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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 23:25
On l'attendait depuis des mois. L'Airbus A400M, le nouvel avion européen de transport militaire, tous terrains, devrait faire son premier vol cette semaine. Le 11 décembre normalement... le jour du sommet européen, en présence de tout un aréopage.

Si la promesse est tenue - et que le vol d'essai se passe bien (croisons les doigts) - ce sera peut-être la fin d'un véritable cauchemar pour EADS Military. La dernière fois qu'on a parlé d'un premier vol, c'était il y a plus d'un an (1
). A force de report, de problèmes, en pleine renégociation avec ses clients - notamment l'Allemagne et le Royaume-Uni (2) et alors qu'un client l'Afrique du Sud a déjà annulé sa commande (3)-, cela permettra de donner à l'avionneur un ballon d'oxygène.

L'avion avait  déjà fait un petit tour au sol, non plus seulement en faisant tourner ses moteurs à l'arrêt, mais en effectuant un aller-retour à différentes vitesses sur la voie taxi au sol... (photo)
Signe de sa confiance dans l'évènement, Airbus a ouvert un espace vidéo "premier vol" où vous pourrez suivre l'évènement ou (re)voir le déplacement de ce nouvel avion européen, assez  reconnaissable à son gros "nez" noir et son allure de gros canard - et petites roues - vue de derrière...

Sur ce sujet, lire :

(1) L'Airbus A400M ne volera pas le 26 juin... . 2008
(2) Berlin s'interroge sur l'avenir de l'Airbus A400M. Londres aussi! 
(3) Coup dur pour Airbus, l'Afrique du sud annule sa commande d'A400M
A Prague, les Ministres d'accord pour un moratoire de 3 mois pour l’Airbus A400M
Dossier Airbus (mars-mai 2009) :
Louis Gallois (EADS) confirme un retard de 3-5 ans pour l'A400M
Programme Airbus A400M : délibérément oui. Pour 4 raisons 
L'Airbus A400M: un programme et un contrat à rebondissement (dossier)
• L'Airbus A400M: un projet en retard, les faits, les causes (dossier)
L'Airbus A400M: la cause... les causes du retard (dossier)
L'Airbus A400M: les alternatives ? Keine ! (dossier)
Discussions toujours difficiles sur l'A400M, 7 solutions palliatives
Quand J.M. Barroso lâchait l'Airbus A400M, par amitié...
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Marchés de défense - Industrie
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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 02:08
La participation ukrainienne à l'opération anti-piraterie de l'UE "Atalanta" se confirme. Lors du sommet UE-Ukraine, qui vient de se tenir à Kiev, vendredi, il en a été question. Et les participants sont tombés d'accord. Les conclusions publiés après ce sommet ont ainsi salué la possible contribution de l'Ukraine: « In this regard they welcomed the fact that Ukraine is considering a contribution to international efforts in combating piracy through taking part in the Operation Atalanta

A Kiev, le chef de la sécurité ukranienne (SBU), Valentyn Nalyvaichenko, a confirmé que 25 hommes des commandos Alfa, la force spéciale des services de sécurité ukrainiens, avaient été spécialement entraînés pour cela et étaient prêts à se joindre à l'opération, ont relaté les médias ukrainiens. Et on n'attend que le feu vert de la Verkhovna Rada - l'assemblée ukrainienne - à la demande du président. Le coût de l'opération reviendrait à environ 3 millions d'euros sur une année, selon le ministère des Affaires étrangères ukrainien.

Coté européen, un expert du dossier m'a confirmé que la volonté était bien présente de part et d'autre, au niveau. Mais qu'il y avait encore du travail. On reste prudent. Les modalités pratiques d'association des forces ukrainiennes étaient étudiées. Ces forces peuvent, en effet, prendre place à bord de navires marchands, de préférence ukrainiens, voire de bateaux du PAM ou de l'AMISOM, escortés par les navires européens EUNAVFOR Atalanta (ou d'autres navires des forces multinationales ou forces nationales, présentes dans la zone).

Une arlésienne : la participation ukrainienne. Cela fait longtemps qu'une participation ukrainienne dans le Golfe d'Aden est évoquée. Le général Bentegeat, qui était président du comité militaire jusqu'à peu l'avait évoqué publiquement il y a un an déjà (lire :
Les Ukrainiens avec les Européens dans l'opération Atalanta?). Et le même commandant du SBU avait (déjà) annoncé, en mars 2009, l'arrivée rapide de membres du commandos Alfa. On comprend donc la prudence des responsables européens. La prise du cargo "Faina", en septembre 2008, avec ses 17 marins ukrainiens et... son chargement d'armes, avait convaincu les autorités ukraniennes de "faire quelque chose". Mais ceci était restée lettre morte, notamment pour des raisons financières. La participation de l'Ukraine à l'opération européenne ressemblait donc plutôt (jusqu'ici ?) à une Arlésienne. Le phénomène de piraterie ne s'arrêtant pas, et les marins ukrainiens étant nombreux à bord des navires de commerce, le phénomène a pris de l'ampleur. La médiatisation a atteint un sommet avec la découverte qu'une enfant ukrainienne qui accompagnait sa mère restait détenue à bord du MV Ariana (le capitaine de l'Alakrana avait été prié de leur apporter à manger). L'Ukraine étant, par ailleurs, en période électorale (l'élection présidentielle a lieu à la mi-janvier), il paraissait peut-être urgent à Kiev d'agir un peu plus pour protéger ses navires et ses marins...

NB : Les forces ukrainiennes participent à plusieurs opérations internationales de stabilisation ou de maintien de la paix (Unmil au Liberia ou Monuc au Congo par exemple). C'est la première participation à une opération militaire de l'UE. En revanche, lUE a une mission, presque PESD, d'assistance aux douanes pour la lutte contre la contrebande aux frontières de la république autonome (non reconnue) de Transnistrie, entre l'Ukraine et la Moldavie (lire :
La mission Eubam aux frontières de l'Ukraine et Moldavie).
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Piraterie Golfe d'Aden - Océan Indien
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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 12:11
La réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN s’est déroulée quasiment comme sur des roulettes. Les 28 membres de l’OTAN et leurs alliés ont avalisé, sans coup férir, un renfort militaire. Ils fourniront bien 7.000 hommes de plus, demandés par les Américains, a expliqué le secrétaire général de l’Otan, Fogh Anders Rasmussen. Coréens, Géorgiens, Italiens, Polonais, Hongrois… Tous s’y mettent.

Mais, côté français, on reste discret. Le principe affirmé par Nicolas Sarkozy de non-augmentation des troupes reste la règle officielle. Avec 3900 hommes engagés, c’est déjà suffisant. Ce qui ne peut empêcher, explique un officier, « des renforts ponctuels si la nécessité l’exige ». Possibilité confirmée par Bernard Kouchner, lui-même: « Bien sûr, si des besoins se font jour on les satisfera. Si on a besoin par exemple d'un hélicoptère de plus, on l'enverra. »

Les Alliés ont cependant compris qu’ils devaient infléchir leur stratégie. Le maître-mot, désormais, est donc « Afghanisation ». C’est-à-dire la reprise en main par les Afghans eux-mêmes de leur sécurité. Ce qui passe par la formation des forces afghanes, armée comme police. L’armée française a ainsi déjà passé le relais dans la région de Kaboul aux Afghans depuis un an maintenant. Et elle s’est regroupée sur une seule région : la zone Kapisa-Surobi, en déployant à la fois les moyens militaires purs, d’attaque, mais aussi les équipes dites OMLT, chargées de la liaison avec les forces afghanes, et les 150 gendarmes qui vont assurer la formation d’une force de gendarmerie afghane.

Même si, à l’OTAN, le mot de stratégie de « sortie » reste tabou et qu’on lui préfère celui de « transition », tout le monde en effet y pense et sait pertinemment, comme le résume un diplomate, qu’un engagement militaire de cette importance « ne peut durer indéfiniment».

Nicolas Gros-Verheyde (paru dans Ouest-France - samedi).

Crédit photo : Otan - Anders Fogh Rasmussen, le secrétaire général de l'Otan à la séance des Ministres. A ses cotés, le secrétaire général adjoint Claudio Bisogniro - crédit photo Otan (à gauche), le président du comité militaire de l'Otan, Admiral Giampaolo Di Paola (à droite). Un peu plius loin : Catherine Ashton, la Haute représentante de l'UE dont c'était la première réunion.

 

 

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Orient - Afghanistan-Pakistan
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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 20:00
Récemment encore, les Américains - et l'OTAN - demandaient aux Européens de faire un "petit" effort en Afghanistan et au Pakistan, estimant que les Européens ne prenaient pas leur charge du fardeau pour stabiliser la zone. C'est en partie vrai en matière militaire (encore qu'on pourrait relativiser cette différence). En matière civile, c'est un peu faux. Et le doigt tendu, pour ne pas dire la cébille, par les Américains envers les Européens n'est pas justifié. Mais effectivement à coté du budget militaire, c'est "peanut" (on estime à près de 30 milliards de $ le seul effort supplémentaire que vont faire l'armée US avec 30.000 hommes supplémentaires !). C'est peut-être en partie là où est le problème, le déséquilibre énorme entre l'aide civile et l'aide militaire.

2e gros budget "extérieur "de l'UE. L'Afghanistan est, en effet, après la Palestine, déjà, le deuxième plus gros budget des relations extérieures de l'Union europénne. Bon an mal an, le budget communautaire débourse, en effet, près de 200 millions d'euros - sans compter la mission Eupol Afghanistan (formation de policiers) qui atteint un budget 64 millions d'euros. Un effort supplémentaire supposerait de rogner sur d'autres dépenses extérieures (donc certainement l'Afrique), les budgets d'aide n'étant pas extensibles, au niveau européen comme des Etats membres, surtout en période de crise économique et de "rationalisation" budgétaire.


8 milliards d'euros dépensés depuis 2002. Entre 2002 et le 30 juin 2009, le budget communautaire a ainsi engagé 1,65 milliard d’euros à l’Afghanistan  – dont 282 millions d’aide humanitaire. Et si on compte l'effort consenti par les Etats membres, en matière civil, on atteint 8 milliards (ce sans compter donc l'effort militaire). Ce n'est tout de même pas négligeable. D'autant que l'Afghanistan est un pays pauvre.

Année

Engagés

Déboursés

2002

247.59

151.04

2003

285.55

213.90

2004

247.55

171.19

2005

224.48

206.11

2006

200.53

175.98

2007

195.90

224.59

2008

214.49

213.27

Total

1651.09

1398.23


Pour l'année 2009, le programme annuel prévoit 75 millions pour le Lofta ("trust fund" pour l’ordre et la loi) (*) et 22 millions pour le programme anti-mines. Ce fonds est important car il soutient l'effort mené sur les forces de l'ordre. Il finance ainsi les rémunérations des policiers, ainsi que du personnel du département central des prisons, les fournitures, la logistique et le matériel d’opérations non létaux, le développement institutionnel (avec la mise en place d’une unité de gestion MSU), ainsi que la promotion des femmes dans la police. Au bilan la dernière année : 174 millions ont été versés par le LOFTA à 81.000 policiers dans les 34 provinces, une nouvelle cellule a été créée visant au démantèlement des groupes armés illégaux (DIAG), soutenu par les financements japonais (matériel IT, bureau, équipement médical pour l’hôpital de la police…). Durant l’année solaire 1387 (l'année afghane), 628 postes de police ont été financés, ainsi que la construction d’un gymnase de police. 144 femmes policiers ont été recrutés, ce qui porte le total à 567. L’objectif de recrutement de 300 femmes sur les deux ans, fixé en mai 2007 est ainsi atteint (326 ont été recrutés).

Un effort supplémentaire. Au conseil des ministres des Affaires étrangères d'octobre, les Européens, par la voix de la commissaire Ferrero-Waldner (alors en charge des relations extérieures) expliquent qu'ils sont prêts à un effort supplémentaire. Une manière de répondre à la demande de l'OTAN et des Américains que les Européens prennent leur part du fardeau. Cet effort supplémentaire n'a cependant pas encore été quantifié. Et il ne pourra prendre effet, au plus tôt, qu'en 2011. La programmation actuelle est déjà lancée et se termine en 2010. C'est à ce moment, à la moitié de l'année prochaine, que sera entamé le travail traditionnel de "mid-term review" qui permettra de caler les budgets pour les années suivantes : de 2011 à 2013...


(*) Le Lofta est financé à un tiers par l’UE, un autre tiers par les Etats Unis (31%), le Japon (16%), les Pays-Bas (7%), le Canada (7%), l’Allemagne (3%) étant les principaux autres contributeurs. La Finlande, la Suisse, l’Australie, l’Italie, la Norvège, la Belgique, l’Irlande, le PNUD, la Hongrie, le Danemark, l’Islande, la Lettonie contribuent également à ce fond.

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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 10:35

La frégate néerlandaise Evertsen (navire amiral de l'opération européenne anti-piraterie Eunavfor Atalanta) a arrêté, mercredi, 13 pirates qui ont tenté de détourner un navire marchand, à 150 miles au sud de Salalah (Oman).

Mercredi, il est un peu plus de midi au large de Salalah, les pirates, à bord de deux skiffs, partent en effet à l'assaut du BBC Togo, un cargo battant pavillon d'Antigua-et-Barbuda. Au cours de cette attaque, plusieurs coups de feu sont tirés sur le navire de commerce. Les pirates essaient de monter à bord. Mais la tentative échoue grâce aux "Best management practices" mises en oeuvre par l'équipage du "BBC Togo", explique le QG d'Atalanta. Les pirates stoppent l'attaque et se replient sur une boutre voisine (un dhow servant sans doute de bateau-mère)...

(crédit photo : BBC Togo - le skiff pirate vu de la passerelle du navire marchand)

Pas de chance pour les pirates... Le Hr.Ms. Evertsen sort justement de Salalah, après un réapprovisionnement et une rencontre avec les autorités d'Oman. Le QG d'Atalanta lui demande donc de partir à la recherche du groupe pirates. Le navire canadien NCMS Fredericton, qui vient d'arriver dans le SNMG1 l'OTAN, et est tout près de l'attaque, est également mis à contribution.

A la faveur de la nuit tombante, l'Evertsen repère un dhow et deux skiffs ressemblant de près à la description donnée par les marins civils. Une équipe de visite néerlandais aborde les bateaux pirates, les sécurisent et appréhendent la quinzaine de personnes qui s'y trouvent. Aucun doute sur leur intention. A bord, les marins européens trouvent, en effet, "une grande quantité d'armes, dont des AK-47, des grenades RPG, des munitions, des grappins et des échelles" relate la marine néerlandaise. Bref tout l'attirail pirate. Outre les 13 pirates, les forces néerlandaises identifient deux pêcheurs tanzaniens qui déclarent être otages des pirates, depuis quelques mois. Leur navire a, durant tout ce temps, servi de ravitailleur pour les activités de piratage. Ils sont libérés. Quant aux pirates, ils ont été transférés à bord de l'Evertsen et mis aux arrêts, après consultation entre le commandant du navire et le Procureur général aux affaires maritimes de Rotterdam. Ils pourraient être transférés au Kenya ou aux Seychelles, voire dans un autre pays, annonce-t-on du coté néerlandais.

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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 07:02
Hormis la PeSDC déjà abondamment commentée, le Traité de Lisbonne permet à l'Union européenne d'agir dans de nouveaux domaines de la gestion de crises, particulièrement en matière de protection civile. L'Europe acquiert même une compétence complète (ce qui ne veut pas dire exclusive). Ce qui justifie pleinement les trois mots "réponse de crise" ajoutés au portefeuille de l'aide humanitaire attribué à la commissaire Jeleva. Il me paraissait naturel la veille de la Sainte Barbe (patronne des Pompiers et de l'arme du génie) de revenir sur cet aspect qui a été peu détaillé jusqu'ici. Ne vous étonnez pas également si la tête de chapitre Secours - Sécurité civile s'épaissit, au fil du temps, sur ce blog...

Ainsi, un nouvel article (le 196 du Traité de fonctionnement de l'UE) sous l'intitulé Protection civile fait son apparition dans le Traité de Lisbonne. Il prévoit une panoplie complète : prévention, préparation aux crises, coopération opérationnelle en cas de catastrophes, réaction urgente, veille et évaluation, soutien financier, législation et harmonisation...

Prévention - Opération. L'UE « encourage la coopération entre les États membres afin de renforcer l'efficacité des systèmes de prévention des catastrophes naturelles ou d'origine humaine et de protection contre celles‑ci. » Un soutien qui concerne tant le volet interne aux Etats membres que l'action extérieure internationale. Dans le détail, l'action de l'UE vise ainsi : « 1° à soutenir et à compléter l'action des États membres (...) sur la prévention des risques, sur la préparation des acteurs de la protection civile et sur l'intervention en cas de catastrophes naturelles ou d'origine humaine à l'intérieur de l'Union; 2° à promouvoir une coopération opérationnelle rapide et efficace à l'intérieur de l'Union entre les services de protection civile nationaux; 3° à favoriser la cohérence des actions entreprises au niveau international en matière de protection civile. » Cette action peut être approfondie par le biais d'une réglementation. En effet, si nécessaire, une législation européenne peut être établie « pour harmoniser des dispositions législatives et réglementaires des États membres ».

Assistance mutuelle et moyens militaires. La (nouvelle) clause de solidarité (de l'article 222 - valable aussi pour les actes terroristes) joue pleinement. Ainsi l'Union mobilise tous les instruments à sa disposition, y compris les moyens militaires mis à sa disposition par les États membres, pour « porter assistance à un État membre sur son territoire, à la demande de ses autorités politiques, en cas de catastrophe naturelle ou d'origine humaine. » Et « les autres États membres lui portent assistance à la demande de ses autorités politiques ». Dans cet objectif, une coordination des moyens est organisée « au sein du Conseil ».pour mener des actions pour appuyer, coordonner ou compléter l'action des États membres ». Les « modalités de mise en œuvre de (cette) clause de solidarité sont définies par une décision du Conseil, sur proposition conjointe de la Commission et du haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité ». Le Parlement européen est simplement informé.

Enfin, l'UE a toujours la capacité (avec le Fonds de solidarité qui existe déjà, ex article 100 renuméroté article 122) de voter des subventions ou une assistance financière à un Etat ou une région qui a subi des dégâts suite à une catastrophe, naturelle ou autre. De même, certaines mesures économiques (approbation automatique des aides en cas de calamité naturelle...) restent toujours autorisées.

Faut-il préciser également que l'UE est dotée d'une action spécifique (article 168) en ce qui concerne la lutte contre les grands fléaux, « en favorisant la recherche sur leurs causes, leur transmission et leur prévention ainsi que l'information et l'éducation en matière de santé, ainsi que la surveillance de menaces transfrontières graves sur la santé, l'alerte en cas de telles menaces et la lutte contre celles-ci ». Elle peut notamment adopter toute mesure allant dans ce sens (dans le respect cependant des compétences en matière de santé des Etats membres et sans aller jusqu'à l'harmonisation législative).

(crédit photo : ©NGV - UISC en démonstration devant le Berlaymont, à Bruxelles, fin novembre)
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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 01:07

Bien sûr, ce n'est qu'une première présentation. Bien sûr, Catherine Ashton n'a eu que deux jours pour se préparer. Bien sûr, toute son équipe n'est pas constituée, comme elle le dit elle-même : « Je n'ai pas de bureau, pas d'équipe, de cabinet, Je n'ai pas autre chose que moi. Ce n'est pas une excuse. C'est la réalité ». Mais tout de même, après le premier "échange de vues" entre la nouvelle diplomate en chef de l'UE et le Parlement européen, on reste un peu sur notre faim.

Certes le tempo donné par le président (PPE, Italie) n’a pas vraiment permis à l'intéressée d’entrer dans les détails. En lui limitant à quelques minutes chacune de ses interventions en réponse, il n'a pas permis d'approfondir les sujets. Mais il faut dire aussi que la commissaire n'a jamais pris tout le temps imparti, prétextant cette limite de temps pour survoler tous les "vrais" sujets de relations extérieures. L'audition s'est même terminée plusieurs minutes en avance sur l'horaire prévu... 

Certes les parlementaires, à vouloir balayer tout le champ des sujets, de la Colombie à la Bosnie, en passant par la Russie, l'Otan, la Somalie, le Honduras, etc. n'ont pas, eux-mêmes, facilité la consistance des réponses. Et, du coup, on est resté souvent à des banalités. De fait, Ashton avait bien appris ses « messages clés ». Elle est souvent restée le nez sur ses papiers - comme l'étudiante qui a toute une série d'anti-sèches au cas où - et les a restitués avec la conviction minimale pour que la plupart des parlementaires soient sinon heureux, du moins pas mécontents. De toute façon, les grands groupes du parlement (PPE, socialistes, libéraux) avaient annoncé la couleur : ils ne voulaient pas en découdre (voir ci-dessous). Cet échange de vues était donc un peu inutile. Il a eu, au moins, une vertu pour Ashton : permettre une répétition de la "vraie" audition qui devrait se tenir en janvier (le 11 janvier après-midi selon les premières informations). Un examen blanc en quelque sorte...


Une ambition : faire de la "démocratie tranquille"

 

Sa philosophie. En une phrase, Ashton a résumé comment elle voyait son travail: Je crois beaucoup à la « démocratie tranquille », il faut construire la confiance et travailler en commun, on peut travailler sous les projecteurs ou en coulisses. Nous avons (l'Europe) une réputation dans le monde sur nos valeurs, nous sommes le plus grand fournisseur d’aide humanitaire, de projets. »

Grands dossiers : on verra. Mais, face aux grands dossiers qui se trouvent sur sa table - Iran, Russie, Géorgie, Bosnie... - pas ou peu de réponses. "Je n'ai pas le temps d'entrer dans le détail", "J'attends la réunion...", "c'est important (ou) au coeur de mes préccupations" ont été ses réponses favorites. Même sur l'Afghanistan, sujet du jour, elle n'a pas plus répondu. Quand j'ai pu l'approcher, à la sortie, je lui ai redemandé ce qu'elle pensait d'un "surge" civil de l'UE. la réponse a été : « On verra. Nous devons en discuter au Conseil »...

Somalie : important. Seul point où elle est allé un peu loin : la Somalie. « C'est important. Nous devons travailler avec l'Union Africaine. Il est important de stabiliser et sécuriser la Somalie. Il faut voir comment lancer et appuyer les initiatives de l'Union africaine sur le terrain ». Les initiés auront ainsi pu comprendre que l'opération de formation des soldats somaliens pourrait ainsi être la première "grande" décision en matière de PESD qu'Ashton prendra.

Autres points à signaler : sur l'Agence européenne de défense, à la question d'Arnaud Danjean (UMP) président de la sous-commission Défense, Ahston a convenu que « L'agence européenne de défense avait des succès. Mais qu'il y avait beaucoup de pain sur la planche. Et qu'il fallait resserrer la coopération. »

Au final, comme l'a, assez bien résumé, l'eurodéputée française Hélène Flautre (Verts) à la sortie de la réunion: « Mme Ashton est tout à fait compétente dans son rôle de diplomate, si diplomate et prudente qu'on ne connaît pas le fond de sa pensée ».


Une surprise politique

Là où Ashton a vraiment surpris positivement, c'est au plan politique. On sent là une certaine expérience des travées, des couloirs politiques qui est apparemment bien passée au niveau des parlementaires qui ont même applaudi à une ou deux reprises et souri à son humour un peu pincé. D'autant qu'elle a caressé les parlementaires dans le sens du poil, en soulignant, à plusieurs reprises, son désir « d'associer le Parlement européen à son travail », que rien ne serait décidé sans lui, etc... Toutes choses que les parlementaires adorent entendre. Elle a aussi répondu, sans trop de détours, à ses détracteurs sur son inexpérience, sa nationalité, son passé... devançant souvent ces questions un peu difficiles (1).

Expérience internationale. « J'imagine que ma nomination vous a fait comme une surprise. C'était aussi une surprise pour moi, mais une surprise bienvenue. Je n’ai jamais été quelqu'un qui a pris son travail de manière restreinte. J’ai 28 ans d'expérience de négociation et de défense (advocacy) de dossiers. J’espère qu’elle sera reconnue. »

Processus de nomination. « J'ai été nommée par 27 Etats membres, à l'unanimité. Ce n'est peut-être pas votre choix » répond-elle à un député (le tory britannique Charles Tannock). « Mais c'est le choix de tous les Etats-membres ». (...).

Britannique mais européenne. « Je ne suis pas une représentante du gouvernement britannique. Je l’ai déjà montré dans le passé au Commerce. Je suis proeuropéenne dans mon pays et très fière d’être reconnue comme telle » a-t-elle expliqué (ce qui est somme toute courageux car proclamer qu'on est européen quand on est britannique n'est pas automatiquement un compliment).

Passé. à la question, assez attendue, du député UKIP de permanence, David Campbell-Bannerman, elle l’a touché par un pupercut à l’estomac (pas gentil, gentil, mais nous sommes en politique) : « Nous avons partagé, monsieur, verre de champagne à Genève, il y a quelques jours et vous avez pris soin de me prévenir de votre question. » Et toc ! Puis Ashton a attaqué la question de fond : « 1982, c’est loin. Je n’ai pas touché d’argent directement de partis communistes. J’ai fait toujours partie travailliste, et nous luttions avec des moyens démocratiques. (A la CND), c’est moi même qui ai procédé à l’audit des comptes. Nous étions jeunes. On ramassait de l'argent dans des sceaux au fur et à mesure lors des manifestations. Je ne peux pas donc dire d’où vient exactement l’argent qu'on prenait dans des sceaux ».

 

Commissaire avant tout

Mes collègues les commissaires. L’impression semble se confirmer… La Haute représentante a du mal à se faire à son nouveau rôle, indépendant, autonome. Elle est, avant tout, une commissaire aux relations extérieures, avec quelques outils en plus, mais n’entend pas vraiment déborder de ce rôle pour le moment. A plusieurs reprises (Moldavie, échange de données avec les USA...), elle a ainsi botté en touche et renvoyé ces sujets sur les autres commissaires. « Je dois en parler avec mes collègues » a été ainsi une de ses phrases clés.

Le café est meilleur à la Commission. Et si on avait un doute, elle l'a tranché, de façon définitive en désignant son siège. Je « siégerai à la Commission européenne » a-t-elle ainsi confirmé. « Je sais où se trouve le café, et comment fonctionne l’immeuble, et je pas le temps de réfléchir à des questions logistiques… » a-t-elle justifié en plaisantant. « Je pourrais consacrer tout mon temps à des visites au Conseil et à des activités à l’extérieur de l’UE » a-t-elle ajouté.

Sous couvert de plaisanterie, elle répond ainsi à une question très stratégique. Commissaire, Catherine Ashton était, Commissaire, elle reste et restera (dans l'ombre du président de la Commission européenne). 


(couloirs parlementaires) Ashton, un atout dans la manche du PPE au cas où ?

Les groupes politiques ont refusé de formaliser un satisfecit quelconque à l'issue de cette réunion. La question a été évoquée apparemment sérieusement entre les différents coordinateurs de groupe de la Commission Affaires étrangères du Parlement européen et entre présidents de groupe. Non que l'avis soit par trop négatif ou positif.

En fait, il s'agit plutôt d'une tactique de couloir. Les chrétiens-démocrates du PPE notamment craignent qu'en avalisant la socialiste Ashton, ils perdent toute possibilité de prévenir un dommage sur un de "leurs" commissaires. Apparemment, ils craignent notamment des attaques sur la commissaire bulgare Jeleva (la gestion du ministère des Affaires étrangères en Bulgarie est délicate et un ou deux vice-ministres sont menacés par des affaires). Ils gardent donc l'atout Ashton dans la manche. Un peu comme un "équilibre de la terreur" : si tu menaces mon commissaire, je fais sauter le tien...

Comme me l'a résumé un député au sortir de la salle, "si on veut planter Ashton, on peut le faire quand on veut, c'est facile...". Et, effectivement, passés les commentaires aimables,  les eurodéputés spécialistes des affaires étrangères sont restés vraiment sur leur faim. "Si nous avions dû donné notre avis aujourd'hui, c'est clair, elle ne passait pas" m'a confié un député.

(1) voir le Speech introductif d'Ashton

(crédit photo : © NGV)

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans HautReprésentant-ServiceDiplomatique
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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 08:55
Dans quelques semaines, l'Espagne prendra la présidence de l'Union européenne. On commence à connaître quelques unes de ses priorités (1), comme les a présentées Carmen Chacon, la ministre de la Défense, à quelques élus espagnols. On peut être rassuré. Cette présidence (comme la présidence suédoise actuelle et comme la présidence suivante, belge) a inscrit certaines avancées en matière d'Europe de la défense, de politique de sécurité et de défense commune (PeSDC).

« Nous sommes attachés à une politique européenne de sécurité et de défense. » affirme Carme Chacon. Pour l'Espagne, l'Europe devrait « être plus forte, plus capable et plus efficace ». Il faut montrer une « Europe forte, une Europe plus unie et intégrée, qui peut prendre des décisions de manière efficace et aussi peser dans le monde ». Et d'ajouter : « Construire l'Europe, c’est construire la paix, disait Jean Monnet. Aujourd'hui, grâce aux progrès que l'Union fait dans la défense et la sécurité, nous pouvons dire que les paroles du fondateur de l'Europe sont plus proches que jamais d'être une réalité. »

La priorité des priorités de la présidence espagnole pour la PeSDC, comme dans les autres domaines, reste la mise en vigueur et l’application des différentes dispositions du Traité de Lisbonne. Avec cet instrument, comme le considère le Premier Ministre Zapatero : « l'Europe parle d'une seule voix dans le monde, mais cette fois d'une manière définitive ». Le chantier ouvert par le nouveau Traité n’est pas mince : haut représentant, coopération structurée, renforcée, groupe d’avant-gardes, ... (lire : Traité de Lisbonne: la PESD devient PeSDC. Un peu plus commune ?).


Deux principes guideront cette présidence espagnole : « l'innovation et l'égalité ».

L’innovation. « Bien que nous ayons fait des progrès substantiels dans la recherche militaro-industriel, nous avons encore à améliorer notre relation avec le secteur civil. Nous devons aussi encourager l'innovation pour réaliser des systèmes plus efficaces de la logistique, l'approvisionnement et de conception » assure Carme Chacon. Pour l’Espagne, l’innovation ne concerne pas que l’industrie. Il s’agit également d’avoir un « élan innovateur dans le domaine des opérations, dans la doctrine, et comment agir dans des scénarios de plus en plus complexes impliquant plusieurs acteurs, dont des civils, des militaires, des organismes gouvernementaux et les ONG ».

L’égalité. Tous les Etats membres sont concernés. « La notion de sécurité doit également couvrir l'ensemble des pays de l'UE, de façon que tous les citoyens européens se sentent protégés de la même manière. »


Trois priorités ont été établies pour la présidence espagnole dans ce second semestre : le niveau institutionnel; le renforcement des capacités, et la consolidation de l'approche globale en temps de crise.

1ère priorité. La réforme institutionnelle

Réunions formelles des ministres de la Défense. Au niveau institutionnel, avec le nouveau Haut Représentant pour les affaires étrangère et la politique de sécurité, l’Espagne veut aussi renforcer les réunions des Ministres de la Défense. Alors que ces réunions depuis 10 ans se déroulent de manière informelle, l’Espagne voudrait les formaliser. « il semble raisonnable que les ministres de la Défense de l'Union se réunissent pour discuter et prendre des décisions sur des questions spécifiques telles que le renforcement des capacités ou de surveillance des opérations » considère Carme Chacon. « Cela permettra, entre autres de faciliter le travail des ministres des Affaires étrangères, dont l’ordre du jour est déjà saturé des questions aspects purement militaires ou de défense ». Seront-elles présidée par le Haut représentant ou la présidence tournante ? La solution n’est pas précisée (à votre avis …)

2e priorité. Le renforcement des capacités

Des Battle groups plus opérationnels et avec un QG européen. La priorité espagnole entend reprendre le flambeau de la présidence (suédoise), et poursuivre les travaux visant à améliorer les mécanismes pour faciliter l'utilisation des groupements tactiques ou Battle groups (lire : Des battlegroups (un peu) plus souples d'emploi). L’Espagne entend ainsi proposer d’utiliser le « Centre des opérations de l’État-Major de l’UE comme Quartier général au cas où ces groupes sont activés ». « Cela renforcerait la capacité de planification et de conduite des opérations par le Centre, en attendant qu’un jour l'Union européenne dispose d'un Quartier général propre, qui intègre les capacités civiles et militaires pour diriger les opérations ».

Premier débat sur la coopération structurée permanente. L’Espagne veut sinon appliquer les nouvelles dispositions de coopération structurée permanente du moins entamer le débat. Ainsi «  les pays qui le veulent et satisfont à certaines exigences en matière de capacités militaires pourront les mettre ensemble et d'améliorer l'efficacité dans la gestion de toute crise de sécurité ». « Avec sagesse » la présidence espagnole n’envisage (que) « des premiers débats sur la question, permettant aux États membres d'exprimer leur vision politique sur ce nouvel instrument pour le développement futur de cette coopération » (lire : Traité de Lisbonne: la Coopération structurée permanente (CSP), expliquée).

Renouveler les Headline goal. L’exercice des « Headline goal 2010 » arrive à son expiration dans la seconde moitié de la l’année prochaine. Carme Chacon estime nécessaire « d'analyser les réalisations et réfléchir sur son avenir ».

Doper l’Agence de défense. L'Espagne considère que « l'Agence doit faire des progrès dans tous les domaines d'activité telles que la planification des capacités, la coopération en matière de technologie et la recherche, et la définition et le lancement de programmes de collaboration ». Le moment est propice également pour « analyser la situation actuelle en matière d’industrie de défense européenne », pour assurer une « réévaluation de ses relations avec l'AED ».

3. L'approche globale dans la réponse aux crises

Formation pilotes d’hélicoptères et IED. La présidence espagnole veut approfondir le travail entamé par la présidence suédoise en matière de gestion et résolution de crises, en favorisant une synergie entre moyens civils et militaires. « Au cours du premier semestre 2010 L'Espagne essaiera de faire avancer cette question. Notamment sur la formation des équipages d'hélicoptères ». Et la Ministre de citer l’exercice AZOR 2009, un exercice d'entraînement de vol en zone de chaleur. Il est vrai que l’Espagne a un avantage, géographique et météorologique, permettant de combiner les deux terrains d’entraînement extrêmes (vol en désert et vol de montagne). Un exercice aura lieu au mois de Juin au Centre de Formation "San Gregorio" dans les Pyrénées (lire aussi : La formation des pilotes d'hélicoptères se fera en 2010).

Autre exemple de synergie : dans le domaine des engins explosifs improvisés. L’Espagne propose un double usage UE-OTAN, de son Centre d'Excellence C-IED à Hoyo de Manzanares, pour une formation aux techniques de la désactivation.

Objectifs généraux. Dans la lignée de la déclaration sur le renforcement de la PESD adoptée par le Conseil européen en décembre 2008, l’Espagne veut aussi: « améliorer la projection de forces dans les opérations, renforcer la collecte d'informations et de renseignement spatial; augmenter la protection de la force et l'efficacité dans les opérations; améliorer l'interopérabilité et la capacité à travailler ensemble ».

Coopération maritime. Pour l’Espagne, le domaine maritime est un excellent exemple de la façon dont la politique de sécurité peut progresser « au bénéfice de tous les citoyens ». Pour cette raison, elle entend renforcer les synergies et les opportunités entre les deux principales politiques européennes - PeSDC et politique maritime intégrée de la Commission -.

Coopération Otan-UE. L’Espagne envisage également « différentes possibilités d'améliorer le cadre de la coopération technique entre les deux organisations lorsqu’elles agissent dans le même théâtre ».

Les opérations

Opération Althea Bosnie : phase de réduction, la présidence espagnole aura comme tâche de faciliter la transition de la mission Althea en Bosnie-Herzégovine vers une mission non-exécutive, de dimension plus réduite que l’opération militaire en cours. Cette nouvelle mission contribuera « à former les forces armées bosniaques et conseiller les autorités de la défense du pays » et pourrait être mise en place durant « au cours du semestre de notre présidence». « Si c’est le cas, l’Espagne s’engage à apporter une contribution importante des effectifs, un pourcentage similaire à celui que nous avons maintenant dans ALTHEA » (NB : l’Espagne est un des derniers pays européens à entretenir un contingent de plusieurs centaines d’hommes dans Althea après les retraits français et britanniques et avant les retraits italiens et bulgares).

Opération Atalanta pirates, plus robuste. Pour les Espagnols, la mission majeure demeure l’opération Atalanta, à tous points de vue – militaire (engagements de plusieurs frégates), politique (sensibilité du sujet), économique, philosophique et … médiatique. Certes la ministre de la Défense appuie la reconduction de l’opération EUNAVFOR Atalanta et l'ajout d'une disposition qui permet « d’intensifier ses actions contre la pêche illégale et à soutenir les autorités somaliennes pour leur permettre d'exercer un meilleur contrôle sur ses eaux territoriales » (lire : La prolongation d'Atalanta formalisée en décembre, les modifications...). Mais il ne faut pas se « détourner du mandat de base » pour la ministre espagnole. L’essentiel ne semble donc pas être là pour l’Espagne. Pour Carme Chacon, l’opération Atalanta peut encore s’améliorer. « L'opération ATALANTA peut et doit encore être plus efficace ». Elle prône ainsi que « les moyens sont réorientés comme une priorité vers la réduction de l'impunité des pirates dans leurs ports et des points de livraison. » « L'impunité dont jouit les pirates sur son territoire est fondée par le manque de capacité du Gouvernement fédéral de transition de la Somalie pour patrouiller dans ses eaux territoriales et arrêter les pirates. » (lire : L'opération Atalanta... pas assez efficace pour les Espagnols). Carme Chacon s’appuie sur l’Action commune pour justifier cet élargissement. « Avec l’appui des unités navales et aériennes, nous devons intensifier la surveillance et les opérations de contrôle et d'interdiction dans les ports et autres points d'embarquement de la piraterie en Somalie. Nous avons également besoin de renforcer les mesures contre les navires-mère qui permettent aux pirates d’aller au très au large, à plus d'un millier de miles de la côte somalienne ».

Opération Somalie : approche globale. L’Espagne soutient  une « stratégie à moyen terme pour soutenir le processus politique en Somalie sous les auspices de l'ONU ». Les capacités des « forces de sécurité somaliennes devraient être renforcées ainsi que les programmes de coopération au développement qui offrent des moyens de subsistance alternatifs à ceux qui vivent aujourd'hui, de façon très rentable, de la criminalité et l'extorsion ». L’Espagne, a confirmé la Ministre, est « disposée à assumer le rôle de nation-cadre dans la nouvelle mission (européenne pour contribuer à la formation des forces de sécurité somaliennes) et à y contribuer avec un nombre important d'instructeurs ».

Deux conférences : sur la piraterie, sur la Somalie. Durant sa présidence, le ministère de la Défense envisage d’organiser un colloque de l'Union européenne sur la piraterie, réunissant tous les acteurs potentiels. L’Espagne a également proposé la tenue d'une « conférence internationale sur la Somalie sous les auspices de l'ONU, pour (avoir) une perspective globale » : soutien au processus de paix, augmentation des financements de la coopération au développement, renforcement de la sécurité en Somalie et les pays de la région pour éradiquer totalement la piraterie de ces eaux. « Si nous ne faisons pas cela, nous devrons prolonger indéfiniment l'opération maritime. » explique Carme Chacon.


En résumé: un conseil formel des ministres de la Défense, un QG bruxellois pour les battlegroups, une formation pour les pilotes d'hélicoptères, une agence européenne de la défense dopée, la transformation de l'opération en Bosnie-Herzégovine et le lancement d'une nouvelle mission de formation des soldats somaliens, sans oublier le Traité de Lisbonne... si l'Espagne réalise tout ce qu'elle a inscrit, ce sera bien.


(1) Je l'ai déjà écrit. Mais il vaut mieux le répéter. Les présidences continuent de tourner ; seules la présidence du Conseil européen (chefs de gouvernement et/ou d'Etat), du conseil des ministres des Affaires étrangères, du conseil des ministres de l'Economie de l'Eurozone sont fixes.

(crédit photo : ministère de la défense espagnol)
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Défense UE (droit doctrine politique)
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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 17:00
Alors que tout le monde est suspendu au moindre froncement de sourcils à Washington, Obama devant annoncer sa nouvelle stratégie militaire en Afghanistan, les Européens restent étrangement silencieux. Condamnés à être les supplétifs des forces américaines. Si cette position pouvait se justifier il y a quelques années, aujourd'hui avec l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. Le Parlement européen, qui est la seule instance légitime d'un point de vue démocratique, doit, vite, se saisir du dossier et ouvrir le débat.

Un plan d'action bien palichon. Bien sûr, il y a eu la position affirmée au dernier conseil des Ministres des Affaires étrangères, avec un  plan d'action de l'UE pour l'Afghanistan et le Pakistan. Celui-ci est cependant au Plan d'action ce que la chicorée est au café, un ersatz. De nombreux aspects sont oubliés, notamment l'aspect militaire. Et l'engagement européen pour la formation de la police reste à la fois limité et difficile (lire Eupol Afghanistan: on progresse, lentement, trop lentement... ). Même l'organisation de l'aide civile demeure parcellaire. Ce plan d'action fait pâle figure à coté du plan du général américain McChrystal. Le plan du général américain -
qui devrait être relu avec une certaine attention (1) - est d'une certaine façon plus complet et ambitieux, pas seulement au plan militaire. Au plan civil également, puisqu'il prévoit le doublement de la chaîne militaire de commandement par une chaîne civile de commandement dans tout le pays. A Kaboul et dans chaque province, un "commandant civil" serait nommé avec pour fonction de coordonner l'ensemble des moyens civils déployés dans la province et être ainsi en capacité de "dialoguer" avec le responsable militaire. Ce plan prévoit aussi un "surge" en terme de communication pour répondre avec rapidité et efficacité aux tentatives de désinformation des talibans.
Plutôt que de communication ou de plan d'action, ce qui semble surtout manquer au plan européen, c'est de débat.

Pourquoi un débat est nécessaire ? Il paraît ainsi totalement incongru que mis à part quelques pays (Allemagne notamment), le débat dans les représentations démocratiques ne soit pas la règle. Il paraît également totalement anormal aucun débat n'ait été organisé au niveau européen. Car l'Afghanistan (et le Pakistan) est un sujet éminemment européen dans tous les Etats sont impliqués et pour lequel le budget à la fois national et communautaire est soumis à contribution. Avec des résultats "contrastés" (pour être gentil...). Pour moi, le Parlement européen, qui est la seule instance européenne élue au suffrage universel direct (ce que ne sont ni l'assemblée parlementaire de l'OTAN, ni l'assemblée de l'UEO, ni l'assemblée du Conseil de l'Europe), doit se saisir de cette question. Cette intervention se justifie d'autant plus que l'intervention en Afghanistan s'inscrit dans la durée, qu'elle engage profondément à la fois la vie des Européens, de nombreuses ressources militaires - qui ne sont donc plus disponibles sur d'autres terrains d'intervention - et qu'elle nécessite d'importants moyens financiers et budgétaires - d'autant plus difficiles à tenir en ces temps de restriction budgétaire. Rien qu'au plan économique - au regard notamment du respect des critères de stabilité budgétaires de Maastricht - ce débat devrait être nécessaire. Quand on regarde la dimension développement, démocratie, politique étrangère, stabilité de la région asiatique, terrorisme... sa nécéssité apparaît encore plus primordiale.

Une commission d'enquête au Parlement européen ? L'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, qui met au premier plan la nécessité d'une meilleure coordination des politiques étrangères, impose ce débat, aujourd'hui. D'autant que les opinions publiques de tous les pays européens sont de plus en plus sceptiques sur cette intervention, et attendent l'expression de diverses opinions... Nous n'allons pas attendre que le Congrès américain ait débattu de toutes les options envisagées pour fixer notre position.
Pour moi, le Parlement européen doit ouvrir le débat, et vite, pourquoi pas sous forme d'une commission d'enquête... Cela permettrait d'envisager tous les aspects de la question - l'objectif de la présence sur place (chasse aux terrorismes, stabilisation de la zone, développement, modèle démocratique..), les moyens mis en oeuvre, les budgets qui sont dévolus - de façon posée, réfléchie et ouverte.

(1)
Dont le projet avait été rendu public le Washington post - télécharger
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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 16:21
C'est d'une certaine façon la première application de l'échange de lettres entre l'UE et les Seychelles, qui vaut accord de transfert de suspects  jusqu'à formalisation. Mais aussi un exemple concret de la coopération qui s'est instaurée pour la lutte anti-piraterie entre les différents moyens de la zone (EUNAVFOR, Seychelles, Otan).

Quant dimanche matin, un navire de pêche espagnol est attaqué à 175 miles nautiques à l'est de Victoria, il doit de n'être pas pris à l'équipe de sécurité privée embarquée à bord qui réagit aux tirs de pirates par des tirs d'avertissement. Mais il ne s'agit pas de laisser recommencer les pirates. Le QG d'Eunavfor Atalanta envoie donc sur la zone un des avions de patrouille maritime luxembourgeois, basé aux Seychelles, pour en savoir plus et repérer les bateaux suspects. Les gardes-côtes des Seychelles sont également avertis ainsi que tous les navires présents dans les environs. Le navire allemand Bremen étant à quai à Victoria en train de se réapprovisionner (et se détendre), c'est la frégate portugaise Alvares Cabral de l'OTAN qui est mise à contribution.

Assez vite, « dans l'après-midi, l'avion de patrouille maritime repère dans les environs de l'attaque un groupe pirate avec un bateau-mère et deux skiffs d'attaque » explique alors le QG d'Atalanta (1). « Toutes les unités se dirigent alors sur la zone. Le navire des gardes-côtes des Seychelles - le plus près de la zone - arrête le bateau mère et un des skiffs. 4 suspects au total sont arrêtés Mais un skiff prend la fuite. Quelques heures plus tard, le NRP Alvares Cabral intercepte avec succès le skiff (perdu). Six autres suspects sont arrêtés et remis aux gardes-côtes des Seychelles ».

NB : Cette version officielle permet d'éviter de se poser la question comment un navire portugais de l'OTAN peut remettre aux autorités des Seychelles des suspects appréhendés. La réponse en fait est assez rapide : juridiquement ce n'est pas possible pour un navire de l'OTAN. Si le Portugais faisait partie de la flotte Atalanta, au contraire ce serait possible. Mais comme nous sommes dans la zone économique exclusive des Seychelles, les gardes-côtes des Seychelles gardent une certaine compétence.


(1) On indication of the attack Luxembourg EU NAVFOR Maritime Patrol Aircraft, operating from the Seychelles, was tasked to confirm the situation of the vessel and search for the pirate attack group. The Seychelles Coast Guard was informed by EU NAVFOR and immediately sent the Coast Guard vessel Andromache to the attack position. German EU NAVFOR warship FGS Bremen, at the moment of the attack loading gasoline in the port of Victoria, was tasked to search and neutralize the pirate attack group as soon as the loading was completed. Portuguese warship NRP Alvares Cabral of NATO, also in the area on counter piracy patrol, responded to participate in the search for the Pirate Attack Group.In the afternoon the maritime patrol aircraft detected in the vicinity of the earlier attack a complete pirate attack group with one mother skiff and two attack skiffs. All units were directed to this position to intercept. The Seychelles Coastguard closest to the position boarded and secured the mother skiff and one attack skiff. A total of 4 suspected pirates were detained. The third skiff initially escaped the arrest but NRP Alvares Cabral successfully intercepted this skiff several hours later. The six suspected pirates on board were handed over to the Seychelles Coast Guard.

 

Crédit photo : OTAN, JCL Lisbonne

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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.