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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 07:00
L'opération d'assistance à la formation des soldats somaliens (Eutrain ou Eusecfor) est relativement simple à monter, de l'avis des spécialistes militaires chargés du dossier. Mais, encore faut-il que des choix soient faits, rapidement, afin de pouvoir poursuivre la planification.

Une approbation de principe qui reste à préciser. En fait, l’approbation par les 27 Ministres des Affaires étrangères et de la Défense, mardi, du concept de gestion de crises a surtout été un geste symbolique. Un feu vert politique de principe. Beaucoup de choses sont encore à écrire. Et,
m'ont assuré des experts du dossier, « des choix restent à faire » « pour avoir un vrai concept stratégique ». Si ces choix sont faits - « cela pourrait être fait dans les jours qui viennent » affirment plusieurs sources concordantes, tant à l'UE que dans certains Etats membres - « l’action commune pourrait ensuite être adoptée dans la foulée, d’ici la fin décembre ». Le chef d’opération sera alors nommé (un général Espagnol puisque l'Espagne a accepté le rôle de nation-cadre). Et la définition du Concept d'opération comme du plan d'opération pourront être finalisées. L’opération serait alors lancée, vraisemblablement, au printemps (sous présidence espagnole). Sauf si un caillou politique se met sur la route (article à suivre), l'UE est, en tout cas, bien décidée à accélérer l'opération. Et les partenaires africains l'attendent.

Un montage ad hoc. Le montage de la chaîne de commandement pourrait être assez original pour une opération militaire et plus proche de ce qui se fait pour les missions civiles. La relative simplicité opérationnelle de la mission ne nécessite pas, en effet, de mettre en place tout le dispositif habituel des opérations militaires, lourd et inadéquat, pour ce type de mission (OHQ, FHQ...). Il n’y a, en effet, pas de déploiement opérationnel, ni de check point ni de patrouilles. En Ouganda, la menace militaire est limitée et le risque s'il n'est pas nul est faible. Ensuite, si certaines questions logistiques peuvent se poser, elles ne sont pas de l’ordre de celles posées au Tchad.

Une chaîne de commandement ramassée
. Parmi les solutions existantes, on peut activer un des 5 OHQ existant au plan national (Paris, Rome, Postdam, Northwood, Larissa). Solution qui semble difficile : « Cela coûterait plus cher, prendrait du temps et serait un peu démesuré par rapport à la conduite de la mission » explique un officier. La seule solution, peu couteuse et rapide, serait d’adjoindre l’OHQ à Northwood. « Cela aurait une logique dans la continuité de l’opération Atalanta. » Mais les deux opérations sont en fait très différentes. Et Northwood paraît bien loin du terrain. Une autre solution est d’activer l’OHQ de l’État-Major. « Cela aurait une logique si on veut permettre d’assurer le lien avec la Commission européenne », et conforter l’approche globale, « elle a l'avantage de pouvoir être mise en place rapidement - quelques officiers de plus à l'Etat-Major, et elle n’est peu chère ». Mais... On sait que cette solution se heurte toujours à un veto politique de plusieurs Etats membres (Royaume-Uni en tête). La dernière solution envisagée n’existe pas dans les concepts existants mais elle a pour l'instant la faveur des responsables européens. Ce serait une solution ad hoc. Il n’y aurait qu’un chef de mission (et non pas un commandant d’opération et un commandant de force). Il pourrait être basé soit sur place en Ouganda, soit plutôt à Nairobi – près de l’Union africaine, et du commandement de l'Amisom, ce qui serait très logique -, quitte à faire des déplacements à Bruxelles ou vers le centre de formation en Ouganda. Quant au noyau de commandement nécessaire, il serait lui aussi, assez ramassé, d’une vingtaine de personnes.


Une formation en tandem avec l'Amisom.
La coopération avec l’AMISOM doit encore être affinée. Mais l’idée serait d’impliquer les Africains, en leur confiant soit certains modules de formation (ce qui serait le plus facile), soit de les associer aux modules existants.


Une coopération "logistique" avec les Américains
. Les Etats-Unis pourraient non pas être associé comme un pays tiers mais coopérer étroitement avec l'opération. Les Américains sont, en effet, déjà présents en Ouganda, Ils ont « déjà assuré des formations (NB : plus ou moins directement et officiellement), ils peuvent fournir des équipements, des armes, et également des moyens logistiques aériens pour amener les Somaliens en Ouganda ou les ramener sur le terrain. » m’a ainsi expliqué un diplomate européen. Pour les Européens, cette coopération est importante non seulement en termes logistiques — elle permet d'aller plus vite dans la planification — mais «
c'est aussi, et surtout, un geste politique. Après les Russes au Tchad, les Américains en Ouganda. »

Un coût modique
. L
’opération devrait coûter environ 14 millions d’euros (à rapporter aux 3 millions qu’a coûtés l’opération française à Djibouti). Ce qui est on ne peut plus modique (l'opération en mer coûte un million d'euros par jour en moyenne). Elle aurait une durée d’un an. 
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Afrique Est - Somalie Ouganda
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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 23:26
Finalement, tout est allé très vite. Beaucoup plus vite que tous ce que les commentateurs avaient écrit au préalable. Le dîner des chefs d'Etat et de gouvernement n’était pas encore commencé que déjà les premières informations tombaient. Les 27 avaient adoubé le Premier Ministre belge, Herman van Rompuy, comme le premier président permanent des Sommets européens, pour deux ans et demi. Et, fait plus inattendu, ils nommaient la Britannique, la Baroness Catherine Ashton - une inconnue sur la scène internationale -, comme le premier Ministre des Affaires étrangères de l’UE. Un homme, une femme : la parité était respectée.

En fait, tout avait été bouclé quelques heures avant le dîner. Les principaux leaders européens s’étaient rencontrés en fin d’après-midi dans leurs partis respectifs : socialistes pour les uns, - chrétiens-démocrates pour les autres. Puis différentes « bilatérales » avaient été organisées, de façon informelle, entre les chefs d’État et de gouvernement pour solder un accord. Du coup, les 27 ont eu deux heures pour déguster, sans se fâcher, une « composition forestière parfumée à la truffe blanche » et un bar de ligne aux écailles grillés aux épices douces.
Deux heures consacrées à fixer les futures règles du « club » des chefs d’État et de gouvernement avec le futur président.

Le Belge Van Rompuy, qui assurera la présidence du conseil européen, durant deux ans et demi, en revanche, n’a pas attendu longtemps pour affirmer sa personnalité. Sa détermination comme son humour ont séduit, diplomates comme journalistes. A la question d'un journaliste: "A qui Obama doit-il téléphoner maintenant ? désignant les 4 personnalités autour de la table, il a répondu "j'attends son appel". En même temps, prudent et honnête, il a dévié la réponse sur l'adhésion de la Turquie par exemple expliquant que "mon avis ne compte pas. Je suis là pour favoriser le compromis".

L'homme conquiert la salle de presse. Nicolas Sarkozy avait prévenu : « Je le connais bien. Vous serez surpris. C’est une des plus fortes personnalités à la table du Conseil. » Au vu de la première prestation du personnage, ce n’est pas faux. L’Europe a un nouveau visage. Celui-ci n’est pas une star de cinéma. Mais il représente bien ce que l’Europe peut apporter : sens politique, respect des valeurs et humour. On pouvait avoir un doute de savoir qui du président du Conseil européen ou du Haut représentant serait le visage principal de l'Europe à l'extérieur, au vu de cette première soirée, c'est indéniablement Van Rompuy, le président du Conseil européen qui l'a emporté...
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Europe pouvoir - Traité de Lisbonne
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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 22:49
La nouvelle a surpris les journalistes habitués aux combinaisons les plus complexes. Finalement il n'aura pas fallu beaucoup de temps aux 27 pour tomber d'accord. Ce sera bien un Britannique qui occupera le poste de Haut Représentant. Enfin plutôt... une ! Parité oblige. Catherine Ashton (53 ans) devrait ainsi succéder à Javier Solana. Quant au poste de président du Conseil européen, le premier président permanent des Sommets européens, il est dévolu au Premier ministre Belge, Herman van Rompuy. Un homme, une femme : la parité est respectée...

Une inconnue de la politique étrangère. Depuis 2008, la Baroness Catherine Ashton of Upholland est membre de la Commission européenne chargée du Commerce, où elle a succédé à Peter Mandelson. Ce qui lui a donné l'occasion de travailler sur tous les dossiers OMC et de tisser de nombreux liens internationaux. En revanche, elle n'a aucune expérience des affaires militaires, de défense et de sécurité comme de gestion de crise. Mais ses proches assurent que c'était la même chose quand elle a pris en charge les questions du commerce. « Elle apprend vite ». On verra... Auparavant, à Londres, elle a surtout exercé des activités dans le domaine social et de l'éducation. En 2007, elle avait été nommée par Gordon Brown à son cabinet comme leader de la Chambre de lords et "Lord president of the Council". Elle a notamment mené la bataille pour la ratification du Traité de Lisbonne. Elle est mariée avec Peter Kellner, ancien journaliste au Sunday Times, Independent et Evening Standard et aujourd'hui gourou des sondages (avec la société Yougov).

Pourquoi l'as-t-on choisie ? « C’est une question d'équilibre » a reconnu Nicolas Sarkozy, quand je lui ai posé la question « Nous avons intérêt à envoyer un signal aux Britanniques pour leur dire qu’ils sont en Europe, qu’ils comptent en Europe et qu’on a besoin d’eux. » Et puis, « c'est une femme, travailliste (donc socialiste). Elle a joué un rôle essentiel à la chambre des lords pour faire passer le traité de Lisbonne ». Et d'ajouter, histoire de justifier l'inconnue diplomatique de la personne «
Tous ses collègues de la Commission ont montré une femme tournée vers l’international, tournée vers l’Asie et la Corée du sud. Vous savez : c'est un choix complexe, il faut mettre d’accord chaque pays, trouver un équilibre politique, géographique. »

Remaniement à la Commission. Ashton devrait prendre ses fonctions : "dès le 1er décembre", a assuré un haut fonctionnaire de la Commission, comme Haut représentant et comme Vice-président de la commission chargée des relations extérieures. « Cela obligera à un remaniement. Ce qui est un peu complexe » a reconnu mon interlocuteur. Et, effectivement, ce schéma contredit un peu le premier plan mis au point par la présidence suédoise, prévoyant une entrée en vigueur par étapes. Dans le nouveau plan, la nouvelle Haut représentant sera tout de suite (au 1er décembre) commissaire en charge des relations extérieures (à la place de Benita Ferrero Waldner). Elle devrait ainsi assister au prochain conseil des Affaires étrangères à ce titre. Mais elle ne présidera ce conseil qu'à partir de janvier. La question est maintenant de faire un adieu à Solana qui n'a normalement plus à être présent dans un conseil ou un sommet européen. Celui de décembre pourrait en être l'opportunité.

Inquiète pour les auditions.
Une situation d'autant plus complexe que sa nomination - pour la partie commissaire - doit être avalisée par le Parlement européen. Les auditions sont prévues en janvier. Et apparemment, c'est la plus grosse inquiétude de la baroness. A ma question: quelle sera votre priorité internationale la plus importante, elle m'a répondu, entourée de dix gardes du corps (ce n'est pas très aisé pour dialoguer -:)) : « les auditions au Parlement européen, les auditions ». En tout cas, elle devra travailler un peu ses dossiers. Sa première prestation en salle de presse a été plutôt décevante, montrant une Haute représentante, ne maîtrisant pas les enjeux internationaux, et surtout la première étonnée de se retrouver là...
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans HautReprésentant-ServiceDiplomatique
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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 21:35
Les équipes navales d'Eunavfor Atalanta - l'opération européenne anti-piraterie - sont passées à l'action, ces deniers jours, contre les groupes pirates qui sévissent autour des Seychelles, a annoncé le QG d'Atalanta. Depuis mardi, l'avion de patrouille maritime d'Atalanta avait repéré plusieurs bateaux suspects aux alentours de 300 miles nautiques des Seychelles. La frégate grecque Adrias a été envoyée pour les intercepter et les neutraliser. Mercredi matin, des équipes d'abordage de l'Adrias interceptaient une équipe de 10 hommes à bord d'un bateau mère et deux skiffs pirates. Peu après, une autre équipe avec 5 pirates suspects, à bord d'un bateau mère et de skiffs était ensuite interceptée et neutralisée de la même manière. Les militaires grecs ont saisi tout l'équipement des pirates mais ont dû relâcher les suspects. Aucun acte délictueux ne pouvant leur être reproché directement. "Il n'y a pas de relation avec un bateau attaqué ou un autre" m'a expliqué un expert du dossier.
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Piraterie Golfe d'Aden - Océan Indien
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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 14:47
Plusieurs femmes européennes (députées, commissaires) revendiquent que l'Europe de demain ne soit pas uniquement masculine et qu'une (ou deux) femmes puissent figurer dans le tiercé de tête. Une revendication juste. Mais je dirai un peu juste.

Le problème n'est pas, en effet, d'avoir une ou deux femmes parmi les leaders de l'Europe ou avec des portefeuilles à la Commission européenne, bien en vue.
Remarquons au passage que cette Europe qui veut afficher le principe de non-discrimination haut et fort compte aucun homme ou femme issu de l'immigration (même en prenant très largement et en descendant au niveau des directeurs généraux ou directeurs généraux adjoints, je ne sais pas si on peut en trouver plus d'un).
C'est une question de processus et de procédure qui me semble peu démocratique, mais surtout d'un autre âge.

Une question de légitimité. Dans un article que j'ai publié aujourd'hui dans Ouest-France Sylvie Goulard, députée européenne (Modem), et présidente du mouvement européen, l'explique fort bien :
« On passe de la diplomatie à la démocratie, d’un système où les jeux d'ombre régnaient en maîtres, où il n’y avait pas de candidatures, et où il s'agissait surtout de ne pas faire perdre la face à celui qui n'était pas retenu -. Et on essaie d’y mettre de la démocratie. Ce n'est pas facile, les gouvernants ne lâchent pas le morceau. L'évolution est nécessaire. C'est une question de légitimité. »  Au-delà des femmes et des représentants des minorités, c'est donc l'ensemble du processus de désignation qu'il faut revoir. Et pour cela, il n'y a aucunement de modifier le traité, mais de modifier la pratique. Sylvie Goulard propose : « un débat, télévisé pourquoi pas, et que chaque candidat envoit une lettre pour exposer ses visions ». Pour ma part, je dirai : ca ne suffit pas. Il faut aller plus loin.

Garder la procédure, changer le processus. Les Etats membres ne devraient pas proposer un seul candidat pour le poste de commissaire. Mais au moins deux, un homme, une femme. Et au terme d'un débat devant la représentation démocratique, le Parlement européen, le choix serait fait, par les gouvernants, comme c'est mentionné dans le Traité, avec l'assentiment du président de la Commission européenne. Le mode de désignation resterait ainsi aux mains des gouvernants, formellement. Mais ils ne seraient plus aussi libres qu'aujourd'hui. Après les auditions, il y aurait une pression publique et des opinions politiques qui pourraient s'exprimer. C'est à ce prix que la démocratie européenne pourra progresser.

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Europe pouvoir - Traité de Lisbonne
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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 23:19

A l’image de la politique extérieure, dont elle constitue un des attributs, la politique de défense - quasi-inexistante dans les premiers traités - a désormais une place notable. Au passage, elle gagne l’attribut « commun » : la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) devient la « politique de sécurité et de défense commune » (PeSDC ou CDSP en anglais) (1).


Les rédacteurs du nouveau Traité ont cependant pris soin d’encadrer la politique de défense afin qu’elle ne déborde pas sur les compétences nationales. Les différences substantielles de visions des États membres et de leurs capacités militaires expliquent cette série de dispositions.

• Le processus décisionnel en matière de politique de défense reste entièrement soumis à la règle du vote à l’unanimité. Et l’adoption d’actes législatifs est exclue (article 24 du Traité sur l’UE - TUE).

• Aucune possibilité d’évolution vers la majorité qualifiée n’est prévue (article 333 du Traité sur le fonctionnement de l’UE - TFUE).

• Dans le même esprit, la Cour de justice de l’Union européenne n’est pas compétente (article 24 TUE et article 275 TFUE).


Le Traité mentionne aussi à plusieurs reprises de nombreuses réserves sur le caractère spécifique de la politique de défense de certains Etats membres (les pays neutres notamment), ainsi que la nécessité de préserver l'autonomie de l’OTAN (demande britannique notamment) ou de ne pas donner davantage de pouvoirs à l'Union européenne.

Il a ainsi été précisé que : • « La politique de l'Union au sens de la présente section n'affecte pas le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de certains États membres, elle respecte les obligations découlant du traité de l'Atlantique Nord pour certains États membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et elle est compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans ce cadre. » (article 42 § 2)

• « Les dispositions régissant la politique commune en matière de sécurité et de défense ne préjugent pas de la nature spécifique de la politique de sécurité et de défense des États membres. L’UE et ses États membres demeureront liés par les dispositions de la Charte des Nations unies et, en particulier, par la responsabilité première incombant au Conseil de sécurité et à ses États membres d’assurer le maintien de la paix et de la sécurité internationales » (Déclaration N° 13).

• « Les dispositions concernant la politique étrangère et de sécurité commune, y compris pour ce qui est du Haut Représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité ainsi que du service pour l'action extérieure, (1) n'affecteront pas la base juridique existante, les responsabilités ni les compétences de chaque État membre en ce qui concerne l'élaboration et la conduite de sa politique étrangère, son service diplomatique national, ses relations avec les pays tiers et sa participation à des organisations internationales, y compris l'appartenance d'un État membre au Conseil de sécurité des Nations unies ; (2) ne confèrent pas de nouveaux pouvoirs à la Commission de prendre l'initiative de décisions ni n'accroissent le rôle du Parlement européen ; (3) sont sans préjudice du caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense des États membres. » (Déclaration n° 14)

Mais l’ambition réitérée est d’avoir « une définition progressive d’une politique de défense commune qui peut conduire à une défense commune » (article 24 TUE). Le passage à la défense commune est décidé par le Conseil européen, à l’unanimité ; il recommande alors aux États membres d’adopter une décision, selon leurs propres règles constitutionnelles nationales (article 42 § 2 TUE).

Une politique un peu plus offensive.

Les missions de la PeSDC ont été sensiblement élargies par rapport au mandat donné dans les précédents traités (en souligné les ajouts) : « les actions conjointes en matière de désarmement, les missions humanitaires et d'évacuation, les missions de conseil et d'assistance en matière militaire, les missions de prévention des conflits et de maintien de la paix, les missions de forces de combat pour la gestion des crises, y compris les missions de rétablissement de la paix et les opérations de stabilisation à la fin des conflits. Toutes ces missions peuvent contribuer à la lutte contre le terrorisme, y compris par le soutien apporté à des pays tiers pour combattre le terrorisme sur leur territoire. » On peut le voir, toutes les missions nouvelles, traduisent les évolutions de ces dernières années : du terrorisme internationalisé (2001 et 2004) et les interventions en Irak ou en Afghanistan. Indéniablement, la PeSDC entend couvrir un champ un peu plus offensif.


(1) Le texte français du Traité de Lisbonne contient à une ou reprises, la mention "politique commune de défense et de sécurité", cette appellation ne semble pas exacte, du moins pas conforme aux autres mentions dans la même version française et aux autres versions (notamment anglaise) du texte.

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Défense UE (droit doctrine politique)
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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 12:06
Les 27 ministres des Affaires étrangères ont réaffirmé, mardi, leur « détermination à apporter une importante contribution à la réforme de la police afghane ». « Le renforcement des services de police et du secteur de l'Etat de droit en Afghanistan est primordial pour promouvoir la stabilité et la sécurité dans le pays » ont-ils ajouté. Mais au-delà des paroles, les actes semblent moins conséquents. L'effectif de la mission européenne de police EUPOL Afghanistan se remplit lentement, très lentement. La dernière conférence - organisée le 10 novembre - a permis d'atteindre un effectif (promis) de 320 personnes, contre environ 270 maintenant (NB : l'objectif a été fixé à 400 personnes en mai 2008 !). « C'est moins que ce que j’espérais - n'a pas caché Carl Bildt, le ministre suédois des Affaires étrangères qui présidait la réunion - mais nous avançons. »

Un nouvel appel. « Il importe au plus haut point que l'UE honore les engagements pris en faveur de la réforme des services de police afghans. Le Conseil a souligné qu'il importait que les Etats membres fournissent à la mission le personnel et les moyens logistiques dont elle a besoin (1) pour exécuter son mandat dans l'ensemble du pays » ont réaffirmé les 27, la main sur le coeur. Espérons que leurs collègues de l'Intérieur et des Finances (qui tiennent le porte-monnaie) entendront cet appel et que c'est la dernière fois que nous aurons à en parler ici !

Au plan organisationnel, les priorités d'Eupol ont été revues et groupées en six objectifs : le renseignement, la chaîne de commandement, de contrôle et de communication, les enquêtes judiciaires, la lutte contre la corruption, les liens entre police et parquet, la prise en compte de la question d'égalité des sexes. EUPOL s'est également doté d'une "cellule projets". Et son budget a été (légèrement) augmenté en conséquence. 

(1) Il manque notamment des moyens de transport, type hélicoptères ou avions, si l'on veut que la mission puisse sortir de Kaboul. Selon un policier européen, la mission a une efficacité dans la capitale afghane. Mais en dehors, dans les provinces, c'est une autre histoire...

(crédit photo : Conseil de l'Union européenne, Carl Bildt et Benita Ferrero Waldner, lors de la conférence de presse)
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Orient - Afghanistan-Pakistan
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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 11:48
Il y a des abonnés aux pirates. Et ceux-ci, décidément sont soit très mal informés, soit très entêtés, même un rien rancuniers... Ce matin, un peu avant 8 heures locales, le Maersk Alabama, navire danois battant pavillon américain a ainsi été attaqué, à 350 miles nautiques des côtes somaliennes (6° Nord, 54° Est). Les pirates ont utilisé des armes automatiques. Le détachement de protection embarqué a répliqué. L'avion de patrouille maritime basé à Djibouti est parti pour investiguer la zone, repérer les groupes de pirates et sécuriser la zone.

C'est la deuxième fois que ce navire, appartenant à Maersk Line Limited (1), est attaqué. La première avait été homérique puisqu'en avril dernier, il avait été capturé par les pirates, le capitaine avait accepté de rester à bord comme otage, avant d'être libéré au terme d'une intervention de l'armée américaine qui avait permis de capture un pirate et occasionné la mort de trois autres. Un pirate avait été arrêté et transféré aux Etats-Unis pour jugement.

(1) qui  assure le support et ravitaillement de l'armée américaine, voir
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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 01:29
Pierre Lellouche, fidèle à sa réputation, n'y est pas allé de main morte, lors de sa séance de debriefing aux journalistes après le conseil des Ministres des Affaires étrangères. Il a mis en cause l'absence de "stratégie européenne en Afghanistan", regrettant qu'on n'ait pas vraiment parlé entre eux.

Les Européens ne se parlent pas assez. « les Européens ne se parlent pas entre eux. Il n’y a pas de retour d’expérience. Les militaires français ne partagent pas sur le terrain avec les Belges ou les Allemands. On ne parle pas de stratégie politique, de développement économique. Pourtant il y a énormément d’argent européen (un milliard d'euros). Mais le seul ennui est qu’il n’est pas arrivé dans les villages où j’ai été : Les enfants malnutris le restent, la pauvreté est extrême. J’aimerai qu’on me dise où est passé l’argent, européen comme américain ? Il y a un vrai problème de la coordination de l’aide entre Européens, comme avec l’aide au Pakistan. Aujourd'hui, on est au pied du mur. Ce n’est pas le général McCrystal qui va résoudre la situation. Nous devons absolument parler d’Afghanistan entre nous. »

Le plus de l'UE. Pour le ministre, qui a été le représentant spécial français pour l'Afghanistan, l'Union européenne (UE) a cependant une carte à jouer : « Il y a un plus de l’UE : le civilo-militaire ; un savoir-faire : l'aide à la reconstruction d’un État. Le problème est le sous-développement, la misère des gens, la faim et famine l’hiver, le délabrement de la santé. C'est bien plus çà le problème qu’un problème militaire. On doit travailler plus efficacement : nous avons les ressources, l’Afghanistan a des besoins ; il faut que les Européens se prennent en main... »

(crédit photo : Conseil de l'Union européenne - Pierre Lellouche avec Javier Solana - le haut représentant, lors du Conseil)
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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 22:00
La proposition de la ministre espagnole de la Défense, Carmen Chacon, de blocus des ports pirates (pour être plus exact parlons plutôt de surveillance et chasse des pirates dans leurs ports) n'est pas vraiment sérieuse. Le ministre de la Défense français, Hervé Morin, l'a confirmé, aujourd'hui, expliquant même : nous avons déjà essayé et çà n'a pas marché.

De façon très diplomatique, le ministre a commencé, mezzo vocce : « J’ai entendu avec intérêt les propositions de Carmen Chacon. Tout ce qu’elle dit, je l’écoute avec beaucoup d’intérêt. Vous savez qu'Atalanta, c’est une initiative Française-Espagne. On a les mêmes positions sur tous les intérêts. »... Bref : je ne suis pas d'accord avec Carme Chacon mais je reste poli. Puis il n'a pu s'empêcher de préciser : « Vous savez, je n'ai pas eu l'occasion de le dire à Carme Chacon. Mais nous avons déjà testé le principe de prendre les pirates à la source, de reprérer les bateaux mères. Les Français directement et Atalanta l'ont fait pendant plusieurs semaines (1). Et… ça n’a pas donné les résultats que nous espérions. On s'est rendu compte de ce qu'on craignait, les pirates se déplacent. Car une base de pirates, c’est bien peu de choses.
C’est assez facile de déplacer une base nautique de pirates. » Cela clot le débat...

Une tactique politique habituelle. On peut se dire : mais les Espagnols sont-ils à ce point aussi peu informés ou peu professionnels ? Je ne ferai pas l'injure à Carme Chacon qui est suffisamment intelligente et bien entourée. En fait, c'est une bonne vieille tactique de négociation politique européenne qui fait courir tout le monde et marche à quasiment tous les coups. Quand un ministre ou un gouvernement est mis sous la pression au plan national sur un sujet, il envoie généralement la patate chaude au niveau européen, en calant sa demande soit sur un point qui a déjà été avalisé, soit un objectif irréalisable. Dans la première version, cela permet de dire : "
nous l'avons demandé, cela a été dur mais nous l'avons obtenu ; dans la deuxième version ce sera : "nous l'avons demandé, nous étions prêts à le faire mais, eux, ils ne veulent pas". Le résultat est, en général, garanti : soit, tout le monde a oublié la demande, et le sujet passe aux oubliettes, soit le ministre concerné ressort blanc comme la neige, victorieux dans les deux cas. En cas d'échec, c'est imparable : c'est la faute à Bruxelles. En bref, taux de réussite assuré.

(1) D'après les informations recueillies, la frégate française La Fayette et la frégate belge Louis-Marie ont été affectées en "mission de surveillance et de recueil de renseignement", le long des côtes somaliennes.
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Derrière les murs, la politique (européenne) des affaires étrangères (PESC), de sécurité et de défense commune (PeSDC) est décryptée. Stratégie, politique, gestion de crises, industrie ou transport aérien militaire, surveillance maritime et protection civile...Missions militaires et civiles de l'UE (Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Géorgie, Moldavie / Ukraine, Afghanistan, Irak, Palestine, Congo RDC, Guinée-Bissau, Haïti, Océan indien, Somalie, Tchad).

logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.