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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 19:00
Image-4.pngLe premier vol de l'A400M - le futur avion militaire européen - s'est déroulé sans encombre, vendredi à Séville, devant un parterre de personnalités - le Roi Juan Carlos, les ministres de la Défense (l'Espagnole Carme Chacon, le Français Hervé Morin...).

L'avion militaire a décollé à 10h16 très précisément avec un équipage européen (pilote britannique, Edward "Ed" Strongman, copilote espagnol, et 4 ingénieurs aéronautiques français :
Jean-Philippe Cottet, Eric Isorce, Gérard Leskerpit, Didier Ronceray). Un vol de 3 heures 47 très exactement avec... un atterrissage réussi. Le plus important !

On ne redira jamais assez l'importance de ce vol. Après des années noires et, en pleine renégociation du contrat, avec ses commanditaires, Airbus Military respire un peu. Certes tout reste à faire. Et ce sera encore long avant d'arriver aux premières livraisons. Les premiers avions ne pourront être livrés qu'au plus tôt fin 2012, voire en 2013 (Ce sont les Français et Britanniques (1) qui seront servis en premier. Pour les Allemands ce sera plutôt 2016). Mais pour la première fois depuis plusieurs mois, il y a une bulle d'air au-dessus de l'A400M. A court terme, toute la question est maintenant de travailler sur les termes de l'avenir : le calendrier de livraison des avions, le budget supplémentaire nécessaire, les compensations aux retards, les moyens matériels de pallier le gap entre la date prévue et la date finale de livraison, et la nécessité de garder tout le monde "à bord".

La discussion financière. Le surcoût demandé par Airbus aux partenaires reviendrait à 5,2-5,3 milliards d'euros selon la presse allemande et française. Les clients pourraient aussi avoir le choix de garder l'enveloppe intacte et de commander moins d'avions. Ce qui reviendrait à augmenter le coût unitaire par avion à environ 140 millions d'euros, selon Reuters. Les 7 Etats clients ont préparé une lettre explicitant leurs conditions, lettre qui doit être expédiée à Airbus cette semaine, selon Der Spiegel. L'objectif est d'avoir, selon certaines sources gouvernementales, un contrat révisé à l'horizon de mars 2010.

Garder tout le monde à bord. Pour les Français, comme pour les Belgo-Luxembourgeois, la question ne se pose pas. Allemands (2) et Turcs ont également confirmé leur intérêt, tout comme les Malaisiens. Pour les Britanniques, c'est plus flou. Car le Royaume-Uni subit plus que tout le monde la crise économique (
des coupes sont à prévoir pour 2010-2011) et a une double pression supplémentaire : 1) budgétaire avec les interventions en Afghanistan et en Irak (lire : plus 4 milliards de £) et 2) financière avec le dérapage de la livre sterling (celle-ci a perdu 1/3 de sa valeur par rapport à l'euro et fait désormais quasiment jeu égal 1 £ = 1,10 Euros). Quand on sait qu'une partie des coûts de l'A400M sont calculés en euros, point besoin de dessin !

Image 5L'export à relancer ? Ce premier vol a aussi une grande vertu : à l'international, il permet à l'avionneur européen de repartir à l'attaque de nouveaux contrats. Le moment n'est sans doute pas bienvenu, en pleine récession budgétaire. Et l'abandon par l'Afrique du Sud (sera-t-il définitif ?) n'a pas donné le bon signal. Mais l'Airbus A400M a un avantage : il n'a pas de concurrent direct dans le futur. Toutes les solutions proposées (C130J, C17, Casa...) sont des solutions alternatives qui reposent sur des avions conçus - au bas mot - il y a 20 ans. Donc, qui seront à terme, dépassées. Jusqu'ici l'A400M avait un gros inconvénient : on ne savait pas s'il volerait un jour. Cette question est désormais résolue. EADS peut maintenant repartir à l'assaut. Gagner un seul contrat à l'export permettrait de relâcher un peu la pression sur les partenaires et de gager ainsi différement la facture supplémentaire. En gros, une solution bénéficiaire pour tout le monde.

Pour regarder le vol (profitez-en, cela dure 3 minutes), c'est ici
Pour en savoir plus: le dossier Airbus A400M

(1) Les Britanniques ont prévu un ISD pas avant décembre 2015 et un dérapage financier de 0,5 milliards de £ pour ce qui les concerne.

(2) Le plein respect du contrat est inscrit dans l'accord de coalition. « Beim Rüstungsprojekt A400M besteht die Koalition auf volständiger Erfüllung des Vertrages. Der strategische Lufttransport wird sicher gestellt. »

(Crédit photo: Airbus military)
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Marchés de défense - Industrie
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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 15:37
La Chambre des communes doit approuver le rectificatif budgétaire d'hiver sur les engagements opérationnels extérieurs du Royaume-Uni. L'engagement dépasse les 4 milliards £ (4,142 £ soit environ 4,450 milliards euros).

Certes les coûts prévisionnels d'engagement en Irak baissent plus rapidement que prévu cette année : on passe ainsi d'un budget prévisionnel de 877 millions £ à 388 millions de £. Mais l'engagement en Afghanistan est toujours aussi conséquent. Par rapport au budget prévisionnel 2009-2010 (voté en juillet au Royaume-Uni), les coûts grimpent encore : de 3,5 milliards £ (3,495) à 3,75 milliards £ (3,754). Le déploiement annoncé de 500 hommes supplémentaires devrait coûter 45 millions £ (soit environ 90.000 £ par soldat déployé ou 2.465 £ par soldat/jour).
CoutIrakAfghaNgvCoûts comparés des opérations UK en Irak et en Afghanistan de 2006 à 2010 © NGV

Il faut donc serrer les budgets ailleurs : sur les équipements (c'est encore en discussion) et sur la recherche et développement. Ce rectificatif budgétaire prévoit ainsi une baisse du budget "Science Innovation Technology" de 55 millions de £ (de 519 millions à 462 millions £). Un certain nombre de projets de recherche voient leur budget réduit : armes, missiles de défense ballistique, recherche climatique... et surtout le programme C4ISTAR. Ce dont se plaignent les élus britanniques estimant vital ce programme de renseignement militaire pour la conduite des opérations.

  • Summary : while expected costs for Iraq have fallen faster than expected this year from £877 to £388 million, costs for Afghanistan are expected to rise from £3,495 million to £3,754 million. The recently announced deployment of an additional 500 troops to Afghanistan will add a minimum of £45 million to these costs.
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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 00:11
C'est une lettre de quelques paragraphes, envoyée par la Commission de l'Union Africaine (UA) à l'ambassadeur suédois en poste à Nairobi, qui représente, lui, l'Union européenne. La lettre peut paraître bien anodine. Mais elle est le préalable nécessaire à la mise en place de l'opération militaire de l'UE. L'UA confirme ainsi l'intérêt de l'Union africaine à voir se développer la mission de l'UE pour former les soldats somaliens.

C'est, en effet, une des tâches majeures de l'AMISOM que d'assister à la mise en place d'un plan de stabilisation et de sécurité nationale en Somalie. L'AMISOM a d'ailleurs déjà entraîné des troupes, avec la France et Djibouti - rappelle la lettre, en fournissant dans une caserne militaire de quoi recevoir un soutien nécessaire en nourriture, services sociaux et formation. Ce type de services devrait être fourni aux futures recrues "dans l'objectif d'assurer leur subsistance et éviter de les perdre dans des clans de milices et des extremistes".


Un accord cadre. L'Union africaine propose ainsi d'avoir un accord cadre entre les deux institutions "pour définir les rôles et responsabilités de chaque entité, durant et après l'entraîenement". Une équipe pourrait ainsi être mise en place pour mettre au point un projet d'accord, prenant en considération la planification européenne.
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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 06:10

DrapeauErythrée

La volonté de l'UE de s'impliquer davantage dans la Corne de l'Afrique (1) n'est pas un vain mot. L'UE a assurément dans la région un rôle à jouer. Le général Pierre-Michel Joana - qui exerce des actions civiles maintentant en tant que conseiller Afrique auprès de l'Union
européenne et est le représentant personnel de Javier Solana (2) pour la Somalie -, a ainsi été reçu longuement par le président de la République erythréen, début novembre.
Une audience plutôt exceptionnelle. « L'ambassadeur des Etats-Unis qui est là, depuis plus 2 ans, attend toujours d'être reçu »

Un signe d'ouverture

Le fait même d'avoir un entretien est, en soit, un évènement. L'Erythrée reste, en effet, un pays mystérieux, fermé au monde, surnommé l'Albanie de l'Afrique et considéré par plusieurs pays comme le point de passage des livraisons d'armes et de l'influence iranienne dans la région. La façon dont le diplomate européen a été reçu et la longueur de l'entretien - « près de deux heures et demi ! » - est un signe, a précisé le général Joana. « Les Erythréens avaient visiblement besoin de parler. Ils sont sous la menace de sanctions de l'ONU et cherchent à plaider leur cause. Ce pays qui ressemble plus à Corée du Nord ou à l'Albanie est plutôt fatigué de l’isolement et cherche à lâcher du lest pour reprendre le dialogue. » « En fait, ils semblent plutôt préoccupés par l’avenir du Soudan plus déstabilisateur pour eux que la Somalie. » a-t-il commenté, lors d'une séance de la sous-Commission Défense du PE.

Un langage différent

Alors que l'Erythrée est le seul Etat de la région à ne pas soutenir le gouvernement fédéral de transition de Somalie et même à le condamner en termes très durs, cette fois il y avait « une ouverture » selon Joana. Le président « nous a dit que "Le GFT est le pire des gouvernements". Mais il a reconnu aussi que (le GFT) "devait participer à des discussions". Il a critiqué le rôle de l’AMISOM mais n’a pas demandé son départ » (comme auparavant). Pour Joana, il y a là une évolution. Certes l’Erythrée « n’a pas abandonné tout espoir de chasser (le gouvernement somalien). Mais il semble se résigner à l'accepter. (...) Et le langage bien différent de ce que répétait l’ambassadeur erythréen à Bruxelles – qui en était encore à parler du GFT comme d'un gouvernement illégitime qu'il fallait chasser, etc. »

Opération de séduction ou évolution politique

Le général Joana ne veut pas se leurrer : « C'était une grande opération de séduction. Il ne faut pas être naïf. Mais on sent une évolution dans le discours. ». « Est-ce de la manipulation ou du double langage ? Il faudra voir... »

(1) Lire : L’UE veut s’impliquer davantage dans la Corne de l’Afrique

(2) Le général français Joana a quitté le service d'active. Il a notamment commandé l'opération Eusec (assistance à la sécurité) au Congo. Son titre officiel est encore incertain, avec l'arrivée de la nouvelle Haute représentante, Catherine Ashton.

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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 00:40
Le conseil des Ministres des affaires étrangères qui vient de se terminer mardi a, en bonne partie, été consacré à quelques mots entre parenthèses (on dit "brackets" dans le langage franglais des couloirs européens). Le Proche-orient est, en effet, une des questions sur lesquelles les Européens ont le plus de mal à offrir un point de vue uni, original et percutant. En général, ils se bornent donc à suivre les positions du Conseil de sécurité. Entre pays plutôt pro-palestiniens (Suède, Autriche , Espagne...) et pays plutôt pro-israéliens (rép. Tchèque, Italie...), l'UE offre toute une palette de positions.

Le texte suédois, soumis au Conseil, a suscité des remous, car il était assez dur avec un appel à la négociation immédiate et précisant, de façon claire, les limites de l'Etat palestinien: la Cisjordanie (rive ouest du Jourdain) - en incluant Jerusalem Est - et Gaza. Ce qui, en soi, n'est une révolution puisque l'assemblée générale de l'ONU n'a jamais reconnu l'annexion de Jerusalem Est par les Israéliens et l'a toujours incorporé dans les Territoires occupés. Mais en le juxtaposant avec la nécessité d'un Etat de Palestine "indépendant, démocratique, contigü et viable", cela a semé le trouble un peu partout dans le monde, à commencer par une importante pression israélienne.

Les points intéressants. Après quelques heures de discussion cette délimitation géographique a été enlevée. Mais les conclusions du Conseil demeurent dans toute leur vigueur. Je perçois quatre points intéressants :
• L'UE appelle à la « reprise "urgente" des négociations qui doivent conduire à une solution de deux Etats, avec un Etat d'Israël, et un Etat de Palestine indépendant, démocratique, contigü et viable (tous les mots sont importants), vivant côte à côte en paix et en sécurité ».
• L'UE rappelle également « qu'elle ne reconnaîtra jamais l'annexion de Jerusalem Est. Et qu'une voie doit être trouvé à travers des négociations (les mots ont été conservés) pour résoudre le statut de Jerusalem comme capitale future de deux Etats. »
• Plus généralement l'UE « ne reconnait aucun changement des frontières d'avant 1967, en incluant Jerusalem » (les mots qui figuraient entre parenthèses ont été conservés)». Elle appelle le gouvernement d'Israël « à mettre fin immédiatement à toutes activités de construction, à Jerusalem Est et dans le reste de la Cisjordanie, et de démanteler toutes celles qui ont été érigées depuis 2001 ».
• L'UE estime « inacceptable et politiquement contreproductive la politique continue de fermeture » de Gaza. Elle « réitère sa demande d'une ouverture immédiate, inconditionnelle et soutenue du passage pour l'aide humanitaire, les marchandises commerciales et les personnes de et vers Gaza ».

Rien de nouveau vraiment  diront les spécialistes du Proche-Orient, Oui et Non. Ces mots là ont déjà été entendus d'une certaine façon de part et d'autre. Et cela ne reste que des mots. Mais les mots sont une grande partie de la diplomatie. Et il faut bien veiller au sens.
1° Ces mots là sont repris par les 27, y compris par des Etats qui n'ont pas vraiment condamné l'offensive sur Gaza (la république Tchèque par exemple il y a un an avait une position très différente). Elle les engage donc.
2° Les mots également sont assez durs et clairs. Il n'y a aucune ambiguité possible : deux Etats, séparés, autonomes, viables, avec Jerusalem comme capitale (pour les deux), la fin des colonies de peuplement, reprise des négociations immédiate. C'est important de le rappeler de temps à autre.
3° Enfin, l'Union européenne montre qu'elle a quelque chose à dire et qu'elle compte. Que "ses" mots à elle ont du poids quand ils sont prononcés. Qu'il n'y a pas dans ce "concert mondial" que les Etats-Unis qui peuvent faire entendre leur voix.

Ce faisant la présidence suédoise a perdu quelques mots dans la bataille - mais qui sont de toute façon suggérés dans le reste du texte - mais a gagné de replacer l'UE dans le champ de la diplomatie mondiale. D'une certaine façon, ils demandent à Catherine Ashton, la nouvelle Haute représentante de l'UE, de s'en saisir. Elle a ainsi une feuille de route approuvée. Dont elle ne pourra pas trop dévier.
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Proche Orient - Israel Liban Palestine
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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 16:31
La présidence suédoise a échoué à faire adopter par les 27 ministres des Affaires étrangères un projet de conclusions sur l'opération militaire de l'UE en Bosnie-Herzégovine (Eufor Althea).

Double veto. Plusieurs pays n'étaient pas d'accord avec le projet de texte
qui revenaient à lancer une nouvelle opération PESD AltheaII et mettre fin à la première. Les ministres britannique (David Milliband) et slovaque (Miroslav Lajčák), particulièrement se sont exprimés. Chacun pour des raisons différentes.

Conseil encombré. La discussion s'avérait donc plus ardue que prévue. Et la présidence suédoise avait d'autres points de friction sur la table notamment la Turquie et le Moyen-Orient (avec Jerusalem est). Elle ne voulait donc pas s'encombrer d'un problème de plus. Le Suédois Carl Bildt, qui présidait la réunion, a simplement annoncé, lors de la conférence de presse finale, que « le point était reporté à janvier ». Ce glissement de calendrier n'est pas dramatique mais cache mal un semi-échec pour la diplomatie suédoise.

Le problème demeure.
Le "bébé" est donc passé à la présidence espagnole. Ce qui n'est pas un cadeau. L'Espagne a, en effet, annoncé vouloir retirer ses troupes de l'opération. Outre l'Espagne, la Bulgarie, la Pologne, l'Italie ont annoncé faire de même. En tout, selon mes calculs, entre 500 et 900 soldats pourraient quitter la Bosnie-Herzégovine dans les prochains mois, soit la moitié de l'effectif.

Pourquoi ils n'étaient pas d'accord

Pour le Royaume-Uni - qui n'a plus qu'une présence symbolique dans Althea depuis des mois (9 militaires !) -, il s'agit surtout d'une question de principe. L'opération Althea est, en effet, la dernière opération à être menée sous le dispositif de Berlin Plus (avec utilisation des structures de commandement de l'OTAN, le SHAPE). Et l'OTAN a, elle-même, mis sur pied une mission d'assistance à l'armée bosniaque.
  • Lajčák : « On peut avoir des troupes basées dans un autre pays. »
Pour la Slovaquie, il s'agit de l'expérience personnelle de Lajčák qui était jusqu'à janvier 2009, le Haut représentant de l'ONU/UE en Bosnie-Herzégovine. Sa position est davantage fondée sur la situation dans les Balkans. Nous avons pu nous entretenir après le Conseil. Pour lui, « C'est une erreur de mettre une date fixe à la fin de l'opération, un mauvais signal envoyé à la Bosnie. » Cela ne signifie pas que Lajcak soit fermé à toute évolution : « On pourrait indiquer que l'opération prenne fin trois mois après la fermeture du mandat du Haut représentant, par exemple ». Et il n'est pas nécessaire « que toutes les troupes soient "on the ground". Elles pourraient être basées dans un autre pays, à condition qu'elles soient prêtes à réagir le moment venu et qu'elles restent dans le cadre du mandat », explique Lacjak. « Il est même possible d'avoir une autre mission non exécutive, si cela est utile. » Mais : « il est important de garder intact le mandat d'Althea, une opération avec caractère exécutif, avec possibilité de recours à la force (article 7 de la charte des Nations-Unies), pour montrer que l'UE est pleinement impliquée en Bosnie ».

(crédit photo : CUE "Carl Bildt, ministre suédois des Affaires étrangères")
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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 14:52
Les 27 ministres des Affaires étrangères ont adopté, mardi, une approche "globale" sur la Corne de l'Afrique. Objectif : s'attaquer aux « causes profondes de l'instabilité dans la région » et briser le « cercle vicieux de conflits qui perpétuent le déclin du développement, les déplacements forcés et les migrations aussi bien que la confiance déclinante dans des Etats faibles ».

Cette "stratégie" reste rédigée en termes assez généraux (on est dans la diplomatie pas dans l'action militaire). Elle appelle ainsi à être plus actif dans la région (à travers notamment les envoyés spéciaux), à renforcer les synergies à travers les instruments de l'UE, à construire des partenariats avec d'autres acteurs dans la région (Union africaine d'abord mais aussi Ligue arabe ou Etats-Unis). Mais les Européens sont bien conscients que cette région est source de problèmes. Et le simple fait qu'il existe désormais une stratégie commune et "globale" est un point important de développement pour des actions futures.

Quatre sujets sont particulièrement au centre de l'attention des Européens :

la médiation et le dialogue pour la prévention des conflits. "L'UE doit être prêt à être un médiateur et à soutenir la médiation comme un acteur sur des questions de nature politique et technique".

le suivi des accords de paix. L'UE soutient déjà de façon technique et financière la participation à des mécanismes d'observation ou de garantie (comme l'accord d'Alger entre l'Ehiopie et l'Erythrée). L'UE veut s'engager davantage notamment sur les litiges de frontière, particulièrement entre l'Erythrée et Djibouti, mais aussi sur tous les autres,
nombreux dans la région, Soudan-Ethiopie, Somalie-Kenya, Ouganda-Kenya, Soudan Tchad. L'UE veut mettre l'accent en 2010 et 2011 sur le Soudan (élections antionales, référendum sur le statut du sud Soudan et Abyei).

le processus politique et les élections. Une série d'élections
vont avoir lieu prochainement dans la région : Soudan et Ethiopie en 2010, Ouganda en 2011, Kenya en 2012, Somaliland au plus tôt en 2010... Mais c'st surtout en Somalie où le mandat du gouvernement fédéral de transition vient à échéance fin aout 2011, et l'organisation d'un référendum sur la nouvelle constitution, qui suscite l'attention.

l'intégration économique et les changements climatiques. La question de le vie des Africains de l'Est est cruciale. En 2009, près de 20 millions de personnes - selon le rapport de l'UE - sont menacées par les conflits, la mauvaise gouvernance et les catastrophes naturelles (dites : changements climatiques, ca fait plus moderne -:)). L'UE est particulièrement attentive à la question du Bassin du Nil. Un point crucial étant le réferendum de 2011 dans le sud Soudan et le partage des ressources en eau.
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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 10:05
Il y a peut-être d'autres endroits pour faire de la voile que dans l'Océan indien au large d'Aden en ce moment ! Un Français amateur de voile en solitaire, a pourtant été intercepté lundi (7 décembre), dans le Golfe d'Aden, par l'Evertsen, la frégate néerlandaise de la Flotte européenne anti-piraterie EUNAVFOR Atalanta ! Il était parti d'Aden et comptait rallier Madagascar... Une promenade de santé ! -:) Plusieurs voiliers de plaisance, français (Carré d'As, Tanit) ou britannique (Lynn Rival), ont déjà été capturés dans la zone dans les derniers mois. Et deux plaisanciers britanniques sont toujours otages des pirates. Et la zone est, pour l'instant, classée rouge dans l'échelle des attaques pirates.
Le voilier français accompagné par les RHIB de l'Evertsen - crédit : UE / EUNAVFOR Atalanta

Un officier français qui se trouvait à bord de l'Evertsen (1) a été "au contact". L'Evertsen a d'ailleurs mis à l'eau ses RHIB pour "accompagner" le voilier. Ayant lui-même participé à l'intervention sur le Tanit, il était "assez motivé" explique-t-on au QG Atalanta. On a, sans peine, à imaginer que le dialogue a été vif et imagé. Le plaisancier a bien tenté d'argumenter : il s'était fait volé tout son argent à Aden (2), son moteur était cassé, et il était pleinement conscient des dangers, etc... Le militaire a été plus têtu. L'officier a ainsi rappelé au plaisancier les risques de la navigation de plaisance et de la zone et lui a conseillé, fortement, de repenser sa route. Le plaisancier a, finalement, accepté de se détourner vers Djibouti. Du coup, les responsables d'Atalanta ont lancé un appel à la raison pour les plaisanciers : "don’t sail in the Dangerzone" (3).

(1) L'Evertsen est le navire amiral pour quelques jours encore de l'opération Atalanta. Il se dirige vers Djibouti pour passer le relais au navire italien, Etna, qui prend la relève à partir du 13 décembre.
(2) Une "coutume locale" apparemment, selon de nombreux marins de plaisance qui ont débarqué dans le port yéménite.
(3) Le Contre-Amiral qui codirigeait l'opération en début d'année l'avait déjà dit (après la capture du Tanit). Lire :
CA Labonne: Eunavfor permet de limiter le risque, pas de le supprimer.
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Piraterie Golfe d'Aden - Océan Indien
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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 08:04
La coopération entamée entre les marins de l'opération européen anti-piraterie et les Seychelles se poursuit. Les gardes-côtes des Seychelles ont pris en charge, le 6 décembre au soir, à 250 milles nautiques de l'ile principale de l'archipel, un groupe pirates. L'avion de patrouille maritime d'EUNAVFOR  avait reperé un groupe de pirates sur un bateau mère, avec deux skiffs, samedi soir. La frégate française, le Floréal, s'était rendu sur place, suivi du Topaz, le navire des gardes-côtes Seychellois. Les Français ont prêté main forte à leurs collègues Seychellois. L'hélicoptère du Floréal est ainsi intervenu pour immobiliser les pirates. Finalement 11 pirates ont été arrêtés, avec tout leur attirail de piraterie saisis. Les deux skiffs d'attaque ont été détruits.
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Piraterie Golfe d'Aden - Océan Indien
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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 12:00
Les 27 ministres des Affaires étrangères se pencheront, mardi (une nouvelle fois !), sur l'avenir de l'opération militaire en Bosnie-Herzégovine (Eufor ALTHEA). La présidence suédoise semble décidée à passer aux actes et emporter un accord pour permettre la réduction du format de l'opération - passant de 2000 hommes à 200 - et la transformer en une mission d'assistance à la sécurité du gouvernement et de l'armée bosniaque. C'est plus que nécessaire. Hormis les passations de commandement, les tournois de football ou de volley, et les visites diverses, l'opération militaire n'a plus vraiment de justification, en soi. Ce point n'est contesté par personne, tant du coté diplomatique (UE et Etats membres) que militaire.

D'ici l'année prochaine de toute façon, les effectifs vont baisser de façon continuelle. La Bulgarie a annoncé ainsi qu'elle retirerait la grande partie de ses troupes (120). L'Italie (300), la Pologne (190) et l'Espagne (300) y réfléchissent sérieusement. Les nécessités d'emploi de force dans d'autres parties du monde - notamment en Afghanistan pour l'opération de l'OTAN - ainsi que la crise économique et budgétaire obligent, de toute façon, la plupart des Etats à faire des choix
(consulter le tableau actuel des effectifs).

D'un autre coté, les pays de la région (Hongrie, Slovaquie, Autriche...) sont plus méfiants,
mais ils semblent un peu seuls. Ils estiment peu opportun de baisser la garde et ont émis des réserves sur le projet suédois. Ils estiment peut-être, non sans raison, que le maintien de troupes, même à titre passif, est nécessaire pour la stabilité du pays, qu'il a un effet dissuasif. Pour eux, tout retrait serait un mauvais signe, un encouragement aux extrêmistes de tous bords.

La présidence suédoise a ainsi préparé un projet d'accord qui "ménage la chèvre et le chou". Il permet de parer à toute éventualité : décroissance brutale des effectifs, aggravation de la sécurité, conservation de la seule opération de l'UE sous mandat Berlin Plus (avec les moyens de commandement de l'OTAN). Il s'inscrit également dans
la perspective du processus d'adhésion de l'UE. Les 27 réaffirment ainsi le soutien plein et entier à "la perspective européenne de la Bosnie-Herzégovine" L'opération ALTHEA est "un volet important de l'action d'ensemble menée par l'UE en Bosnie-Herzégovine afin de soutenir un processus politique visant à permettre à ce pays (...) de continuer à aller de l'avant dans le processus d'intégration à l'UE" expliquent-ils.

L'avenir de l'opération
- selon le projet de conclusions que j'ai pu lire - pourrait ainsi s'articuler autour de trois principes :

1) Lancement « dès que possible » d'une opération militaire « non exécutive » visant « un soutien au renforcement des capacités et à la formation. Celle-ci se déroulerait ainsi « dans le cadre de l'opération ALTHEA actuelle », « sous réserve de la mise au point des arrangements nécessaires ». Pour les 27, « la réforme du secteur de la sécurité constitue un volet important du processus global de réforme en Bosnie-Herzégovine ».

2) Maintien de l'opération militaire dans son format actuel. Les tâches exécutives de l'opération ALTHEA devraient « se poursuivre sous leur forme actuelle jusqu'au 17 novembre 2010 » (expiration de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies n°1895), donc, un peu, au-delà des élections prévues en Bosnie-Herzégovine pour octobre 2010. Même si les effectifs vont diminuer, l'essentiel est sauf : l'opération continue.

3) Possibilité d'un dispositif « résiduel » ensuite.
L'UE est « prête à assumer un rôle exécutif au-delà de 2010, en vertu d'un mandat résiduel de l'ONU, si la situation devait l'exiger ». « Les moyens permettant de conserver une connaissance adéquate de la situation à l'aide des instruments pertinents de l'UE seront activement étudiés. » Ca ne mange pas de pain...

Commentaire : le feu vert politique est ainsi donné pour planifier et mettre en place la mission d'assistance à la sécurité et organiser la lente décroissance des effectifs.

(crédit photo : Eufor Althea)
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.