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17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 10:00
Dans une interview publiée sur le site de la MONUC, le général Gaye précise trois points qui me semblent importants :

1) Oui l'arrivée de troupes multinationales est bienvenue (sous entendu une force européenne autonome). "Si la présence des forces multinationales est un signe de l’engagement supplémentaire de la communauté internationale, c’est extrêmement positif. Il est clair que si les forces multinationales peuvent très rapidement venir et servir de force intérimaire avant l’arrivée du renforcement des troupes de la MONUC, c’est également très positif. Si les forces multinationales peuvent venir avec un mandat qui leur permet d’opérer en parfaite coordination avec la MONUC et si leur présence contribue à stabiliser la situation, elles sont les bienvenues."

Et le général Gaye de détailler également les besoins précis auxquels doit faire la MONUC et qui pourrait servir de ligne directrice pour une intervention a minima des Européens :

• le problème d’infrastructure est une "une première contrainte et un premier défi". Le Nord Kivu n'a pas beaucoup d’aéroports. "Or il faut toujours des aérodromes puisqu’il n’y a pas toujours l’accessibilité par la route. Par exemple, la route qui va actuellement de Goma à Mushake n’est plus utilisable du fait des pluies malgré tout le travail qui a été fait par la compagnie sud-africaine de génie".

• la mobilité. "Il faut pouvoir être présent, choisir des positions à partir desquelles on peut rapidement intervenir là où il faut remplir la mission de protection des populations. C’est clair que ces troupes sont les bienvenues, surtout qu’il est prévu qu’elles soient accompagnées d’une certaine mobilité aérienne, et de ce point de vue je pense que cela apportera beaucoup à nos troupes qui sont au Nord Kivu".
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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 16:14
Nicolas Sarkozy, cloturant le sommet européen des 11 et 12 décembre, a été très clair sur l'opportunité d'une opération européenne au Congo. Refusant d'y voir un "échec" de la politique de défense européenne, ainsi que je l'avais apostrophé, il a répondu, plutôt gêné aux entournures, trouvant toutes les justifications pour ne pas enclencher une opération européenne :

« 1) En RDC, il y a 17 000 soldats de l’Onu, l’opération la plus importante de l’ONU. Et apparemment seulement 800 servent. Alors est-ce qu’avec 3000 de plus, on résoudra la question ? » « Il y a peut-être aussi des problèmes d’organisation et pas seulement de nombre. 2) L’Angola est prêt à s’engager, sous couvert de l’Onu. Ne vaut-il donc mieux pas engager des forces régionales que des forces européennes ? » a ajouté le président faisant référence explicite aux reproches qui étaient nés lors de l’opération au Tchad. Et d'ajouter ce qui parait être le fil de sa pensée : « On ne peut pas tout faire. On ne peut pas être toujours partout. Il y a des limites. » a-t-il précisé. Avant de se reprendre :  « Mais on ne veut pas rien faire. « S’il s’agit d’aider par un pont aérien, pour des vivres ou une opération humanitaire », pourquoi pas a-t-il semblé dire. (*)

NB : le président français et le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, seront au Congo début janvier pour rencontrer les principaux protagonistes de la région.

Un propos qui semble refléter le contenu de la discussion
qui a duré environ 3/4 heures au diner des ministres des Affaires étrangères le soir du 11 décembre. Chaque Etat a semble-t-il posé des questions sur la situation en ne s'engageant pas vraiment plus. En gros, peu d'évolution par rapport au débat lors du Conseil des Affaires étrangères du 8 décembre. Plusieurs ministres ont semblé interloqués par les rapports contradictoires qui semblent remonter sur le terrain, sur la réalité de la situation humanitaire, et également sur l'état de la MONUC. "On reçoit tellement de rapports de la Monuc, sur son renforcement, la logistique..., qu'on n'a pas une vue claire de ce qu’est la Monuc. Personne ne sait nous dire exactement dans quel état est la Monuc" confirme Karel de Gucht, le ministre belge des Affaires étrangères. Chacun "ressent qu’il faudrait faire quelque chose mais nous ne savons pas quoi (faire)". On se dit qu’on ne peut pas refuser d’intervenir, "ça ne serait pas sérieux, ce serait une honte". Mais ensuite quand on passe à la faisabilité, "qui et comment envoyer des troupes"... ca devient plus difficile, très difficile.

Il est vrai que la présence de Louis Michel dans la région n'a pas vraiment aidé à la clarté du débat, contrairement à ce qu'on aurait pu en attendre. Mais a plutôt ajouté à la confusion... "Quand on a un commissaire qui explique sur place qu'il n'y a pas vraiment de besoin d'une intervention militaire", c'est encore plus difficile pour comprendre ce qui est vraiment nécessaire, précise un connaisseur du dossier.

---
(*) Texte intégral de Nicolas Sarkozy

Sur la question du Congo. Je veux d’ailleurs rendre hommage à tout ce qu’a fait Bernard
KOUCHNER en la matière. Le problème, ce n’est pas du tout que l’Europe ne veut pas y prendre sa
part, l’Europe est prête à y prendre sa part. Je fais deux remarques. La première, c’est qu’à l’heure
actuelle, en RDC, il y a 17 000 soldats de l’ONU, que c’est la plus importante opération onusienne. Je
suis désolé, quand il y a déjà 17 000 soldats et que l’on m’explique qu’il n’y en a que 800 qui servent,
je me demande si c’est nécessaire d’en envoyer 3 000 de plus, avec 17 000 ! Première remarque. C’est
une question.

Deuxième remarque. On met RDC, Rwanda, Angola. J’ai eu moi-même au téléphone le Président
DOS SANTOS qui est un acteur régional, qui m’a dit : « l’armée angolaise, dont vous connaissez
l’efficacité, est prête à s’engager pour la paix à condition que ce soit sous mandat ONU. Question que
je pose : « est-ce que, par souci d’efficacité, il vaut mieux, s’il y a besoin de renforts - je rappelle qu’il
y a 84 aéronefs là-bas -, est-ce qu’il ne vaut pas mieux faire appel d’abord à des forces régionales,
quasiment prêtes, installées, qu’à des forces européennes ?

Dernier point. S’agissant des forces européennes, on est au Tchad. Maintenant, après m’être battu pour
que l’on soit, avec Bernard KOUCHNER, au Tchad pour stabiliser cette région du monde, avec le
Darfour à côté où tout le monde nous a dit : c’est une nouvelle opération entre guillemets « France-
Afrique » de la France. Je ne vois pas comment on pourrait nous reprocher de ne pas vouloir être
présents en RDC.

Enfin, s’il s’agit d’aider par un pont aérien pour des vivres, de l’humanitaire, pourquoi pas ? Et puis, si
vous voulez que j’aille au bout de ma pensée, il faudra un jour que l’on discute de la présence des
armées françaises, par exemple en Côte d’Ivoire, où j’attends avec grande impatience les élections ;
que nous redéployons aux soldats au service de la paix dans d’autres régions d’Afrique où d’ailleurs,
on connaît nos responsabilités. Nous ne pouvons pas tout faire. Je l’ai dit au Secrétaire général BAN
Ki-Moon, il le fait d’ailleurs. C’est un homme que je soutiens et que j’apprécie. Il y a peut-être des
problèmes d’organisation et pas simplement des problèmes de quantité ou de nombre.

Dire cela ce n’est pas se désintéresser de la RDC où d’ailleurs nous avons prévu avec Bernard
KOUCHNER de nous rendre en janvier 2009 et j’aurai l’occasion d’en dire plus. Ce n’est vraiment
pas un désintérêt. J’ai eu le Président KAGAME, le Président KABILA, le Président DOS SANTOS.
Bernard y est allé. On essaye de trouver la meilleure solution. On ne peut pas non plus être partout,
toujours, sans limite. Et surtout, peut-être y-a-t-il des endroits où il n’y a pas un soldat de l’ONU. Y
aller là où il y a 17 000 soldats de l’ONU…Entre cela et ne rien faire, il y a un équilibre que l’on est
en train de trouver. On ne veut pas ne rien faire.
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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 22:20
Javier Solana a présenté aux ministres des affaires étrangères quatre options pour l'intervention au Congo pour répondre à la demande expresse et précise du secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki Moon. Maintenant, il reviendra aux ambassadeurs du Comité de politique et de sécurité (COPS) d'élaborer des éléments de réponse plus circonstanciés, le plus vite possible, d'ici la fin de semaine. Et sinon au moins avant Noël. Au besoin on rajoutera des réunions, ajoute un diplomate.

Deux sont pleinement européennes et nécessitent un accord des 26 (le Danemark ne participe pas aux décision des opérations militaires) :

- déclenchement d'un battlegroup (groupement tactique) : C'est l'option naturellement évidente. Car c'est le concept même de battlegroup a été conçu... sur le modèle du Congo. 1500 hommes déployables rapidement dans la dizaine de jours, pour une mission courte (environ 4 mois), dans un rayon de 6000 kms. Deux sont en alerte chaque semestre. Un franco-allemand et un britannique jusqu'à fin 2008. Vu les positions allemande et britannique, cette option paraît exclue pour l'instant. En revanche, cela pourrait rester ouvert au premier semestre 2009 : avec la présence des battlegroup emmené l'un par l'Italie, l'autre par la Grèce (voir la liste des battlegroup). La sous-option de ne prendre que quelques éléments du battlegroup paraît difficilement jouable selon les militaires.

- génération de force : dispositif classique de la mise en place d'une force européenne. Il parait exclu - pour l'instant - pour deux principes, l'opposition de principe allemande et britannique. La lenteur du dispositif. Sauf pression particulière, de l'opinion publique, et disponibilité (cf. l'opération Somalie contre les pirates), ce dispositif est difficile, délicat à monter en puissance. Ce qui ne correspond pas à la demande de Ban Ki Moon.

Deux peuvent s'articuler de manière plus souple puisqu'elles associent des moyens européens, mais de façon non intégrée. Ce qui a l'avantage de permettre la mise en place d'une réponse plus ou moins, européenne, rapidement en contournant le veto de quelques Etats membres. Mais le résultat n'est pas très satisfaisant en matière de politique intégrée de défense.

- force multinationale (MNF) : c'est une force européenne ad hoc, avec éventuellement d'autres moyens. On prend les pays volontaires pour une opération, quelques pays tiers. Et on invente un nouveau format d'opération, à la manière des coalitions ad hoc montées au large de l'Arabie saoudite (coalition maritime TF 150) ou de la coalition en Afghanistan première génération. C'est tourner de fait le dos à tout ce qui a fait la valeur de la PESD. Une force intégrée, avec un financement solidaire.

- concours bilatéral (au besoin multiples) : chaque Etat ou institution concourt comme il le souhaite au renfort de la MONUC. La Belgique et les Pays-Bas apportent déjà un soutien aérien. Les Britanniques - par le biais de la coopération - ont loué des avions de transport humanitaire. L'Union européenne apporte un concours du centre satellitaire. La Commission européenne également dans son budget de 50 millions a affecté certaines ressources à l'affretement d'avions pour le transport d'aide humanitaire.

Une dernière option pourrait de combiner certains éléments : du bilatéral avec un battlegroup.

Le Haut représentant de l'UE, Javier Solana, sera dès ce lundi 15 décembre, à New York, et des conversations en marge de la réunion du Quartete pourraient avoir lieu.
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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 10:00
Le Congo sera l'invité surprise de ce sommet européen. Les Belges sont en effet bien décidés à repartir à l'attaque. Karel de Gucht l'a répété devant la chambre des députés, le 10 décembre.

Le coup de ciseau est bien coordonné. Même si sur le plan politique interne les deux hommes ne s'entendent guère, Karel de Gucht et Louis Michel, chacun à leur manière, sont bien décidés à faire entendre raison à leurs homologues européens. A Karel de Gucht, ministre des Affaires étrangères, qui sera présent au Sommet européen, le soin "d'animer" le dîner des Ministres, en mettant la question du Congo sur la table. A Louis Michel, commissaire européen au développement et à l'action humanitaire, qui est justement en déplacement (un hasard!) ce jeudi à Kigali (Rwanda) et Goma (Congo RDC), d'alerter sur la situation humanitaire. Et elle n'est pas très glorieuse... pour l'Europe (lire plus loin). 

De Gucht accuse. Devant la commission Affaires Etrangères / défense de la chambre des députés, le ministre belge des Affaires étrangères a mis chacun face à ses responsabilités. L'Allemagne, le Royaume-Uni, la France en ont pris pour leurs grades (ce qui confirme les informations parues sur ce blog) : "La Grande-Bretagne dit ne pas disposer de troupes. Elle est pourtant actuellement à la tête d’un Battle Group. Cela signifie que celui-ci n’existe que sur papier, ce qui n’est pas le but. J’ai également été étonné de la position adoptée par l’Allemagne après mon entretien avec mon homologue allemand qui avait fait état de l’impossibilité d’obtenir un vote positif pour l’envoi de troupes au Congo immédiatement après avoir décidé d’une mobilisation supplémentaire en Afghanistan. Il faut peut-être en chercher la raison dans la différence d’appréciation qui peut exister entre un Secrétaire d’État, haut fonctionnaire reflétant davantage la position de l’administration, et un ministre. Quant à M. Kouchner, il dit que l’on ne peut pas répondre négativement au Secrétaire général mais tout le monde sait que son président y est opposé."  Faut-il un autre commentaire !

Le moment est bien choisi. On se rappelle que Solana a promis de rendre le rapport demandé par le Conseil des Affaires étrangères, le 8 décembre, d'ici la fin de semaine. Avec des éléments de réponse circonstanciés, assure-t-on au Conseil. En fait, les éléments de réponse existent déjà en partie, coté des groupes de travail (lire premiers éléments de réponse). Et c'est au COPS (mardi, mercredi ou/et vendredi) que le contenu de ce "rapport" va être évalué politiquement, en dégageant des lignes de force sur l'éventualité d'une mission. Tout dépendra alors des résultats du Conseil européen. Pour Karel De Gucht l'issue ne fait aucun doute "A un moment donné, l'Europe enverra une mission dans la région, étant donné qu'aucune solution politique n'interviendra sur place. (...) L'Europe ne pourra continuer à ignorer la demande d'intervention formulée par l'ONU. Cela aurait une incidence politique majeure sur la position de l'UE au sein de la communauté internationale." (lire le compte rendu de la commission)

Quelle force ? Les Belges sont prêts à fournir une bonne partie de la force (*), avec une contribution en "matière de transport aérien, d’instruction et de renseignement". Soit environ 400-500 hommes, selon le ministre de la défense belge, Pieter De Crem. Le complément pourrait être fourni par les Finlandais, Suédois, voire Irlandais (avec un soutien logistique espagnol ? et français ??). On arriverait ainsi à une force d'un millier d'hommes. Ce qui est un peu léger mais peut être suffisant pour une mission limitée : par exemple, protéger l'aéroport de Goma et effectuer quelques missions de sécurisation dans la ville (voire sur quelques autres axes).

Le Hiatus financier. Envoyer un homme revient à 100 000 euros par an, selon Pieter de Crem. Soit pour 400 ou 500 hommes, sur 4 mois, environ 17 millions d'euros. Or cette intervention "n'a pas été prévue dans le budget 2009 de la Défense" avertit de Crem " des moyens supplémentaires devront le cas échéant être libérés". C'est, en fait, le même problème dans tous les pays. Les finances. C'est pourquoi il est vital que les partenaires (allemands, britanniques...) disent "oui" à une opération PESD (même s'ils n'y participent pas directement), cela débloquerait le mécanisme "Athena" de financement commun - au moins sur une certaine partie des dépenses (Etat-major, moyens logistiques, de renseignement...). Autre problème : coté allemand, ils rechignent à faire - à nouveau ! un chèque (pour le Tchad, la contribution allemande est de l'ordre de 20 millions d'euros). Une autre option pourrait venir des Nations-Unies - qui indemnise les Etats-membres qui lui fournissent des troupes. Après tout la demande vient des NU et vise à pallier - pour une durée temporaire - au renforcement de la MONUC...

Une mission sous présidence tchèque ? Ce serait le moindre des paradoxes. La république Tchèque qui prend la présidence au 1er janvier, dont son président et le parti au pouvoir (ODS) ne cachent pas leur eurosceptiscime, et qui n'est pas vraiment un farouche militant de l'Europe de Défense... (lire un entretien avec un porte-parole de la défense tchèque) aura pour responsabilité de conduire l'Europe au Congo. Quelle claque pour la présidence française !

(*) Pour l'envoi des troupes, il faut l'accord du Parlement belge (nécessaire pour l'envoi dans les anciennes colonies). Lors du débat à la chambre le ministre des Affaires étrangères a d'ailleurs convenu qu'un accord du Parlement devrait etre nécessaire pour l'envoi de "toutes" les missions militaires.

Au Congo, la situation des droits de l'homme est grave.

Ce n'est pas une ONG qui parle. Mais très officiellement l'ONU. Plus précisément. Todd Howland, représentant du Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l'Homme et directeur de la division de droits de l'Homme de la MONUC : « Je peux dire que la situation est grave, très grave. Il y a violation systématique des droits de l’homme. Ça peut être le droit économique, le droit d’intégrité physique ». Cas de tortures, viols, droits des détenus non respectés, le bilan est peu glorieux. Et personne n'est là pour rattraper l'autre : "Le CNDP (rebelles de N'Kunda), les Maï-Maï, les FDLR, les FARDC (armée "régulière" du Congo), la PNC, sont autant d’acteurs qui s’illustrent dans ces violations dans cette province, a-t-il relevé. (Lire ou écouter sur Radio Okapi)

Un véritable pogrom ? Le mot est lourd de sens. Mais il a été prononcé. C'est Georges Dallemagne, député belge chrétien-démocrate, qui l'exprime : "les 4 et 5 novembre, dans la région de Kiwanja et de Rutshuru, un véritable pogrom a eu lieu en dehors de toute action de combat." Et, de fait, on ne peut pas dire que l'Europe soit surprise. Selon certaines estimations (ONGs, ONU), près de 4 millions de personnes sont mortes au Congo depuis 1994, et les violences à répétition. Et les femmes violées se comptent en dizaines de milliers...
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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 09:08
Ce n'est pas encore fait... Mais cela se prépare. Un officier de liaison des Etats-Unis pourrait être inclu dans la mission destiné à soutenir la réforme du secteur de la sécurité "Eusec" en République démocratique du Congo (ex-Zaire). Ce qui serait assez justifié vu l'absence de coordination des différents moyens internationaux dans ce pays (voir cette étude).

Ce serait la troisième participation américaine. Les Américains sont déjà présents dans deux missions : Etat de droit "Eulex" au Kosovo (avec environ 80 policiers) et en Guinée.
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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 09:45
Du bout des lèvres, Javier Solana, le diplomate en chef de l'UE, a reconnu avoir reçu la lettre de Ban Ki Moon, le secrétaire général de l'Onu (voir la lettre), demandant l'intervention des Européens en République démocratique du Congo (RDC, ex Zaïre), avant les renforts à la MONUC. Les 27 ministres des Affaires étrangères, réunis hier à Bruxelles, avaient (encore) le sujet "Congo" à leur ordre du jour au déjeuner. Le "déjeuner est toujours réservé aux questions difficiles" commente un diplomate.

Les Européens sont bien embarrassés : Comment répondre poliment "non" au secrétaire général de l'ONU ? C'est toute la problématique. Jusqu'ici la plupart des responsables politiques et diplomates européens se réfugiaient derrière des arguments dilatoires : "Il faut d'abord renforcer la MONUC"; "L'Onu n'a jamais rien demandé à l'UE"; "Nous n'avons pas reçu de demande formelle", etc. Maintenant, il est dificile de nier la demande. La lettre de Ban Ki Moon est très claire. Si la réponse est "non", ce serait la première fois, la seule, où l'UE refuserait une demande de l'ONU. Au moment où l'UE défend avec force le multilatéralisme, c'est illustrer toute la différence entre la parole et l'acte... "Si l’Europe – cette aventure politique et morale née de la guerre —, ne répond pas à cette interrogation, Alors qu’est-ce que l’Europe ?" s'indigne, justement, Bernard Kouchner (le ministre français des Affaires étrangères). "Mais malheureusement notre indignation n'est pas partagée par tous les autres pays", reconnaît-il aussitôt.

Les Européens sont bien divisés : si plusieurs pays emmenés par la Belgique (Espagne, Pays-Bas, Suède, Finlande, Irlande) se sont montrés indignés par la situation et pourraient souscrire à une demande du secrétaire général de l'ONU, au moins sur le principe, éventuellement en envoyant des troupes, il reste "plusieurs" réticences... pour parler diplomatiquement. Concrètement aucun grand pays (Allemagne, France, Royaume-Uni, Espagne) n'est d'accord pour diriger l'opération. Deux pays (Allemagne, Royaume-Uni) ont un veto, par principe, à l'envoi d'une mission de la PESD. Certains sont très réticents (comme le Portugal) estimant que cela pourrait créer une double chaine de commandement (MONUC et UE), nuisible. Un pays (France) est divisé en interne. Une majorité (pays d'Europe centrale notamment) reste silencieuse, particulièrement la Pologne (qui pourrait être le (seul) pays à même de conduire la mission).
- L'Allemagne reste opposée à tout. Même si elle ne pense pas participer à une mission PESD, elle devrait tout de même en financer une petite partie, donc obtenir un nouveau mandat du Bundestag... Et les souvenirs de la dernière mission au Congo des Allemands ne sont pas très glorieux, si on en croit certains témoignages  (1)
 - Le Royaume-Uni est plus que réticent, défendant des renforts individuels à l'Onu, et étant en "tension permanente" entre ses troupes en Irak (pas encore revenus) et en Afghanistan (en partance). Ca grogne sérieusement dans les rangs de l'armée britannique (plusieurs hauts gradés l'ont exprimé clairement ces derniers temps). Il n'est pas question d'ajouter une opération de plus...
- La France a une réponse est ambigüe et plutôt... multiple. L'approche interventionniste du ministre Kouchner est peu partagée, particulièrement au Ministère de la défense. Le ministre de la Défense, Hervé Morin, a - à plusieurs reprises - exprimé qu'il n'y avait pas nécessité d'une intervention autonome. Autre difficulté : la France continue d'avoir des relations difficiles avec le Rwanda voisin (dont ce n'est un secret pour personne qu'elle soutient la rebellion de N'kunda).
"- Seuls les Belges, en fait (en tant qu'ancienne puissance coloniale) sont plus sensibles à la question du Congo. Ils ont ainsi approché les Britanniques, les Français, les Espagnols... A chaque fois, la réponse a été "non merci", "pas maintenant", "nous sommes débordés". Le dernier espoir du ministre des Affaires étrangères belge, Karel de Gucht, repose sur les Italiens - qui vont diriger l'année prochaine un des battlegroups... Mais il ne peut être question

Quelle réponse ? les 27 ont donc finalement demandé à Javier Solana, le Haut représentant de l'UE pour la politique extérieure, de "préparer rapidement les éléments de réponses techniques, humanitaires et politiques". Une fomule difficile à trouver. Même utiliser le mot "militaire" a été difficile à prononcer pour les Européens : c'est "technique" m'a répondu, un brin ironique, Bernard Kouchner. Quant à l'étude, elle ne devrait pas durer longtemps. Ce devrait fait "avant la fin de la semaine" a précisé Javier Solana. Et d'expliquer en aparté : "Nous allons voir tous les moyens que nous pouvons fournir : renseignement (que nous fournissons déjà), transport. Voire une petite mission de sécurisation de l'aéroport de Goma". Mais sans vraiment d'espoir. La mission est difficile pour Solana : comment proposer le minimum de réponse en suscitant l'adhésion des Européens ? Une autre idée pour l'UE consisterait donc à renforcer ses deux missions civiles déjà présentes dans le pays "police" (Eupol) et "réforme de sécurité" (Eusec), éventuellement en l'étendant à d'autres tâches comme le désarmement.

Pourquoi cette réticence ? On ne peut s'empêcher de songer qu'au-delà des aspects techniques (disponibilité militaire), politique interne (mandat parlementaire, financement...), se cachent des intérêts géopolitiques. En intervenant, on limite la rebellion. En n'intervenant pas, en laissant la rebellion gagner, on fait pression sur le pouvoir central congolais, du président Kabila junior. On le contraint à certaines réformes, certains ajustements que jusqu'ici il s'est refusé à faire. Un haut diplomate européen n'a d'ailleurs pas caché qu'il fallait "faire pression" sur Kabila, pour qu'il accepte, enfin, une "réforme profonde du système de sécurité". On ne peut s'empêcher aussi de songer que certains Etats (Britanniques par exemple) ne défendent pas aussi certaines arrières-pensées. En "donnant" à la rebellion de facto, le pouvoir sur l'Est du Congo, on autorise une certaine autonomie (à défaut d'une certaine partition) du Congo. Une sorte de zone "tampon" entre le Rwanda (anglophone) et le Congo (francophone). La tentation de scission de l'ex-Zaïre n'en est pas à son premier essai...

Se poser la question de l'utilité des battlegroups ? Si les Européens n'interviennent pas... Il faudra se poser quelques questions sur le format des BattleGroups (les groupements tactiques d'intervention rapides). A quoi servent-ils ? Est-ce vraiment le format ? Ne sont-ils pas trop politisés ? Le ministre belge De Gucht a d'ailleurs ouvertement posé la question (après les Finlandais et les Suédois) : "Ca existe sur la papier. Mais quand on veut les utiliser... Ce sont des militaires de papier!". Il faut aussi remarquer le silence de l'Otan sur la question. L'Organisation atlantique, d'ordinaire prompte à se saisir de toute opération potentielle, est... condamnée à l'inaction en Afrique. Et sa NRF (force de réaction rapide) n'a également jamais été opérationnelle ni engagée. La question de son utilité mérite également d'être posée (voir précedent article).

(1) Ce sont "surtout les Français" qui ont assuré les premières reconnaissances, "nettoyant la ville, les Allemands restant sagement à l'hotel" précise un diplomate européen. La coordination entre les deux quartiers généraux d'opération à Potsdam (OHQ) et sur place (FHQ) "n'a pas été très efficace" reconnait un militaire. La présence de "deux nations-cadres a (plutôt) été source de complication", explique un document de "retour d'expérience" sur Eufor RDC.

Photo : Conseil de l'Union européenne
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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 06:56
C'est par une lettre officielle de 3 pages (télécharger ici), dûment argumentée, que Ban Ki Moon, le secrétaire de l'ONU, a demandé, très officiellement, l'intervention de l'UE. Certains diplomates européens, soucieux de dégonfler la demande, m'avaient suggéré qu'il n'y avait pas grand chose dans cette lettre. Elle mérite d'être lue. Après des contacts informels avec les Français, et surtout les Belges, qui n'ont pas produit leur effet (voir "mission intérimaire échec et mat ?") et après une conversation avec Louis Michel (le commissaire européen au développement), Ban Ki Moon prend sa plume - où on peut détecter quelque énervement devant l'atermoiement constant des Européens - pour dresser (à leur place ?), une vraie feuille de route de la mission qu'on pourrait intituler "Eufor Goma"...

Que dit-il ? :

1) La MONUC a entrepris une reconfiguration de ses forces pour augmenter sa présence à Goma et dans des cités clés du Nord Kivu.

2) Les renforts autorisés par la résolution 1843 mettront 4 mois à être déployés

3) Après la totale désintégration de l'armée nationale congolaise, la Monuc reste la seule force organisée dans la région

4) L'UE doit intervenir : "A ce stade, je suis persuadé que le déploiement immédiat d'une force multinationale (MNF), conduite par l'UE ou par des Etats membres de l'UE, pourrait fournir le complément nécessaire aux efforts de la MONUC"

5) Et de préciser : "cette force multinationale pourrait se concentrer sur deux objectifs : la sécurisation de la fourniture des besoins humanitaires au Nord Kivu, où 250 000 personnes ont été déplacées depuis le conflit de fin août, et protéger les civils menacés dans la province".

6) cette force opérerait "sous le chapitre 7" (de la charte de l'ONU - donc avec possibilité d'usage de la contrainte) et constituerait "de facto une réserve mobile pour renforcer la MONUC quand nécessaire".

7) le modèle de "déploiement serait l'opération Eufor Artemis", avec un "déploiement initial de 4 mois, sous commandement européen".

8) Cette force aurait comme "tâches spécifiques de protéger l'aéroport de Goma et les autres installations stratégiques de communication et du Gouvernement de la ville, de sécuriser les autres centres majeurs de population du Nord Kivu et de sécuriser les axes clés et routes de desserte autour de Goma. La mission intérimaire devrait avoir ses propres moyens aériens et capacité de renseignement et être capables d'intervenir simultanément dans plusieurs villes pour des actions de nature principalement humanitaire et défensive".

En conclusion, le secrétaire général de l'ONU appelle l'UE à engager des "consultations détaillées" avec le département des opérations de maintien de la paix de l'ONU (DPKO). Et, au-delà de l'impact immédiat sur les vies des plus vulnérables du peuple congolais", un déploiement rapide constituerait un message politique aux deux parties au conflit que la communauté internationale est déterminée à ne pas laisser une complète détérioration à l'est du Congo"... On ne peut être plus clair
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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 01:30
Une position belge teintée d'amertume

"Mon sentiment est qu’il n’est pas possible de monter une opération maintenant."
Karel de Gucht, le ministre des Affaires étrangères belge, l'a confié, avec un peu d'amertume, à quelques journalistes, mardi soir, après le traditionnel dîner entre membres européens de l'Otan. L'éventualité d'une mission intérimaire de l'UE a donc fait long feu... du moins pour l'instant. "Il y a un véritable drame humanitaire qui se produit au Congo" précise le Ministre belge. "Mais pas de possibilité d'intervention".

Pourquoi mourir pour le Congo? Le Ministre qui s'est entretenu avec ses homologues britannique (Miliband), néerlandais (Verhagen) et français (Kouchner) et devrait s'entretenir avec le suédois à Helsinki (Bildt) en est désormais convaincu. Aucun pays n'est prêt à assurer le "lead" de l'opération. "Il est clair que (même) la France n'est pas prête à prendre le lead de l'opération. Elle serait sans doute partie pour participer à une telle mission mais de façon limitée ou en soutien logistique". Et sans engagement d'une nation cadre, pas de mission. Une mission intérimaire de l'UE aurait, en effet, impliqué environ 2 à 3000 hommes. Beaucoup moins que ceux que les pays étaient prêts à engager. "Beaucoup de pays sont en surtension avec l'Afghanistan". Dans d'autres pays (l'Allemagne n'est pas citée, mais point besoin d'une grande enquête pour le savoir), l'attention pour le Congo est proche de 0, tant au niveau politique que médiatique, confie un diplomate.

Un soutien à la Monuc faute de mieux. Les Européens pourraient cependant fournir à la MONUC certaines fonctions de soutien comme le transport (C130 ou hélicoptères), les services de renseignement (des drones, bien utiles dans le Kivu,  et l’interprétation des données), ou une aide à la réforme de sécurité ("à condition qu'il y ait un engagement plus net de l’Etat congolais, pour le suivi"). Mais, pour la Belgique, "il n'est pas question de fournir de troupes au sol à la Monuc. Notre contribution aurait pu se faire uniquement dans le cadre de l'Union européenne" précise le Ministre, qui fera rapport à ses collègues du gouvernement fédéral dans un Kern (cabinet restreint) ce mercredi matin.

Une position française divisée sur l'opportunité d'intervenir

Avant tout envoi européen, la Monuc doit se réorganiser... Ce mardi après-midi, lors d'une séance à la commission des Affaires extérieures (Afet) du Parlement européen, le ministre français de la Défense, Hervé Morin avait scellé le sort d'une mission intérimaire en déniant toute velléité d'intervention (comme il l'avait déjà fait lors d'une interview précédente) et insisté sur la nécessaire réorganisation de la Monuc, sur plusieurs points essentiels :
1° La répartition des hommes. "Certains hommes de la Monuc sont actuellement sur Kinshasa. Où il ne se passe strictement rien. Cela me paraît normal que nous demandions d’abord à la Monuc - qui a 60 aéronefs et 16000 militaires - de se réorganiser, de mieux répartir ses troupes."
2° Le commandement et l’usage de la force. "Il y a un "problème de commandement et d'organisation. La Monuc intervient sous le chapitre VII des Nations-Unies et peut donc utiliser la force mais se retrouve à ne pas pouvoir l'utiliser car les pays fournissant des troupes ne le veulent pas. Il y a là une contradiction majeure. C’est à la Monuc de mettre en œuvre ses troupes conformément au mandat donné par des Nations-Unies."

Un hiatus gouvernemental. Sans ces deux mesures, préalables, le ministre français ne voit pas d'intervention européenne possible. "Il y a comme une contradiction à vouloir envoyer des forces pour en encadrer d’autres. On peut s’interroger sur la pertinence du dispositif." Maintenant, a-t-il reconnu, les Européens ont proposé leur aide pour faciliter l'assistance humanitaire. Et "la France a toujours indiqué qu’elle pouvait participer à la mise en œuvre du commandement, envoyer des cadres, pour la Monuc.
Apparemment entre Hervé (Morin) et Bernard (Kouchner), pourtant tous deux membres du même gouvernement, et tous deux fidèles de Nicolas Sarkozy, il y a comme une approche qui n'est pas tout à fait identique.

(Crédit Photos : (De Gucht) diplomatie belge - (Morin) Roland Pellegrino/ECPAD
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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 17:40

C'est désormais non pas la volonté de la France ou de la Belgique. Mais une demande quasi-officielle du secrétaire général des Nations-Unies aux pays de l'Union européenne. L'Union européenne doit envoyer une force "intérimaire" en république démocratique du Congo (RDC, l'ex-Zaïre) a demandé Ban-Ki-Moon, contactant plusieurs pays européens, notamment l'ancienne puissance coloniale (la Belgique) et la présidence de l'Union européenne (France).


Une concertation d'urgence. Du coup Bernard Kouchner s'est fendu d'un nouveau communiqué : "J'ai demandé qu'un nouvel exercice de concertation se tienne d'urgence à Bruxelles, notamment pour examiner les suites à donner à la demande des Nations unies". Le COPS examine cette question dès ce mardi. Les ministres des affaires étrangères pourront également en parler, directement, dans les couloirs de l'Otan, mardi et mercredi (réunion du Conseil atlantique). Le COPS se réunira à nouveau vendredi. Et les Ministres se retrouveront, cette fois-ci sous la bannière de l'Union européenne, lundi 8 décembre... 


Au pire, une coalition de bonnes volontés. L'idée est d'avoir entretemps, pendant "quatre à six mois, une opération proprement dite européenne sous commandement européen", a précisé ce week-end le ministre belge des Affaires étrangères, Karel de Gucht, à la RTBF, qui espère ainsi convaicre 3 ou 4 autres pays membres (*). Toute ressemblance bien sûr avec un battle group serait surranée ! A défaut d'une mission en tant que telle de l'UE, de Gucht préfère mettre en avant une "coalition de bonnes volontés". Mais, comme il l'avait confié à New York, il y a quelques jours, à quelques confrères, la Belgique est, en revanche, plus « réticente », à engager des troupes belges, dans son ancienne colonie, comme Casques bleus, en raison notamment de la structure de cette force onusienne et de ses règles d’engagement (les circonstances dans lesquelles les militaires peuvent faire usage de la force).


Ce sera la troisième tentative du couple franco-belge, uni pour l'occasion. Bernard Kouchner avait, le premier, avec les Belges, tiré la sonnette d'alarme, il y a quelques semaines, demandant l'intervention du battle group. En vain ( Lire "Je n'ai pas réussi à convaincre"). Les Français avaient tenté une deuxième tentative, en demandant aux Européens de s'engager dans un pont humanitaire. Nouvel échec (lire "la victoire de la vision britannique").


Saisissez la nuance... et tout le travail diplomatique qu'il y a derrière ! Après les appels de l'archevêque de Kinshasa, de députés du Nord-Kivu, des principales ONGs présentes et de 16 personnalités, tandis que la situation reste très tendue sur le terrain où la population est prise en otage du conflit, il sera difficile désormais aux Européens de laisser tomber le Congo ! D'autant qu'une difficulté supplémentaire est venue s'ajouter sur le renforcement de la Monuc. Le gouvernement de RDC a vertement fait savoir aux Nations-Unies qu'il ne voulait plus de forces indiennes dans l'est du pays. Or l'Inde est (avec le Malawi) un des seuls Etats à avoir promis des renforts... et que les preuves de crime de guerre s'accumulent.


Crimes de guerre. Comme l'a confirmé, vendredi, Jean-Baptiste Mattei, représentant de la France auprès des Nations unies à Genève et qui s'exprimait au nom de l'UE, précisant - lors d'une réunion d'urgence du Conseil des droits de l'homme de l'Onu consacrée au Congo, vendredi - que les deux camps procédaient à des exécutions et à des actes de torture dans la province du Nord-Kivu. Et Navi Pillay, haut commissaire de l'Onu pour les droits de l'homme, "a relevé une détérioration constante de la situation des droits de l'homme", ajoutant que les violences sexuelles de la part de soldats congolais semblaient augmenter "dans leurs formes les plus brutales".


(*) Selon mes informations, outre la France et la Belgique, les Pays-Bas et la Suède (éventuellement la Finlande) pourraient soutenir une telle initiative. L'idéal serait qu'un autre "grand pays de la défense (Allemagne, Italie, Espagne, Royaume-Uni) rejoigne ces "volontaires".

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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 00:01

Ils s'appellent Vaclav Havel ou Frederik Willem de Klerk, Joschka Fisher ou Mary Robinson, Jan Egeland ou Richard Goldstone, Desmond Tutu ou Njongo Ndungane, El Hassan bin Talal ou George Soros... Ils sont d'origine très diverses (république tchèque, Afrique du Sud, Allemagne, Irlande, Norvèg, Royaume-Uni, etc.) et nombre d'entre eux ont exercé des fonctions qui les ont amené à être au contact de la réalité du génocide (tribunal pénal pour l'e-Yougoslavie, mission de l'Onu pour le Rwanda, coordinateur pour les affaires humanitaires à l'Onu, etc.). Bref, ce sont des personnalités de premier plan - même s'ils n'exercent plus aujourdhui de fonction -. Et ils viennent de lancer un appel pressant aux autorités européennes pour qu'elles interviennent au Congo, que ses dirigeants de l'UE n'échappent pas à leur responsabilité, qu'ils s'engagent davantage dans une région. Certains Etats membres avaient souhaité cette solution, mais une grosse majorité n'était pas d'accord (lire "renfort au Congo"). Une lettre a ainsi été adressée aux 27 chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE ainsi qu'à Javier Solana, ce mercredi.


NB : Conformément aux désirs des signataires, je ne la publie qu'à minuit (heure fixée pour l'embargo).


Cet appel mérite un intérêt d'autant plus soutenu que le renforcement annoncé de la Monuc ne semble pas régler tout. Au contraire. La RDC vient en effet de refuser le renfort par des troupes indiennes de la Monuc (seul pays avec le Malawi à avoir annoncé des renforts substantiels terrestres). Il et a même demandé, le retrait des troupes de ce pays de la zone du Kivu, estimant que certains soldats sont impliqués dans des violences sexuelles. Problème : ce sont les Indiens qui disposent des hélicoptères d'attaque bien utiles à la Monuc...


Voici la lettre qu'ils ont adressé aux autorités européennes (en anglais):
 
Dear Head of State,
  As you will be aware, the situation in the Eastern DRC is a clear humanitarian catastrophe. The United Nations has already documented massacres, rape and the forced recruitment of children and the peacekeeping force on the ground is currently unable to protect the hundreds of thousands of civilians at risk.
  To those of us who have worked on such issues for some time, current events bring back painful memories of Rwanda and Srebrenica, mass atrocity crimes world leaders promised to prevent when they agreed at the World Summit in 2005 that they had a responsibility to protect populations from genocide, ethnic cleansing, war crimes and crimes against humanity.
  Of course, it is clear to all of us that only a political solution can bring an end to this crisis. We all strongly support an end to impunity; an army that protects it own civilians rather than preys on them and an inclusive political process.  It will be critical for President Olusegun Obasanjo in his role as Special Envoy to receive high level support over the coming months if it is to be successful.
  But it is also clear that the political track will take time to yield results and would suffer badly from any sudden destabilisation that could take place at any moment. While the UN has authorised an additional 3,000 troops it will likely take between three and six months to deploy them.  The Congolese people cannot wait.
  The UN Special Representative to the DRC has called for an interim force to deploy immediately to protect civilians and support the UN peacekeepers until reinforcements can arrive. It is increasingly clear that the EU is best placed – through its standing battle groups - to play this role and deploy now.
  We urge you to speedily agree to the temporary deployment of an EU force. In our view this would help protect the lives of hundreds of thousands of civilians currently at risk.
It needs your personal political leadership to make sure this happens and ensure ‘never again’ really means never again.
Yours,

 
Lloyd Axworthy, former Canadian Foreign Minister
Jorge Castaneda, former Mexican Secretary of Foreign Affairs
Lieutenant-General Roméo Dallaire (Retired), Canadian Senator and former Force Commander of the United Nations Assistance Mission to Rwanda
Vaclav Havel, writer and former President of the Czech Republic
Frederik Willem de Klerk, Nobel Peace Laureate and former President of South Africa
Jan Egeland, Director of the Norwegian Institute of International Affairs, former UN Undersecretary-General for Humanitarian Affairs and Emergency Relief Coordinator
Joschka Fisher, former German Foreign Minister and Vice Chancellor
Richard Goldstone, former Chief Prosecutor of the UN International Criminal Tribunals for the former Yugoslavia and for Rwanda.
Juan Mendez, President of the International Center for Transitional Justice, former Special Advisor to the Secretary General on the Prevention of Genocide
Mike Moore, former Director General of the World Trade Organisation, former Prime Minister of New Zealand
Archbishop Njongo Ndungane, former Anglican Archbishop of Cape Town
Bishop Monsengwo Pasinya Laurent, Head of the Catholic Church in Kinshasa
Mary Robinson, President of Realizing Rights, former President of Ireland and UN High Commissioner for Human Rights
George Soros, Chairman of the Open Society Institute
El Hassan bin Talal, Prince, Jordan
Archbishop Emeritus Desmond Tutu, Nobel Peace Laureate

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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.