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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 11:18
Bonne nouvelle en provenance de Géorgie : les Russes ont démantelé le check-point russe de Perevi et l'ont déplacé, à Sinaguri, de l’autre côté de la frontière « administrative » séparant l’Ossétie du Sud de la Géorgie (intérieure). « Nous sommes très contents de ce mouvement » a aussitôt commenté l’ambassadeur Hansjörg Haber, chef de l’EUMM. « Les forces russes en Ossétie du sud avaient depuis longtemps refusé de démanteler ce check point, en dépit de la claire évidence qu’il était situé à l’ouest de la limite administrative de l’Ossétie du sud. Mais l’insistance de la présidence de l’UE et de l’EUMM a fini par porter ces fruits ». « Nous espérons que cette action va maintenant permettre d’engager un processus constructif de construction de la confiance avec toutes les parties concernées » a-t-il ajouté.

Lors de discussions récentes entre Européens et Russes - le Ministre russe des Affaires étrangères et des officiers militaires supérieurs —  ceux-ci avaient en effet reconnu que ce check point était « était clairement localisé à l’ouest de la frontière administrative ». Donc en contravention avec les accords Medvedev-Sarkozy d’août et septembre. Mais pour les Russes, en fait, il s’agissait de répondre à la « configuration du terrain », très accidentée, le point de Perevi était plus facile et leur permettait d’avoir, en matière sécuritaire, un point d’appui plus stratégique et plus facile à contrôler que la frontière administrative. Un point de vue totalement inacceptable pour les Européens.

Début novembre, les Russes avaient passé le relais quelques jours aux forces ossètes « de facto » avant de reprendre en main le check point, à la satisfaction implicite des internationaux présents en Géorgie et de la population locale. Le comportement des forces ossètes se marque par leur « indiscipline et leur inorganisation ». Tandis qu’avec « les Russes nous avons affaire à des forces régulières, discipliniées, qui obéissent à une chaîne de commandement précise, et avec qui il est possible de discuter », commente un connaisseur du dossier présent dans le pays.

Les observateurs européens avaient pu à plusieurs reprises visiter le check point russe et même le franchir pour atteindre, un kilomètre plus loin, le village de Perevi. Mais au prix d’un compromis. « Les Russes voulaient nous accompagner. Mais il était exclu qu’ils montent dans nos véhicules. Et eux n’avaient que des véhicules lourds qu’ils ne voulaient pas vraiment utiliser pour ne pas provoquer la population. Nous avons donc trouvé la solution. Faire le trajet à pied. » m'a raconté un observateur. Régulièrement les habitants avaient ainsi la visite des observateurs européens et des soldats russes, en patrouille commune. La seule patrouille mixte d’ailleurs sur les deux limites administratives ossète et abkhaze, pour l’instant.


Un des derniers points délicats restant à résoudre pour les Européens – et le retour à la situation antérieure au mois d’août - est l’accès à la vallée d’Alkhagori (Ossétie du sud), d’où nombre de Géorgiens ont été expulsés ainsi que côté abkhaze, celui de la région de Gali et des gorges de Khodori. Sans conteste, le « point le plus critique (car) aucune information ne filtre. Même l'ONU n'y a pas accès » souligne un expert du dossier.
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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 06:49
Au niveau économique, la Géorgie reste un pays en développement. Avec des gens très pauvres ou pas très riches d’un côté, et très riches de l’autre. La vie reste chère – environ la moitié des prix pratiqués dans les pays européens – mais avec un pouvoir d’achat autrement différent – le salaire moyen varie entre 250 et 400 laris (environ 125 et 200 euros). Résultat : la débrouille, les jeunes chez les parents aussi longtemps que possible, plusieurs boulots à la fois… Et sinon… la pauvreté. L’inflation demeure à un rythme plus élevé que le chiffre officiel. Les chiffres du chômage sont inconnus. Environ un Géorgien sur deux est sans emploi.

L'église de Métékhi et la statue du Roi Vakhtang dominant Tbilissi © NGV


La crise à venir. Avec la crise économique et financière mondiale, la situation risque d’être plus désastreuse demain. La banque et la construction sont parmi les principaux secteurs d’activité. Quant aux recettes du tourisme géorgien, une partie de la saison 2008 (août et septembre) est partie en fumée avec la guerre. Et l’avenir est plus ou moins sombre. Ce secteur bénéficiant  – en partie – des touristes russes (riches). Disons donc que l’avenir économique de la Géorgie est très sombre… Quant aux déplacés plus récents - ceux de la guerre d'août - venant du monde rural, on ne sait pas vraiment comment ils pourront survivre à l'hiver. Ils ont en effet souvent perdu toute leur récolte d'été. (voir aussi une étude de Crisis Group sur le risque de l'hiver)


La non intégration des réfugiés. C’est un véritable problème. Sur le demi-million de personnes qui ont fui le conflit des années 1990 en Abkhazie et Ossétie du sud, ce qu’on appelle les "anciens déplacés", près de la moitié sont encore "déplacées" (220 000 environ). La plupart venant d'Abkhazie, ont tout perdu, sans vraiment d'espoir d'y revenir. Certains ont été accueillis dans des familles d'accueil Mais 90 000 personnes sont depuis 15 ans, dans des centres collectifs : des anciens batiments publics de l'époque soviétique réquisitionnés pour l'occasion (sanatoriums, kindergarten, usines...) équipés à la va-vite, provisoirement. Mais le provisoire dure. Ces déplacés ne sont pas autosuffisants. Certains reçoivent de la nourriture cuite ou quelques aliments du PAM. Il y aura encore besoin de soutien.

Le bénéfice du conflit : une nouvelle attention. Jusqu’à peu, en fait, le gouvernement géorgien ne voulait pas intégrer durablement ces personnes. "La communauté internationale s'est un peu faite dupée par le gouvernement géorgien" explique ce responsable d'une organisation internationale. Il n'y avait alors aucune volonté d'intégrer ces déplacés qui n'avaient parfois pas de droit de vote ou d'achat de terre". Tout cela pour les pousser à revenir. Ce n'est que récemment, depuis trois ans en fait, que cette position a commencé lentement de changer. Le contexte de la nouvelle guerre a accéléré cette prise de conscience. « Désormais le mot « intégration » n’est plus tabou ». Ce conflit a ouvert une « fenêtre d’opportunité financière, une attention politique, internationale », comme jamais il n'y en a eu me confient plusieurs responsables d'ONGs ou expert politique. Ainsi le HCR a reçu de l'Union européenne, trois fois son budget annuel, juste pour la phase d'urgence. 


Un pays où l’impulsion règne. On va vite, on construit vite. « Cheap and dirty » me dit un des organisations humanitaires. Ainsi la Géorgie construit à toute vitesse, des maisons pour abriter les déplacés. Des "cottages" dans l'appellation humanitaire. Enfin des maisons ! Plutôt du préfabriqué, un toit, de l'électricité. Et c'est tout ! Pas d'eau courante. C'est un robinet à l'extérieur qui fait fonction. Idem pour les toilettes. Le chauffage a tout bêtement été oublié : on n'a ainsi pas prévu de faire un trou dans les super double vitrages, pour passer le traditionnel poële à bois. Quant aux équipements collectifs - école, commerce, transports publics... - ils ne sont pas prévus. Ils vont arriver affirment les responsables géorgiens à leurs interlocuteurs des organisations humanitaires. De quoi vont vivre ces personnes ? Des industries vont arriver affirment les mêmes. Quand ? Comment ? Pas de réponse pour l'instant... On l'aura compris, en Géorgie, tout est réalisable. Mais la réalité c'est autre chose...

Les "cottages" en construction pour les déplacés le long de l'autoroute de Tbilissi à Gori © NGV

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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 22:48
C’est sur les hauteurs de Tbilissi, que la mission européenne a établi son quartier général, dans ce qu’on appelle la datcha de Chevardnadze, le premier président de la Géorgie indépendante (et ancien ministre des Affaires étrangères de Gorbatchev), des arbres aux essences rares, des herbes qui folâtrent… Ici on respire un autre air que le bas de ville, encombré de gaz de circulation, aux heures de pointe. Et le calme s'y profile, au contraire des coups de klaxon qui résonnent en permanence dans la ville.
Vue de Tbilissi à partir de la mission © NGV

Logés, d’abord dans une datcha officielle, les Européens se sont très vite repliés – dès qu’il a été aménagé – sur le bâtiment d'coté, qui leur était attribué (question de finances, également, la datcha avait un certain prix. Nb : les bâtiment auparavant publics appartiennent désormais  à une personne privée qui prévoit une opération immobilière). L’ancien bâtiment qui servait aux réceptions d’hôtes étrangers est resté à l’abandon durant plusieurs années. Et la première tâche des « Européens » a été de l’aménager pour pouvoir y travailler. Encore aujourd’hui, les peintres et électriciens sont au travail, pour aménager des bureaux, un peu plus pratiques que les grandes salles.
Siège de l'Eumm Georgia Tbilissi © NGV

Au rez-de-chaussée, l’accueil est réduit au plus sommaire, une table, une chaise, un ordinateur. Bientôt, on pourra y aménager une cafétéria bar. En attendant c’est la femme de ménage qui amène quelques friandises et plats chauds à midi. Bien pratique. Car « ici il n’y a pas grand chose pour manger ».

Au 1er étage, la salle de réunion générale – qui accueille les briefings du matin- et des bureaux, encore en cours d’aménagement (quand j’y suis passé), qui serviront à l’équipe administrative et de soutien (marchés publics, gestion du personnel…). Aujourd’hui encore, tous les plâtres ne sont pas encore secs, au propre comme au figuré.
On peint, on répare, on cable © Ngv

Au 2e étage, le « commandement », la communication et les « opérationnels » (renseignement, liaison avec le terrain…). Ceux-ci sont installés dans une salle magnifique, à faire pâlir de jalousie Javier Solana ou les plus hauts responsables européennes. Parquet au sol, lustres, grandes baies vitrées sur le parc, elle paraît un « peu démesurée presque » pour la petite dizaine d’opérateurs qui y travaillent d’ordinaire. Mais bien pratique pour étaler les cartes (elles sont au mur et on attend encore les tables pour travailler de façon plus précises). On comprend d’ailleurs pourquoi il y a une « top interdiction d’entrer, de photographier. Interdiction plutôt inutile, il faut le reconnaître. Une « connerie » reconnaissent la plupart des agents qui travaillent ici. « Il n’y a rien de vraiment secret ».
la salle opérationennelle (vue d'une partie de la salle) © NGV

Tous les matins, à 9h, les « opérationnels » prennent possession de la salle de réunion, pour un tour d’horizon rapide : renseignement, planification, conduite des opérations, etc... Puis à 10h30 c’est la réunion avec tout l’Etat-Major. Chacun des responsables (opérations, renseignement, presse information, politique) fait le point de ce qu’il a remarqué. Tous les jeudis, une réunion avec tous les ambassadeurs présents dans la capitale géorgienne (de l’UE mais aussi de pays comme les Etats-Unis), et des autres organisations impliquées comme l’OSCE, l’ONU…) a lieu. A cette réunion, où il y a environ 20 à 30 personnes, commence par un point de situation de la semaine écoulée (avec les évènements marquants). On « croise les rapports » des autres organisations présentes sur le terrain (Osce ou Monug). Mais il n’est pas question encore de « coordonner les patrouilles »...
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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 07:19

Le dispositif de la mission d'observation de l'UE en Géorgie mis en place début octobre, avec ses quatre "Field Office" - deux près de l'Abkhazie (Poti, Zugdidi), un près de l'Ossétie (Gori), l'autre près de Tbilissi (Bazaleti) - va être organisé. Le "Field Office" de Poti va être supprimé. Et un nouveau poste sera créé près de l'Ossétie (Khashuri), permettant de couvrir la zone ouest de l'Ossétie. De la même façon, la capacité de réaction rapide RRC formée de 20 personnes, va être déplacée à Khashuri. Et le Field Office de Bazaleti sera déplacé à Mtskheta, entre Gori et Tbilissi, près de l'autoroute, ce qui facilitera la rapidité de déploiement.

Implantations actuelles de l'EUMM Georgia


Une réorganisation nécessaire à un double titre : le retrait des Russes des zones de sécurité autour de l'Abkhazie et de l'Ossétie a changé la donne. "Il faut donc se rapprocher de la limite administrative" me confie un responsable de la mission. Et l'hiver arrive. Il faut donc réorganiser les forces... Près de l'Abkhazie, avec la fin de l'occupation russe dans la zone de sécurité, le poste de Poti, est désormais un peu excentré alors de Zugdidi, "on peut aller très vite partout dans la zone". A l'inverse, autour de l'Ossétie du Sud, la zone à contrôler est plus vaste et moins facilement acessible. La situation géographique, particulièrement escarpée dans le nord (on monte rapidement sur des 1000 - 2000 m), rend les routes sont plus difficilement accessibles, même en temps normal. Déjà aujourd'hui, il faut près de quatre heures pour monter de Gori à Perevi. Alors quand la neige sera là... 


Mise à jour du 1er décembre : communiqué officiel de l'EUMM

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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 18:20

La Géorgie n'adhérera pas à l'Otan. C'est clair. Ce n'est pas pour demain. Non seulement pour des raisons géostratégiques ou politiques (plusieurs Etats membres comme l'Allemagne, la France, l'Italie, la Belgique, l'Espagne y sont opposés... ca fait beaucoup!). Mais aussi tout simplement car les conditions primaires d'adhésion à l'organisation euro-atlantique ne sont pas remplies. L'Etat de droit ne fonctionne pas parfaitement, m'explique un diplomate à Tbilissi. Il y a environ 300 prisonniers qu'on peut qualifier "d'opinion" dans les prisons géorgiennes. La justice est assez aléatoire. La liberté de la presse est une façade ; la télévision et la presse en géorgien répètent conscienceusement la parole du pouvoir. Certains décès d'opposants demeurent mystérieux et non élucidés. La torture et les mauvais traitements restent pratiqués sans véritable sanction. La brutalité policière reste de mise. Le rapport d'Amnesty international est éloquent sur ces points. La réunion prochaine du Conseil atlantique des 2 et 3 décembre pourrait donc confirmer qu'il est urgent d'attendre pour la signature par la Géorgie du plan d'action pour l'adhésion (Map). (Les Etats-Unis viennent de confirmer cet état de fait par la voix de Condoleezza Rice, la secrétaire d'Etat).


La volonté de revanche anime les dirigeants, pas la population. La mémoire historique du géorgien vainqueur règne alors que la réalité est autre. Le pays a souvent été sous influence russe. Et son indépendance est récente. La volonté de revanche semble toujours animer le gouvernement géorgien. Il conduit le réarmement et le rééquipement de l’armée géorgienne, la reconstruction des casernes (photo) avec le soutien américain. L'ambassade américaine à Tbilissi est une véritable base. Construite à la sortie de la ville, elle s'étend sur plusieurs hectares. Et compte près de 500 agents ! Dans la population, en revanche, je n'ai pas ressenti cette volonté d'en découdre. Même chez les policiers rencontrés. Il y a plutôt l'envie d'en finir avec des années de conflit, et de situation économique et sociale mauvaise.

Caserne de l'armée géorgienne près de Gori © NGV


La situation paraît bloquée entre la Russie qui craint une extension de l'Otan à ses portes. Et la Géorgie qui craint une nouvelle invasion, ou un lent grignotage des Russes et de leurs alliés (un peu turbulents), Abkhazes et Ossètes. L'adhésion à l'Otan n'apporterait rien de plus. Elle crisperait encore la situation, provoquerait peut-être une nouvelle intervention des Russes, ou la multiplication des incidents, tout en sachant que peu d'alliés de l'Alliance Atlantique veulent venir mourir pour la Géorgie. Le président local a oublié sans doute un précepte : jamais l'Otan n'est intervenue frontalement - sur un territoire européen - contre les Russes.


Les Européens devraient - à mon sens - être vigilants. En évitant de financer, directement ou indirectement le réarmement - à outrance - de l'armée géorgienne. En exigeant d'eux des avancées démocratiques très nettes. En évitant de laisser berner par de vagues promesses comme précédemment. En avertissant également leurs amis géorgiens, que la répétition des incidents et une nouvelle provocation - comme celle qui a eu lieu dimanche avec le président polonais -, entraîneront des mesures de rétorsion. Une nouvelle politique doit se mettre en place pour la Géorgie. La soumission aux Russes n’est pas acceptable. Mais la permanente tension non plus. Pourquoi ne pas inventer autre chose... D'autant qu'avec les voisins qu'a la Géorgie : la Tchétchénie n'est qu'à quelques dizaines de kilomètres, l'Iran n'est pas loin. Le pays a également des frontières communes avec les deux frères ennemis - Azerbaïdjan et Arménie - qui se disputent le Haut Karabagh, ce serait de l'intérêt de tout le monde - Européens, Géorgiens comme Russes, d'avoir ce coin là du Caucase un peu apaisé... Les Européens ne peuvent plus échapper à ses responsabilités comme ils l'ont fait dans le passé !

Place de l'Europe à Tbilissi - au loin le palais présidentiel © NGV


Quel avenir alors pour la Géorgie ? Personnellement je n'en vois qu'un : la proclamation de la neutralité. Au terme de ce voyage, j'en suis convaincu, la Géorgie n'aura rien à gagner à entrer dans l'Otan, sinon la perpétuation d'un conflit, elle doit choisir des relations pacifiées avec ses voisins... Et les Européens doivent faire une pression capitale sur la Russie pour qu'elle respecte ce choix (lire aussi V. Havel et R. Sikorski). La neutralité n'empêche pas une armée forte, ni de participer - de façon ad hoc - à diverses alliance. Le modèle pourrait être en l'espèce ce qui s'est passé pour l'Autriche ou la Finlande, après la seconde guerre mondiale. L'un comme l'autre ont proclamé une sorte de non alignement qui leur ont permis l'un de voir les troupes russes se retirer de leur territoire, l'autre de pacifier ses relations avec son puissant voisin. Ce n'est sans doute pas l'idéal pour un peuple fier et ombrageux comme le sont les Géorgiens. Mais c'est mieux que cette insécurité permanente qui empêche toute vélléité de développement économique et démocratique...


 

Cette jeune fille devra-t-elle subir

autant de douleurs et de conflits

que cette vieille femme ?


Voilà la question que doivent se poser

les dirigeants géorgiens, russes

et... européens.

 

 

 

 

 

 

 

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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 16:20

Qui est responsable du conflit ? C'est la question à un euro. Peu importe qui a commencé, au mois d'août, ce n'est pas le plus important. Ce qui semble sûr, « c'est qu'il y a volonté de la Russie de gagner - par ossètes et abkhazes interposés - du territoire ou de l'influence » m'explique un diplomate. Un lent grignotage toujours présent. Coté ossète comme coté abkhaze cela se manifeste par une série d'incidents qui « visent clairement à marquer qu'il y a, ici, une vraie frontière. Voire à faire un peu fuir la population locale ».


Violences et provocations en série qui ne datent pas d'hier. Les provocations sont courantes, de part et d'autre de la frontière. Et, régulièrement, il y a des blessés, voire des morts. Cela ne date pas d'hier. « Même si on peut estimer qu'il y a une recrudescence depuis une semaine - m'explique un observateur -, les plus anciens ici estiment que ce n'est juste qu'un "retour à la normale"».Jusqu'à présent, tout le monde s'en foutait. L'Europe regardait ailleurs et feignait de ne pas voir. Quand on interpellait nos capitales, personne ne répondait. Ce conflit a eu au moins un mérite, ramener l'attention vers la Géorgie » me confie ce diplomate. Un propos confirmé par plusieurs experts. « Nous avons reçu trois fois les sommes depuis le conflit que ce que nous avions reçu pour cette année. Nous allons, enfin, pouvoir avoir les moyens d'une action concrète. » me confie le responsable d'une organisation onusienne.


L'armée géorgienne en manoeuvre à deux pas de la frontière. Signe que rien n'est simple dans cet enchaînement de provocations de part et d'autre, le gouvernement géorgien vient d'envoyer ses militaires en "entraînement" à quelques kilomètres de l'Ossétie du Sud. « Ce qui n'est pas une violation du cessez-le-feu, stricto sensu - me précise un expert européen -, les forces armées doivent rentrer dans leurs casernes dans l'ancienne buffer zone ». Mais celle-ci ne recouvre pas toute la frontière de l'Ossétie du Sud, elle ne s'étendait que sur le sud de la région». De même, les Ossètes régulièrement s'entraînent, de l'autre coté de la frontière, avec tirs ou explosifs... Cela ne contribue pas peu à entretenir une atmosphère tendue.


Volonté d'isolement. Du coté abkhaze, plusieurs ponts ont sauté, la "volonté réelle étant de n'avoir que quelques points de passage bie délimités, permettant de contrôler toute circulation de part et d'autre" me signale un expert du dossier. Du coté ossète, le blocage est identique mais semble le fait des deux parties. Il est impossible d'entrer en Ossétie en venant de Gori, du moins en voiture, et même à pied (pour l'instant) mais par les petits chemins ou petites routes de montagne (sur les deux cotés est ou ouest), cela semble possible. Le blocage existe aussi coté géorgien. On sent "une volonté nouvelle (qui n'existait pas avant août) d'isoler l'Ossétie, de l'asphixier" me précise un diplomate. Une loi a ainsi été votée interdisant aux entreprises ossètes d'exercer, si elles ne sont pas inscrites à Tbilissi.

 

Une véritable épuration ethnique. Plus grave. En Abkhazie et en Ossétie du sud, « on est face clairement à une épuration ethnique ». Le constat paraît brutal. Mais m'est répété à plusieurs reprises tant coté diplomatique que coté militaire. « Même si certains experts en chambre refusent de le reconnaître, sur le terrain c'est clair » précise ainsi un diplomate européen. La plupart des Géorgiens (250 000 ?) vivant en Abkhazie avaient fui lors du premier conflit en 1992. Et les quelques uns qui restent sont « réduits à l'esclavage. Ils sont obligés de travailler ou de fournir gratuitement les troupes russes ou abkhazes. S'ils résistent... » Propos confirmé par un observateur. « Le long de la frontière abkhaze, on voit clairement, qu'il y a une volonté de faire "coller" la limite administrative avec la limite géographique, du fleuve. (...) Il n'est pas exclu certaines actions coups de main », me détaille un expert militaire, « visant à récupérer certaines bandes de territoire, par exemple, la petite bande de terre à l'ouest entre le fleuve et la limite administrative ou du coté du barrage de Mushava (voir carte). Celui-ci - en territoire géorgien - alimente en effet tant la Géorgie que l'Abkhazie, (le générateur se trouvant dans la partie abkhaze)...


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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 18:30

Bizarre quand même, ces tirs qui ont visé, dimanche,  le passage du convoi des présidents polonais et géorgien Lech Kaczynski et Mikheil Saakachvili à la lisière de l'Ossétie du Sud sur la route d'Alkhagori. Cela me rappelle un incident du même accabit - cette fois lors de la visite de Bernard Kouchner et Alexandre Stubb (Osce) en plein mois août, "évacués d'urgence" par des gardes du corps "affolés" à qui on avait signalé un "hélicoptère suspect" A chaque fois qu'un officiel important se ballade en compagnie de Sakharchvilli, des tirs se déclenchent venus du camp ossète.  Ce type doit porter quand même la poisse !  :) ... L'entourage du ministre français et des journalistes qui l'accompagnaient m'avaient alors confié leur sérieux doute sur le danger réel et parlait d'une "mise en scène" !

Un rapport secret de 16 pages coté polonais confirme le doute.  Nos confrères du quotidien « Dziennik » ont aujourd’hui rendu publiques les conclusions d’un rapport confidentiel de l’Agence de sécurité intérieure (ABW), attribuant la responsabilité de l’incident lors de la visite du Président Kaczynski en Géorgie aux services géorgiens. Selon Krzysztof Bondaryk, chef de l’Agence, cette thèse est corroborée par 1) le comportement des services de sécurité géorgiens - ils n’avaient pas réagi aux premiers coups de feu -, 2) par l’attitude décontractée du Président Saakachvili lors de tout l’incident. 3) rien ne prouve que les coups de feu aient été tirés dans la direction du cortège. 4) il n’est pas exclu que les postes de frontière Ossètes aient pu tirer - comme de récentes déclarations des autorités ossètes l'affirment - mais plutôt "des coups de semonce à l’approche du cortège". Selon les auteurs du rapport, le Président Saakachvili aurait été "le seul à bénéficier de l’incident", à la veille des manifestations annoncées par l’opposition politique. « Dziennik » a remarqué que l’ABW considérait cette hypothèse comme la plus plausible,  (Nb : ce rapport confidentiel a été rédigé le 24, le lendemain de l’incident, et transmis aux plus hautes personnalités de l’Etat. Venant de services polonais, plutôt enclins à trouver des vertus au président géorgiens, il doit être pris très au sérieux).


Une version tangible. Vu la tension dans le secteur et ce que j'ai pu en percevoir, par les témoignages recueillis, il n'est pas exclu que des Ossètes aient tiré, en l'air, éventuellement, ou dans quelques directions - c'est courant dans le secteur ce genre "d'incidents" sans vraiment de conséquence. Et régulièrement m'ont rapporté les observateurs, les forces, de part et d'autre, montrent ainsi leurs... biceps. (voir l'essai de classification des incidents).


En conclusion, il faudra, peut-être, qu'un jour le président géorgien - ou sa garde rapprochée - comprenne qu'à force de "monter" de tels coups douteux, foireux, il risque de discréditer sa cause ! Car on va désormais avoir un doute sur tous les incidents - bénins ou plus graves - qui se déroulent dans cette contrée.

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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 07:00

Un petit village entre Gori et Tshinkvali, dans l'ancienne buffer zone d'où les Russes se sont retirées. Pour y arriver, nous prenons une petite route entre les champs, à peine carrossable. Et nous arrivons à Kitsnisi. Ce petit lotissement de plusieurs immeubles d’un étage a plutôt bien résisté à la « dernière » guerre.


Etonnant ? Non pas tout à fait. Quand on traverse l’ancienne « buffer zone » (zone de sécurité), on ne peut pas dire qu’il y a eu une razzia complète. Mais on s’est battu. Chaque village compte au moins une, deux, trois maisons détruites, toit calciné, vitres arrachées, pierres éclatées (photo dans un autre village). Parfois plus. Mais je n’ai pas vu de village rasé. Les casernes et emplacements stratégiques ont été, en revanche, bien pilonnés.


Je débarque là un peu par hasard... grâce à une (charmante) confrère géorgienne, qui travaille aussi pour l’ONG Care, et m'a invité à la suivre (elle n’a pas dû trop insister!). L’organisation humanitaire distribue des ustensiles de cuisine, des couvertures. C'est la troisième fois qu'ils reviennent. L'aide est financée par le ministère allemand des Affaires étrangères, UsAid et la Communauté européenne. « J’ai choisi ce village car ils n’avaient rien reçu » m’explique le « distribution manager » de Care. Et effectivement, un habitant me le confirme. « C’est la première aide européenne que nous recevons, à part Israël ». Les habitants sont contents de nous voir. Nous y resterons de longues heures, instructives. Chacun tenant absolument à raconter son histoire. Et nous finirons par aller boire un café, manger des mandarines et des pommes chez un habitant.


Le lotissement a été plus ou moins épargné par la guerre. Une maison a certes été en grande détruite par une bombe. D’autres ont été endommagées. Les vitres ont été soufflées, et les murs un peu secoués, parfois bien fissurés, par les explosions. En ce jour de novembre, avec le soleil, quelque temps avant l’hiver, on remet en place les dernières vitres et coups de mastic pour que les maisons, avant l’arrivée de l’hiver. 17 bombes sont en effet tombées sur le village, venant du côté russe (ou géorgien peut-être aussi, car ils ont été pris sous le feu. « Quand j’ai vu arriver les Russes, j’ai été d'une certaine façon, rassuré » explique une habitante, « au moins on savait que les bombardements cesseraient ». Mais aucun habitant n'a été blessé ou tué.

Et  rien ou presque n'a été pillé. Quelques hommes sont restés ici durant les hostilités. Ils se sont caché dans les caves, les champs, ne revenant qu’à la nuit dans les maisons. « Le père de mon (gendre), un Ossète, est resté au village. Il a veillé sur les vieilles personnes qui restaient, pour leur donner à manger ». Boris, aussi, est resté au village. Sa femme arménienne qui est partie se réfugié à Ksalka, n’est pas revenue. C’est la seule à être décédée dans la guerre (de maladie). «  Les autres se tenaient informés par téléphone. « Les Russes ne nous ont rien fait, ils sont restés en dehors des maisons. Ils n‘ont rien pillé » témoigne un habitant. « Les Russes et Ossètes ne sont pas vraiment entrés dans le village, ils sont passés, ne sont pas entrés dans les maisons et sont restés à distance ».


Les gens heureux malgré tout. A ma question de savoir pourquoi ils rigolent autant, Asia me répond (elle est arménienne d’origine). « Nous sommes heureux car on n’a pas vu de personnes mortes, de sang, comme dans des villages voisins, on n’a pas perdu de voisins ». Elle ajoute « j’espère que çà se finira bien, et qu’il y aura la paix. Sans cet espoir, ce n’est pas possible de vivre ». Son caractère est plutôt trempé. « Quand elle était encore ici, elle a été sur le carrefour pour prier pour la paix. C’était très difficile. Mais j’étais sûr que si j’allais prier là, je serai entendu ».


Des caractères trempés, il y en a d’autres. Comme Katuna, qui s’était réfugiée à Katuna, mais a décidé de revenir pour récupérer… les équipements de sa fille qui allait se marier à Tbilissi (machine à laver, téléviseur, matériels ménagers…) qui étaient restés au village. « J’ai pris un taxi, a passé tous les checks points, les Russes m’ont laissé passée. Juste un coup d’œil. Les Géorgiens étaient plus soupçonneux. D’où je venais, pourquoi… ».


Une vraie mixité. Il faut dire que les 240 personnes qui vivent ici sont un vrai patchwork de nationalités. Des Géorgiens évidemment, mais aussi des Ossètes, Arméniens et même un bulgare et une Biélorusse. Une mixité qui les a peut-être épargné. Mais qui n’est pas rare en Géorgie, surtout dans cette région, où les mariages mixtes sont nombreux. D’ailleurs jusqu’au mois d’août, les mouvements, de part et d’autre de la « limite administrative », étaient courants. Les uns allant à Ergneti, pas loin d'ici. Les autres venant voir leurs familles ou acheter des biens à la ville (Tshinkvali). « Les Géorgiens et Ossètes vivaient vraiment amicalement » raconte une femme. « C’est la faute de la Russie ». Un sentiment assez partagé ici, semble-t-il. Car maintenant la frontière est fermée, hermétiquement close. Et même les "locaux" ne passent plus.   


Ici la vie est rude et l'avenir difficile. L’eau est au puits. Le chauffage est au bois – que l’on coupe à l’extérieur. Il y a cependant l’électricité et la télévision. Et chacun est équipé d’un Gsm. Les voitures sont plutôt d’un autre temps – une Volga 91 par exemple – mais elles démarrent au quart de tour. Signe d’un entretien attentionné. La terre cependant aux alentours était assez riche. Mais les bombes ont tout brûlé. Les animaux ont fui. Certains récoltes (pommes, pommes de terre…) ont été détruites. Ou elles n’ont pu être récoltées et vendues comme d’habitude. Cela se traduit par une perte économique sèche pour ces habitants. « Quand viendra l’hiver, nul ne sait comment ces populations vont pouvoir vivre » me confie un responsable humanitaire.

 

 

Copyright photos - Ngv


Merci à Tako (pour sa traduction et ses explications), Mischka (notre chauffeur),

à Boris, Katuna, Asia, Shota, Vera, Valentina, Inga, Elen et tous les autres

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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 18:26

La tension palpable. En Géorgie, plus de deux mois après la guerre du mois d’août, la situation reste tendue et les incidents, courants. Incidents de toutes sortes d’ailleurs. Vu de Paris ou de Bruxelles, cette assertion pourrait paraître exagérée. Sur le terrain, elle est très palpable. Même s’il faut faire une distinction entre la psychose logique de la population et la réalité, il y néanmoins quelques faits qui interpellent. Les plus anciens de la Géorgie diraient que ce n’est jamais qu’un « retour à la normale », une situation qui a souvent été vue, depuis la première guerre d’Abkhazie et d’Ossétie dans le début des années 1990.

Mais par rapport au premier mois de la mission des Observateurs européens (EUMM), il y a une accélération des incidents mortels. Octobre avait été « assez calme », de l’aveu de tous. Quelques incidents, des « tirs » et « explosions » entendues. Mais rien de particulièrement sérieux. « Depuis début novembre, il y a « davantage d’incidents » explique un observateur. Et certains sont « sérieux ». Certes, chacun n’est pas comparable à l’autre. Certains sont sans conséquence sur les vies humaines. D’autres visent clairement à tuer ou à semer la peur de la population.


Photo : check point géorgien, au fond le check point russe et ossète près de Tskhinvali © NGV


La classification des incidents


Les Observateurs utilisent une grille pour classer les incidents, selon non pas leur gravité en soi, mais leur contexte.


1er type d’incidents : des échanges de tirs entre forces de police. Cela ressemble d’ailleurs plutôt à de la provocation rituelle entre forces armées qui se font face à face, qu’à une réelle confrontation. Ainsi, jeudi matin à Ghalmagourhi, il y a eu des tirs sur le poste géorgien. Selon les témoignages recueillis sur place, « 12-15 personnes ont débarqué d’un BTR, côté russe, s’en sont suivis des tirs au RPG7, loin du poste, personne n’a donc été blessé. Les Géorgiens ont riposté. Mais sans toucher personne… alors qu’ils étaient à 80 mètres, une distance très courte » (sous entendu, à 80 mètres quand on veut blesser quelqu’un, c’est à la portée de n’importe quel tireur). Ce qui laisse planer « un doute » sur la réalité de la confrontation. Celle-ci est parfois digne davantage de la guerre des boutons. « Ce matin » (nous sommes le 20 novembre) me raconte le policier géorgien au check point près de Tskhinvali, « ils (les Ossètes et Russes qui tiennent le poste en face) nous ont jeté des pierres ». Qu’avez-vous fait alors ? « On a relancé des pierres » explique-t-il hilare. Certains incidents sont moins drôles. A Pakhulani, ainsi, le 15 novembre, un policier a été tué, à la limite administrative, avec un échange de coups de feux. Il avait franchi la limite estiment les Abkhazes.


2e type d’incidents : ils visent à limiter la liberté de mouvement de la population mais aussi à entretenir un sentiment de peur. C’est davantage le cas le long de l’Abkhazie, avec la destruction d’un pont, d’un transformateur à Mushava. Mais aussi le long de l’Ossétie comme ce pont qui a sauté à Artsevi.


3e type d’incidents : des actes avec volonté délibérée de tuer. « Deux incidents sérieux ont eu lieu, coup sur coup, ces derniers jours » me raconte un observateur. Ce qui est nouveau par rapport à notre premier mois de présence. Des engins explosifs improvisés (IAD) ont été « déposés sciemment avec l’intention de tuer ». Et n’importe qui. Civils ou policiers, adultes ou enfants.


Deux actes violents


Premier acte. D’abord à Dvani (à l’ouest de Tskhinvali), lundi 10 novembre, 2 morts dans l’explosion d’un engin explosif improvisé. un drapeau sud ossète est planté en plein champ, avec la hampe du drapeau est relié par un fil à une mise à feu et un engin explosif enterré. Impossible de détecter quoi que ce soit a priori. Deux policiers géorgiens s’y laissent prendre. En tirant la hampe, explosion, deux morts... Après cet incident, les règles de sécurité pour les observateurs ont été rappelées. Interdiction de ramasser quoi que ce soit…


Deuxième acte. Un drone piégé explose à Plavi, lundi 17 novembre, 2 morts, 8 blessés dont un enfant de 10 ans. Un « engin bricolé mais fait pour tué ». Plusieurs versions ont circulé. Telle que j’ai pu la reconstituer, voici ce qui aurait pu se passer. L’histoire relève non seulement l’intention de tuer mais d’une mise en scène assez vicieuse avec la maitrise de certaines technologies. Les Géorgiens ont, en effet, d’abord trouvé, le matin, un premier drone, qui avait atterri dans un arbre avec parachutes et caméras. Un vrai drone donc. Puis, dans l’après-midi, un deuxième drone lui ressemblant étrangement est signalé, au sol. Une équipe de déminage – comme c’est l’usage – arrive pour examiner l’engin. La méthode de détection est basique, mais normalement efficace. Les démineurs placent une corde autour de l’engin, puis se mettent à l’abri et tirent dessus. Si rien ne vient, c’est que tout est Ok. C’est ce qui se passe. Les démineurs s’approchent alors, rassurés. Ils déplacent le drone vers une zone plus propice à l'examen ; s’approchent, ouvrent le couvercle du drone. Boum. Les démineurs meurent, huit autres policiers et un enfant de 10 ans sont blessés (selon le bilan fourni par les autorités géorgiennes). Selon les habitants sur place, la première réflexion des démineurs (et leurs derniers mots), quand ils se sont approchés, la dernière fois du drone, aurait été de s’étonner de ne voir ni caméra, ni système de propulsion. A l’arrivée des observateurs, « tout a été nettoyé ». Il ne reste plus qu’un corps de policier. Et rien d’autre…
La question est donc de savoir qui a pu mettre de tels engins explosifs, en territoire géorgien, à la limite de l’Ossétie. Une incursion ossète ou russe est tout à fait possible techniquement. « La nuit nous entendons des bruits de voiture, de déplacement » confient certains habitants de la région.  Comme l’hypothèse d’une provocation géorgienne peut être aussi envisagée.


Dernier type d’incidents, non classifié, explosions ou coups de feu, de part et d’autre, non dirigés, souvent à l’intérieur des territoires respectifs. Il y a aussi régulièrement des explosions. « Ce matin – me raconte ainsi ce policier géorgien près de Tskhinvali -, nous avons entendu également des explosions de l’autre côté (il désigne de son doigt Tskhinvali, juste au dessous de nous). Mais cela tenait plutôt de l’entraînement ou d’autre chose » précise-t-il, pas inquiet pour un sou. Les forces géorgiennes ne sont pas en reste de ce type de provocation également… Elles ont ainsi décidé d’entraîner leurs forces armées, à deux pas de la frontière ossète. Une possibilité qui n’est pas exclue, formellement, par les accords en six points. Car la démilitarisation (pas de présence des forces armées).


Savoir ce qui s'est réellement passé, difficile


Les observateurs ont souvent des difficultés à déterminer les faits, entre les déclarations des uns et des autres (police, officiels, population…). « Nous n’avons pas de pouvoir d’investigation, d’entrer dans les maisons, ni d’interroger des personnes. Nous sommes dépendants des informations qu’on nous donne. Quand nous arrivons parfois, les sites ont été « nettoyés ». En même temps, nombre des observateurs ont une expérience policière et militaire ». Cela leur permet d’apprécier « la qualité des informations » recueillies. Exemple : « Un policier nous a dit avoir été frôlé par une balle. Son blouson était effectivement troué au ras du cou. Mais rien de plus précis. Aucune trace de brûlure ou même de rougeur pour l’homme (alors que normalement, avec la chaleur dégagée par la balle, et le trou placé au blouson, il y aurait du avoir au moins une rougeur)… Quant à savoir qui a commencé et la réalité de ce qui s’est passé, c’est encore une autre histoire !

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 19:59
Je reviens d'un petit tour (trop rapide) à Tbilissi et en Géorgie pour suivre (un peu) la mission d'observation de l'UE dans le pays.


Un petit tour d'abord au quartier général de l'EUMM à Tbilissi. Pour des entretiens formels et informels. Ici la salle de commandement. Une ancienne salle de réception. Parquet vitrifié, lustres, grandes fenêtres donnant sur un parc magnifique et dominant toute la ville de Tbilissi, c'est un peu "démesuré". Mais bien pratique en quelque sorte. Officiellement il est interdit de faire une photo. Une "imbécilité" reconnaissent la plupart des "opérationnels". On n'a rien à cacher. Et il n'y a rien de très secret. Disons que la photo n'a jamais été faite alors... La question de la communication est d'ailleurs un des points faibles, un des enjeux aussi, de cette mission.

Salle opérationnelle du QG de l'Eumm à Tbilissi © NGV


Un petit tour ensuite sur le terrain avec des patrouilles. Cela permet de comprendre la géographie du pays, les difficultés d'accesibilité de certaines points, donc de contrôle stratégique pour les forces en présence et d'observation pour les Européens (Perevi par exemple, vallée d'Alkhagori, ...). Le suivi classique ensuite d'une des 500 patrouilles faites jusqu'à ce jour par les 200 observateurs de l'UE. Sur la photo : deux policiers polonais, un gendarme français commandé par un expert civil bulgare (ancien du Ministre de la Défense). Nos "quatre mousquetaires" montent à pied sur le check point géorgien près de Tskhinvali (Ossétie du sud) à la rencontre des "policiers" géorgiens qui gardent la "frontière". A pied, car il fait un peu clair et avec les véhicules aux apparences militaires, mieux vaut éviter toute méprise des Russes et Ossètes qui gardent le check point de l'autre coté et peuvent voir à l'oeil nu toute arrivée ... Je vous parlerai aussi des enjeux de la visibilité...

  Nos quatre "mousquetaires" à l'approche du Check point géorgien © NGV

 

La situation reste en effet tendue. Même si les observateurs n'ont jamais été visés intentionnellement ces derniers jours (ils ont été pris une fois dans un échange de tir entre les deux forces en présence), les incidents graves se sont multiplés occasionnant des pertes de vies humaines dans les rangs géorgiens. Au point qu'on peut s'interroger sur la logique de cette multiplication au moment où s'engagent les négociations internationales... Je vous donnerai les quelques informations recueillies sur les derniers incidents, édifiant... L'EUMM redéploie d'ailleurs son organisation du début, à l'approche de l'hiver, en réaménageant ses Fields Offices.


Un tour ensuite dans un petit village géorgien au nord de Gori, un village miraculé, pas de morts et de blessés, et quelques dégâts limités. Ici les familles sont mixtes Géorgiens et Ossètes, Belarus, Arméniens... et vivent en bonne intelligence les uns, les autres. Même après ce qui s'est passé. Cette mixité n'est pas exceptionnelle dans ces villages. Leur secret espoir que la frontière se rouvre, pour pouvoir revenir au marché préféré, situé de l'autre coté en Ossétie du Sud. Mais de part et d'autre, on semble plus enclin à durcir la frontière qu'à la rouvrir. Je vous en dirai plus...

les trois générations - géorgiens et ossètes mélangés - dans ce village au nord de Gori © NGV


Enfin quelques "impressions géorgiennes" sur l'adhésion du pays à l'Otan et la situation des droits de l'homme pas excellente en Géorgie, la volonté de revanche toujours présente au niveau des responsables politiques qui paraît dangereuse pour l'avenir, la responsabilité dans le conflit, les provocations en série, l'isolement respectif et même l'épuration ethnique (le mot a été prononcé à plusieurs reprises par les experts européens présents dans la zone), la situation économique d'un pays en développement et des deux provinces "indépendantes",  ...


Avec mes remerciements à tous ceux qui m'ont aidé, aiguillé, informé durant ce voyage.

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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.