en Géorgie en septembre 2008. Conseiller au centre de planification politique du ministère des Affaires étrangères (2006), Ambassadeur de France au Saint Siège (2002-2005), en Chine (1996-2002), en Russie avec en charge Moldavie, Mongolie, Tadjikistan et Turkmenistan (1992-1996), au Kirghizstan (1993-1996), en Géorgie (1992-1993), conseiller diplomatique du président français (Mitterand) faisant partie de la délégation à la négociation du Traité de Maastricht (1991).


Mizsei-RepSpe--UE10.jpgMoldavie : Kálmán Mizsei (Hongrie). 54 ans. Parcours : Professeur visiteur à l'Université d'Europe centrale (2007), Assistant du secrétaire général de l'ONU, et directeur du bureau régional pour l'Europe et la CEI au PNUD (2001-2006), Directeur des investissements et infrastructures en Europe centrale et de l'EST à AIG Global Investment Corp (1997-2001), Président de Hungarian Export Import Bank Ltd et Hungarian Export Credit Insurance (1995-1997), Vice-président des programmes économiques à l'Institut pour les études est-Européennes de New-York (1992-1995), directeur adjoint de l'institut pour l'Economie mondiale à l'Académie des sciences hongroises (1990-1991).


web_semneby.jpgSud Caucase : Peter Semneby (Suède). 50 ans. Parcours : chef de la mission de l'OSCE en Croatie (2002-2005) et en Lettonie (2000-2002), responsable de la PESD au ministère suédois des Affaires étrangères (1997-2000). Postes dans des ambassades suédoises en Allemagne, Ukraine, URSS.

 


Afrique

VandeGeer-RepSpe-UE09.jpgGrands Lacs : Roeland van de Geer (Pays-Bas). 57 ans. Un professeur et diplomate spécialiste de l'Afrique. Parcours : Ambassadeur des Pays-Bas en Afghanistan (2006 – 2007), professeur itinérant (2005 – 2006), directeur Afrique au Ministère des Affaires étrangères néerlandais (2002 – 2005) et auparavant directeur de l'hémisphère ouest (1998 – 2002), Ambassadeur au Mozambique (1994 – 1998), chef du département "développement" Afrique du sud au ministère des Affaires étrangères (1991 – 1994) et auparavant de l'Afrique du nord (1990 – 1991), directeur adjoint au Centre for Development Co-operation Services de l'université libre d'Amsterdam (1986 – 1989). Entre en 1982 au ministère des Affaires étrangères. Auparavant, professeur détaché de l'université libre d'Amsterdam à l'université du Lesotho et au gouvernement du Lesotho.


TorbenBrylle-RepSpe-UE09.jpgSoudan : Torben Brylle (Danemark). 61 ans. Un diplomate de carrière. Parcours : Ambassadeur du Danemark en Egypte (2007), en Afrique du Sud pour tous les pays alentours (2001-2007), Secrétaire adjoint aux affaires multilatérales au ministère des Affaires étrangères à Copenhague (1997-2001), chef du département Moyen-Orient, Afrique du Nord, Amérique latine (1994- 1997), directeur du cabinet du ministre des Affaires étrangères et Coopération au Développement (1994-1997), Chef du département Afrique du Sud (1991-1994), ... premier conseiller à l'ambassade danoise à Paris (1983-1986). Entre en 1978 au ministère danois des Affaires étrangères.


Vervaeke_Koen-RepSpe-UE09.jpgUnion Africaine : Koen Vervaeke (Belgique) (*). 50 ans (22 avril 1959). Parcours : chef de l'Unité Afrique à la "Policy unit" au Conseil de l'Union europénne (2003-2006), Envoyé spécial de la Belgique dans la région des grands lacs (2002-2003), Chef du service de presse et porte-parole du Premier ministre (Verhofstadt) (1999-2002), conseiller politque à la représentation politique de Belgique aux Nations-Unies à Genève (1995-1999) et à l'ambassade belge à Bujumbura - Burundi (1992-1995), Premier secrétaire à l'ambassade belge à Tunis - Tunisie (1989-1992). Entré au Ministère des Affaires étrangères belge en octobre 1987. Auparavant chef des relations publiques et culturelles de la banque ASLK-CGER (Caisse générale d'épargne et de retraite).


Asie - Moyen Orient


Sequi-RepSpe-UE09.jpgAfghanistan : Ettore Francesco Sequi (Italie) (**). 53 ans. Entré en 1985 au ministère des Affaires étrangères italien.Ambassadeur d'Italie à Kaboul (2004-2008), chef adjoint de l'ambassade d'Italie à Tirana (2000-2004), Conseiller au cabinet du ministre des Affaires étrangères (1998-2000), conseiller à la représentation permanente auprès de l'ONU à New-York (1994-1998), Consul d'Italie à Teheran (1989-1994), cabinet du directeur général des Affaires économiques du ministère des affaires étrangères (1988-1989).


Otte-RepSpe-UE09.jpgProcessus de paix au Moyen-Orient : Marc Otte (Belgique). 62 ans. Un diplomate spécialiste aussi de la PESD. Parcours : conseiller de Solana sur la PESD (1999-2003) et chef de la task-force sur la PESD au Conseil. Directeur pour la politique de sécurité et du désarmement au ministère des Affaires étrangères belge (1997-1999), ambassadeur de Belgique en Israël (1992-1996), Consul général de Belgique à Los Angeles (1988-1992). Conseiller, chef du service économique, à l'ambassade de Belgique au Zaïre (1984-1988), Premier secrétaire, chargé de l'Economie et du Commerce à l'ambassade de Belgique à Washington (1980-1984), Chef de la division coordination interminstérielle au département des Affaires européennes du ministère des Affaires étrangères (1978-1980), attaché économique à l'ambassade belge de Washington (1976-1977). Entré au ministère des affaires étrangères en 1976, auparavant il avait exercé dans une entreprise privée comme directeur technique de Kloeckner Bamaco SA et a été enseignant à l'école de formation des maîtres de Bokakata de RD Congo (1970-1972).


(*) "Double chapeau", dirige également la délégation de la Commission européenne.

(**) jusqu'au 28 février.

(crédit photo : Conseil de l'Union européenne. En haut : Photo de groupe avec Javier Solana. Je n'en ai pas d'autre !)

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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 19:00
La mission européenne d'assistance à la formation des forces de sécurité somalienne (EUTM) a nécessité une lente maturation au sein des Etats membres et d'un double adoubement international et local. Rappel des principales étapes (politiques).

Une lente maturation au sein de l'UE

• Le 23 avril 2009, les Européens et la communauté internationale s'engage à aider la Somalie : 213 millions $ dont la moitié venant de l'UE et de ses Etats membres ; l'initiative voit le jour (lire :
Somalie : la France va former 500 militaires somaliens à Djibouti)

• Le 18 mai 2009, les Français qui viennent de commencer une formation de soldats somaliens à Djibouti, présentent l'initiative au conseil des Ministres de la Défense (lire :
Vers une mission UE de formation de l'armée somalienne? Initiative fr.).

• Fin mai, le Haut représentant, Javier Solana, prend sa plume pour rappeller l'urgence d'une action et secouer un peu les esprits (lire :
Somalie: Solana rappelle les Etats membres à leurs devoirs)

• Début juillet, un premier papier d'options est préparé par les militaires.

• Les hésitations se font cependant toujours sentir. Carl Bildt, le ministre suédois des Affaires étrangères qui préside le Conseil le confirme à la mi-juillet (lire :
La mission "sécurité" pour la Somalie, toujours à l'étude...). En attendant, le Conseil temporise et vote, le 27 juillet 2009, des conclusions qui visent à « renforcer la participation de l'UE aux efforts déployés en faveur de la paix et du développement en Somalie » et « étudie(r) les possibilités qui s'offrent à l'UE pour contribuer aux efforts de la communauté internationale, notamment dans le domaine de la sécurité ». C'est vague. Mais cela permet d'encourager les militaires à faire leur travail.

• Le 29 septembre, à la réunion des ministres de Göteborg, les discussions se précisent autour de questions délicates (lire :
Les Européens pas très enthousiastes pour une mission Eusec en Somalie).

• Le 17 novembre, ca se débloque. Le Conseil des ministres de la Défense et des Affaires étrangères déclare que « tout soutien supplémentaire de l'UE au secteur de la sécurité en Somalie devrait être envisagé dans le cadre d'une approche globale de l'UE à l'égard de la situation dans ce pays, et que ce soutien devrait s'inscrire dans un cadre plus large et cohérent, nécessitant une étroite coopération de l'UE avec l'Union africaine, les Nations unies et d'autres partenaires concernés, notamment les États-Unis » Ce faisant, il dresse le cadre d'intervention de la future mission de l'UE: pas une mission indépendante, ex nihilo (à Djibouti par exemple), mais une mission, en appui de l'Union africaine, donc en Ouganda. Une demande d'ailleurs de l'Union Africaine (1). Il approuve également le concept de gestion de crise sur « une éventuelle mission PESD visant à contribuer à la formation des forces de sécurité du Gouvernement fédéral de transition (GFT) somalien » et demandé que des « travaux de planification complémentaires soient menés ». (Lire :
l’approbation par les 27 Ministres des Affaires étrangères et de la Défense et Eusecfor Somalia : 14 millions d'euros. Et l'OHQ à Nairobi ?)

• Le 26 novembre 2009, le Parlement européen soutient à une nette majorité, dans une résolution, le déploiement d'une mission. Même si cet avis est totalement facultatif, elle représente un apport politique non négligeable dans les négociations (
Le Parlement soutient une action de formation des militaires somaliens)

• Le 8 décembre 2009, le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'UE choisit « une option militaire stratégique » ou MSO (lire :
L'UE veut s'impliquer davantage dans la Corne de l'Afrique)

• Le 20 janvier 2010, l'UE propose formellement au gouvernement somalien de contribuer à la formation des forces de sécurité somaliennes.

• Le 25 janvier 2010, le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'UE convient de « mettre sur pied une mission militaire pour contribuer à la formation des forces de sécurité somaliennes en Ouganda », où les forces somaliennes suivent d'ores et déjà une formation, ce qui facilite la coordination de l'action de l'UE avec la mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM). Il reconnaît la « nécessité d'une telle formation dans le cadre d'un effort international plus vaste, portant notamment sur la surveillance du personnel en formation, le suivi et l'encadrement des forces après leur retour à Mogadiscio ainsi que le financement et le paiement de la solde des soldats. »
(lire : Feu vert des 27 à la mission EUTRA Somalia)

L'adoubement international et local

L'UE n'intervient pas en général dans les missons de défense sans un cadre et une autorisation internationale ainsi que sans invitation des autorités locales voire régionales. La mission EUTM ne faillit pas à la tradition.

Cadre international. Cette mission se fonde principalement sur deux résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU :
1° La résolution 1872 (26 mai 2009) souligne « l'importance de reconstituer, de former, d'équiper et d'entretenir les forces de sécurité somaliennes » et demande « instamment aux États Membres et aux organisations internationales et régionales d'offrir une assistance technique pour la formation et l'équipement des forces de sécurité somaliennes ». (télécharger).
2° La résolution 1897 (30 novembre 2009), rappelle d'autres résolutions antérieures, notamment « son attachement à la souveraineté, à l'intégrité territoriale, à l'indépendance politique et à l'unité de la Somalie ».
Enfin,
le Secrétaire général des Nations unies a, dans son rapport du 31 décembre 2009 au Conseil de sécurité, mentionné l'initiative européenne tout en soulignant que les formateurs de l'UE devraient « dispenser les programmes harmonisés et approuvés » au niveau international. (lire)

Invitations locales. Le 18 novembre 2009, le gouvernement somalien envoie une lettre à l'UE pour « saluer les efforts entrepris par l'UE ». Le 30 novembre, c'est au tour du représentant spécial adjoint de l'Union africaine, parlant au nom de la Commission de l'UA de se féliciter de cette initative (lire : L'Union africaine invite l'UE à former les soldats somaliens). Le 5 janvier 2010, enfin, un courrier du ministre de la Défense ougandais invite l'UE à « participer aux efforts déployés pour la formation des forces de sécurité nationale du GFT en Ouganda, pour une période d'au moins un an ».

Une question de légitimité. Ces lettres et résolutions peuvent paraître très formelles. Elles sont néanmoins nécessaires dans le processus de décision de l'UE pour lui donner la
légalité et la légitimité nécessaire dans sa formation aux soldats somaliens : du pays d'origine (Somalie), du pays hote de la formation (Ouganda), de l'organisation régionale (Union africaine) à qui la communauté internationale a délégué la mission de ramener la paix en Somalie et de former les troupes somaliennes.

Lire également :
- Point essentiels d'EUTM (remis à jour)
- Un nouveau mode de commandement

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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 16:23
AbsalonForcesSpeciales-Dk100102.jpgL'alerte a été donnée un peu avant 6 heures GMT ce vendredi matin. Un navire slovène, le MV Ariella était sous le coup d'une attaque de pirates dans le Golfe d'Aden à hauteur de Bossaso. L'attaque est assez osée puisque le navire naviguait dans un groupe de transit, dans le couloir international, sous protection donc ! Cela fait plusieurs jours que les pirates s'en prennent aux bateaux dans le Golfe, revenant à leur tactique précédente.

Pirates à bord ! L'alerte est captée par la frégate indienne, le Tabar, et répercutée aussitôt à tous les navires et avions de la zone, par le système de communication sécurisé, "Mercury".
L'avion de patrouille maritime d'EU NAVFOR, un Atlantique français, rapidement sur la zone, confirme que les pirates armés étaient déjà sur le pont de l'Ariella.

Opération commando déclenchée. Après un contact avec l'Officier de permanence de la frégate danoise Absalon qui fait partie de la force de l'OTAN (CTF 508), il est convenu d'une opération combinée de toutes les forces en présence pour reprendre possession du navire. Les militaires savent en effet que l'équipage s'est réfugié dans une pièce sécurisée, au fond du navire, conformément aux règles de "bonne pratique" anti-pirates. Tandis que l'avion français continue sa surveillance, les forces spéciales danoises se préparent et prennent à l'abordage l'Ariella rapidement sous contrôle.
Les pirates fuient peu avant l'attaque et n'ont pas apparemment été poursuivis. Dans le même temps, le navire russe Neustrashimyy, qui est à proximité, s'empare du deuxième skiff pirate et arrête les personnes à bord. L'opération combinée UE - OTAN - Russie - Inde permet ainsi de délivrer l'équipage de 25 personnes (1 Bulgare, 1 Slovaque, 1 Indien, 7 Ukrainiens, 15 Philippins).

Que faire des pirates. Le MV Ariella est propriétaire d'une société slovène (
Splosna Plovba, International Shipping and Chartering Ltd) et bat pavillon d'Antigua et Barbuda. Il n'est pas certain que les pirates arrêtés pourront être poursuivis, même s'il y a flagrant délit, et selon quel dispositif judiciaire. Selon les lois de la mer, les autorités slovène, danoise, russe peuvent être compétentes. Mais aucun de ses pays n'a, selon mes informations, d'accord de transfert avec un pays riverain. Quant aux pirates à bord du navire, ils se sont entretemps enfuis (peut-être à bord du premier skiff qui restait à disposition) selon un porte-parole des forces européennes.

(crédit photo : Marine danoise, les forces spéciales de l'Absalon, il y a trois jours)
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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 08:30
Un accord serait en vue au sein de la coalition au pouvoir aux Pays-Bas sur le maintien d'une certaine participation néerlandaise à l'opération de l'OTAN en Afghanistan (ISAF) en 2011. Les partis au pouvoir, qui se déchiraient sur la question, seraient tombés d'accord et ce compromis pourrait être avalisé au conseil des ministres du 12 février, selon le quotidien Elsevier. Ce qui est plus conforme à la stratégie américaine qui ont fait du "surge" en Afghanistan, un axiome de leur nouvelle stratégie de reconquête du territoire. Les Néerlandais qui ont le lead dans la province d'Uruzgan avaient prévu de retirer leurs troupes d'ici fin 2010.

Le principe du retrait des troupes resterait acquis. Mais il serait simplement étalé dans le temps et synchronisé avec celui des Américains. Ce retrait serait, en fait, reporté à l'été 2011 quand les premières troupes américains rentreront au pays. Avec maintien sur place d'une force, plus légère, dont le format reste à définir. Cette solution met fin à une controverse interne. Tandis que le CDA (Chrétiens-démocrates) était partisan d'une extension du mandat en Afghanistan, son allié de gouvernement, le PvDA (socio-démocrates) jugeait que la position de retrait devait être respectée, demandant un début du retour au pays des soldats néerlandais au mois d'août pour se terminer en décembre.

Pression américaine. Les Américains n'ont pas ménagé leurs efforts pour faire revenir les Néerlandais dans le "droit chemin". L'ambassadeur américain auprès de l’OTAN, Ivo Daalder, lui-même natif des Pays-Bas (il n'a été naturalisé Américain qu'en 1994) s'est ainsi exprimé à plusieurs reprises dans les médias locaux. Dernièrement (avant la conférence de Londres sur l'Afghanistan), il s'était rendu, sur place, à Kamp Holland, la base néerlandaise en Uruzgan. Et il y avait vanté, publiquement, "l’approche néerlandaise". « Les Pays-Bas ont acquis quatre ans d’expérience dans la région. Il ne sera pas facile de remplacer cette approche spécifique » avait-il ainsi déclaré selon nos confrères du Telegraaf. « De plus il n’y a personne pour prendre le relais. Les Etats-Unis n’ont pas engagé des troupes supplémentaires pour que d’autres pays puissent partir ou faire moins. Il serait très étonnant qu’un des fondateurs de l’OTAN parte alors que les autres fournissent au contraire plus de soldats. »
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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 22:00
Rantanplan.jpgLa récente "gifle américaine à l'Europe" de Obama, refusant de se rendre à un sommet UE-USA, le discours d'Hillary Clinton qui fait l'impasse sur une partie de l'UE en matière sécurité et de défense, et l'absence de poids et d'unité de l'Europe dans l'intervention humanitaire à Haïti, ces trois évènements récents montrent qu'il y a plus qu'un hiatus aujourd'hui entre l'UE et les Etats-Unis. L'incompréhension semble, en effet, totale des deux cotés de l'Atlantique. Et Washington semble aujourd'hui considérer comme le cadet de ses soucis d'encombrer son esprit à discuter avec un partenaire européen, brouillon et confus. Ce qui s'apparente, tout de même, à un raté personnel, pour Catherine Ashton. La Haute représentante de l'UE avait rencontré il y a quelques jours Hillary Clinton. Apparemment cela n'a pas été très efficace... Il faut dire que lors de la crise à Haiti, la Haute représentante n'a pas démontré non plus son efficacité.

Haiti: comment l'UE et Ashton ont raté la communication de crise...

Catherine Ashton, pour des raisons diverses, n'a pas su ou voulu prendre la mesure de l'évènement pour imprimer sa marque et surtout montrer que l'Europe était tout entière aux cotés d'Haiti. Alors que ce séisme est une des premières catastrophes naturelles de ces dernières années, avec le Tsunami sur l'Asie du sud, en 2004, on n'a pas senti vraiment l'Union européenne en phase. En paraissant plus préoccupée de sa confirmation par le Parlement européen et de la composition des cabinets, la Commission européenne et Catherine Ashton ont été en-deçà des espérances des Européens. Les actions importantes de l'UE (déblocage de fonds, envoi de personnels, coordination) se sont égarées dans un jargon administratif et perdues dans le brouhaha médiatique. Un
beau loupé ! En fait, même si la mécanique administrative a fonctionné, il n'y avait pas de "pilote" dans l'avion européen. Au-delà de la polémique, il s'agit d'un problème de fond. La diplomatie "tranquille" que prône Catherine Ashton ressemble de plus en plus à une diplomatie "pépère", une diplomatie "Rantanplan" dont l'UE souffre au premier chef. Ce qui n'est pas conforme à la définition du poste du Haut représentant dans le Traité de Lisbonne, qui doit être davantage qu'un simple "administrateur" ou "coordinateur" de la PESC mais un fédérateur, un dynamiseur de l'unanimité.

Haïti n'a même pas eu droit
aux drapeaux en berne comme pour le Tsunami

Qu'aurait pu faire de plus la Haute représentante ?

C'est la question qui revient souvent quand on ose une remarque. Mais tout simplement faire de la politique, pourrait-on répondre... Etre là quand il fallait ; là où il fallait. Je ne suis pas de ceux qui critiqueront Catherine Ashton pour ne pas être aller à Haiti. Il y avait de bonnes raisons de ne pas y être (1). En revanche, ne pas être présent à Bruxelles, de façon plus affirmée, est une erreur politique. Certes, un point de presse a été tenu, mais en catimini : un jeudi en milieu d'apres-midi, en prévenant à peine une heure auparavant, alors que tous les journalistes sont partis boucler leurs papiers. Si la Haute représentante voulait faire un geste un peu plus politique, elle pouvait - comme c'est d'ailleurs l'usage en cas de sujet important - "descendre" dans la salle de presse du Berlaymont, à l'habituel point de midi, là où se retrouvent tous les journalistes. 13 étages par ascenceur (cela prend 45 secondes !), elle était assurée d'avoir un maximum d'écoute, pour un minimum d'engagement horaire. En matière de communication de crise, chaque heure compte (2), et l'effet politique des gestes diminue rapidement. Sans tomber dans le voyeurisme et les effets d'annonce sans lendemain, elle pouvait aussi mêler des gestes symboliques et concrets. Quelques exemples...


La symbolique a manqué
1° une journée de deuil dans toutes les représentations de l'UE dans le monde (en abaissant les drapeaux européens), comme le font tout Etat, et demander que symboliquement le drapeau haitien soit hissé le long des hampes du Conseil européen et de la Commission européenne, aurait été un minimum (pour le Tsunami, plusieurs jours de deuils avaient ainsi été proclamés dans de nombreux pays) ;
2° déclencher l'envoi d'un commissaire européen à l'aide humanitaire sur place, immédiatement (3) ou nommer un envoyé spécial de poids (comme le feront les Américains avec Bill Clinton) ;
3° annoncer qu'une cellule de crise se réunira tous les jours pour faire le point au plus haut niveau, etc...

Des gestes concrets ont été retardés
1° faire une synthèse précise des moyens en personnel et sommes débloquées par l'Europe (4) ;
2° ressortir des tiroirs le rapport Barnier et annoncer (ce que Barroso annoncera une semaine plus tard) que sa première tâche sera de mettre en place une coordination plus étroite en matière de secours de catastrophes à l'extérieur de l'Union ;
3° enclencher la 2e phase, c'est-à-dire le relais des Américains dans l'aide d'urgence, la suppléance des moyens de l'ONU. Ce que les Etats feront plus tard, avec la force de sécurisation européenne, pouvait dès les premières heures être enclenchée.

La diplomatie "pépère" de Ashton
n'est pas adaptée à la gestion de crise

Si cela avait été fait, aurait-on encore parlé de manque d'Europe, d'erreur de coordination ? ... Je ne le pense pas. Cette sortie aurait pu être critiquée, par un ou deux Etats membres ou par quelques grincheux. Ils auraient été minoritaires. Mais pour cela, il fallait oser. Oser faire de la politique. Il fallait rebondir sur l'évènement pour permettre à l'UE d'avancer, comme l'ont fait certains commissaires dans le passé : Emma Bonino (avec la mise en place de l'Office humanitaire), Loyola de Palacio (avec la sécurité maritime au lendemain de l'Erika). Il ne fallait pas se cantonner dans
une "petite" diplomatie routinière. La volonté de Catherine Ashton de faire de la "quiet diplomacy" est une erreur quand elle s'apparente à faire une diplomatie "pépère", avec trois déclarations écrites et un point de presse rapidement expédié. Ce n'est pas adapté au monde d'aujourd'hui. Ce n'est pas comme cela qu'on saura se fera entendre des Grands de ce monde. Pour exister, il faut être visible. Le monde "global" n'est pas un "long fleuve tranquille". Quant aux cieux, ils le sont encore moins...

(1)
Catherine Ashton avait-elle raison de ne pas être à Haïti ?
(2) Le point de presse a été annoncé moins d'1 heure avant par voie électronique !
(3) Karel de Gucht ira plus tard sur demande de JM Barroso
(4) Ce qui n'a été fait que plus tard
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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 18:15
Hudson1374a.jpgLe Rear Admiral Hudson était à Bruxelles mardi pour faire le point, devant la presse, de l'opération européenne anti-piraterie EUNAVFOR Atalanta. Une opération qui pourrait durer si on ne résout pas le problème de fond : l'absence d'Etat somalien (voir aussi la mission EUTM). Selon le commandant d'Atalanta, la mission offre un bon bilan: tant pour le PAM que dans le Golfe d'Aden. Il est moins positif sur le bassin somalien. Hudson en a aussi profité, au hasard des questions des journalistes, pour détailler certaines de ses priorités : le renseignement, la sensibilisation aux risques des navires marchands... et ses non-priorités (l'immigration illégale, la négociation et le paiement des rançons).

Une opération inscrite dans la durée. « C'est impossible, impossible d'éradiquer la piraterie. La vérité c'est simplement qu'on minimalise les risques », assure Hudson. Bien entendu, il n'a pas donné d'indication sur la prolongation de la mission. « Vous savez le pays auquel j'appartiens menait déjà des opérations anti-piraterie au 18e siècle ! ». La question n'est, d'ailleurs, pas tellement de savoir si on prolonge la mission mais pour combien de temps. De façon générale, les militaires impliqués dans la mission penchent pour la prolonger directement pour deux ans, jusqu'en 2012, plutôt qu'une année, puis une autre, etc. « Cela facilite la planification des forces » explique l'un d'eux. Et ce serait « en harmonie avec l'OTAN. L'opération Ocean Shield pourrait, en effet, être prolongée pour deux ans également » poursuit un autre. Il reste maintenant aux politiques de se décider et de le faire surtout assez vite pour que la planification de 2011 puisse déjà se préciser. « Cela éviterait ainsi de se retrouver, comme à Noël dernier avec quasiment aucun bateau sur la zone. »

Bilan satisfaisant. L'opération Atalanta a prouvé son efficacité. C'est le constat tiré par Hudson. « Avec l'escorte des navires du PAM et de l'AMISOM, il n'y a plus eu d'attaques ni d'interruption de la mission ». Et l'aide alimentaire du PAM comme celle de l'AMISOM est « absolument nécessaire pour la population et la stabiliité de la Somalie. » Concernant la circulation des navires marchands dans le Golfe d’Aden, si les attaques continuent, « il n'y a eu que deux prises dans les six derniers mois à comparer aux 27 de la même période en 2008 » (1). Certes dans le Bassin somalien, le bilan est moins bon « Il y a un pic dans les trois derniers mois de 2009, à notre grand désapointement » reconnaît Hudson. Mais « l'étendue de la zone » rend difficile tout contrôle, justifie-il. « L'UE est ainsi la seule organisation à avoir eu une présence permanente dans cette zone. Elle a mené aussi des patrouilles le long de la côte somalienne, avec la CTF et l'Otan ». Une manière de dissuader les pirates. Toutes forces confondues, « nous avons intercepté 14 groupes pirates ». Certains ont été traduits au Kenya. Ce qui a « un impact significatif sur les pirates. » La coordination avec les autres coalitions et la marine marchande « existe et marche bien ».
PiratDiaAttaques3-Eunavfor100202b.jpg

La priorité: le renseignement. « C'est une priorité » a affirmé Hudson, « détecter, suivre les bateaux mères permet de pouvoir réagir au meilleur moment ». Un rôle où les avions de patrouille maritime excellent. Sur l'usage de l'Awacs, le Read-Admiral est plus mitigé (2). « Avec l'Awacs, on peut identifier des contacts suspicieux. Mais les petits skiffs, c'est impossible. D’un point de vue militaire, ils apportent une certaine valeur mais le maniement complexe et cela revient cher. » a-t-il ajouté.  Réagissant ainsi à certaines critiques qui s'offusquaient de ne pas voir les Européens traquer les pirates dans les ports (3)
PiratDiaPortsPirates@Eunavfor100202b
Le paiement des rançons : ca n'aide pas vraiment. « Tous les gouvernements sont d’accord sur ce point » considère Hudson. « Les rancons n’aident pas vraiment. » « Mais il y a d’autres interventants dans la négociation : les assureurs, la valeur de la cargaison, les propriétaires, les familles des marins. Et il est absolument compréhensible qu'il y ait alors une négociation. » a-t-il ajouté.

Immigration illégale : pas le boulot d'EUNAVFOR. La baisse peut aussi s'expliquer par le fait que les pirates ont trouvé un « revenu alternatif avec le trafic d'êtres humains, d'émigrés vers le Yémen. C'est un business très lucratif pour les pirates. » Sur cela, EUNAVFOR n'est pas outillé et n'a pas le mandat explique son commandant : « Nous n’avons pas de rôle proactif » (sur les bateaux de réfugiés). Nous pouvons uniquement avoir un rôle humanitaire uniquement. C’est le rôle des autorités nationales ensuite (le Yemen notament). Ce sont aux autorités de déterminer s’il s’agit de réfugiés économiques ou politiques.»

(1) Un résultat sur lequel il faut rester prudent cependant. Si la tendance est là, la situation reste très volatile. Le jour même de la conférence de presse, un navire libyen battant pavillon nord-coréen venait d'être pris par les pirates au nord du corridor international (lire : Un navire nord-coréen capturé par les pirates dans le Golfe)
(2) Lire également :
Un avion Awacs français en renfort pour Atalanta
(3) Lire également :
Le blocage des ports des pirates (voulu par les Espagnols): "une connerie" !
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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 16:55

Une Cour régionale pour juger les pirates ? L'idée fait son chemin lentement, ont confirmé le Rear-Admiral Hudson, chef de la mission anti-piraterie de l'UE (EUNAVFOR Atalanta) et Didier Lenoir, responsable des opérations à la CMPD, quand je leur ai posé la question, ce mardi, à la conférence de presse (lire aussi: Atalanta prolongée de deux ans).

L'idée est intéressante car elle offre une alternative aux solutions actuelles. Les prisons kenyanes et seychelloises ont, en effet, des limites. Le Kenya « nous a dit que son offre rencontrerait des limites de capacité » Idem pour les Seychelles qui ne peuvent accueillir que quelques dizaines de pirates. Le transfert en Europe n'a la préférence de personne, aucun pays n'étant disposé à le développer, sauf en dernier recours, et pour des motifs qui ont plus trait à la visibilité qu'à l'efficacité. Aucun des pirates transférés sur le continent n'est encore passer en jugement ! Quant à l'idée d'une Cour internationale, qui refait surface de temps à autre, et est défendue notamment par les Russes, elle est vraiment très compliquée à mettre en place (nécessité d'un traité international...).

Alors la solution d'une Cour régionale semble s'esquisser comme « une solution de long terme ». Le groupe de contact des Nations-Unies a cependant créé un groupe de travail sur la question. « Même s'il y a des vues divergentes, le consensus commence à se dessiner d’une chambre spécialisée, s’appuyant sur une organisation ou une cour régionale » explique Didier Lenoir. « Il reste à en détailler les modalités précises ». En fait, il reste encore beaucoup de travail avant d'avoir un accord complet et une Cour qui fonctionne. Certains pays sont très sceptiques à cette création (Etats-Unis notamment). Le groupe de contact réuni jeudi à New-York, a donné mandat de poursuivre les travaux.

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 16:00
GeorgievacNgvcPE.JPGLa commissaire Kristilina Georgieva a réussi, haut la main, hier, son examen de passage au Parlement. Il n'y a pas eu besoin d'attendre la fin de l'audition ni la réunion des coordinateurs pour le savoir. Déjà, au milieu de l'audition, les principaux coordinateurs se concertaient, tout sourires. Et à plusieurs reprises, des applaudissements nourris avaient ponctué ses réponses. Moins d'une heure avant la fin de l'audition, le Britanique Cashman (S&D) donne l'adoubement, résumant publiquement le sentiment général : « Je suis très impressionné par vos réponses, votre engagement, votre connaissance des dossiers, votre honnêteté intellectuelle, Madame. Je n'ai pas d'autres questions. Je pense que nous pouvons passer à la confirmation ». La Française Eva Joly (Verts), qui préside l'audition, enchaîne : « Je pense qu'il y a consensus ».

Yes sir ! SLe « Yes Sir » de Georgiva franc — vibrant et direct en réponse à l'interrogation du Tory Britannique, Nirj Deva —  serez-vous « la voix des sans-voix ? », au besoin en vous battant au sein du collège des commissaires — a porté. En reprenant l'expression fétiche des militaires américains, Georgieva a assurément montré à la fois son volontarisme, son ambition européenne et son sens de la formule. Trois choses qui plaisent toujours au Parlement européen.

Le francais je l'apprendrai. L'audition se termine. L'heure est à la conclusion, moment toujours délicat. Georgieva sort un petit moment d'émotion, tout à fait politique au demeurant. « C’est aujourd'hui l’anniversaire de ma mère qui a 89 ans. J’aurais du être à ses côtés aujourd'hui. Mais je suis parmi vous. Ma mère a toujours cru en l’Europe ; elle a connu la guerre ; elle a connu la division de l’Europe. Elle voulait que j’apprenne le Français. » Et d'ajouter dans un Français qui doit dater de la veille, mais très charmant: « Si je suis confirmée, je ferai l’effort d’apprendre le français ». Cela déclenche une salve d'applaudissement. Inutile de préciser que si elle était à l'université, sa lettre de confirmation porterait "avec les félicitations du jury".

Une Ashton bis. A la sortie, tous les participants de l'audition se précipitent pour saluer la commissaire en sortant. C'est assez classique. Mais là, un courant est manifestement passé. Les députés ont trouvé "leur" commissaire.
« Nous avons un interlocuteur » réume la Française Michele Pfeiffer (PPE / UMP). Une commissaire qui se hisse dans le Top 5 des meilleurs commissaires assurément. Comme l'a commenté sentencieusement le Luxembourgeois Charles Goerens (PPE) à la sortie de l'hémicycle : « Me Ashton serait bien avisée de lui laisser le champ libre ».

La réponse de crises : plus rapide, plus unie, plus européenne

"Ma première priorité, c'est Haïti". La Commissaire l'a confirmé également de sa conférence de presse, c'est « sa priorité numéro 1 : assurer d'abord l'urgence, ensuite la reconstruction ». « Il faut agir de façon décisive, pour continuer à délivrer des secours immédiats, surtout des abris, la nourriture et des soins. Le défi est immense. Nous devons apporter des abris pour environ 1 million d'Haitiens, des soins médicaux et post-opératoires pour des dizaines de milliers de personnes. » avait-elle expliqué lors de son exposé introductif. Ensuite, « nous devons démarrer le travail de la reconstruction et du développement à long terme. »

"Tirer les leçons".
Plus généralement, Georgieva entend tirer, déjà, les premières leçons de la réponse européenne sur Haïti.  « Que pouvons nous faire pour avoir une Europe plus rapide, plus unie et plus visible lors de la prochaine catastrophe ? » s'est-elle interrogée. Georgieva propose trois directions d'actions. 1° La préposition de stocks (nous l'avions déjà vu lors de la crise du Tsunami, c'est essentiel) ; 2° La communication : « il faut penser autant à la communication qu’à l’action car ce que croient les gens, c’est ce qu’ils voient » ; 3° « On peut mieux coordonner la réaction européenne, je ne sais pas pourquoi cela n’a pas été fait mais il faut montrer que l’Europe ce n’est pas 27 + 1 »

"EU Fast, une bonne idée". Faire EU Fast, Avoir une Capacité de réponse rapide de l'UE en cas de catastrophe ? « Oui pour moi cela va de soi » a-t-elle répondu. « La question n'est pas tant de savoir s'il faut le faire. J'en suis convaincue », faisant référence notamment au rapport de Michel Barnier sur EuAid. « Mais pourquoi cela n'a pas marché dans le passé. Qu'est-ce qui a bloqué ? Et comment on peut avancer dans le futur. ». « Ce n'est pas la peine de relancer le projet si c'est pour aboutir à un nouvel échec » m'a-t-elle ainsi confiée à la sortie de l'audition. Le moment décisif pourrait être rapide puisque le président Van Rompuy a décidé de mettre ce sujet à l'ordre du jour du Conseil informel du 11 février prochain. « Nous allons avoir une discussion intensive dans les prochains jours ».

Renouveler les approches. Georgieva s'est prononcée en faveur d'une diversité d'approche. Oui « à un catalogue des disponibilités des Etats membres (comme le catalogue des capacités civiles en matière de PeSDC), c'est une bonne approche, encore plus avec la situation actuelle, où la crise économique oblige à avoir des moyens limités ». Oui à continuer le projet expérimental « feux de forêts ». Mais il faut aussi « être créatif dans les instruments » a-t-elle commenté. « A la Banque mondiale, par exemple, nous avions réfléchi à une assurance catastrophes naturelles. Haïti avait cette assurance, payée par le Canada. Et Haïti touchera 8 millions d’euros ».

Partager le  fardeau. « Je suis tout à fait favorable au partage des charges » a-t-elle expliqué. « J’ai un rôle à jouer pour plaider une participation plus active des Etats membres, particulièrement dans les nouveaux Etats membres. Même si nos conditions financières sont difficiles, nous sommes engagés. Maintenant je ne suis pas vraiment au courant de comment se passe exactement le partage des charges, et je dois me renseigner pour savoir ce qu’on peut faire au niveau communautaire dans l’avenir. » a-t-elle aussi reconnu.

L'action humanitaire: préserver les voies d'accès aux victimes, dénoncer les abus

Etre neutre. C'est l'alpha & omega de l'action humanitaire pour la commissaire, qui a ainsi fixé les limites de son pouvoir. « Nous devons êtres neutres. Nous avons un objectif : délivrer l’aide humanitaire (...) et accéder aux victimes. » Donc pas d'expression politique sur certains sujets qui puisse nuire à cela. « Maintenant s'il s'agit de sauver des femmes et enfants — a-t-elle ajouté —, je prendrai la parole. Si cela est nécessaire, pour attirer l’attention, alors oui, je le ferais. Yes I do ! ».


"Yes I Do". « Je serai l'avocat pour le respect du droit international humanitaire et je parlerai fort quand des travailleurs humanitaires sont tués, des prisonniers sont maltraités, les viols utilisés comme une arme et la destruction des vies innocentes ».

Ouvrir l’accès à Gaza. Posé à plusieurs reprises, la commissaire a fixé sa ligne de conduite : « Le plus important pour nous est de plaider pour l’accès à la région. Il faut savoir pourquoi on n’a pas accès. Si la raison sont les biens militaires : on doit avoir soit une liste négative, soit une liste positive. Mais ce qui est important : il faut agir ensemble et parler d’une seul voix. Nous devons apporter un appui maximal pour les travailleurs humanitaires. »

Un corps de volontaires européens "dès 2011". L'article 214 du Traité (*) prévoit la mise en place d'un corps humanitaire de volontaires européens. La commissaire entend oeuvre pour que ce corps soit créé dès 2011. Tout en reconnaissant que: « C’est très optimiste, je suis d’accord. (...) Mais, en 2011, il y a un symbole c’est l’année du volontariat. Et nous avons un mandat du Traité. » Deux questions sont à définir, selon elle : « le budget et la motivation de ce service. Sur le budget, ce serait injuste de le financer avec le budget de l'aide humanitaire qui diminuerait en conséquence, il faut donc trouver des fonds pour que cela fonctionne. Ensuite, il faut savoir à quoi ce corps de volontaires va servir. On pourrait prendre exemple sur Ingénieurs sans frontières. (...) Le terme qui compte dans ce projet c’est « volontaires » : ce n’est pas automatiquement tous les pays, ce n’est pas un corps de volontaires désignés d’office. »

(*) «
5. Afin d'établir un cadre pour des contributions communes des jeunes Européens aux actions d'aide humanitaire de l'Union, un Corps volontaire européen d'aide humanitaire est créé. Le Parlement européen et le Conseil, statuant par voie de règlements conformément à la procédure législative ordinaire, fixent son statut et les modalités de son fonctionnement »
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.