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25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 23:37
Tous les diplomates et Européens dans la région le disent. Ici, pourra vous expliquer un diplomate européen, « il n’ y aura pas de solution sans la Russie » dit l’un. « Moscou souffle le chaud et le froid dans la région. Il a intérêt à maintenir une présence et une force nuisance » précise un second. La Russie « utilise le conflit transnistrien au mieux de ses intérêts » souligne un troisième. Mais un vent nouveau sembler souffler sur la région depuis quelques jours au moins.

Première rencontre depuis sept ans
En effet, le 11 avril dernier, les présidents de Moldavie (Vladimir Voronine) et de Transnistrie (Igor Smirnov) - qui, depuis près de sept ans, ne s'étaient pas rencontrés - ont accepté de se voir directement à Bendery (ville de Transnistrie), après s'être téléphonés. Ils convenu de relancer le processus de négociation "5+2". Des documents ont été échangés. Et les groupes de travail techniques - formées en octobre dernier - pourraient prendre vie. "Le président moldave, Voronine, qui en est à son dernier mandat (les élections ont lieu en mars 2009), pourrait vouloir laisser son nom dans l'histoire comme l'homme qui a réunifié le pays" commente un diplomate connaisseur des affaires moldaves.

"Cette rencontre est susceptible de contribuer à la reprise des négociations sur le règlement transnistrien selon la formule 5+2" a commenté Philippe Remler, le chef de la mission OSCE en Moldavie. La présidence finlandaise de l'OSCE a d'ailleurs inscrit dans ses priorités le règlement des conflits gelés, comme l'a rappelé Alexander Stubb, à Vienne, le 10 avril lors d'une session du Conseil permanent de l'OSCE. De façon générale, les diplomates en poste dans la région semblent cependant prudents sur le débouché de cette négociation.

Les négociations internationales, avec la médiation de la Russie, de l'Ukraine, de l'OSCE, des Etats-Unis et de l'Union européenne (dites 5+2), ont été suspendues en février 2006. Avec l'introduction par les autorités de la Moldavie et de l'Ukraine d'un nouveau régime douanier pour les marchandises de Transnistrie, Tiraspol avait cessé tout contact avec Chisinau, l'accusant de blocus économique. Dans un référendum organisé la même année, 97,2% de la population optait pour un rattachement à la Russie.

Les conditions d'un accord
Cette détente n’est ni plus ni moins, semble-t-il la conséquence de deux mouvements parallèles. D’une part, le rapprochement entre la Moldavie et la Russie, amorcé depuis septembre 2007, s’est confirmé au fil des mois. Le président moldave, Voronine, a notamment garanti la non-adhésion de la Moldavie à l'OTAN et reconnu l'immuabilité des biens et avoirs de la Russie en Transnistrie. Deux conditions primordiales pour Moscou. Symbole culminant, de cette bonne entente retrouvée, lors de débats à la Douma (la chambre basse russe), certains députés ont exprimé leur souhait que « la République de Moldavie devait être un Etat unique ». Et un « premier train humanitaire » de grain russe est arrivé à Chisinau - via Tiraspol -, le 19 mars. De l’autre coté, Tiraspol irrite de plus en plus Moscou. Tout d’abord d’un point de vue économique : sa dette gazière dépasserait un milliard de dollars. Selon une source au Kremlin, rapportée par le quotidien Kommersant, les Transnistriens opéreraient une double ponction sur les gazoducs russes : "d'abord, ils prélèvent impunément notre gaz, ensuite, ils le vendent, mais l'argent disparaît". Quant à la demande transnistrienne de se voir reconnu en prenant comme modèle le Kosovo a été la goutte d’eau, elle a provoqué l'ire du Kremlin. Le "ministre des affaires étrangères transnistrien", Valeri Litskaï, a été convoqué illico au Ministère des affaires étrangères russe.

Quoi qu'ils en soient, les Russes semblent avoir obtenu l’assurance majeure, qui est un des moteurs de leur position, celle de pouvoir conserver des bases russes en Transnistrie, voire dans une éventuelle Moldavie recomposée. Une nécessité stratégique pour Moscou. Sans ces bases, « les forces russes devraient reculer de 700 kms » explique un fin connaisseur de la région et des questions de défense. Alors qu’ici, ces troupes — qui appartiennent à la XIVe armée — dont la fonction essentielle est de surveiller les Balkans, et de pouvoir y intervenir éventuellement, sont à portée de leur cible.

Des dirigeants toujours interdits dans l'Union
Selon une position commune du Conseil, qui date de 2003, et régulièrement renouvelée depuis (en dernier lieu le 25 février), certains dirigeants de la "région de Transnistrie" (Moldavie), notamment son "président" Igor Smirnov, ses deux fils Vladimir et Oleg, et plusieurs dignitaires du régime (ministres, procureur, responsables du service national des douanes ou de la Banque de Transnistrie...) sont interdits de séjour et de voyage dans l'Union européenne. Mais une évolution est possible. Lors d'une réunion des ambassadeurs de l'Ue à Bruxelles, en février, une déclaration - non-publiée - a été inscrire au procès-verbal, à la demande de la Roumanie, stipulant expressément qu'il est possible "d'envisager d'éventuelles modifications à cette liste (...) si un Etat membre ou la Commission européenne le demande". A noter que cette interdiction de voyage ne concerne pas l'Etat membre lié par une obligation de droit international (pays hôte d'une organisation internationale, de l'OSCE ou d'une conférence internationale convoquée par les Nations Unies).
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25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 17:40
Petite visite discrète, anonyme, furtive (je n'avais que quelques heures avant le départ de l'avion), dans une des dernières régions européennes fermées au monde...

 Regardez une carte d’Europe. Entre la Moldavie et l’Ukraine, figurera peut-être une étroite bande de territoire, autour du fleuve Dniestr, en grisé, avec un nom digne des bandes dessinées de Tintin : la Transnistrie ou Transdniestrie, selon les orthographes. Ici, depuis 1992, et une guerre « d’indépendance », fonctionne un Etat, reconnu par aucun autre dans le monde mais qui est cependant protégé par des « forces de paix » russes, bien visibles. Une situation qui confine à l’absurde. Car si « l’Etat » paraît un peu fantoche, la frontière ne l’est pas du tout, du moins en apparence. Une séparation qui n’est pas sans implication économique. L’Est transnistrien est traditionnellement industriel tandis que l’Ouest moldave est plus agricole.

Véritable frontière dans un non pays
Alors que la zone Schengen s’étend chaque jour, la « non frontière » officielle entre la Transnistrie et la Moldavie abrite un véritable poste-frontière, avec no-man’s land, fils barbelés, barres de béton et chicanes … et la présence discrète, mais réelle, des « soldats de la paix » russes.
Juste après la frontière, enfoui dans un fossé à gauche, sous un treillis, un blindé et quelques soldats russes, chapka sur la tête malgré la chaleur, veillent d'ailleurs discrètement. Mais il n’y a ni miradors ni d’armes pointées vers les arrivants.Le temps de passage est donc plutôt une question de chance, de détermination… et d’humeur du douanier. Quinze minutes ou plusieurs heures d’attente, pour avoir un petit bout de papier mal photocopié, faisant usage de visa, avec un tarif parfois fantasque (le visa "Transit" est gratuit), dont le montant finit souvent dans la poche du douanier, confient les habitués du passage. Mis à part les minibus qui font la navette Chisinau – Tiraspol plusieurs fois par heure, peu de voitures particulières, et encore moins de camions. Ce n’est d’ailleurs pas conseillé. Les douaniers transnistriens « choyant » particulièrement ces clients.
Passé la première ville, quasiment frontière, Bendéry, la route vers Tiraspol est ensuite rapide. Quelques kilomètres avant la « capitale », une nouvelle chicane, avec char et soldats armés qui veillent, oblige à ralentir. S’il n’y a pas de barrage formel, tout est prévu pour pouvoir en quelque secondes le mettre en place.
 
Le communisme réel au coin de la rue
Dans ce « drôle » de pays, la faucille et le marteau restent toujours affichés en haut du drapeau et des armoiries. Les slogans à la gloire du pays s’affichent en haut des usines ou sur les panneaux publicitaires. Il est toujours interdit de photographier tout bâtiment officiel – même le Parlement - tout comme le moindre militaire dans la rue. Mais paradoxalement, ceux-ci tout comme des policiers sont plutôt rares. Dans les bâtiments officiels, comme la maison des "soviets" ou le Parlement, il n’existe même pas de garde d’honneur symbolique. C’est d’ailleurs, une particularité de Tiraspol, la "capitale" de cet Etat fantoche. Seule la caserne russe, aux abords de la ville est gardée de façon visible
Tiraspol pourrait être une ville quelconque de l’ancien empire soviétique des années 1980. Mais on y trouve une certaine modernité, qu'envierait n'importe quelle ville européenne. D’un coté, des banques rutilantes, flambantes neuves, dont on peut se demander quelle peut être leur raison d'être ; des panneaux publicitaires annonçant le lancement d'un chantier d'immeubles flambants neufs ; des boutiques de vêtement dernier cri, qui affichent les marques les plus connues, à des prix plus proches du prix de Bruxelles, Berlin ou Paris que du niveau de vie local, avec peu de clients. De l’autre, le marché traditionnel où l’on trouve à des prix plus démocratiques, de tout : des poulets et des pommes de terre aux meubles de maison, en passant par les vêtements, les gazinières, les pièces de vélo, les cigarettes et les journaux. Ici la campagne vient vendre ses produits et acheter ce qui lui est nécessaire.

La population, particulièrement rurale, est pauvre. Point besoin de longue enquête sociologique pour le saisir. Ici, 10 roubles transnistriens — la « République » a imprimé son propre rouble au taux de change de 14 pour un Euro — se comptent avant de se dépenser. Les visages sont usés, fatigués, laminés. Quelques véhicules rutilants ou plus antiques circulent dans la ville. Mais la population emprunte surtout de vieux trolleybus poussifs, un peu brinquebalants, pour se déplacer dans la ville ou de plus modernes minibus — un peu plus cher mais plus rapides et permettent d’atteindre tous les endroits du pays, qu’il s’agisse des banlieues de Tiraspol, de la campagne, voire à Chisinau (Moldavie) ou Odessa (Ukraine). Sinon comme dans toutes les villes d'Europe, dès qu'il fait un rayon de soleil, les filles sortent leurs plus beaux atours ou se prélassent sur un banc.

La frontière : un contrôle à la tête du client
Le passage retour de la "frontière" est plus folklorique. Aussitôt le douanier arrivé, surgit un véritable carnaval de passeport. Apparemment, tout est bon, ici, pour justifier de son identité. Passeport russe, carte d’identité moldave, bout de papier transnistrien. Même un vieux passeport CCCP (Urss) en lambeau trouve, aux yeux, du douanier, gré. L’Occidental a droit à un « traitement de faveur ». Passage au poste, passeport confisqué, interrogatoire, fouille du sac... Si les questions sont rituelles, menées par un jeune agent, parlant anglais — ce qui est rare —, formé apparemment au criblage professionnel — motif du séjour, heure d’arrivée, "possédez-vous de la drogue" … — elles s’attardent particulièrement sur certaines questions, moins usuelles : type de photos prises (notamment sur les militaires), montant d’argent (devises et roubles transnistriens) possédées en liquide. Un vieux routier des douanes, parlant uniquement russe, et assis nonchalamment dans un coin de la pièce, semble avoir une visée bien claire : pour abréger l’interrogatoire, il faut sortir la monnaie. L’interrogatoire reste cependant poli et respectueux. Et en suivant le conseil, précieux, d'un des voyageurs, « ne pas payer », et avec un peu de ténacité, et de patience, on vient à bout des dernières questions intempestives. Après 40 minutes d’arrêt, le bus peut donc redémarrer pour franchir, cette fois, un check point … de la police moldave. Même s’il n’y a pas de contrôle frontalier a priori pour les Moldaves, ce contrôle y ressemble. Le policier fait un rapide tour du minibus pour vérifier s’il n’y a pas de produit importé en fraude, et inspecte la soute à bagages. Sans résultat. Le minibus peut repartir, cette fois définitivement pour Chisinau. Quelques dizaines de mètres plus loin, tous les passagers se détendent bruyamment et, ressortent d’un coffre de soute, dans l’hilarité générale, les paquets plus « personnels » contenant cartouches de cigarettes ou autres produits. La « frontière » semble plutôt une perte de temps — « de la bureaucratie c’est tout » confie un passager, et une source de bakchichs —, qu’une réelle emprise d’un « Etat indépendant ». Du moins ce jour-là...

Un Etat fictif ?
Comme le confiait un diplomate européen, dans cette région, « on sent un peu l’entreprise personnelle habillée sous forme d’indépendance, doublée de la propagande ».La fiction de l’Etat se révèle au plan économique. Pour exporter vers l’Europe, les sociétés transnistriennes doivent être enregistrées à Chisinau. Près de 300 d’entre elles ont ainsi fait cette démarche. « La Moldavie reçoit un traitement préférentiel pour les produits ce qui est une sérieuse incitation pour les compagnies de Transnistrie à s’enregistrer » souligne la Commission européenne. Les entreprises exportent en effet beaucoup vers l’Europe, notamment de l’acier et des textiles.

Pour y aller ! Le mieux ce sont les minibus collectifs qui font la liaison Chisinau(Moldavie)-Tiraspol(Moldavie-Transnistrie). Prix du billet très raisonnable. Durée du trajet : entre 1 et 2 heures (tout dépend du temps à la frontière). Ambiance garantie. Et passage de la frontière "plus souple" qu'en voiture particulière. Ils se prennent à la gare routière, situé au marché de Chisinau. Liaison en bus également à partir de l'Ukraine.

Crédit Photos : © NGV - "voie de chemin de fer sur la route de Tiraspol - banque à Tiraspol - marché à Tiraspol(Transnsitrie - Moldavie)

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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 08:00
La mission d’assistance à la frontière de l’UE entre l'Ukraine et la Moldavie (Eubam) a en effet été établie en décembre 2005, suite à la demande conjointe de ces pays (juin 2005) et la signature d’un "memorandum of understanding" (novembre 2005) et une "action commune" des 25 Etats membres . Objectif : permettre aux deux pays de mieux surveiller leur frontière, prévenir le trafic, la contrebande et la fraude douanière, et améliorer les capacités des services de contrôle et de douanes de l’Ukraine et de la Moldavie en les rapprochant des normes européennes.

 La mission est dirigée par un haut responsable de la police hongroise (lire l'interview de Ferenc Banfi). Elle est menée en liaison avec le représentant de l’UE en Moldavie, Kálmán Mizsei. Le quartier général de la mission est situé à Odessa (Ukraine). Mais ses agents — environ 200 personnes — 119 experts de 22 Etats membres renforcés par du personnel local — sont répartis dans six postes d’une frontière étirée sur plus de 800 kilomètres. Celui d’Odessa a en charge le port commercial d’Odessa et l’immense zone portuaire ; Kuchurhan surveille une portion de 213 kms (dont 74 kms avec la Transnistrie), Kotovsk a en charge 400 kms (avec la Transnistrie), Otaci au nord, couvre 312 kms de frontière ; Chisinau à l’ouest, 411 km et Basarabeasca, au sud-ouest, 300 km.

Le budget dévolu à la mission de novembre 2007 à novembre 2009 est de 24 millions d’euros. Mode de gestion originale, le Conseil a décidé de confier la mission à la Commission, et l’exécution a été déléguée au programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Les Etats membres participant également par le biais de détachement du personnel technique spécialisé. La mission gère un programme, d’environ 10 millions d’euros, dénommé « Bommoluk », concentré sur l’équipement, le développement de l’analyse de risques et la formation des officiers chargés du contrôle des points frontières.

(1) Par commodité, j'utilise le terme de « Transnistrie » qui recouvre la région moldave de Transnistrie, pour désigner aussi la "République moldave de de Pridnestrovié ou de Transdrienstrie", sans que cela inclut de notre part une quelconque reconnaissance de cette République autoproclamée.
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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 17:40

 

J'ai pu accompagner, en mars, (avec deux confrères), une délégation de la sous-commission Défense du Parlement européen pour une visite à la Mission européenne d’assistance à la surveillance de la frontière (Eubam) en Ukraine et Moldavie, et conversé avec les principaux responsables locaux et européens présents dans la zone. Une mission dont le rôle est compliqué, par la Transnistrie (1), qui a autoproclamé son indépendance, au lendemain de l’implosion de l’Union soviétique, au terme d’une guerre qui fit plusieurs centaines de morts, en 1992.

Il paraissait donc nécessaire de compléter cette visite « officielle » par une visite, plus discrète et solitaire, au cœur de cette république moldave sécessionniste, pour « prendre la température » d’une zone peu ouverte au monde et dont les frontières ont gardé un modèle proche des années de guerre froide. Cette longue bande de territoire entre les deux pays constitue indiscutablement une épine dans le pied de l’Europe et est une des raisons essentielles de la présence en Ukraine et Moldavie voisines de douaniers européens dans une mission, qui bien que ne ressortant pas tout à fait des missions de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) y ressemble tout à fait.

A signaler un autre reportage effectué, dans la foulée (après deux semaines de "réelles vacances" tout de même - ce qui explique l'absence) au Tchad, sur la mission militaire Eufor en cours de déploiement. Les deux séries de reportage sont publiés dans Europolitique et dans Ouest-France.

© NGV / Bruxelles2

Lire également :

Photos : © NGV voie de chemin de fer sur la route de Tiraspol, rénovée récemment et flottant le drapeau russe pour fêter le premier convoi humanitaire russe vers la Moldavie.

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6 mars 2008 4 06 /03 /mars /2008 08:03
Dimitri Rogozine est ambassadeur de la Russie à l’Otan. Diplomate mais homme politique avant tout, l'homme a des opinions tranchées. Ayant appartenu à la formation Rodina (patrie), jusqu’en 2006, il venait de créer un nouveau parti « Grande Russie » avant d'être nommé à l'Otan.

Aujourd'hui, les sujets de friction entre la Russie et l'Europe ne manquent pas: la défense anti-missiles (Rogozine propose d’abandonner le projet américain et de "bâtir un système commun russo-européen"), l’élargissement de l’Otan à la Géorgie (une tentative de "déstabilisation"), le Kosovo ("discussion au Conseil de sécurité et maintien de la Minuk au-delà de juin"), le Tchad ("pas de participation à la mission Eufor mais des avions pour la Minuad").

Les frictions semblent se multiplier entre la Russie et l'Europe, vous avez trouvé un nouvel ennemi ?
Je dirai plutôt que c'est comme les nouveaux couples. Chacun a eu sa vie séparée auparavant. S'ils veulent vivre ensemble, il faut du temps pour s'habituer. 

... un indice que l'Europe est une puissance qui compte ?
L’Europe commence seulement à penser à sa propre politique de défense européenne. Mais elle ne pourra progresser, avoir une politique sérieuse de défense qu’avec la Russie. Or, actuellement, elle a choisi de participer à l’Otan, où les Etats-Unis sont dominants. Et la politique militaire américaine est en opposition avec la politique militaire européenne.

Vous estimez que la Politique européenne de défense (PESD) doit s’émanciper ?
Bien sûr. Les menaces sur l’UE sont les mêmes que sur la Russie. Nous sommes situés sur le même continent. Notre intérêt commun est de défendre ce continent. L’intérêt des Etats-Unis est ailleurs, ils sont loin, comme une île. La politique de défense européenne doit donc se bâtir premièrement avec la Russie.

Sur quelles questions pensez-vous utiles de travailler avec les Européens ?
Sur certaines questions, nous pouvons travailler ensemble. 1° les standards des Droits de l'homme avec le Conseil Europe ; 2° la sécurité énergétique commune. Nous sommes la seule garantie de la sécurité énergétique de l’Union européenne. 3° les infrastructures de transport commun ; 4° les règles de sécurité extérieure de nos frontières, surtout la lutte contre l’immigration illégale. Ce sont les quatre piliers de notre coopération.

En fait, pour reprendre votre image, vous espérez que Dame Europe, un peu volage, le soir avec les "boys", revienne à la maison ?
C’est une bonne idée...

Passons au projet de bouclier antimissile en République tchèque et Pologne, pourquoi être contre ?
Tous les spécialistes balistiques rigolent quand ils voient ce que proposent les Américains. Si vraiment c’est l’Iran, la menace, ce n’est pas en République tchèque ou en Pologne qu’il faut installer ce système. Mais plutôt en Roumanie, Bulgarie, Turquie … Nous avons des doutes que ces radars ne soient pas dirigés vers l’Iran mais vers la Russie.

Que proposez-vous alors ?
Pourquoi ne pas travailler ensemble et neutraliser ces missiles dès le début ? Nous sommes proches des pays qui peuvent menacer l'Europe. Nous pouvons avoir une partie du système au sud de la Russie et en Azerbaïdjan...

... et une deuxième rangée sur territoire européen ?
Oui. Ce doit être un système uni, géré en commun, entre l’Otan, l’Europe et la Russie. Je l’appellerai le système antimissiles du théâtre militaire européen. Notre système n’est pas pire et même meilleur que celui des Etats-Unis. Et nous pouvons créer des technologies parfaites avec les Européens.

Si ce n'est pas cette solution qui est choisie, vous réagirez ?
Absolument. Si ces radars et missiles sont installés, nous devrons installer à notre tour un dispositif contre ces systèmes antimissiles. Nous n’aurions aucun problème pour tirer sur la République tchèque et Pologne, d’abord tirer et attaquer. Tout ce système américain est une provocation. C’est un projet idiot.

L’élargissement de l’Otan à la Géorgie et l'Ukraine, vous le percevez comme une menace également ?
Absolument. Nous sommes en Abkhazie et les Américains seront dans le reste de la Géorgie. Qu’est-ce que l’on veut ? Avoir des soldats russes juste face aux soldats américains. C’est vraiment une idée bête. Ce que les Américains veulent surtout, c’est déstabiliser l'Ukraine politiquement - l'opinion publique est contre cette adhésion - et déstabiliser également les relations entre l’Ukraine et la Russie. C'est « diviser pour régner »!

A lire: autres questions sur le Kosovo

(Entretien paru en partie dans Europolitique)
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21 octobre 2006 6 21 /10 /octobre /2006 18:32
Invité par la présidence finlandaise de l'Union à venir partager - ce 20 octobre - un dîner avec les chefs d'Etats et de gouvernement des 27 (*), dans la bonne ville de Lahti (en Finlande), Vladimir Poutine peut être satisfait. Le président de la Fédération de Russie repart sans avoir cédé sur l’essentiel. La Charte sur l’Energie est moribonde. Ses principes seront peut-être repris mais renégociés. Les entreprises européennes doivent s’attendre à voir leurs contrats, trop favorables, renégociés. Le président russe a aussi, à plusieurs reprises, renvoyé les Européens dans les cordes : sur le libre marché, la corruption, la mafia … Et, surtout, il a évité publiquement toutes les questions gênantes - liberté de la presse, droits de l’homme, Tchétchénie, Géorgie - se portant même garant d'une stabilité menacée dans la zone orientale de l'Europe.

Pour arriver à ce résultat, il faut repartir au constat de départ. Face à Poutine, les Européens ont eu le choix entre deux stratégies : politiser le débat et lier l'économie à la politique ou à la morale, ou séparer les questions.

La première stratégie était défendue par plusieurs pays d'Europe de l'est qui, forts de leur proximité historique, géographique et psychologique avec la Russie, soulignent que les questions économique et politique sont liées et que les questions de démocratie ou de relations avec les autres républiques issues de l'ex-Urss doivent aussi être discutées. Une position qui était loin d'avoir une visée utopique mais partait d'un parti pris stratégique : ne rien laisser passer aux dirigeants Russes, utiliser ses "erreurs", ses dérapages comme atout de discussion. Ne pas considérer que la question des relations avec les pays voisins de la Russie est une question de celle-ci mais peut menacer à terme la stabilité européenne. Outre un coté un peu revanchard post-soviétique, cette stratégie a un inconvénient majeur : en haussant le ton, on risque certainement d'irriter le grand voisin oriental au moment où, internationalement (Corée, Iran...), l'Europe a besoin de lui. Quelques compagnies européennes engagées actuellement sur le marché russe pourraient y laisser quelques plumes. Comment ne pas y voir aussi un certain esprit revanchard sur la période précédente soviétique.

La deuxième stratégie, de dépolitisation du dossier, était défendue principalement par un trio de "grands" pays, Allemagne-France-Royaume-Uni, et endossée par la Commission européenne et la présidence finlandaise. Le propos était de séparer les questions. La rencontre de Lahti ayant pour objet les marchés énergétiques, il s'agissait de ne pas la polluer avec d'autres questions plus politiques. Pratiquement, de dire à Poutine : "faites ce que vous voulez dans votre pays aux niveaux des réformes politique, militaire, humanitaire, mais ne touchez pas aux avancées du libre marché et... à nos entreprises". Le message a l'avantage d'être clair mais conciliant et de ne pas irriter le président russe. Il peut l'obliger aussi à un geste de bonne volonté à court terme. Il a l'inconvénient de lui laisser une large marge d'appréciation pour le futur dans ses relations sur le "glacis" russe. Il démontre aussi que  l'Europe, force économique et démographique, préfère rester un "nain politique" même dans sa zone de proximité. Il recèle une contradiction : à quoi sert de mener un débat au plus niveau politique pour laisser de coté les questions les plus politiques ?

Clairement, la ligne choisie par les Européens a été celle-là. Malgré quelques apartés au dîner avec Poutine, cette ligne n'a pas été infléchie. Mieux le message des droits de l'homme a été quasi inaudible aux cotés de l'économie. Cette position sera-t-elle gagnante à moyen terme ? Rien n'est moins sûr. Quand un joueur de rugby met en touche au lieu de jouer l'avantage, faut-il encore qu'il puisse recupérer la balle ensuite. Car l'unité affichée par les 27 n'était que de façade. Et ces lézardes n'ont pas échappé au Président russe.

Dès lors une question se pose : était-ce vraiment intelligent d'inviter Poutine à un sommet européen alors que les 25 n’ont pas encore accordé leurs violons sur des questions aussi fondamentales que l’énergie et la démocratie et le niveau des relations avec la Russie ? Et là, tous les participants à cette rencontre, à part... les Finlandais, répondent... "franchement Non".
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12 octobre 2006 4 12 /10 /octobre /2006 03:16
(Paru dans Europolitique) Hélène Flautre (Verts, France) est présidente de la sous-commission Droits de l’homme du parlement européen

- L’assassinat d’Anna Politkovskaïa, samedi à Moscou, une mort comme les autres ?
Hélène Flautre - Non. Ce n’était pas seulement une journaliste, une mère de famille qui est morte. C’était plus que tout çà. C’est le symbole d’une voix libre, de la vérité qui est perdue. Une voix qui s’exprimait non seulement sur la Tchétchénie mais aussi sur l’usage de la torture, fréquente en Russie, la corruption, généralisée, au sein de l’armée et la justice. Cet assassinat est un signal dramatique et insupportable de l’état de dégradation des droits de l’homme en Russie. La vérité, c’est que le régime de Poutine encourage une dégradation générale des droits de l’homme, une dérive extrêmement raciste. Ca a commencé avec les Caucasiens, hier, cela se poursuit aujourd’hui avec les Géorgiens. C’est inadmissible.

- Que faire ? La Russie est un allié précieux, on ne peut pas rompre les relations ?
H.F. - Sans doute. Mais on ne peut pas discuter avec Poutine comme si de rien n’était. A Lahti (sommet européen le 20 octobre), il me paraît impensable que les chefs d’Etat serrent la main de Poutine sans sentir les balles qui ont atteint cette femme. Il faut maintenant envoyer à la Russie, un signal fort, assorti de mesures d’envergure. Il faut établir un nouveau mode de relations avec la Russie. Que Poutine entende clairement que compte lui sera demandé sur le drame qui est arrivé. Sinon, ce serait comme un feu vert donné au régime, que tout est possible, qu’en échange du gaz et d’autres avantages économiques, on est prêt à fermer les yeux.

- Dans le cadre du dialogue avec la Russie sur les droits de l’homme?
H.F. - Peut-être mais pas seulement. Chaque étape de ce dialogue a en fait été le témoin d’une dégradation supplémentaire des droits de l’homme. Toute l’année a été jalonnée de mauvaises nouvelles : les restrictions pour la presse, les ONGs indépendantes, sans compter la Tchétchénie, où tout le monde fait semblant de croire que cela va mieux.

- Faut-il utiliser les clauses « Droits de l’homme » des accords pays tiers ?
H.F. – Oui, cette question doit être mise sur la table. Comme nous l’avons demandé dans le rapport Agnoletto, c’est en cela que je dis que nous devons enclencher une relation plus exigeante. Et utiliser tous les moyens à notre disposition.

- L’enquête impartiale promise par les Russes, vous ne semblez pas y croire ?
H.F. - Je suis pessimiste. Nous avons déjà de mauvaises nouvelles. Le procureur chargé d’enquêter sur la mort d’Anna est réputé pour avoir déjà étouffé les affaires de torture en Tchétchénie. Pour moi, l’enquête est déjà pliée (tronquée). Il faut maintenant soutenir une enquête internationale. C’est décisif. C’est ce que nous allons demander lors de notre prochaine réunion la sous-commission des Droits de l’Homme.
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14 février 2000 1 14 /02 /février /2000 15:13
(article publié dans France-Soir, février 2000)

La fermeté des Européens à l’égard de la Russie s’est dégonflée comme une baudruche contrairement à ce que prétend Hubert Védrine

Les Tchétchènes peuvent continuer à mourir tranquilles ! Leur souffrance ne trouble pas vraiment les puissances européennes. Comme le prouve la réunion qui débute aujourd’hui, à Lisbonne, entre Russes, Européens et Américains qui ne devrait aborder que, du bout des lèvres, ce sujet délicat. Comme le prouvent également le défilé incessant de ministres européens au Kremlin, depuis début janvier. Ministres italien, allemand, français, britannique ont fait le voyage de Moscou. Sans jamais réussir à influer notablement la volonté exterminatrice du Premier ministre russe, Vladimir Poutine. Et cependant, rappelons-nous. C’était à Helsinki, au mois de décembre. Pour le dernier conseil européen du siècle, les Quinze chefs d’État et de gouvernement de l’Europe prennent alors une décision, qualifiée de ferme : « la mise en œuvre de la stratégie commune de l'Union européenne à l'égard de la Russie doit être réexaminée ». Un catalogue de sanctions est décidé. Noël passe... La fermeté retombe. La diplomatie reprend le dessus. La Commission européenne a alors toutes les peines du monde à faire avaliser par les Quinze ministres des affaires étrangères, le 24 janvier, quelques mesures, bien symboliques au demeurant. Qu’on en juge ! L’extension du système de préférences généralisées, pour l’importation de produits russes, est certes gelée ; mais les préférences déjà en vigueur sont préservées, ce qui représente une aide de 120 millions d’Euros. Le programme d’assistance technique dont bénéficie la Russie, dénommé Tacis, est certes réorienté vers la société civile. Mais cette mesure n’a pas encore été suivi d’effets concrets. De toute façon, elle ne sera valable que pour le budget 2000. Les budgets 1998 et 1999 pourront donc continuer à être dépensés, comme c’est le cas actuellement. En fait les seuls résultats concrets, décidés par l’Europe, n’ont rien à voir avec la situation en Tchétchénie. Un surplus de budget d’aide alimentaire de 30 millions d’Euros (environ 200 millions de francs) a ainsi été gelé. Mais cette décision est davantage motivée par la volonté de ne plus faire bénéficier la Russie de financements détournés par des réseaux mafieux. Quant à la diminution du quota d’importation d’acier russe, elle a davantage à voir avec une mesure de rétorsion, classique dans un accord commercial, - les Russes ayant augmenté leurs droits de douane - qu’avec le respect des droits de l’homme. En fait, cet ersatz de sanctions démontre, à nouveau, la faiblesse de la diplomatie européenne. Et ce n’est pas Hubert Védrine, qui soutiendra le contraire. Même si à Paris, le ministre français des affaires étrangères paraît ferme, à Bruxelles, sa fermeté fond comme un chocolat sous la langue. Tout à sa préoccupation de voir « Le dialogue avec la Russie poursuivi », l’ancien conseiller de François Mitterand perpétue l’héritage de la “Realpolitik”.

(détails chronologiques)
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30 janvier 2000 7 30 /01 /janvier /2000 11:07
(notes de réunion , janvier 2000 - non publiées)

(Chronologie des faits)

Au Sommet européen d'Helsinki le 10 et 11 décembre 1999, les 15 chefs d’État et de gouvernement de l’Europe prennent une décision, qualifiée de ferme vis-à-vis de la Russie :
Cela commence par « Le Conseil européen condamne et juge totalement inacceptables les bombardements intenses de villes tchétchènes ».
Cela finit par « le Conseil européen décide de tirer les conséquences de cette situation :
-    pour la mise en œuvre de la stratégie commune de l'Union européenne à l'égard de la Russie, qui devrait être réexaminée ;
-    pour l'accord de partenariat et de coopération, dont une partie des dispositions devraient être suspendues et les dispositions commerciales rigoureusement appliquées ;
-    pour le programme TACIS, l'autorité budgétaire est invitée à envisager le transfert de fonds de TACIS en faveur de l'aide humanitaire. Les dotations budgétaires pour 2000 devraient être limitées aux domaines prioritaires, à savoir les droits de l'homme, l’État de droit, le soutien à la société civile et la sûreté nucléaire.
Il invite la présidence et le Secrétaire général/Haut Représentant à notifier d'urgence cette décision et le contenu de la présente déclaration aux autorités russes, au niveau le plus élevé.
Il invite l'OSCE et le Conseil de l'Europe à revoir, chacun dans son domaine de compétence respectif, les modalités de leur coopération avec la Russie.

Au Conseil des affaires générales (24 janvier 2000)
Il faut deux mois aux 15 ministres des affaires étrangères pour appliquer ces mesures. Ce n’est que le 24 janvier que les Quinze, réunis au sein du Conseil des affaires générales, pondent une déclaration. Qui paraît ubuesque...

Une déclaration toute en sinuosités. Les Quinze commencent par « se féliciter du déroulement démocratique des élections législatives ». La déclaration se poursuit en soulignant que « la Russie constitue pour l’UE un partenaire de première importance ». L’Union européenne d’ailleurs « souhaiterait continuer à consolider et à développer ce partenariat stratégique à long terme dans le but d’améliorer la sécurité et la stabilité en Europe et au-delà ». Ce n’est qu’au troisième paragraphe qu’apparaissent les mots « droits de l’homme, État de droit et liberté de l’information et des médias ». Et au quatrième paragraphe, le Conseil avoue quand même que l’Union européenne « est vivement préoccupée par la poursuite de la violence en Tchétchénie et réitère sa condamnation de l’usage aveugle de la force par les autorités russes qui a aggravé la situation humanitaire ». Mais, immédiatement effarée sans doute de cette position audacieuse, les paragraphes suivants servent à atténuer cette petite pique. « Le Conseil ne conteste pas le droit de la Russie de préserver son intégrité territoriale » Il se satisfait que « M. Poutine a donné l’assurance qu’il tiendrait l’UE pleinement au courant de la position de la Russie sur l’évolution de la situation et de la manière dont elle respecte les normes internationales ». Et ce n’est qu’à partir du septième paragraphe que l’Union annonce les sanctions envisagées.

.... de la difficulté d’admettre des sanctions. Et encore les ministres des affaires étrangères tentent-ils d’amoindrir largement le coup. Comme le résume, alors, Hubert Védrine, le 24 janvier : « Le dialogue avec la Russie doit être poursuivi. Il est tout aussi important pour l’Union européenne que pour la France. Mais, en même temps, il faut que notre position soit claire et sans ambiguïté, il faut que nous tenions compte de la position prise à Helsinki ».
Le problème en fait est bien là. Comment les ministres des affaires étrangères vont pouvoir se dépatouiller avec ce qu’on décidé, dans un élan un peu trop généreux, les 15 chefs d’États.
C’est ce que résume un diplomate portugais (le Portugal exerce la présidence de l’Union européenne actuellement) : « il ne faut pas contrarier les efforts en cours, il serait dommageable et contre productif de faire quelque chose. (...) De toute façon si mesure budgétaire il y a, elle sera longue à avoir de l’effet, il faut compter un ou un an et demi.  (...) Quant à réduire le nombre de contacts à haut niveau, alors qu’il y a deux représentants des ministres des affaires étrangères européens en ce moment en Russie ( ) c’est dur. En fait, toute la difficulté est de ne pas déjuger ce qui a été fait à Helsinki ».
La Commission européenne, avec réalisme, préfère d’ailleurs ne pas parler de « sanctions », mais de « mesures ». Un de ses membres reconnaît que le catalogue initial de mesures était plus important. Mais plusieurs États, dont la France, l’Espagne, l’Allemagne, étaient hostiles à des sanctions trop fortes. Seuls Britanniques et Danois, et dans une moindre mesure les Finlandais, soutenaient une position plus allante. Il a donc fallu négocier.
Certains proches du dossier reconnaissent que « Le mandat d’Helsinki nous permettait d’aller plus loin sur les accords de coopération mais il n’y avait pas de volonté politique » et que si le commissaire aux relations extérieures, l’anglais Chris Patten, n’avait pas fait le forcing « les ministres se seraient contentés du langage d’Helsinki sans mesures et basta ».

Le catalogue des sanctions
Six mesures sont prévues. Mais dont l’innocuité est aussi importante qu’une goutte d’eau non polluée dans un égout.

Trois sanctions sont financières

1° • La mesure la plus symbolique, la réorientation du programme Tacis ( ) vers les valeurs démocratiques et la société civile n’est pas encore effective. Et risque de ne pas l’être avant plusieurs années. Certes la décision de principe est bien acquise. Mais reste à en préciser les modalités, qui ne pourront être fixées que lors d’un comité de gestion. Ce comité ne sera pas réuni en urgence. Les premiers résultats pourraient n’être ainsi connus que dans quelques mois. Et encore ! Si réorientation il y a, elle ne concerne que les programmes exclusivement destinées vers la Russie, les programmes de coopération transfrontalière avec les pays voisins (Ukraine, Belarus...) pourront continuer de se dérouler. Mais surtout cette réorientation ne concerne que le budget 2000. Or, ce type de financement n’est réellement engagé que deux ou trois ans après l’année budgétaire où il est rattaché. Actuellement on en est ainsi à faire des appels d’offres sur les budgets 1998 et 1999 (cf. journal officiel du 21 décembre sur un appel à coopération transfrontalière pour des petits projets).
Quelques morts de plus, voire un ou deux premiers ministres de plus, traverseront la Russie avant que cette sanction soit effective !
Chiffres : Sur les 500 millions d’Euros du programme Tacis, 130 millions d’Euros vont à la Russie. 90 millions pourraient être réaffectés.

2° • Une deuxième sanction vise à ne pas reporter un supplément d’aide alimentaire de 1999 sur le budget 2000. Outre que cette mesure est très symbolique (environ 30 millions d’Euros), elle a surtout que peu d’impact sur la Tchétchénie. De source diplomatique confirmée, on estime que cette mesure a davantage pour motif la lutte contre la mafia. A la Commission européenne, le porte-parole de Chris Patten (commissaire aux Relations extérieures) se refuse à confirmer cette explication mais on estime que « les Russes n’ont plus besoin d’aide alimentaire, car ils ont une très bonne balance des paiements et peuvent donc acquérir ces besoins sur le marché ».

3° • En fait, la seule sanction réellement entrée en vigueur est la surveillance plus stricte des accords commerciaux. Mais a-t-elle à voir vraiment avec la Tchétchénie ? Car les mesures de rétorsion sont prévues même par ces accords quand un des partenaires ne le respecte pas. A la Commission, d’ailleurs, on reconnaît que « La mesure suit une logique commerciale, elle suit un contentieux sur les taxes d’exportation qui existe depuis plusieurs années »Ainsi le 26 janvier, la Commission a proposé de « réduire de 20 % pour l'année 2000 (les plafonds) d’importations de certains produits sidérurgiques en provenance de la Fédération russe ». Motivation : « Cette décision fait suite à l'instauration par la Fédération russe en avril 1999 d'un droit de douane temporaire de 15% frappant ses exportations de ferraille et de déchets sidérurgiques. Une infraction patente par rapport aux engagements souscrits par la Fédération russe dans le cadre de l'accord signé en 1997 entre la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier et la Fédération russe sur le commerce de certains produits sidérurgiques.  »

Les autres sanctions concernent surtout des suspensions de négociation :

4° - révision du plan de travail pour la mise en œuvre de la stratégie commune de l’Union européenne ;

5° - suspension de la signature d’un accord scientifique et technologique ;

6° - .suspension de l’examen d’une possible extension des systèmes de préférence généralisées vers la Russie (60 millions d’Euros sont concernés mais 120 millions d’Euros continuent d’être applicables) ;
Dans ces cas, les accords ne sont pas annulés, c’est la formalisation ou la négociation de l’accord qui sont suspendus.

La (non) position du Conseil de l’Europe
Quant au Conseil de l’Europe, sa lâcheté devant la possible d’exclusion de la Russie n’a d’égal que son parler haut tant qu’il ne s’agit pas de voter. Ainsi, après laissé entendre, dans un rapport, le 25 janvier, que la Russie pourrait être exclue de ses rangs, le lendemain l’assemblée parlementaire de l’institution a certes accouché d’une déclaration certes très combative mais aucun cas d’une exclusion. Les conditions seront examinées à la prochaine session de l’Assemblée (3-7 avril).
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.