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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 12:20
(mis à jour après signature des accords) Les accords entre l'UE et les Seychelles devraient être signés, ce mardi, à Victoria, ai-je appris, en présence du ministre belge de la Défense, Pieter de Crem (1). C'est formellement le représentant britannique Matthew Forbes dans l'archipel qui a apposé sa signature au nom de l'UE à la Maison Queau de Quinssy, le siège du ministère des Affaires étrangères des Seychelles. Mais l'ambassadeur de France, Philippe Delacroix, était également présent. (La représentation de l'UE aux Seychelles est assurée alternativement par les deux ambassadeurs présents, le Britannique et le Français). Du coté seychellois, c'est Joel Morgan, le ministre de l'Environnement et des Ressources naturelles (en charge de la piraterie) qui a signé le texte.

« L'effet de dissuasion d'arrestation des pirates et de leur traduction en justice est vitale si nous voulons mettre ce problème (de la piraterie) sous contrôle » a expliqué Matthew Forbe. « Certains pourraient dire qu'il y a des risques pour les Seychelles de travailler avec la communauté internationale mais il est absolument clair que ce pays est déjà une cible pour ces attaques et qu'il doit combattre cette résurgence pour protéger sa population et son économie. Ensemble nous pouvons faire la différence » a-t-il ajouté (2) . « Un accord qui est un instrument pour renforcer notre capacité dans cette lutte contre la résurgence de la piraterie » a commenté de son coté Joel Morgan.

Ces accords vont effectivement permettre, d'une part, de formaliser la présence de forces européennes dans l'archipel (lire le Sofa), d'autre part, de permettre l'éventuel transfert de suspects pour être jugés par la justice seychelloise (lire l'accord provisoire de transfert sous forme d'échange de lettres). Il autorise « l'usage de la force par les militaires européens. en haute mer comme dans les eaux territoriales, archipélagiques et intérieures des Seychelles, y compris le droit d'arrêter et de détenir des personnes ». Le bureau de l'Attorney-General de Victoria a d'ailleurs publié une série de directives permettant d'établir quel type de preuve est nécessaire pour pouvoir juger les pirates aux Seychelles (c'est ce type de preuves et le non-respect des procédures qui avait obligé à la libération de 11 pirates suspectés dans l'attaque contre le Drennec et le Glénan début octobre). L'usage des drones US - et leurs capacités de prise d'image - va aussi permettre d'assortir le dossier des éléments photographiques ou vidéo nécessaires.

(1) Le ministre de la Défense belge était en visite dans l'archipel à la fois pour rendre visite à l'équipage de la frégate belge, Louise-Marie, qui était en escale et signer avec ses homologues seychellois un MoU (memorandum of understanding) permettant une coopération accrue entre la Belgique et les Seychelles, notamment pour la formation des forces de sécurité de l'archipel. Cela devrait permettre à des officiers seychellois de venir se former en Belgique, explique-t-on dans l'entourage du ministre belge.

(2) « T
his is an important moment in cooperation between EUNAVFOR and the Seychelles. The EU is determined to fight piracy in the Indian Ocean and recognizes that the Seychelles has a vital role to play. The deterrent effect of capturing pirates and bringing them to justice is crucial if we are to bring this problem under control. There are those that would say there are risks to the Seychelles in working with the international community but is absolutely clear that this country is already a target for these attacks and it must stand with its friends and fight this scourge to protect its people and its economy. Together we can make a difference. »
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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 07:18
L’Union européenne va signer un accord avec la Russie permettant d’échanger des informations classifiées (NB : le sommet avec la Russie a lieu le 18 novembre). Engagé il y a six ans — en novembre 2003, le Conseil autorisait le Haut représentant à engager des négociations , le processus de négociation a mis plusieurs années avant d’aboutir. Un texte avait finalement été mis au point juste... avant l’été 2008. Mais la guerre russo-géorgienne en a repoussé la signature.

C'est le FSB, le service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie qui est chargé de "coordonner les actions menées en vue de la mise en oeuvre" de l'accord, coté russe ; la direction de la sécurité de la Commission européenne (responsable : le commissaire Kallas) et le bureau de sécurité du Conseil, coté européen. Fait notable : la langue russe est utilisée comme « langue faisant foi » avec la langue anglaise. Télécharger l'accord
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Défense UE (droit doctrine politique)
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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 23:55
La déclaration commune que viennent de signer les responsables Français et Polonais, à Paris le 5 novembre, mérite qu'on s'y arrête cinq minutes. Sans avoir l'emphase ni l'instant de la déclaration de Saint-Malo, signée il y a dix ans entre Français et Britanniques, elle marque assurément une étape. Le prochain couple de la défense européenne pourrait-il être franco-polonais, aussi sûrement que le moteur franco-allemand en matière économique ?

Des engagements politiques

Une profession de foi. La déclaration est d'abord une profession de foi dans l'Europe de la Défense :
« La France et la Pologne ont pris l’engagement d’aider l’Europe à accroître ses capacités de défense. (...) Une défense européenne plus forte intégrée à la PCSD (1) est également essentielle pour renforcer l’OTAN et le rôle des Européens au sein de l’Alliance. (...) Nous considérons que la PCSD et l’OTAN sont complémentaires et se renforcent mutuellement. »

Un embryon de la coopération structurée permanente ? Elle ressemble d'ailleurs d'assez près aux engagements requis des participants à une Coopération structurée permanente (même si le nom n'est jamais mentionné). « Nous sommes confrontés à des défis similaires et nous les relèverons ensemble. Nous nous engageons à développer nos capacités militaires et civiles et à prendre part aux opérations menées par l’UE et l’OTAN. »

La clause de solidarité réitérée. « Toute menace contre les intérêts fondamentaux de sécurité de l’un de nos deux pays portera atteinte aux intérêts de l’autre pays. La France et la Pologne sont déterminées à unir leurs efforts pour renforcer la solidarité et les obligations mutuelles en matière de défense conformément au Traité de Washington. Nous mettrons également en oeuvre les engagements de sécurité que nous avons pris dans le cadre du Traité de Lisbonne. »

Une présidence polonaise en 2011 un peu française ... aussi ! La déclaration institue une continuité entre les deux présidences. efforts poursuivis en 2008 lors de la présidence française de l'UE. « La Présidence française de l’UE a engagé le renforcement de la PESD. La Présidence polonaise de l’UE en 2011 poursuivra ce processus qui sera encore consolidé par les dispositions du Traité de Lisbonne. La France soutiendra les efforts déployés par la Pologne pour permettre à l’UE et à ses États membres d’assumer pleinement leur rôle dans la sécurité européenne, transatlantique et mondiale. »


Une série d'initiatives européennes, bilatérales et euro-atlantiques

Les deux partenaires listent une série d'initiatives qu'ils envisagent de renforcer, tant au nivau européen que de l'Alliance atlantique ou de façon bilatérale.

Au niveau européen, six points semblent à retenir :

- Le maritime : « Utilisation des moyens militaires pour projeter une puissance maritime européenne de lutte contre les trafics, le terrorisme, la prolifération, l’immigration illégale et la piraterie ».

- la révision du financement des opérations de l'UE. « Renforcement de la solidarité financière entre les États membres de l’UE pour permettre de déployer des contingents plus importants ».

- la coopération industrielle : « recherche ensemble de nouveaux programmes dans le cadre de l’Agence européenne de défense et mise en œuvre des programmes déjà développés (déminage maritime, drones de surveillance, protection des forces et radio logiciel) ». Les Français et Polonais semblent particulièrement intéressés à mettre en place trois programmes : « la lotte européenne de transport aérien, le programme d’observation par satellites MUSIS, la disponibilité des hélicoptères pour les opérations menées par l’UE et l’OTAN ».

- la mise en commun : « En ce qui concerne les acquisitions d’équipements, développement de solutions innovantes reposant sur le partage et la mise en commun des ressources ».

- les acquisitions : « acquisitions conjointes et spécialisation, en particulier en termes de soutien opérationnel ».

- le QG européen : « le renforcement de la capacité de l’UE à planifier et conduire des opérations civiles et militaires ».


Au niveau bilatéral, outre l'échange d'officiers, la coopération s'articule essentiellement autour de trois projets :

- l'un opérationnel : « renforcer la coopération entre les forces spéciales, en encourageant l’accès mutuel à nos programmes de formation » ;

- les deux autres industriels : un partenariat industriel réunissant les principaux acteurs de la défense aérienne (le français MBDA, les polonais RADWAR, PIT et BUMAR) et un partenariat industriel stratégique entre le Français DCNS et les chantiers navals polonais SMW « afin de moderniser les capacités navales ». En outre, la Pologne prend note du projet français de développer un système européen d’alerte avancée pour la détection des tirs de missiles.


Au niveau de l'OTAN, les objectifs s'articulent entre la modernisation de l'Alliance atlantique — « Transformer l’OTAN pour la rendre plus efficace, moins coûteuse et mieux adaptée à la défense collective et aux nouveaux défis à relever en matière de sécurité » — ; garder son efficacité « Préserver la posture de dissuasion de l’Alliance, y compris dans sa dimension nucléaire  » ; et « la politique de la porte ouverte de l’OTAN » notamment vis-à-vis de la Russie par « une coopération pragmatique là où nos intérêts de sécurité convergent ».

 

(1) La déclaration utilise le terme de Politique commune de sécurité et de défense en se référant au Traité de Lisbonne. Mais si mes souvenirs sont bons (j'ai vérifié au passage), le terme exact est "Politique de sécurité et de défense commune" (NB : il est vrai que le Traité de Lisbonne - lui-même s'emmêle les pinceaux ayant interverti à deux reprises l'adjectif !). Ce n'est pas qu'une question de mots, c'est une question assez politique. L'UE a une politique commune de la pêche, des transports, agricole, de l'asile et de l'immigration, elle n'a pas encore de politique commune de défense. En revanche, elle a une politique de défense commune (pour assurer la défense en commun - c'est un peu différent.


Télécharger la déclaration commune.
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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 20:13
C'est le général autrichien, Bernhard Bair, qui devrait prendre le commandement le 4 décembre prochain de l'opération militaire européenne (Eufor Althea) en Bosnie-Herzégovine, en remplacement du général italien Stefano Castagnotto, en poste depuis décembre dernier. (La nomination va être avalisée au Comité politique et de sécurité du 11 novembre).

Agé de 53 ans, le Major-général Bernhard Bair dirige actuellement le Commandement des Opérations de soutien de l'armée autrichienne depuis 2002. A ce titre, il a en charge la logistique, l'entretien, le transport et le dispositif de santé militaire. Originaire du Tyrol, il vient de Zams, après avoir suivi la formation d'officier d'Etat-Major de la Theresianischen Militärakademie de
Wiener Neustadt de 1985 à 1988, il a suivi la formation d'Etat-Major à l'Académie militaire nationale de Vienne. Il a occupé divers fonctions de commandement, notamment comme chef d'état-major de la 4ème Panzergrenadierbrigade ou comme commandant militaire adjoint du Tyrol. Mais c'est surtout sa fonction d'ancien attaché de défense en Croatie et en Bosnie-Herzégovine qui sera utile pour ce nouveau poste.

A noter : Le commandement de l'opération est assuré par le commandant adjoint du Shape de l'Otan, l'opération Althea étant placée sous le commandement de l'OTAN, dans le cadre des accords "Berlin Plus" (c'est la seule des opérations de l'UE à être ainsi placée dans ce cadre).
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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 18:42
C'est loin, très loin des côtes somaliennes que le BW Lion, battant pavillon de Hong Kong et opéré par une société de Singapour, a été attaqué par les pirates, lundi en début de matinée (vers 8h30 Zoulou, 12h30 locales).

Ce pétrolier
, jaugeant 160.000 tonnes et de 330 mètres de long, un mastodonte (!), a, en effet, été attaqué par deux skiffs pirates en plein Océan indien : à plus de 1000 miles nautiques à l'est de Mogadiscio (la capitale somalienne) et à 400 miles nautiques au nord-est des Seychelles (01° sud, 61° est) ! C'est la plus longue distance jamais enregistrée pour une attaque de pirates au large des côtes somaliennes, selon le QG d'Atalanta (à ce tarif, on est bientôt plus près des Maldives, voire de l'Inde que de la Somalie!). Cela semble accréditer l'idée que les pirates disposent d'une base, fixe ou mobile (voire des deux), quelque part dans un ilôt de l'Océan indien (lire: Autour des Seychelles : base et renseignement, nerf de guerre des pirates).

Des tirs d'armes automatiques et des roquettes (de RPG) ont été utilisées par les pirates. Le capitaine du navire marchand a pratiqué des manoeuvres d'évitement. Un des avions de patrouille maritime luxembourgeois, basés aux Seychelles, ainsi que la frégate française Floréal ont été envoyés sur place pour repérer les activités de pirates dans la zone.
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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 15:18
Après discussion et évaluation, les 7 pirates suspects arrêtés, après l'attaque du thonier breton Cap Saint Vincent, par la frégate allemande Karlsruhe, fin octobre, ont finalement été transférés au Kenya, ce lundi vers 12h30, pour y être jugés, apprend-on simultanément du QG d'Atalanta.

La France (Etat des victimes) ainsi que l'Allemagne (Etat du pavillon qui a pris les suspects) ont ainsi dénié leur compétence, préférant une solution "locale" pour le jugement des suspects. La solution de transfert dans un pays de la région à celle de transfert en Europe est préférable - explique un expert international du dossier ; les Somali sont dans un pays où la culture n'est pas totalement différente du leur, ils sont aussi plus proches de leur famille qui peut les visiter.

(crédit photo : Bundeswehr)
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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 23:40
La contribution européenne d'assistance à l'entraînement des forces de sécurité somaliennes de l'UE se précise.  Ce sera une opération militaire - à mandat non exécutif - menée par l'UE (et non pas une mission civile comme au Congo). Un document de travail a été présenté par le groupe politico-militaire et discuté lors du dernier Comité militaire de l'UE. Et l'objectif est que les Ministres des Affaires étrangères et de la Défense, réunis à Bruxelles les 16 et 17 novembre prochain, approuvent non pas l'action commune (cela paraît un peu rapide), mais au moins le principe stratégique.

Première phase : 2000 soldats. L'objectif est de former « rapidement environ 2000 soldats », a précisé à la presse le général Bentegeat,
après sa dernière intervention au comité militaire de l'UE. « Un chiffre qui n'est pas sorti de notre chapeau mais a été demandé par les Nations-Unies ». Si la plupart des pays se montrent désormais volontaristes, et certains points déjà résolus, trois grandes questions se posent ainsi

1ère question : où former les soldats ? Trois endroits ont été évoqués : Djibouti, Ouganda, Kenya.
Mais l'endroit exact « reste à définir ». Chacun a des avantages et inconvénients. A Djibouti comme au Kenya, il est plus facile de trouver des personnes parlant le Somali. Mais cela est plus délicat au plan géopolitique (avec un risque de déstabilisation de ces pays, surtout à Djibouti). A Kampala (Ouganda), l'avantage est d'avoir une base plus sûre, où sont aussi formés les soldats de l'Amisom.

2e question : comment seront-ils réintégrés ? La réintégration et le paiement des salaires notamment posent question aux militaires. « Comment ces soldats seront-ils réintégrés ? Et surtout, comment seront-ils fidélisés ? Il faut éviter de former des gens qui vont ensuite se retourner contre le gouvernement somalien » explique, en effet, le général Bentegeat.

3e question : comment les payer et qui les paiera ? Plusieurs options pour financer les salaires ont été évoqués. « Des moyens à la fois internes et externes ». On sait que le budget européen ne peut permettre de financer ces salaires : « il n'est pas question pour la Commission d'assurer le paiement de soldats nationaux », affirme un de ses responsables. La même impossibilité existe du coté de l'Union africaine, au moins directement. Il est aussi difficile de fournir l'argent directement au gouvernement somalien, avec le risque d'évaporation et « de ne pas voir finalement les soldats payés, et surtout l'impossibilité d'assurer un contrôle » explique un expert du dossier. Le financement est une chose, le contrôle de la destination en est une autre.
La mise en place d'un "trust fund" alimenté par plusieurs pays, sous contrôle de l'Union africaine, assisté par l'Union européenne, pourrait ainsi être une hypothèse de travail.

L'UE ne sera pas seule. « Le leadership de l'opération restera (d'ailleurs) sous couvert des Nations-Unies ». Ce qui semble signifier qu'il faudra obtenir une résolution du Conseil de sécurité. Les résolutions existantes ne permettant pas de couvrir cette activité. L'UE ne sera pas toute seule :
« D'autres organisations (l'Union africaine particulièrement) et d'autres pays (Etats-Unis notamment mais la Russie aussi est intéressée) seront associés » a précisé le général Bentegeat.
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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 21:40

Depuis la capture du thonier basque Alakrana par les pirates, la polémique est toujours aussi vive en Espagne. Et l'opération européenne de lutte anti-piraterie Atalanta n'échappe pas à la critique. C'est un véritable tir groupé auxquels se viennent de se livrer les partis politiques espagnols. Chacun — que ce soit le gouvernement (socialiste) ou l'opposition (parti populaire) — soulignant qu'Atalanta n'est pas suffisamment efficace, soit parce qu'elle ne protège pas suffisamment les bateaux de pêche, soit parce que sa stratégie n'est pas adaptée et qu'elle doit davantage se concentrer sur le blocage des ports de pêche.
 

Deux propositions espagnoles pour faire évoluer Atalanta


Atalanta doit être étendue aux navires de pêche. Carmen Fraga (PP), qui préside la commission de la pêche du Parlement européen (1), a ainsi demandé, lors d'une audition sur la piraterie mercredi à Bruxelles, que les gouvernements de l'UE étendent l'opération Atalanta pour protéger les bateaux de pêche présents dans l'Océan indien. La députée européenne
a critiqué le mandat actuel d'Atalanta qui « ne prend pas en compte les risques subis par les navires de pêche européens dans les eaux internationales de l'Océan indien ». Si le mandat d'Atalanta est de « protéger les navires vulnérables », l'opération européenne « a surtout protégé les navires marchands, plutôt que les navires de pêche, en se focalisant davantage sur le Golfe d’Aden et pas sur les zones de pêche » indique-t-elle.

La députée a également mis en valeur le contraste qui existe dans la protection entre les pêcheurs espagnols et français :
« Tandis que la France a opté pour embarquer des troupes militaires à bord des navires de pêche, les autres comme l'Espagne ont seulement l'autorisation d'avoir une sécurité privée sur les bateaux ». Une option criticable selon elle. « Ce n'est pas seulement un problème de coût. Mais un problème de responsabilité, par exemple, en cas de morts durant une attaque » a-t-elle souligné. Une option approuvée par le secteur de la pêche. Pour les pêcheurs, la meilleure option est la force militaire « mieux entraînée pour ce type d'évènement et qui suivent un protocole très précis d'action. Le risque avec l'autre solution (les privés) serait de voir l'émergence de véritables cowboys de la mer » 

La stratégie doit changer : il faut bloquer les ports des pirates
. Le gouvernement espagnol (PS) pourrait proposer à ses partenaires européens un changement de stratégie dans l'opération de lutte anti-piraterie, selon le quotidien El Mundo. L'idée serait ainsi d'élaborer un "plan pour bloquer les ports somaliens" d'où partent les skiffs de pirates. Selon des sources au ministère espagnol de la Défense, la stratégie actuelle avec des navires et aéronefs en Haut mer n'est pas "assez efficace" pour prévenir les attaques sur les navires. Et il serait plus "opérationnel de concentrer le gros des forces en empêchant les criminels d'aller vers le large".

NB : S'il n'y a pas de blocage des ports (ce qui semble assez peu réaliste), les navires européens d'Atalanta patrouillent régulièrement très près des côtes somaliennes, soit à des fins de contrôle d'embarcation, soit à des fins de renseignement.
Ainsi quand la frégate belge Louise-Marie est descendue de Djibouti vers le Kenya, fin octobre, elle est passée tout près des côtes somaliennes et de plusieurs ports principaux des pirates à "des fins de renseignement". Une action que le QG d'Atalanta programme d'ailleurs régulièrement, semble-t-il, comme me l'avait confié un expert du dossier, « dès qu'un navire en a l'occasion, il effectue ce type de mission ». Une mission qui n'est pas sans risque d'accrochage. C'est au cours d'une de ses patrouilles que des échanges de coup de feux entre des suspects qui allaient être contrôlés et la frégate norvégienne ont eu lieu.

Commentaire : le manque de consensus national en Espagne

Un degré de violence rarement atteint. Il est étonnant de voir le débat en Espagne atteindre ce degré de violence. Il y a quelques semaines, le leader du parti populaire (opposition), Mariano Rajoy avait même accusé le gouvernement « d’être un véritable danger pour les pêcheurs » et exigé des mesures de sécurité accrues afin que « cette tragédie ne se répète pas »Rarement, un pays ne se sera autant déchiré publiquement alors que certains de ses concitoyens sont pris en otages et même menacés directement de mort (2). Dans la péninsule ibérique, il n'y a pas cette sorte de trêve, d'unité nationale qui s'observe dans la plupart des pays européens, en France particulièrement, en cas de mise en danger de citoyens.

L'appel au calme des Galiciens. Récemment, dans une
interview à El Pais, le président de la Galice (d'où proviennent 8 des pêcheurs retenus en otage sur l'Alakrana), Alberto Núñez Feijóo, pourtant lui aussi de l'opposition PP, a d'ailleurs appelé au calme : « Si le gouvernement a tort, ce n'est pas le moment de le dire. Pour l'instant, il nous mettre ensemble pour résoudre cette grave situation. »

Une proposition : transférer les suspects détenus en Espagne, en Somalie. Le Galicien a d'ailleurs proposé une solution face à la détention des deux pirates en Espagne, permettant de "détendre l'atmosphère". Il a ainsi demandé d'étudier « le transfert en Somalie ou dans un pays proche, les deux suspects pour être jugés, comme le permet l'article 23 de la loi d'organisation judiciaire ».

(1) Députée européenne depuis 1994, Carmen Fraga a également été Secrétaire générale de la pêche au ministère espagnol de l'Agriculture (2002 à 2004).

(2) Les trois pêcheurs espagnols qu'avaient emmenés les pirates à terre, en menaçant de les exécuter si leurs deux collègues détenus en Espagne n'étaient pas libérés, ont rejoint le navire, a annoncé Miguel Angel Moratinos, le ministre espagnol des Affaires étrangères.

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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 08:00

On l'a appris à l'occasion du point hebdomadaire des forces armés belges. La frégate belge "Louise-Marie", engagée dans l'opération européenne de lutte anti-piraterie "Atalanta", a intercepté en début de semaine, quatre "pêcheurs" somaliens à bord d'une embarcation suspecte. Une équipe d'abordage du "Louise Marie" est montée à bord de cette embarcation qui avait un problème moteur. Les quatre personnes à bord affirmaient être des pêcheurs. Mais aucun matériel de pêche n'a été découvert à bord. Les quatre suspects ont été embarquées à bord du "Louise-Marie", puis relâchées mardi. Aucune preuve supplémentaire ne pouvant leur être imputée permettant de les traduire en justice. Ils ont été "déposés à terre par l'hélicoptère Alouette III de la frégate", selon le porte-parole de l'armée belge.

 

La visite d'embarcation suspecte est un acte de "routine". Selon le journal de bord de la frégate, une dizaine de visites de skiffs suspects ont eu lieu au cours du mois de septembre.

crédit photo : composante marine de l'armée belge


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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 00:56
L'armée britannique - et son nouveau chef d'Etat major, General Sir David Richards - étudie un retrait partiel en Afghanistan. Ou plutôt un repli sur les villes les plus importantes de la province de Helmand, en abandonnant notamment certaines bases, comme Now Zad ou Musa Qala reconquise sur le Talibans en 2007 au prix de lourdes pertes. L'information est parue dans le Sunday times, ce week-end. Et elle devrait faire du bruit. Elle marquerait ainsi une inflexion très nette de la stratégie des Occidentaux dans le pays. De fait, celle-ci reprendrait en partie la stratégie suivie par les Soviétiques. Comme l'explique un officier supérieur au journal : « Nous devons concentrer nos efforts sur quelques zones géographiques. Nous devons sélectionner quelques zones à tenir et faire le job convenablement ». Ce recentrage a été, plus ou moins, confirmé officiellement par le ministre de la Défense, Bob Ainsworth au Sunday Times. Sans vouloir s'étendre sur les détails du plan, il a expliqué qu'il fallait se concentrer sur « les zones entre Gereshk et Lashkar Gah » où vivent la plupart des habitants.

Le gouvernement a-il le choix ? Deux Britanniques sur trois pensent désormais que cette guerre est "non-gagnable". Le débat continue d'être intense outre-Manche. Dernièrement, c'était l'ancien ministre de Tony Blair pour le Moyen-Orient, l'Afghanistan et l'Asie du sud (de 2005 à 2008) et actuel président du comité parlementaire sur le renseignement, Kim Howells, qui demandait un débat sur le retrait total des troupes d'Afghanistan. Le Premier ministre lui-même, Gordon Brown, a récemment souligné qu'il n'était pas disposé à risquer de ses soldats pour un gouvernement (il visait Karzai) qui ne parvient pas à résoudre la corruption.

La crédibilité de l'OTAN et de l'armée UK en jeu. Dans un document de l'Etat-major intitulé "Strategy for Defence"  - que s'est procuré le journal - le chef d'Etat-Major Jock Stirrup avertit cependant du risque d'un retrait anticipé et souligne l'importance de la mission de l'ISAF :  “The International Security Assistance Force mission is of critical importance to the security of British citizens and the UK’s national interest, including the credibility of Nato, and to the reputation and long-term future of the Armed Forces”.

(Crédit photo : armée britannique, "Un Marine du 42e Commando Royal Marines en protection de la base Musa Qala")
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.