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22 novembre 2008 6 22 /11 /novembre /2008 08:00

C'était la solution préférée de nombre d'Etats Européens : le renforcement de la force de l'Onu au Congo a été acté, jeudi au conseil de sécurité de l'ONU. Le Conseil de sécurité de l'ONU a en effet autorisé "l'augmentation temporaire des effectifs de la Monuc" : + 2785 pour le personnel militaire ; +  300 pour la police. Avec "autorisation de déploiement immédiat". Ce qui porte l'effectif à 20000 hommes (la Monuc a déjà 17000 hommes pour un territoire vaste. L'autorisation est donnée "jusqu'au 31 décembre 2008" (date de fin de mandat de la Monuc). Mais le Conseil de sécurité a - en effet - déjà indiqué qu'il "entend reconduire cette autorisation à l'occasion de la prorogation du mandat de la MONUC" ; la durée du séjour des forces supplémentaires "dépendra des conditions de sécurité dans les Kivus".


De meilleures règles d'engagement ? Les 15 membres du Conseil ont demandé que "la MONUC s'acquitte intégralement de son mandat, y compris au moyen de règles d'engagement robustes" Ils souhaitent également que la MONUC puisse "renforcer sa capacité de protéger les civils, reconfigurer sa structure et ses forces et les déployer au mieux". Une critique à peine voilée du problème que rencontrent au quotidien les soldats de la Monuc, pris entre deux feux (rebelles et forces permanentes) et deux séries d'ordre contradictoires (la mission de l'Onu et les ordres de leur capitale). Pour télécharger la résolution de l'ONU.


La position britannique préférée ? Le ministre britannique chargé de l’Afrique, de l’Asie et de l’Onu, Lord Malloch-Brown, avait clairement exprimé sa préférence, lors de sa visite à Kinshasa sur les ondes de Radio Okapi (radio congolaise soutenue par la Monuc - pour aller vite) : "La première priorité c’est d’abord la Monuc, la deuxième priorité ce sont des troupes régionales qui viendraient en appui à la Monuc, et nous pensons que la moins efficace de toutes ces options, serait le déploiement des troupes européennes". Il avait aussi précisé : "Nous pouvons automatiquement accepter le déploiement des troupes européennes à l’est de la RDC, si toutes les autres voies échouent. Nous n’avons pas exclu cette possibilité, c’est une option. Mais la différence entre un éventuel déploiement des troupes européennes et l’ancienne opération « Artémis », c’est que cette fois –ci aucune opération de ce genre n’a été préalablement préparée. Cela demande beaucoup de temps de préparation".


L'option franco-belge a échoué ? L'option préconisée par quelques Européens - plutôt isolés, France et Belgique, Suède dans une moindre mesure - de l'envoi d'une force européenne a donc échoué. Du moins pour l'instant. Force est de le reconnaître. Les Français sont cependant montés au créneau à deux reprises au niveau de l'UE. Mais ils n'ont pas réussi à convaincre comme le disait Bernard Kouchner. Malgré les demandes répétées des ONGs. Très vite, d'abord pour préconiser l'envoi d'un Battlegroup, option vite écartée du fait du veto Allemand d'un coté (un des battlegroup de permanence est franco-allemand) et des réticences opérationnelles britanniques de l'autre (le 2e battlegroup de permanence est britannique, mais les hommes qui le composent doivent repartir en Afghanistan et les envoyer risquait de compromettre ce calendrier). La possibilité de prendre une partie d'un battlegroup (et une partie de l'autre éventuellement) n'est pas possible techniquement (chaque battlegroup était prévu pour fonctionner en unité). Deuxième tentative (au Cops vendredi), l'idée d'un pont aérien Entebbe-Goma. Nouvel échec du moins dans l'immédiat.


Une action bilatérale coordonnée? La dernière option sur la table est ainsi une "action bilatérale" : chaque pays fait une proposition de ce qu'il peut offrir à l'Onu. En fait, comme d'habitude, il est de coutume dans les générations de force des opérations onusiennes. En d'autres termes, il n'y a pas d'action européenne ! Faute de mieux, cependant, certains pays cherchent à avoir réponse coordonnée (pour avoir un semblant d'action commune et aussi pour des raisons d'efficacité). A suivre...

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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 20:38
Pourquoi Entebbe ? Regardez une carte, Kinshasa "c'est un peu loin" (1500 km), Kigali "c'est proche mais irréaliste" politiquement s'entend, Entebbe "on connaît bien" explique un militaire. Alors ce devrait être à partir de la capitale ougandaise que les Européens pourraient mettre en place un "pont aérien" pour acheminer l'aide humanitaire nécessaire aux milliers de personnes déplacées et souffrant du conflit dans le Nord Kivu.  (NB : Entebbe est distant de Goma de 400 kms environ, environ 50 mns en Transall).
C'est d'ailleurs ce que conseille le "cluster logistique" des Nations-Unies aux organisations humanitaires : volez via Entebbe plutôt que Kinshasa "qui connaît des difficultés". Britanniques et Français pourraient donc prêter leurs concours aux Belges - qui assurent déjà, avec un Hercules C130, à partir de Kinshasa (1) une navette - aux avions d'UsAid (photo), de la coopération britannique (Dfid) et des Nations-Unies (Unhas) (2). Aux moyens militaires, pourraient aussi s'ajouter (ou les remplacer) des moyens affrétés auprès de compagnies. Mais il y a un impératif aéroportuaire important. Tous les avions ne peuvent atterrir à Goma... La coopération britannique a ainsi dirigé son aide vers Entebbe pour la réacheminer ensuite par des petits avions vers Goma. La souplesse d'un Transall ou d'un Hercules qui peut atterrir un peu n'importe où paraît donc irremplaçable...

Goma aéroport dangereux. L'aéroport de Goma est en effet connu pour sa piste raccourcie - 1800 m au lieu des 3 200 mètres d'origine - à cause d'une coulée de lave en 2002. Ce qui empêche les avions de ligne ordinaire (type DC 9, Boeing 727 ou 737...) de se poser. Enfin théoriquement. Car certains avions s'y posent encore, parfois au péril de la vie des passagers. Témoin l'accident, le 15 avril 2008, du DC 9 de la compagnie Hewa Bora qui s'était écrasé en bout de piste sur des habitations - bilan une quarantaine de morts. Le 26 mai dernier, c'était autour d'un avion Antonov 12 d'une compagnie privée (Grand lac business cargo) de rater son atterrissage, pour aboutir dans les murs de lave - sans trop de dégâts (1 blessé). En septembre 2007, un Antonov 12 (Galaxy corporation) s'enflamme à l'atterrissage (bilan : 5 morts, l'équipage russo-congolais). En juin-juillet 2005, une série d'incidents similaires - sortie de pistes à l'atterrissage d'un Antonov 26 (Mango airlines) et d'un Antonov 12 (Service air) ... - avait marqué l'actualité. (NB : Toutes les compagnies congolaises sont sur la liste noire de l'UE. Mais pas seulement les compagnies. Tout le système aéronautique congolais semble en proie à l'impéritie et gangrenée par la corruption.) Autre difficulté à Goma: le ravitaillement en carburant sur place difficile oblige les avions à emporter leur carburant aller et retour (ce qui diminue d'autant la cargaison qui peut être emportée sur une longue distance, les Hercules belges doivent ainsi embarquer 10 tonnes au lieu des 20 tonnes possibles).

La discussion continue mardi. Les ambassadeurs du COPS - le comité de politique et de sécurité de l'UE - ont évoqué - assez rapidement ce sujet ce vendredi, plus longuement lors du déjeuner avec Louis Michel, le commissaire au développement. Ils doivent se réunir encore mardi, pour examiner de façon plus complète le sujet. La Commission européenne a en effet demandé aux Etats membres d'étudier non seulement les conditions du pont aérien mais aussi comment assurer la sécurisation des points de distribution humanitaire.

Sécurisation des points humanitaires en discussion. Plusieurs incidents ayant montré la nécessité de cet encadrement. L'UE pourrait ainsi se décider à engager des troupes au sol, autour de deux ou trois missions précises. Un corps franco-belgo-néerlandais-britannique assurerait incontestablement une certaine efficacité en même temps qu'une garantie de neutralité vis-à-vis du voisin rwandais dont les relations avec la France ne sont pas au mieux actuellement... Nb : les Européens semblent se ranger ainsi à l'avis des Français, Belges et Néerlandais qui avaient insisté sur une intervention de l'UE au dernier conseil des Ministres avec quelques jours de retard.

(1) La Belgique dispose de deux Hercules basés à l'aéroport militaire de Kinshasa dans le cadre du Programme de partenariat militaire belgo-congolais

(2) La coopération britannique (DFID) envoie 90 tonnes de matériel vers Goma. Deux avions ont atterri à Goma le 9 novembre, avec 15 tonnes de matériel provenant de l'Unicef et des ONGs (24 000 containers d'eau, 8700 couvertures et 11 000 bâches plastiques). Un avion d'UsAid - l'agence gouvernementale d'aide au développement - a atterri le 13 novembre (avec à son bord 1000 couvertes, 5000 bidons d'eau et 5000 kits de cuisine) - 4 autres devraient suivre. L'avion du service humanitaire aérien des Nations-Unies qui devait arriver le 14 novembre a été reporté "sine die" (raisons administratives et opérationnelles invoquées).

(photo : UsAid)
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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 15:28
Entre intervenir directement et renforcer la Monuc, l'Union européenne avait, semble-t-il, choisi il ya quelques jours : ne rien faire... Lire "Je n'ai pas réussi à convaincre, de Bernard Kouchner. Tous les arguments étaient bons : la Monuc avait suffisamment de troupes, la situation était difficile, ... lire "on ne m'a pas donné l'ordre d'agir", de David Leakey, le chef d'Etat major de l'UE. Ni groupements tactiques, ni renfort de la Monuc, donc. Même mettre en place un pont aérien pour acheminer l'aide humanitaire à Goma semblait encore trop audacieux ! Seul le gouvernement Belge avait dépêché - très vite - un avion militaire Hercules C130 qui fait la navette entre Goma et Kinshasa (il a déjà effectué 6 rotations et 4 autres sont déjà prévues). Il devrait être rejoint, ce 14 novembre par un avion des Nations-Unies (UNHAS).

Une réunion aujourd'hui à Bruxelles. Devant l'aggravation de la situation (voir ci-dessous), et les appels à l'aide réguliers des ONGS, cet attentisme serait-il en train de changer ? Oui semble-t-il. La présidence française a décidé de revenir à la charge aujourd'hui. En ce moment, se tient un déjeuner au Comité de politique et de sécurité, en présence de Louis Michel, le commissaire européen chargé de l'aide humanitaire (lire son interview il y a 10 jours). A l'ordre du jour deux pistes : 1) les modalités de renforcement de la mission des Nations unies (Monuc) et 2) la mise en place rapide d'une opération logistique humanitaire coordonnée pour venir en aide aux populations du Kivu. (lire les initiatives possibles de l'UE).

Evolutions britannique et américaine. Britanniques et Américains n'excluent désormais aujourd'hui plus de renforcer la Monuc. Gordon Brown, le Premier ministre britannique, a confirmé, hier, à New York qu'il était nécessaire de renforcer la Monuc et qu'il allait voter en ce sens au Conseil de sécurité. "Nous ne devons pas nous dérober à nos responsabilités". Et la secrétaire d'Etat adjointe américaine aux Affaires africaines Jendayi Frazer a appelé à une décision du Conseil de sécurité dans ce sens, "J'espère que d'ici une semaine ou deux il pourra y avoir une décision du Conseil de sécurité".

Il était temps, 15 jours de perdus...

La non-intervention est en contradiction avec la philosophie de la PESD. Le premier objectif et la philosophie de la PESD est d'assurer la protection des civils, tel qu'elle figurent dans les missions définies à Petersberg et à l'article 17 du Traité de l'UE. Ne pas envoyer la force de réaction rapide était peut-être justifiée pour un certain nombre de raisons (voir David Leakey). Elle n'avait aucun fondement philosophique, donc politique.

Kouchner avait raison. Il faut le reconnaître. Bernard Kouchner peut agacer parfois, pour son entregent médiatique ou son entrain à vouloir faire intervenir l'armée, pour un oui ou un non. Mais sa position - fin octobre - faire intervenir un battlegroup de l'UE était totalement justifiée. Intuitivement, l'ancien baroudeur de l'humanitaire savait bien qu'il y a un moment où il est possible, où il faut intervenir. Ce moment était là. la suite a prouvé - et prouvera - qu'il avait raison. La déroute de l'armée congolaise, sa participation aux pillages et aux violences contre la population sont des signes qui ne trompent pas. On aura ainsi perdu de nombreux jours précieux...

Retour sur un faux argument : celui du nombre d'hommes de la Monuc. L'argument trop souvent entendu de 16-17 000 hommes pour la Monuc, ca suffit, est un faux argument stratégique. 16 000 hommes c'est ni plus ni moins la force de l'Otan au Kosovo (pour un territoire 250 fois plus petit, et autrement moins compliqué). Que je sache, nul ne se pose la question de savoir s'il y a vraiment trop d'hommes au Kosovo. 16-17 000 hommes c'est également la force qu'on a déployé au Sierra Leone, un territoire trente fois plus petit. Donc au regard de la dimension du Kosovo, et de sa complexité, 16 000 hommes, c'est plutôt pas assez que trop. La question de l'homogeïnité de la force et des règles d'engagements des soldats de la Monuc peut aussi se poser ? Mais cette question n'est pas vraiment nouvelle, elle est intrinsèquement posée lors de toute mission des Nations-Unies qui reste surtout une juxtaposition de forces nationales (NB : cette question est moins prégnante dans les mission de l'UE où les "caveats" sont plus limités et le commandant de force a une autonomie d'emploi beaucoup plus large). Last but not least : envoyer au Congo des troupes (Indiens, Pakistanais...) qui ne parlent qu'anglais ne doit pas vraiment aider...

Déplacés, viols, zone sans contrôle, la situation humanitaire devient critique

• A lire les rapports de l'Office humanitaire des Nations-Unies, la situation dans l'est de Goma n'est pas aussi apaisée que voulaient bien le laisser entendre certains Ministres des Affaires étrangères des 27, lors de leur réunion le 10 novembre. Le Fonds de Nations-Unies pour la Population (UNFPA) a ainsi remis à l'hopital de Goma des dispositifs intra-utérins pour 30 000 personnes et du matériel post-viol, et mis à disposition à Kibati des "médicaments pour la prise en charge des violences sexuelles"...

Quant au Programme alimentaire mondial, il chiffre à un million de personnes déplacées : 750 000 déplacés et 200 000 accueillis dans les familles, pour le seul Nord Kivu (250 000 suite au conflit récent, dont 100 000 dans les derniers jours) ; 100 000 et 40 000 pour le Sud Kivu.

• Enfin l'assistance humanitaire dans certaines zones est de plus en plus difficile "compte tenu de la volatilité de la situation sécuritaire" explique un expert européen. Lors d'une réunion de sécurité, les organisations ont convenu que les convois devaient partir de Goma, escortés par la Monuc. Le HCR envisage de créer un troisième camp à Mugunga pour les personnes dans le camp de Kibati compte tenu des risques de sécurité dans cette localité.

• Selon un reportage d'IRIN, le service d'information de l'Office humanitaire des Nations-Unies : "Bien que les rebelles aient promis de créer des couloirs humanitaires pour permettre le passage des convois d'aide, peu d'organisations estiment que la situation de sécurité actuelle permet bel et bien d'acheminer des secours par camions pour aider l'ensemble des populations, dans les régions les plus touchées." Et "Des dizaines de milliers de personnes se trouvent actuellement piégées dans les régions où elles se sont réfugiées, avec peu de vivres, de moyens d'hébergement ou de soins médicaux". A Kiwanja, témoigne ainsi un fermier, « Depuis l'arrivée des rebelles, nous n'avons reçu aucune aide externe et aujourd'hui, la situation est en train de devenir très grave ».

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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 19:56
C'est un Bernard Kouchner, pas découragé mais plutôt amer qui a fait face aux journalistes, après la réunion des 27 ministres des Affaires étrangères, le ministre français qui présidait la réunion n'a pas pu s'empêcher de montrer les limites de l'enthousiasme européen par rapport à la situation conflictuelle qui prévaut en République démocratique du Congo (ex-Zaïre).

Pas d'indignation sans image. "La situation dégrade, et c’est un vrai crève cœur de voir que de plus en plus de monde dans les camps de déplacés, qu’on a déjà visité. Mais qu’est-ce qu’on peut faire ? "J’ai dit qu’il fallait que l’Europe fasse quelque chose, en sécurisant les humanitaires. Mais que voulez-vous. (...) Je n'ai pas réussi à convaincre mes collègues". Et d'expliquer : "Il n’y a pas d’indignation sans image. Et vous verrez de plus en plus d’images ravagées sur le Nord Kivu". a-t-il averti. La situation est vraiment complexe, car il y a des combats entre plusieurs groupes (CNDP, Mai-Mai) ainsi que l'armée congolaise - dont certains groupes - ont commis également de nombreuses exactions".

Les capacités militaires européennes limitées. Mais le dépit perçait sous la politesse du propos. Si le Ministre n'a pas voulu mettre en cause ses collègues de la défense (*), il n'en était pas loin. "On m'a répondu (sur sa proposition d'intervention européenne) que les capacités européennes ne sont pas suffisamment disponibles. Il faut sûrement renforcer notre politique européenne de sécurité et de défense". Concernant les deux battlegroups de permanence, il a confirmé que les Allemands ne voulaient pas intervenir. Les Britanniques non plus mais de façon moins affirmée. En fait, le salut va venir de l'Inde. "Puisque Karel (De Gucht, le ministre belge), nous l'a confirmé, l'Inde va envoyer 1200 Guhrkas" (ils devraient arriver d'ici la fin du mois).

Les règles d'engagement de la Monuc en cause. Sans doute faut-il aussi renforcer la Monuc dont les "règles d'engagement ne sont peut-être pas bien définies. Que voulez-vous faire, nous avons des troupes qui parfois ne peuvent pas tirer, ou seulement pour se défendre." Voilà pour les propos publics...

"Kinshasa, il serait temps d'y retourner". Ensuite, sortant de la salle, et croisant le général Joana - ancien responsable de la mission "réforme de la sécurité (Eusec)" au Congo et aujourd'hui conseiller Afrique de Javier Solana, le haut représentant de l'UE pour la politique étrangère - qui le salue "On s'est vu à Kinshasha, M. le ministre", Kouchner n'a pu s'empêcher de lui répliquer, tout à trac : "Ben oui Kinshasa, il serait temps d'y retourner, et même plus à l'est" explique-t-il.

(*) De façon générale, tous les Ministres de la défense de l'UE étaient réticents à une intervention militaire contrairement à certains ministres des Affaires étrangères, belge et néerlandais notamment plus enclins à celle-ci.

(Photo : Conseil de l'Union européenne)
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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 23:44
L'action militaire toujours en pointillé. Quand le Ministre néerlandais des Affaires étrangères, Maxime Verhagen, et son homologue français, Bernard Kouchner, se rencontrent, il y a une certaine unité de vues (c'était jeudi à La Haye). "Avec des dizaines de personnes en proie aux violences dans l'est du Congo, une catastrophe humanitaire semble immente". Et une réponse européenne "humanitaire et diplomatique" est nécessaire. Mais pas seulement... A l'évidence, la mission de paix de l'Onu n'a pas réussi à restaurer le calme dans l'est du Congo, estime-t-on du ministère des affaires étrangères néerlandais et on souhaiterait en "améliorer l'efficacité". Devant le Parlement néerlandais, le ministre Verhagen a d'ailleurs déclaré que des "troupes européennes pourraient être déployées aux cotés de la Monuc, si le Conseil de sécurité le jugeait nécessaire". Mais pour le ministre britannique des Affaires étrangères,

Les ministres de la Défense de l'UE pas chauds du tout . "Avec 16000 hommes, la Monuc n'a pas besoin de troupes supplémentaires. Il s'agit davantage de se réorganiser" m'a expliqué Hervé Morin, le ministre français lors d'une interview. Même sentiment apparemment chez son collègue belge, De Crem, qui s'exprimait sur la RTBF "Un envoi n'est pas prévu pour demain. S'il y a un besoin, il doit être formulé dans un cadre international et, pour le moment, il n'en est pas question", a-til expliqué. Et "si le gouvernement prenait une telle décision, il devra également s'en expliquer devant le Parlement" (Nb : la Commission "Rwanda" avait recommandé de ne plus envoyer de troupes belges dans les anciennes colonies, après les événements survenus au Rwanda en 1994 et l'assassinat de dix paracommandos belges). Idem coté britannique. Pour Jock Stirrup, le commandant en chef  : "envoyer des troupes aurait un coût. je ne parle en termes financiers. Mais un coût pour notre population et nos familles" a-t-il dit. Les troupes des Nations-Unies ont surtout "besoin d'être déployées de façon plus adéquate, les réserves nationales à l'emploi militaire doivent être supprimées". Propos confirmé du coté du Foreign office : "L'envoi de troupes britanniques pour renforcer les forces de maintien de la paix en république démocratique du Congo n'est pas à l'agenda" a répété, le 9 novembre, le ministre des Affaires étrangères, David Miliband (lire la presse britannique).

Des crimes de guerre sous l'oeil impuissant de la Monuc ? Le bras diplomatique, et même l'action humanitaire, ne semblent plus suffire, seuls face à une situation qui devient, d'heure en heure, plus grave pour la population civile, qui "trinque" dans ce conflit armé sanglant. Les évènements de Kiwanja jeudi ont été qualifiés de crimes de guerre par Alan Doss, le chef de la Monuc. ""Des tueries et le ciblage des civils, c’et totalement inacceptable. Je rappelle aux uns et aux autres que c’est considéré comme un crime de guerre". Des évènements qui se sont passé devant les yeux de la Monuc qui n'ont pas réagi. " Alors que les Casques bleus de la Monuc ont pour mandat de protéger ces populations, ils n'ont pas quitté leur base pendant les exactions des hommes de Laurent Nkunda à Kiwanja" témoigne Cyril Bensimon le reporter de Radio france internationale (témoignage édifiant de RFi). Une mission d'enquête préliminaire de la Monuc est sur place pour établir les faits.

Que faire alors ? Les initiatives que pourraient prendre l'Europe.


Comme l'a expliqué le président français, président en exercice du Conseil européen, Nicolas Sarkozy, au sortir de la conférence de presse du Sommet européen sur la crise financière internationale, le 7 novembre, dans une courte aparté que nous avons eu : "La situation est grave. Ce n'était pas le sujet de notre réunion aujourd'hui. Mais il faudra bien prendre des initiatives. C'est important".

Outre une mission européenne propre - qui paraît exclue pour l'instant à entendre les ministres de la Défense -, des missions limitéees, ponctuelles, de soutien à la Monuc (logistique, renseignement ...) ou aux humanitaires ne sont pas exclues. On peut recenser plusieurs types d'actions :

1. Développer une action humanitaire renforcée
. Là tout le monde semble d'accord. Le ministre belge du développement, Charles Michel a assuré lors de son déplacement à Goma qu'il voulait convaincre ses partenaires européens de "faire plus" au profit de la RDC. NB : 250 000 civils sont déplacés dans le Nord-Kivu, en raison de la violence qui sévit depuis septembre, selon l'Office humanitaire de l'ONU.

2. Fournir des moyens logistiques aux organisations humanitaires
. Encore faut-il effectivement que les organisations humanitaires aient accès à la région. Un avion de transport militaire C-130 "Hercules" belge est déjà présent sur place, et a effectué plusieurs rotations entre Kinshasa et Goma pour acheminer de l'aide humanitaire (provenant de l'ONG belge Memisa à Kinshasa). Il en faudra certainement d'autres pour que la notion de "corridor humanitaire", décidée par le sommet international, vendredi, soit effective. Reste une question : comment mettre en place un corridor sans moyens de force ?

3. Fournir à la Monuc des moyens technologiques ou logistiques. Comme l'explique Xavier Zeebrook, spécialiste du Grip, la Monuc manque de moyens de collecte d’information en temps réel (images satellitaires, reconnaissance aérienne, drones, capacités d’écoutes), voire des capacités de renseignement et davantage de forces spéciales. (télécharger la note d'analyse du Grip "Restons calmes, la situation est désespérée. Quelques idées reçues sur le conflit en RDC").

4. Participer au mécanisme de vérification international. Le sommet de Nairobi avait aussi prôné la mise en place d'un système de surveillance des différents accords précédents (et des cessez-le-feu succesifs). Un bureau permanent qui vérifierait "les allégations, accusations et rumeurs" sera doté de moyens techniques modernes. L'Union européenne pourrait y participer. Une nouvelle mission d'observateurs d'un nouveau genre ?

5. Renforcer directement la Monuc (si nécessaire). Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki Moon, dans sa lettre aux membres du Conseil de sécurité, avait détaillé précisément les besoins : deux bataillons d'infanterie, deux compagnies de forces spéciales (soit environ 3000 hommes), 18 hélicoptères de transport et deux avions-cargo Hercules C-130 avec l'équipage. Mais aussi, selon le Porte-parole militaire de la MONUC, le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich, davantage d’ingénieurs, d’experts en renseignements, des formateurs pour les FARDC et plus d’éléments de police. Si les Européens ne sont pas enthousiastes sur la première liste de besoins, la liste additionnelle pourrait rencontrer leur soutien.

NB : avec 16 000 hommes, la Monuc dispose du même effectif que la Kfor au Kosovo pour un territoire 250 fois plus grand, et sans doute autrement plus dangereux. Le Congo est un territoire de 2,5 millions km2, soit 4 fois la France.
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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 23:29
La grande carte du Congo occupe toute la table de la salle de réunion de cette mission diplomatique européenne à Bruxelles, dans la zone réservée aux diplomates "secret défense". Elle a servi il y a peu. Et apparemment, on s'est bien gardé de la replier sachant qu'elle pourrait resservir encore. A juste titre... Car si le point "RD Congo" ne figure pas à l'ordre du jour de la réunion des Ministres des Affaires étrangères et de la Défense, du 10 novembre, il pourrait y ressurgir très vite - vu l'évolution de la situation sur le terrain.

De nouvelles exactions. Selon radio Okapi (une radio soutenue par la Monuc et les coopérations européennes), "environ 5 000 familles de la cité de Kiwanja, relevant de Rutshuru-Centre, à 75 kilomètres au nord de Goma, ont trouvé refuge autour du camp des casques bleus de la Monuc". D’après certaines personnes sur place, elles fuient des exactions des hommes du CNDP en représailles à l’attaque des combattants Maï-Maï. Plusieurs jeunes auraient été tués. (*). Selon l'organisation Human Rights watch, les forces du rebelle congolais Nkunda (CNDP- aux milices pro-gouvernementales Maï-Maï les 4 et 5 novembre à Kiwanja, tuant un certain nombre de civils pris au piège dans la zone de conflit. Il a intimé l'ordre aux quelques de 30000 habitants à quitter la ville et a ensuite systématiquement recherché et tué des civils, en particulier les hommes, qu'ils accusaient de soutenir leurs ennemis. Des témoins oculaires ont dit à HRW,qu'à Kiwanja au moins 20 personnes ont été tuées et 33 autres blessés au cours d'une bataille pour la ville et dans les opérations de nettoyage par les forces de Nkunda qui ont suivi. Les deux parties ont commis des crimes de guerre dans les combats autour de Kiwanja et la ville voisine de Rutshuru. (NB : à lire, et écouter, le témoignage édifiant de Radio France internationale)
 
L'appel des ONGs. "Les Casques bleus de l'ONU dans l'est du Congo sont tout simplement incapables de protéger les civils qui sont délibérément attaqués», estime Anneke Van Woudenberg, chercheur Afrique de Human Rights Watch. "Les gouvernements concernés devraient répondre immédiatement à l'ONU appel urgent à envoyer davantage de soldats de la paix pour protéger les civils, qui ont déjà souffert gravement." A Bruxelles, ce 6 novembre, trois organisations de défense des droits de l'homme - Oxfam, Human rights watch et International crisis group (ICG) - ont ainsi lancé un nouvel appel à l'Union européenne, pour qu'elle s'impplique davantage dans la résolution de la crise au Nord-Kivu, en renforçant la MONUC (Mission de l’ONU en République démocratique du Congo). «Davantage de troupes doivent être déployées le plus vite possible» avait déjà dit, le 3 novembre, Juliette Prodhan, responsable d’Oxfam au Congo. Et « L’Union Européenne est bien placée pour fournir rapidement des troupes supplémentaires ».
Selon Oxfam, cette mission devrait faciliter la création d’un environnement sûr où les populations seront à l’abri des attaques, et permettre aux agences humanitaires d’acheminer de l’aide à ces personnes qui en ont tellement besoin.

Appel qui n'est pas sans contradiction. Cet appel est louable si les ONGs n'avaient pas leurs propres contradictoires. Un responsable d'ICG a ainsi eu cette remarque subtile  : il faudrait que ces troupes ne comprennent pas de Français. Du fait de leurs relations mauvaises avec les Rwandais. Ce qui est effectivement "beau" sur le papier est totalement irréaliste au niveau politique. Les Français étant les principaux partisans d'intervenir au Congo - et les seuls avec les Belges à bien connaître le secteur - cela revient à nier toute faculté d'intervention.

Photo : Monuc/Marie Frechon

(*) Mis à jour le 7 novembre. Le journaliste de la radio communautaire Ushirika, donné pour mort durant les affrontements a été retrouvé vivant le 7 novembre
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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 18:42
(nb : une erreur de mise en ligne s'est produite, voici l'article complet) "L'échec annoncé de la réforme du secteur de sécurité (RSS) au Congo", c'est l'analyse de Sébastien Melmot, qui vient de rédiger une note publiée à l'Ifri - l'institut français des relations extérieures. Ce haut fonctionnaire spécialiste des questions de gouvernance sécuritaire dans les zones de conflits met en avant "les ambiguïtés, les limites et les contradictions" de la RSS au Congo. Cette politique qui "fait désormais partie du «kit de paix» au même titre que la transition sous contrôle international, les élections, l'élarabotion d'une nouvelle constitution ou la conférence des donateurs" est restée une "politique importée qui rencontre une forte résistance et subit la contrainte des enjeux de pouvoir à la fois nationaux et internationaux".

1er leçon : une politique importée et non appropriée.

Un manque de volonté du pouvoir. Il y a "une absence d'impulsion, de coordination et de vision des autorités nationales en matière de politique de sécurité". La RSS congolaise est incomplète et déséquilibrée. Deux services de sécurité importants – les renseignements civils et militaires et les services chargés du contrôle des frontières – sont hors de son champ. Le secteur de la défense n'a toujours pas de cadre de concertation entre les bailleurs et les autorités nationales. Le nouveau cadre législatif du secteur de la sécurité est à l'état d'ébauche.

Plutôt équiper que réformer. De façon générale, "les autorités congolaises ont adopté une attitude d'évitement vis-à-vis de la demande de RSS". Tout simplement car le Congo "préfère se doter d'équipements et d'une force armée plutôt que de la réformer". Ainsi, 2007 a "été une année blanche dans la réforme de la RSS, les dirigeants congolais préférant consacrer leurs efforts à intervenir contre la milice de Jean-Pierre Bemba en mars, ou mener une campagne militaire au nord-Kivu, de septembre à décembre."

Les résistances internes. La réforme de la chaîne de paiements - séparation entre la chaîne de commandement et les responsables financiers des régimes - a été "mal vécue par une hiérarchie militaire habituée à s'immiscer de façon intéressée dans les budgets de fonctionnement".

Le trompe l'oeil financier. De même, "la dissimulation des effectifs militaires (les chiffres oscillent entre 120 et 175 000) et du budget réels de la Défense, dont les opérations s’effectuent pour une large part hors procédure budgétaire ordinaire, ne facilite pas un débat technique et sincère sur un aspect central mais non-dit de la RSS au Congo : le financement du secteur de la sécurité à un niveau adéquat."

2e leçon : un engagement limité de la communauté internationale

Le sous financement par crainte de corruption. "Les pays donateurs ont été incapables de mobiliser les sommes nécessaires pour financer la réforme. Et ils restent opposés à l'aide budgétaire en raison du mauvais état du système financier congolais". De la corruption ambiante en quelque sorte : "Le Trésor public est à la fois poreux et exsanghe".

La réintégration des milices sans contrôle. L'intégration dans la police et dans l'armée de chefs de milices ainsi que d'une partie de leurs troupes n'a pas été assortie de "vérification de leur passé criminel et de "vetting" (interdiction d'exercice en fonction des agissements antérieurs). Témoin: "le comportement actuel des forces armées sur le théâtre d’opération du Nord Kivu. A Nyanzale, zone sous contrôle gouvernemental, les violences sexuelles sont évaluées à environ 600 cas par mois et la « criminalité en kaki » se développe à Goma".

3e leçon : la concurrence des organismes internationaux et le double jeu des Etats

Mais "l'absence de coordination qui règne au sein du gouvernement congolais contraste à peine avec le
semblant de coordination qui est de mise au sein de la communauté internationale, toujours prompte à demander aux autorités nationales ce qu'elle n'est pas capable de faire elle-même
".

il existe une "forte concurrence entre donateurs et institutions internationales" dont l'un des enjeux principaux est "d'exercer un pouvoir d’influence sur les autorités congolaises, voire directement sur leurs forces de sécurité. L’ONU et l’UE sont dans une situation d’émulation pour jouer le rôle de leader en matière de RSS", entre les missions EUPOL – Kinshasa et EUSEC RD Congo, d'un coté, et la MONUC, de l'autre. La "question du leadership international n'a jamais été tranchée". "Pour l'ONU, il en va de la justification d'une partie de son mandat de maintien de la paix tandis que, pour l'UE, il en va de l'affirmation et de la consolidation de la Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD), sachant que plusieurs Etats membres estiment avoir un rôle à jouer en Afrique et en matière de sécurité. Cette émulation concurrentielle entre l'UE et l’ONU se traduit par une "absence de coordination sincère et crée un appel d’air pour des « cavaliers solitaires », à la recherche d’un pouvoir d’influence à Kinshasa et/ou dans des forums internationaux".

Les jeux personnels de plusieurs pays. "L’Angola, l’Afrique du Sud et, dans une moindre mesure et plus récemment, la Chine et les Etats-Unis mènent leur propre coopération militaire en dehors de tout cadre de référence collectif et de manière opaque". "Ces coopérations bilatérales ne s’intègrent pas dans la logique d'un appui collectif et coordonné à la RSS mais relèvent plutôt de la coopération militaire classique". Une coopération "recherchée par le gouvernement congolais qui, dès le début de 2007, a indiqué clairement sa préférence pour le bilatéralisme plutôt que le multilatéralisme dans le secteur de la sécurité". Ainsi la Chine a livré plusieurs équipements militaires. Tandis que les Etats-Unis ont proposé de former des éléments de la force de réaction rapide du Ministère de la défense. A signaler également le Japon qui soutient la création d'une police des frontières congolaises en finançant un projet de l'Organisation Internationale des Migrations.

La tentation du "cavalier seul" n'épargne pas les Européens. Ainsi, "tout en participant à EUPOL-Kinshasa et EUSEC RD Congo, plusieurs pays européens maintiennent une coopération bilatérale volontariste (la Belgique dans le domaine de la défense ou la France dans le domaine de la police) ou développent une coopération trilatérale (pour le plus grand bénéfice de l'Afrique du Sud). Les Pays-Bas, par exemple, appuient les initiatives de l'Afrique du Sud en RDC dans le domaine militaire tandis que la Grande-Bretagne appuie les initiatives du même pays dans le domaine policier".

(IFRI, Focus stratégique, n°9, septembre 2008) Pour télécharger le rapport.
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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 18:25
Le général Leakey, planchant devant la sous-commission défense du Parlement européen, le 3 novembre, a aussi évoqué l’éventualité d’une intervention militaire au Congo, davantage d’ailleurs pour en réfuter l’utilité que pour la justifier. « C’est uniquement une question de jugement et de volonté politique». Et de décrire tous les motifs qui ont pesé pour ne pas intervenir.

Des raisons internes aux Européens

1° Le peu d’enthousiasme des Européens. « Nous on fait notre travail : on a demandé qui souhaite y aller, certains souhaitent, d’autres pas du tout. Mais il n’y a pas eu beaucoup de manifestations d’intérêt, il faut donc faire preuve de réalisme. » Mais a-t-expliqué, « on ne m’a pas donné l’ordre de faire quelque chose ».

2° La difficulté d'intervention.
Comment intervenir « sans avoir un aéroport à proximité ». « Faire entrer une force dans la région suppose d’avoir un aéroport sur place, utilisable. Si on ne peut pas utiliser l’aéroport de Goma (qui ne peut recevoir d'ailleurs que des petits porteurs, pas des Antonov apparemment), il faut utiliser Kinshasa. Mais c’est trop loin». Cela supposerait avoir des hélicoptères et véhicules. Ce serait long et cher. Nous aurions des troupes au compte-goutte. Ce serait un gazoduc militaire. » (NB : utiliser Kigali au Rwanda ou Entebbe en Ouganda n'était pas possible pour des raisons politiques). «Et ensuite il fallait garder l'aéroport, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Avec 400 hommes, était-ce suffisant ». On le voit les questions opérationnelles paraissaient insurmontables pour une action rapide, avec un faible volant d'hommes.

L'évolution de la situation sur le terrain

3° La Monuc suffisante. «Au Congo, il y a 17 000 hommes de la Monuc, pas toutes dans l’Est. Et les Nations-Unies ont pu accompagner, ces jours-ci, sans danger, des convois humanitaires, vers Goma. C’est apparemment un bon signe, la Monuc se redéploie et répond aux besoins les plus urgents, les besoins humanitaires».

4° Les pressions diplomatiques, Nkenda sous influence est maîtrisable. «Le chef du mouvement rebelle congolais, Nkenda n’a pas pris Goma, alors que c’était possible s’il le voulait ;  les troupes gouvernementales s’étant enfuies. Ce qui me fait dire que Nkenda est influencé, peut être même contrôlé par d’autres forces de la région. Cela donne un signe pour la paix, pour la reprise du dialogue politique. S’il y a un accord politique, il faudra alors se poser la question de savoir si une nouvelle force est nécessaire. Si la politique reprend ses droits, on se retrouverait dans la situation des 4 mois, on serait dans la même position, avec la MONUC qui retrouverait son rôle».

5° La réalité du terrain. Aujourd'hui « il n’y a pas de combats mais des conséquences des combats. »

Commentaire : Finalement la voie diplomatique et politique semble avoir payer - au moins temporairement. On pourrait dire heureusement. Car à lire ce commentaire détaillé, pourquoi il était urgent d'attendre, on peut que se poser des questions sur l'utilité du concept de battlegroups, tel qu'il existe actuellement. J'y reviendrai.
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2 novembre 2008 7 02 /11 /novembre /2008 07:00
Le Commissaire européen à l'aide humanitaire et au développement, Louis Michel, qui revient d'un voyage de 48 heures entre Kinshasa (RD Congo)et Kigali (Rwanda), avait fixé rendez-vous à la presse à son arrivée à 6h30 (du matin). En fait l'avion était un peu... en avance. Donc la conférence de presse, improvisée, a commencé quelques minutes après 6h00, au milieu du hall d'arrivée de l'aéroport de Zaventem. Avec en toile de fond, les vacanciers qui revenaient de leurs séjours lointains. Autant dire qu'à cette heure là, les journalistes présents n'étaient pas très frais et se comptaient sur les bout des doigts - à part les médias belges télévisés (Rtbf, Rtl, Vrt...), Belga - seuls Radio France et votre serviteur... Mais Louis Michel s'est prêté - avec tout le temps qu'il fallait au jeu des questions réponses. Extraits...

Après 48 heures d’allées et venues, pensez-vous qu’une solution est possible ?
Oui. Je crois à une solution politique. J’ai parlé à Kabila (président du Congo) et à Kagamé (son homologue rwandais). Ils sont tous les deux d’accord pour négocier, avec tous les parties concernées – le Burundi, l’Ouganda, les organisations régionales -. Il y a une dynamique positive qui peut s’enclencher. L'élément qui change, c'est que Kinshasa est prêt à discuter avec tout le monde, y compris le CNDP (le mouvement du général rebelle tutsi Laurent Nkunda). Mais pour réussir l’accord de paix, un « Nairobi 2 » (*), il faut éviter de répéter les erreurs du passé. Il faudra surtout avoir un « monitoring » international, pour suivre, pas à pas, les progrès de l’accord. Avec des moyens et un agenda. La communauté internationale ne peut pas se désengager de cette région qui est un facteur de stabilité non seulement pour le Congo mais pour toute la région et en Afrique.

Le Congo comme au Darfour ?
Je me refuse à faire ce genre de comparaisons. Il n’y a pas de gradation dans laes valeurs d’atteinte aux droits de l’homme. Mais on peut dire que la situation est comparable. Je vois quand une différence. Je crois qu’avec un peu plus de volontarisme des parties, de la communauté internationale, on pourrait parvenir une solution. Je ne suis pas sûr qu’au Darfour, ce soit possible comme çà l'est au Congo. (...) On sait ce qu’il faut faire, on connaît les données, de l’accord, où est le cadre, le copromis, qu’on arrête alors de faire semblant qu’on ne le sait pas.

Faut-il donc une intervention militaire de l’Union européenne ?
S’il s’agit d’une intervention militaire pour régler le conflit, je n’y crois pas. L'avantage d'une force militaire tournerait à l'inconvénient. Cette présence militaire serait considérée comme partie prenante au conflit. S’il s’agit, en revanche, d’une force militaire qui consiste à sécuriser le travail des humanitaires, des ONGs – comme le propose Bernard Kouchner et le gouvernement belge  -, je suis pour. C'est essentiel. Il faut permettre aux ONGs d’assister ces dizaines de milliers de personnes qui manquent de tout. La situation est dramatique. Il ya des dizaines de milliers de personnes qui manquent de tout. L’armée congolaise s’est enfuie, et on assiste à une recrudescence dela pratique du pillage et des extorsions en tous genres. Il faut absolument aider ces populations. Il faudra sans doute aussi renforcer la Monuc. Je ne suis pas un spécialiste de cette question, mais je crois qu'avant d'avoir des hommes supplémentaires, il faut surtout des moyens logistiques en plus.

Les moyens de l'Europe sont-ils suffisants pour l’aide humanitaire ?
Les opérateurs humanitaires sur le terrain savent bien qu’ils n’ont qu’un coup de fil à donner et que dans l’instant on peut décider. La Commission a versé 800 000 euros et je peux débloquer 3 millions d’euros supplémentaires. Ca peut aller très vite. Car les contrôles se font ex-post (a posteriori). J'aimerai bien qu'on ait la même rapidité pour l'aide au développement. Mais cela ne semble pas possible.

La force des Nations-Unies, la Monuc, semble impuissante, le Rwanda paraît impliqué ? Quel est votre sentiment ?
Il faut éviter d’incriminer qui que ce soit. Les Casques bleus font un travail difficile. il faut les soutenir. De façon générale, tout ce qui consiste à exalter les antagonismes, à pointer du doigt un coupable éventuel, est dangereux. Il ne faut pas exciter la haine, mais faire converger les points de vue..

(*) Un accord avait été signé à Nairobi en novembre 2007 entre le Congo et le Rwanda notamment pour « éliminer la menace » constituée par les rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de la Libération du Rwanda (FDLR) réfugiés depuis quatorze ans dans l'ex-Zaïre.

Photo © NGV
(Cette interview est la version longue d'un article paru dans Ouest-France dimanche)

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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 03:12
La solution sera avant tout "diplomatique". C'est le leitmotiv actuel de tous les responsables européens qui, sur tous les tons, expliquent qu'au Congo, la place reste à la diplomatie. Bernard Kouchner et David Milliband, les ministres français et britanniques seront ainsi sur place aujourd'hui, à Kinshasa et Kigali. Tandis que le commissaire européen à l'action humanitaire, Louis Michel revient ce matin, d'une tournée de 48 heures. Son compatriote, le ministre des Affaires étrangères belge, De Gucht, se rend à Kigali. Pendant ce temps, le Haut représentant de la diplomatie de l'Union, Javier Solana s'active au téléphone, ayant successivement les principaux responsables politiques de la région (Kagamé au Rwanda, Kabila au Congo)...  Tout le monde se retrouvera, ce lundi, à Marseille pour une réunion informelle, "Gymnich" un peu spécial normalement consacré à la préparation du sommet avec les Usa, qui se retrouve avec le sujet du Congo en thème principal de réunion.

La solution militaire au second plan. Cela veut-il dire que toute solution militaire est exclue ? Non. Certes le papier d'option présenté par la présidence française n'a pas été accepté en l'état aujourd'hui par le COPS (comité de politique et de sécurité). C'est un fait avéré. Cela ne veut pas dire que demain... ce sera pareil. Tout dépendra de l'évolution sur le terrain... et de la pression médiatique. Même si certains Européens semblent très réticents (Allemands notamment), le souvenir du Rwanda voisin en 1994 pèse sur plusieurs consciences. Et les Européens ne pourront échapper trop longtemps alors à leurs responsabilités. Le délégué du CICR sur place parle d'une situation catastrophique sur le plan humanitaire dans le Nord Kivu.

L'aide européenne. Concrètement, le Haut représentant a été chargé de plancher sur d'autres solutions que le diplomatique et la Commission europénne sur le soutien humanitaire. Un possible soutien militaire à la Monuc sur une base plus nationale pourrait être envisagé. Avec une variante : l'envoi d'éléments des Battlegroup déjà constitués (français, belge, voire britannique, on peut observer l'engagement du ministre britannique, Milliband, sur la question). Le tout sur une opération limitée en durée et en mission - procurer l'aide humanitaire à la population, tenir l'aéroport de Goma... - qui évite de trop s'immiscer et s'impliquer dans un conflit congo-congolais. Par ailleurs l'Union européenne pourrait offrir à la Monuc, de la capacité d'analyse et de renseignement, via les spécialistes du centre satellitaire de l'UE de Torrejon.

Quoi qu'il en soit, en matière militaire, l'effet important étant l'effet de surprise, il importe maintenant d'être assez silencieux sur les préparations en cours. Et s'il y a urgence, les éléments européens seront déployés et on "régularisera" ensuite. 
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.