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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 07:00
Le gouvernement néerlandais a proposé de reconduire jusqu'au 30 mai 2010 la participation néerlandaise dans la force militaire européenne "EUFOR ALTHEA". Elle a ainsi présenté à la 2e chambre du pays un projet de décision. 85 soldats sont présents, notamment dans les équipes de liaison et d'observation (LOT) à Travnik, Mrkonjic Grad, Drvar et Livno. Coût de la mission pour un an de mission : 7 millions d'euros (3,6 millions pour 2009 et 3,4 millions pour 2010).

Pas de transformation de la mission militaire Eufor tout de suite

En filigrane derrière cette décision apparemment opérationnelle figure une décision très politique : les Pays-Bas sont un des pays, plutôt réservés au retrait des militaires européens de Bosnie (lire les différents avis en présence). "C
omme la majorité des Etats membres de l'UE, (ils) ne s'opposent pas, en principe, à la transformation d'EUFOR en une mission de formation militaire (1) mais estiment que ce n'est pas encore le moment de transformer EUFOR".

Le risque de retrait minimisé. En 2008, la Suède, la République tchèque et la Belgique ont retiré leurs soldats d'Eufor (une participation modeste). Plus récemment, la France (96 soldats) et la Finlande (45 soldats) ont décidé, de façon unilatérale, de retirer leurs troupes à l'horizon l'été 2009. Un retrait qui n'a pas d'impact opérationnel, soulignent les Néerlandais, d'autant que d'autres pays ont déjà annoncé une contribution accrue. L'Espagne et l'Irlande, aussi, ont également annoncé leur retrait (ce qui est sans doute plus inquiétant). De tels retraits sont considérés comme regrettables par le gouvernement néerlandais qui craint que la "crédibilité de l'opération soit affectée".

Une situation toujours à risque. La présence des militaires de l'EUFOR est "importante pour remplir complètement les objectifs de l'accord de Dayton  (y compris la démobilisation, le déminage, le contrôle de l'espace aérien, d'armes)". Elle "ne crée pas seulement un environnement fiable pour la coopération entre les différentes entités de Bosnie dans le complexe de l'État. Mais elle a aussi un effet dissuasif sur ceux qui voudrait perturber le processus politique d'unité de la Bosnie. En outre, la situation sécuritaire en Bosnie-Herzégovine doit être suivie de près dans le contexte plus large de la stabilité dans les Balkans. La criminalité organisée (avec le trafic d'armes et de drogues) et la corruption constituent encore une menace pour le processus politique."

Les conditions de la transformation. Une décision sur l'avenir de l'EUFOR Althea devrait tenir compte de la transition de la fonction du Haut Représentant (OHR) à celui d'un envoyé spécial de l'UE (EUSV). La fermeture de l'OHR et la fin de la possibilité d'auto-saisine (substitution, destitution, annulation... pouvoirs-dits de Bonn) pourrait signifier un vide du pouvoir et la possibilité de troubles reste inquiétante. Idéalement, le passage d'EUFOR à une mission de formation devrait avoir lieu qu'après avoir constaté que le passage à l'EUSV a été achevée avec succès.

(1) Parmi les 4 options en cause — 1) poursuivre la situation actuelle, 2) nouvelle réduction de la mision, 3) transformation  en mission de formation militaire et 4) fin de la mission — le Conseil a choisi l'option 3 (la transformation).

Télécharger le projet soumis par le gouvernement à la 2e chambre (en néerlandais)
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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 12:00
La mission État de droit « Eulex » au Kosovo est désormais pleinement opérationnelle. Une cérémonie a lieu au quartier général d’Eulex à Pristina pour marquer cet événement, le 6 avril. Soit avec un peu plus de six mois de retard sur le calendrier prévu : les Serbes d'abord, aidés des Russes, les Kosovars ensuite s'étant opposés à l'arrivée des Européens d'Eulex pour prendre le relais de la Mission des Nations-Unies pour le Kosovo (Minuk). La pleine capacité opérationnelle (FOC) signifie que ses effectifs sont au complet ou quasiment (un dernier rerutement est en cours) et qu'elle est active sur toute sa zone d'action. Selon un dernier décompte, plus de 1700 experts internationaux sont à pied d’oeuvre, assistés de 820 agents locaux.

Présente partout même au nord de Mitrovica. Malgré les difficultés du début, les policiers et douaniers européens sont déployés dans tout le Kosovo, y compris au nord de Mitrovica. Les policiers sont répartis dans les 34 postes de police et les six quartiers généraux. Les officiers des douanes européens surveillent ainsi les frontières « Gate 1 » et « Gate 31 » avec la Serbie, un des points les plus délicats de la mission. Car il marque de façon pratique, la coupure entre la Serbie et son ancienne province à majorité albanaise. Il met également fin à une ère de non-droit qui a favorisé les trafics, notamment d’essence. Selon Eulex, ainsi, la contrebande a chuté et les revenus fiscaux ont augmenté. Les magistrats et procureurs d’Eulex ont participé à 80 audiences. Parmi eux un jugement pour crime de guerre, condamnant son auteur à 17 ans de prison. Un procès s’est même tenu à Mitrovica, le premier depuis les incidents violents de mars 2008.

L'identification des disparus, action discrète d'Eulex mais nécessaire. Pour être discrète, la mission d’Eulex sur l’identification des personnes disparues doit être mentionnée. Car elle participe néanmoins du nécessaire travail de mémoire. Eulex a ainsi procédé à 13 exhumations. Et de nouveaux sites où pourraient se trouver les corps de personnes disparues ont été identifiées. Les restes de 23 personnes ont été formellement identifiées et 18 ont été retournées à leurs familles. 151 empreintes ont été remises pour analyse ADN.
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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 08:45
La ministre espagnole de la Défense, Carme Chacon, l'a annoncé, hier (jeudi 19 mars), lors d'une visite aux soldats espagnols basés au Kosovo (l'ancienne province serbe devenue indépendante). Les 620 soldats espagnols intégrés dans la force de l'OTAN au Kosovo (KFOR) vont se retirer d'ici l'été. «La mission est accomplie. Il est temps de rentrer à la maison». «Ce retrait sera échelonné, et en coordination avec les alliés» a-t-elle ajouté, selon ce que relate El Pais. A noter que durant toute sa visite au Kosovo - dont l'Espagne n'a pas reconnu l'indépendance — la ministre a bien pris soin de ne se prêter à aucun signe qui puisse s'assimiler à une telle reconnaissance, comme l'explique mon confrère.

Ce mouvement anticipe, de fait, la réduction du volume de la KFOR, dans laquelle pourrait s'engager l'OTAN dans les prochains mois. D'environ 15.500 soldats actuellement (ce qui est énorme pour un pays qui a la taille de deux départements français), la KFOR devrait ainsi passer, selon un premier projet par vagues successives à 9000 militaires, puis 7000, et à une force résiduelle de 2500 soldats. Cette troisième phase étant située à moyen terme.


Cette décision a surpris et un peu fâché au siège de l'Alliance. Le secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, jouant le détachement, n'a pu cacher sa surprise et sa déception devant cette décision. Il a estimé qu'il « ne connaissait pas les conditions du retrait». Et d'ajouter tout de même, comme un rappel à l'ordre : «Si nous changeons la taille et la structure de la mission, nous devons le faire à la suite d'une décision prise au sein de l'Alliance».
De fait, il semble bien que l'OTAN ait été mise devant le fait accompli. Les 26 Membres de l'Alliance devaient en discuter lors du sommet de Kehl-Strasbourg puis en juin. Et là la surprise est totale. En fait, « le secrétaire général l’a appris dans l’avion le mercredi soir par un appel téléphonique de la Ministre », m'a expliqué un de ses proches. Et « aucun signe ne laissait pressentir cette décision ». La Ministre s'était effectivement entretenue oralement mercredi avec le secrétaire général de l'OTAN et officiellement communiquée par lettre jeudi. « Au moins nous avons été informés avant la presse » a expliqué un responsable de l'Alliance, un rien pincé. Au siège de l'Alliance, on est un peu inquiet et on craint que ce retrait ne fasse tâche d’huile ou serve d'exemple pour le retrait d’autres contingents (Roumanie, Pologne...). Les militaires chargés de la planification vont se réunir pour revoir le plan de déploiement. C'est en effet un gros contingent qui s'en va.

Commentaire : Même si les deux dossiers ne sont pas intrinquément liés, cette décision est à rapprocher de deux autres discussions. Celle entre les Européens, au sein de l'Union européenne, sur la diminution de volume de l'opération Althea en Bosnie. L'Espagne, qui entretient un gros contingent, voulait également se retirer. Et l'avait annoncé depuis octobre dernier. Mais de nombreux Européens voulaient garder la mission, surtout sous commandement de l'OTAN. Et la décision semble difficile à prendre (lire ici). Autre discussion : celle sur les renforts en Afghanistan. Autrement dit : les Espagnols semblent dire à l'Alliance, si vous voulez plus de troupes là, il faut enlever des troupes ici. Et vous ne voulez pas nous les enlèverons quand même.
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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 22:10
La ministre tchèque de la Défense, Vlasta Parkanova, était peut-être légèrement optimiste jeudi dernier, lors du Conseil informel des ministres de la Défense, lorsqu'elle affirmait que les Etats membres étaient d'accord sur l'avenir de la mission militaire européenne "Althea" en Bosnie-Herzégovine (lire ici). De fait, il semble plutôt que certains Etats membres soient en désaccord sur cette question. L'unanimité étant requis en la matière, cela signifie qu'il n'y a pas accord... Sur le projet de reformatage de la mission et l'effectif des troupes actuelles, voir un précédent article.

Plusieurs Etats - particulièrement l'Autriche, la Slovaquie, les Pays-Bas et le Royaume-Uni - contestent, en effet, la réduction du format et le changement de mandat d'Althea en mai. Au contraire, d'autres Etats - notamment l'Espagne, la Finlande et la France - sont partisans d'un retrait rapide d'une grande partie de leurs troupes, à la fois pour des raisons politiques, opérationnelles et financières. Plusieurs autres Etats - Italie, Hongrie,... - sont plutôt entre les deux camps.

Les avis en présence

Les premiers estiment que ce retrait pourrait entraîner une instabilité du pays et qu'il y a un lien, nécessaire, entre la mission et le mandat du Représentant de l'UE / Haut représentant de la Communauté internationale (OHR). Or on sait que les USA et la plupart des pays occidentaux (contrairement à la Russie) sont contre la fin du mandat de l'OHR, du moins dans l'immédiat.
Un nouveau Représentant de l'UE, l'Autrichien Valentin Inzko vient d'ailleurs d'être nommé. Cette position s'explique pour différents motifs : stratégique et historique pour l'Autriche (pays voisin qui a accueilli nombre de réfugiés bosniaques pendant la guerre de Yougoslavie, et ancienne puissance tutélaire du pays) ; politique pour la Slovaquie (le nouveau Ministre des Affaires étrangères, Lajcak, était il y a peu l'OHR ; la Slovaquie vient d'envoyer de nouveaux moyens pour Althea), historique pour les Pays-Bas (le souvenir de Srebrenica), de principe pour le Royaume-Uni (qui a une position quelque peu contradictoire, ayant déjà retiré ses troupes).

• Les seconds partagent un sentiment inverse. Ils estiment que les deux dispositifs - militaire d'Althea et politique de l'OHR - ne sont pas liés et qu'il est nécessaire de procéder maintenant à une diminution des forces engagées - parce que la situation politique et militaire a changé depuis 5 ans, que le risque a diminué et que les besoins sont ailleurs. Tout cela dans un contexte de pression financière et opérationnelle qui pèse sur les forces engagées sur place.

Faute d'accord entre les deux camps, c'est le statu quo qui l'emporte. Concrètement, chaque pays, sur une base unilatérale, pourrait décider de retirer certaines troupes (ou, du moins, d'envoyer moins de relèves). Sans le dire, on aboutirait alors, plus ou moins rapidement, à une diminution du mandat de la mission, mais de façon discrète. Cela n'est pas vraiment sain. Mais là encore, deux points de vue peuvent être considérés. Soit on considère qu'un retrait désordonné et unilatéral causerait autant (voire davantage) de dégâts qu'un retrait bien ordonné. En outre, il ne provoquerait pas parmi les Bosniaques un choc salutaire pour se dire: "il est temps de prendre les choses en main". Soit on considère que cette décrue, sans trop de publicité, évite l'effet boomerang d'un retrait massif, public, décidé en une fois. Et a également un avantage politico-militaire : il permet à l'Union européenne - comme à l'OTAN - de conserver sur une opération militaire (la seule opération d'ailleurs) une coopération structurelle entre les deux organisations européennes de sécurité, puisque la mission Althea est faite sous Berlin plus - c'est-à-dire avec les moyens de commandement de l'OTAN.

Berlin Plus est-il vraiment nécessaire en Bosnie ?

Personnellement, je ne pense pas que Berlin Plus soit nécessaire pour l'opération en Bosnie. Ou du moins, je ne le pense plus. Si ce dispositif était tout à fait logique et utile quand il a été conçu - en décembre 2002 - car il répondait à une lacune de l'Union européenne (le manque de moyens de commandements), il me semble beaucoup moins pertinent aujourd'hui pour deux raisons essentiellement :

1°) L'UE est désormais en capacité de mener toute seule une opération militaire (voire deux en même temps) d'une amplitude moyenne — le Tchad l'a prouvé, l'opération EUNAVFOR le prouve encore —; voire de missions civiles - à forte imprégnation militaire ou de maintien de l'ordre — comme la mission Etat de droit EULEX au Kosovo ou la mission d'observation Eumm en Géorgie.

2°) Berlin Plus ne se révèle, en fait, adapté qu'à un certain genre de situations : a) quand il y a une forte présence militaire de l'OTAN, b) dans une zone où la relève par l'Union européenne est possible au plan militaire ET politique : c'est-à-dire en gros uniquement dans les Balkans. Ainsi la seule zone où le dispositif Berlin Plus pourrait encore être applicable (à part la Bosnie) serait le Kosovo. Et on pourrait légitimement se poser la question de savoir si l'UE ne devrait pas succéder à la KFOR, d'ici un ou deux ans par exemple.

3°) D'ordinaire, les missions de restructuration ou de conseil à la sécurité ou à l'armée sont des missions "civiles" (cf. Congo et Guinée Bissau, en ce moment).

En première conclusion, je pourrais donc dire : conserver le dispositif de Berlin Plus aujourd'hui pour une mission Althea Bis paraît à la fois disproportionné et inutile. L'UE est, tout à fait, en capacité d'opérer et commander une force "non exécutive" de conseil à l'armée bosniaque, d'à peu près 200 personnes. 
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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 08:19
Même si la décision n’est pas prise officiellement, les Ministres de la Défense de l’UE ont convenu, le 12 mars à Prague, lors de leur traditionnelle réunion informelle semestrielle, de clore la mission militaire de l’UE en Bosnie-Herzégovine (Eufor Althea) de façon concertée. « Il y a un accord entre nous que les tâches militaires sont remplies » a expliqué la ministre tchèque de la Défense, Vlasta Parkanova. « La question, maintenant, est de définir quand et comment Althea sera transformée en une mission d’entraînement, de conseil et de formation. Ce n’est pas un secret que les avis des Etats membres divergent sur cette question. Mais dans des nuances » a-t-elle justifiée. « Il faut respecter l’évolution politique dans le pays. Cela ne veut pas dire quitter la Bosnie-Herzégovine et la laisser se débrouiller toute seule. Il faut réfléchir sur le meilleur moyen de conduire ce pays vers les structures européennes et transatlantiques (NB : OTAN).» La ministre a conclu sur un point fondamental : « Une décision (de retrait) est nécessaire. Nous sommes d’accord. Mais le rôle d’une réunion informelle n’est pas de prendre une décision. Nous devons cependant éviter tout retrait unilatéral». Plusieurs Etats membres (France, Espagne, Pologne) ont plaidé pour un retrait le plus rapide possible, du fait de raisons financière et opérationnelle (en Afghanistan). De son côté, le diplomate en chef de l’UE, Javier Solana a confirmé la double nécessité de garder une « forte présence » de l’UE en Bosnie-Herzégovine, « C’est essentiel » — et d’adapter la mission de l’UE. La nouvelle mission — « l’option 3 » selon les militaires — sera ainsi « non-exécutive ». La décision sera prise d’ici mai.

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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 19:10
Les ambassadeurs des 27 ont approuvé formellement, le 10 mars, la nomination du nouveau Représentant spécial pour la Bosnie-Herzégovine, Valentin Inzko, qui a une double casquette puisqu'il est aussi le Haut représentant de la Communauté internationale pour le pays. Ce, par la procédure de silence. Cette formalisation signifie, selon le diplomate européen, que du coté des autres représentants de la communauté internationale (Russie, Usa...) réunis au sein du PIC il y a un consensus politique. Enfin presque. Reste maintenant à obtenir aussi la décision formelle de leur coté (chose faite d'ici le 25-26 mars). Les Russes ont souvent marqué leur désaccord sur les décisions de l'OHR par une "footnote" (note de bas de page) sans vraiment formellement mettre le veto, estimant que la mission devait désormais se terminer. télécharger le projet de décision
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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 19:07
La question de l'avenir de la présence militaire européenne en Bosnie-Herzégovine (Eufor Althea) entre désormais dans une phase cruciale. Les Ambassadeurs des 27 devraient se pencher sur la question, à nouveau, cette semaine. La décision devant ensuite être prise au Conseil des affaires générales de mars 2009 - après une réunion informelle des ministres de la Défense qui devrait en préciser les enjeux.

La question n'est plus faut-il se retirer et selon quel calendrier ? Mais : comment se retirer ? Et par quoi le remplacer ?
Comment éviter toute déstabilisation (supplémentaire) de la Bosnie-Herzégovine. Plusieurs Etats ont, en effet, annoncé qu'ils réduiraient, aussi tôt que possible leur engagement dans Eufor Althea. La France et l'Espagne avaient déjà annoncé qu'il était temps de mettre fin à cette mission (ce dès octobre dernier) et ont confirmé leur retrait ces dernières semaines. Ils sont maintenant rejoints par la Finlande et la Pologne (pour raison budgétaire). Même l'Italie - par la voix de son ministre de la Défense - a annoncé que si l'engagement en Afghanistan se prolongeait, il serait nécessaire de revoir à la baisse les autres terrains d'engagement de l'armée italienne (donc celui de la Bosnie). La situation est donc claire. A eux seuls ces cinq pays représentent presque la moitié des troupes engagées
(Eufor Bosnie compte 2100 personnes venant de 28 pays, voir tableau). Ce qui signifie dans les faits que la décision de retrait est, désormais, inéluctable. "La planification d’une nouvelle mission qui puisse succéder à l’actuelle opération ALTHEA a commencé" au Conseil et est entrée dans une phase active. Car si pour nombre de pays si la nécessité du retrait ne fait aucun doute, la nécessité de "maintenir une présence visible de l’UE" est aussi importante. "Cette mission pourrait être une mission de conseil et d’entraînement au profit des autorités bosniennes" selon les autorités françaises. A noter que les coûts communs de l'opération se montent à 71,7 millions d'euros - les coûts des personnels et équipements sont supportés par chaque Etat participant.

Les forces présentes dans Eufor Althea
(chiffres fournis par Eufor, 28 janvier 2009)

AUSTRIA

104

LITHUANIA

1

BULGARIA 117

LUXEMBURG

1

ESTONIA

2

THE NETHERLANDS

72

FINLAND

43

POLAND

200

FRANCE

89

PORTUGAL

53

GERMANY

135

ROMANIA

57

GREECE

45

SLOVAKIA

40

HUNGARY

162

SLOVENIA

30

IRELAND

54

SPAIN

309

ITALY

287

UNITED KINGDOM 10

LATVIA

2

   
Sub Total EU NATIONS 1,813
Non-EU NATIONS TROOPS IN THEATRE
ALBANIA 13

SWITZERLAND

25

CHILE 21

TURKEY

214

FORMER YUGOSLAV REPUBLIC OF MACEDONIA

12

   
285  

Une des dernières actions d'EUFOR : la chasse au dernier Serbe criminel de guerre
Une des dernières opérations marquantes d'EUFOR a été un raid contre des possibles soutiens du dernier criminel de guerre serbe de haut rang en liberté, Radko Mladic, l'ancien chef militaire des serbes de Bosnie. Deux opérations simultanées ont été menées le 10 février au matin, dans les résidences de
Milica Avram et Radinka Mladic, la soeur et belle-soeur de Ratko Mladic. Une opération conduite à la demande du Tribunal pénal pour l'ex-Yougoslavie (ICTY) pour chercher des informations sur les possibles soutiens à l'ancien général. Opération soutenue par l'OTAN et la police serbe bosniaque. Une récompense pouvant aller jusqu'à 5 millions de $ - à laquelle s'ajoute 1 million $ promis par la Serbie - est promise pour toute information permettant l'arrestation de Mladic. Si celui-ci était finalement arrêté ou livré, cela enlèverait une sacrée épine du pied pour les pays tenant d'un retrait aussi rapide que possible (il signifierait l'accomplissement d'un des mandants d'EUFOR) en même temps que pour la Serbie et les 27 qui pourraient ainsi accélérer les préparatifs de l'adhésion à l'Union européenne. Le pays le plus important issu du démembrement de la Yougoslavie pourrait alors rejoindre très rapidement la Croatie sur la voie de l'intégration au reste du continent.
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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 13:17
Finalement les 27 se sont mis d'accord sur un nom pour remplacer Miroslav Lajcak comme Représentant spécial en Bosnie-Herzégovine (et haut représentant de la Communauté internationale, OHR). Il s'agit de l'autrichien Valentin Inzko, l'actuel ambassadeur en Slovénie et ancien ambassadeur en Bosnie-Herzégovine. Il n'aura pas la tâche facile, du moins d'après ce qu'en dit son précédesseur (lire "l'échec de la communauté internationale"). Mais il a l'avantage de bien connaître personnellement, la culture et l'histoire de cette zone (Et l'Autriche est, en quelque sorte, l'ancienne puissance tutelaire de la région).

Les Balkans,
Inzko connait... bien. Valentin Inzko est quasiment né et a occupé nombre de postes dans la Yougoslavie d'abord, dans ses républiques devenues indépendantes ensuite. Né en mai 1949 à Klagenfurt, dans cette région autrichienne proche de la Yougoslavie, d'origine slovène lui-même, il suit ses classes au lycée pour Slovènes de Klagenfurt et continue dans la voie des études slaves à l'université de Graz, où il suit des études de droit, comme de serbo croate et de russe. Docteur en droit, en 1972, il sort également de l'Académie diplomatique de Vienne. De 1974 à 1978, il est chef de la représentation du PNUD (programme des nations-unies pour le développement) à Oulan-Bator (Mongolie) puis à Colombo (Sri Lanka). Il entre ensuite, en 1981, dans l'administration des affaires étrangères autrichienne à la section "Europe centrale, du Sud-Est et asie centrale" - où il reviendra entre 1995 et 2005 comme directeur du service. De 1982 à 1986, il est à l'ambassade autrichienne à Belgrade, comme attaché de presse et attaché culturel. Il passe ensuite trois ans à New-York aux Nations-Unies. En 1989-1990, il revient à Vienne comme directeur de la section Presse - Information. Et part ensuite comme chef de la mission de l'OSCE au Sandjak de Novi-Pazar, d'octobre à décembre 1992 (NB : région situé entre la Bosnie et la Serbie qui avait déclaré son "autonomie" à l'été 1990). Il est ensuite conseiller culturel à l'ambassade de Prague jusqu'à 1996. Puis revient dans les Balkans, à Sarajevo, où il est l'ambassadeur en Bosnie-Herzégovine jusqu'à 1999. Il était depuis janvier 2005, ambassadeur en Slovénie.
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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 13:05
L'Union européenne et la Serbie resserrent un peu plus leurs liens. En nommant un "Représentant personnel" à Belgrade, en la personne du danois Peter Sørensen, Javier Solana, le diplomate en chef de l'UE (*), franchit une étape de plus dans la normalisation des relations avec la Serbie.

Sørensen est déjà bien connu dans la capitale serbe comme à Bruxelles puisqu'il était déjà officier de liaison à Belgrade pour le Secrétariat du Conseil de l'UE depuis 2006. C'est donc une élévation en grade diplomatique pour l'intéressé, mais aussi pour la Serbie. Il connaît bien aussi le Kosovo puisqu'il était chef adjoint du Pilier IV de la Minuk (Mission des Nations-Unies au Kosovo) et directeur de l'Office européen au Kosovo, de 2002 à 2006, après avoir été conseiller principal du représentant spécial de l'UE au Kosovo, de 2000 à 2002. Il est diplômé en droit de l'université de Århus au Danemark, marié et père de deux enfants.

La "feuille de route" du Représentant personnel
tient en une phrase
: nouer le dialogue. Selon le communiqué officiel de Javier Solana, il aura ainsi pour mission de représenter le Haut représentant de l'Union européenne pour la politique extérieure et de sécurité "dans le cadre du "dialogue continu avec les autorités serbes sur une multitude de questions d'intérêt commun". Il "coordonner(a) un bureau composé d'un volet politique ainsi que d'une fonction de liaison avec la mission "Etat de droit" (EULEX) au Kosovo". Il aura "notamment pour tâches de maintenir des contacts étroits avec les homologues du gouvernement serbe, de faciliter la coopération et l'échange d'informations, de surveiller et de faire rapport sur les développements politiques en Serbie et de servir de conseiller politique à la Haut Représentant de l'UE".
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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 09:10
Miroslav Lajcak, le représentant spécial de l'UE en Bosnie-Herzégovine qui vient de démissionner de son poste, reste encore très dissert sur sa récente expérience. Mais, dans un entretien avec nos collègues slovaques de SME, il ne cache pas son jugement, sévère, sur le rôle - et les contradictions - de la Communauté internationale sur la situation en Bosnie-Herzégovine.

Un échec de la Communauté internationale, aussi ? "J'ai été perçu comme frustré. (Mais) Ce que je ressens c'est que le problème est qu'il n'y a pas de position uniforme de la communauté internationale en Bosnie." (...)
En raison de plusieurs facteurs, comme le Kosovo et l'échec de la réforme constitutionnelle en Bosnie-Herzégovine et la montée du nationalisme, le processus est arrêté depuis plus de deux ans et les deux entités siègent côte à côte." Lajcak pointe du doigt les contradictions des différents Etats et de la Communauté internationale en Bosnie-Herzégovine, notamment sur le rôle du Haut représentant. Ces partenaires nous disent "d'assurer les fonctions de Haut représentant en Bosnie-Herzégovine, car sans lui il n'y a pas d'accord, et les mêmes donnent le statut de candidat à l'Union européenne car on estime qu'ils sont mûrs."  La situation absurde, dans laquelle la Bosnie-Herzégovine se trouve, sera maximum, l'année prochaine, puisqu'elle sera membre du Conseil de sécurité des Nations-Unies. En d'autres termes, nous, la Communauté internationale, nous disons qu'elle n'est pas suffisamment indépendante pour travailler seule mais assez indépendante pour être l'un des 15 pays qui décident du sort de la planète".

Réforme de la police. Ce propos n'est pas isolé. Il rejoint étonnement celui d'un ambassadeur au Comité de Politique et de Sécurité de l'UE (d'une autre nationalité que Lajcak) qui me confiait, récemment, commentant la réforme de la police en Bosnie. "Il y a eu tellement d’initiatives sur la réforme de police, de certains pays, de l’UE, des Etats-Unis, de l’Onu… que c'est devenu en soi un problème.
Franchement, on doit tout arrêter et recommencer du début. En Bosnie-Herzégovine, on a ainsi un système allemand pour le contrôle des frontières, un système britannique pour les enquêtes, un système suisse pour les patrouilles, et un dispositif américain. Comment voulez-vous que çà marche..."
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.