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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 17:11

(Sommet européen) Les 27 chefs d'Etat et de gouvernement réunis à Bruxelles ont pris toute une palette de sanctions possibles contre l'Iran. L'addition est salée. Car l'UE va plus loin que l'ONU, pour sanctionner le déficit de coopération de l'Iran en matière nucléaire. Parmi les interdictions, le transport maritime, aérien, le secteur financier, les transferts de technologies ou les nouveaux investissements, les services et équipements dans le secteur du pétrole et gaz. On frappe là au portefeuille de la puissance iranienne (à condition que personne ne prenne le relais). Les ministres des Affaires étrangères se revoient, le 26 juillet, pour donner le détail des mesures.

Last call

Il s'agit d'un message d'avertissement essentiel. Un "last call" européen, en quelque  sorte, aux autorités iraniennes à un dialogue plus concret. Catherine Ashton, la diplomate en chef de l'Union, a écrit la semaine dernière au négociateur iranien, Said Jalili. Mais sans réponse pour l'instant. Ainsi que l'a dit William Hague, le ministre britannique des Affaires étrangères, "nous voulons parler avec l'Iran. Mais celui-ci refuse de jouer le jeu". "Nous sommes toujours ouverts au dialogue - confirme un diplomate européen  - et poursuivons notre double approche" (dialogue diplomatique, sanctions).

Télécharger les conclusions du Conseil européen

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 15:59

DiazAlcantud-UE100615.jpgLes Européens ont décidé, le 14 juin, de prolonger de deux ans supplémentaires leur mission Etat de droit en Irak (EUJUST Lex) (1). Cette mission qui, a pour objectif de former les nouveaux responsables judiciaires, policiers, pénitentiaires du pays, a déjà formé, depuis son démarrage en 2005, 3266 agents lors de 118 sessions de formation.

Transfert en Irak

Cette prolongation de deux ans s'accompagne d'une transformation de la mission non pas dans ses tâches mais ses modalités. Cette mission fonctionnait jusqu'ici "off shore", hors d'Irak, soit dans les pays proches (Jordanie...), soit dans les Etats membres. Un premier mouvement avait été observé depuis plus d'un an visant à s'implanter dans le pays. Un projet-pilote avait ainsi été approuvé (lire : La phase pilote de la mission "Etat de droit" en Irak, approuvée par les 27).

Ce mouvement va s'amplifier et son chef, le Colonel Espagnol Francisco Díaz Alcantud, qui a donné une petite conférence de presse aujourd'hui, entend bien que d'ici un an, la moitié du personnel soit sur le terrrain. La Mission va ainsi transformer son "antenne" de Bassorah en un bureau à part entière en plus du bureau de Bagdad et de celui d'Erbil (Kurdistan). 

La mission doit rapidement (d'ici l'été) augmenter de moitié son effectif. le recrutement de 25 personnes supplémentaires environ est en cours, ainsi que nous l'annoncions (voir Les missions Etat de droit au Kosovo et Irak recrutent). "En fonction de l'évolution de la situation en Iraq et pendant la mise en oeuvre du nouveau mandat, le chef de mission et la majeure partie de son équipe déménageront de Bruxelles en Iraq et seront affectés à Bagdad dès que la situation le permettra." précisent les 27.

Côté sécurité, le colonel Alcantud estime que le risque du terrorisme existe toujours, même s'il a diminué. Et la mission bénéficie de l'assistance des forces britanniques à Bagdad et Bassorah, ainsi que d'un contractant privé.

La réappropriation par les Irakiens 

Certains principes restent cependant acquis. Comme le fait pour les participants de "pouvoir assister aux activités menées dans le pays qui les concernent, quel que soit l'endroit où elles ont lieu".Il n'est ainsi pas question d'encourager une segmentation du pays en communautés. Les 27 insistent également sur la nécessité de mieux "coordonner les actions entreprises pour sélectionner, contrôler, évaluer, suivre et structurer le personnel suivant la formation, en vue d'une poursuite de la prise en charge par les Iraquiens". Il faut "favoriser la réappropriation par les Irakiens" de la formation de leur personnel explique le Colonel Alcantud.  

 Améliorer la coordination avec les autres missions

Enfin, les 27 voudraient voir mieux appliquer une  "coordination étroite entre l'EUJUST LEX-IRAQ et les États membres fournissant une formation (qui) est nécessaire pendant la phase de planification et la phase de mise en oeuvre. Cette coordination doit notamment se traduire par la participation des missions diplomatiques des États membres concernés en Iraq, ainsi que par l'établissement de contacts avec les États membres fournissant actuellement une formation utile du point de vue de la mission."




(1) Décision à télécharger ici. NB : annoncée en avril, la décision n'avait pu être formalisée lors du Conseil de mai.

(crédit photo : Conseil de l'UE)

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 18:00

EulexIraq.jpgLe conseil des ministres des Affaires étrangères de mai pourrait prolonger de deux ans la mission européenne "Etat de Droit" en Irak (EUJUST Lex). Dans cette prolongation serait inscrite la poursuite des actions de formation déjà entreprises des hauts responsables de la police ou de la justice mais en poursuivant une inflexion entamée ces derniers mois. L'objectif serait d'avoir davantage de formations dans le pays même et non plus "off shore" (en Europe ou dans d'autres pays comme la Jordanie), comme actuellement. Ce qui permettra à la fois d'augmenter le nombre de formations et de les affiner. Il s'agit aussi d'étendre la présence d'EUJUST Lex. Déjà présent de façon permanente à Bagdad, la mission de la PeSDC compte ouvrir deux implantations supplémentaires : à Erbil au nord (Kurdistan) et Bassorah, au sud.

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12 juin 2009 5 12 /06 /juin /2009 01:41
Le Conseil des ministres des ... Transports a approuvé une nouvelle action commune pour la mission européenne "Etat de droit" (Eujust Lex) en Irak (1). Il s'agit non seulement de prolonger la mission européenne mais surtout de mettre en place une "phase pilote" dans le pays même, avec "des activités de conseil stratégique, d'encadrement à des fins de suivi, et de formation, dans la mesure où les conditions de sécurité et les ressources le permettent".

Le budget est en légère hausse : 10,8 millions d'euros (à comparer aux 7,2 millions d'euros de l'année dernière). NB : Le budget de départ était de 10 millions mais il couvrait également la phase de planification de trois mois. La responsabilité du chef de mission en matière "d'exécution du budget de la mission" vis-à-vis de la Commission est précisée. "Il signe un contrat avec la Commission".

Chaîne de commandement. Comme toutes les décisions sur les missions civiles, l'Action commune comporte un paragraphe sur la nouvelle chaîne hiérarchique mise en place au niveau de l'Union européenne depuis 2006 avec le CPCC. Ainsi c'est le "commandant d'opération civil" qui assume la responsabilité politique et le commandement stratégique. Et le chef de mission qui assume le contrôle opérationnel sur le "théâtre". En terme militaire, on pourrait dire le commandement "tactique". Il reste sous la responsabilité du Commandant d'opération civil. Dans le même esprit, si "l''ensemble du personnel reste sous l'autorité de l'État membre ou de l'institution de l'UE" dont il dépend, c'est le chef de mission qui en "assume le contrôle opérationnel".
Enfin, manière d'intégrer davantage les missions de la PESD de l'UE au travail de la Commission (rapprochement qui n'est pas inutile si le Traité de Lisbonne entre en oeuvre et que se crée un service relations extérieures), "le chef de mission agit en étroite coordination avec la délégation de la Commission afin d'assurer la cohérence de l'action de l'UE dans le soutien apporté à l'Iraq" et "en étroite coordination avec la représentation locale de la présidence de l'UE et les autres chefs de mission de l'UE."

(1)
Je l'avais annoncé (un peu trop vite) pour le 18 mai. En fait, si le principe avait été acquis entre les 27, il restait encore à formaliser la décision juridique. C'est désormais chose faite.
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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 12:00
Les Ministres des Affaires Etrangères des 27 devraient, ce lundi, approuver l'extension de la mission de formation EUJUST Lex en Iraq (ainsi qu'annoncé, lire ici). La mission est ainsi reconduite d'un an. Mais surtout son mandat est étendu, au niveau géographique. Ainsi des recrutements sont en cours pour permettre d'étoffer la mission, directement sur le terrain (jusqu'ici l'essentiel du personnel était basé à Bruxelles ou dans les Etats membres, faisant de nombreuses navettes). Le personnel serait établi, non seulement à Bagdad, mais aussi dans les différentes provinces du pays, en priant pour que les conditions de sécurité permettent ce déploiement. La mission continuera de faire de la formation de policiers, de juges et de gardiens de prison, en se concentrant essentiellement sur la chaîne pénale (arrestation, incrimination, détention...)
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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 12:52
Les 27 doivent confirmer officiellement dans les prochains jours la prolongation de la mission de l’Union européenne en Irak chargée de former les policiers, juges et gardiens de prison jusqu’à juin 2010 (le Cops a approuvé la semaine dernière cette prolongation). Depuis sa mise en place, il y a quatre ans, presque 2000 personnes ont été formées, essentiellement par des stages et démonstrations pratiques qui se déroulent dans un des pays de l’Union européenne. Cette mission civile avait scellé l’unité des 27 sur la nécessité ou pas d’intervenir en Irak. Et elle pourrait trouver un nouveau souffle d’ici quelques mois après le départ des Américains. Le renforcement de ses effectifs ainsi que l’extension de ses tâches est à l’étude.
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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 21:45
Ce vendredi matin, c'est le dernier volet de la visite d'Hillary Clinton à Bruxelles (avant l'envol vers Genève pour une entrevue avec Lavrov) : la rencontre avec la "troïka européenne". C'est-à-dire la présidence Tchèque représentée par Karel Schwartzenberg, le ministre des Affaires étrangères, Javier Solana, le Haut représentant, et Benita Ferrero-Waldner, la commissaire européenne aux Relations extérieures. La conversation pourrait rouler sur l'Iran en particulier. Cet Iran qui fait peur, qui est proche de se doter de l'arme nucléaire.

La situation est critique selon les diplomates européens, qui ont planché sur la question lors d'un dernier Comité politique et de sécurité (COPS). « Les efforts diplomatiques n’ont pas produit leur effet. D'ici peu, quelques mois à peine, l'Iran sera en capacité de se doter de l’arme nucléaire (au moins de commencer les essais de l'arme). Le risque se rapproche. Il faut agir cette année rapidement.» Les Européens pourraient répéter à Hillary Clinton qu'ils sont derrière les Américains.

La pression doit se faire sur deux fronts, selon la stratégie "bigger carott et bigger stick" comme disent les Anglais ; "la carotte et le bâton" en français. «La carotte, ce pourrait être la reconnaissance de l'Iran comme d'un acteur essentiel dans la région, dont une première étape est l'invitation faite à l’Iran de participer à une conférence sur l’Afghanistan du 13 mars. La levée des sanctions» pourrait aussi être envisagée. Coté bâton, ce pourrait être la révision de la liste des sanctions.

L'Iran pourrait ne pas avoir d'autre choix, estime-t-on, espère-t-on, côté européen, avec la crise qui exerce une pression supplémentaire sur le pays - la conséquence de la chute des prix du pétrole et du gaz cause un déficit budgétaire et des difficultés internes comme un possible trouble social. Il y a là une fenêtre d'opportunité que les Européens et Américains veulent exploiter. A condition que les Chinois et les Russes suivent (voir les enjeux des discussions Usa-Russie). Ce sera l'essentiel du message européen.
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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 17:08
Nous savons tous l'intensité des discusions qui se déroulent ces jours-ci entre Américains (Européens) et Russes. L'objectif est d'abord de renouer les liens entre les deux grandes puissances, distandus au fil des années, surtout lors du deuxieme mandat Bush.

Puis de régler les problèmes : la Russie détient notamment deux clés en main.

1° L'opération de l'OTAN en Afghanistan. La capacité d'autoriser (ou non) l'approvisionnement des forces alliées en Afghanistan, à travers son territoire ou celui des républiques "amies" (républiques musulmanes de l'ex-URSS). La Russie a déjà accordé ce droit de passage pour les matériaux non militaires (alimentation, ...). Il s'agit de passer à l'étape suivante - comme le confie un diplomate à l'OTAN - de pouvoir acheminer certains équipements militaires lourds, comme les véhicules blindés, etc... Poutine (alors président Russe) avait autorisé Bush junior en 2001 à utiliser le territoire russe et alliés pour aller en Afghanistan à condition qu'il s'agisse d'une opération limitée dans le temps, au moins sans installation de base... Ce n'est plus tout à fait l'hypothèse de l'OTAN aujourd'hui en 2009.

Les relations Russie-Iran. La Russie a depuis quelque temps intensifié ses contacts politiques, économiques et militaires avec l'Iran : participation plus active de l'Iran à l'OCS, l'Organisation de coopération de Shanghai, accords d'exportation de pétrole et de gaz, et annonce de la fin de la construction de la centrale nucléaire (civile) iranienne de Bouchehr (un projet démarré par l'Allemagne, stoppé en 1979 et repris par les Russes). Ce qui est un coup dur pour la communauté internationale. Plus inquiétant sont certaines des livraisons militaires. Passent encore pour quelques livraisons d'avions de chasse. Mais tout ce qui concerne les systèmes anti-missiles, ou de défense aérienne, la situation est plus critique. Nous sommes là au coeur de la menace iranienne ou de sa capacité à résister aux pressions internationales. "Car explique un diplomate européen de haut rang, cela mettrait l'Iran - sinon à l'abri de toute riposte (israélienne par exemple) mais la rendrait beaucoup plus difficile". Et cela les Américains comme les Européens n'en veulent à aucun prix.

Quelques contrats militaires. Un vieux contrat avait été signé concernant la livraison de systèmes de missiles antiaériens S-300PMU-1, qui n'a pas été exécuté (encore...)
. Un autre contrat de livraison de 29 systèmes Tor-M1 avait été signé en décembre 2005. Et un autre contrat a été signé pour 5 groupes de S-300 mais, selon nos confrères de Kommersant, sa réalisation a été reportée pour des raisons politiques. Le ministre des Affaires étrangères iranien s'est d'ailleurs rendu à Moscou récemment (le 17 février) pour tenter d'arracher le respect de cet accord. Sans succès. En revanche, de nouveaux accords seraient en prépation notamment pour la livraison de systèmes de DCA de moyenne portée Bouk-M1. Etc...

Pas de marchandage mais un partage des risques. On comprendra bien qu'à coté de cette menace pesante, la mise en place de quelques éléments d'un bouclier anti-missile (au demeurant couteux et dont l'efficacité demeure à démontrer) comme l'adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie à l'OTAN pèsent relativement peu... Du moins si on considère que la menace vient davantage de Téhéran que de Moscou. Alors même si Medvedev et Obama répugnent au terme de "marchandage", c'est bien un deal général sur la sécurité internationale que sont en train de négocier Russes et Américains - par-dessus la tête des Européens - et non simplement quelques petits aménagements d'une stratégie. Les Russes étant dans une situation économique délicate, une des contreparties américaines pourrait être sonnante et tébuchante. Comme l'installation d'un bouclier anti-missiles commun. D'où l'importance des discussions de Genève entre Lavrov (le ministre russe des affaires étrangères) et son homologue américaine (Clinton).
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21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 07:00
Cette année sera une année décisive pour l'Irak. Avec le changement de statut de l'armée américaine, passée de force de libération/occupation, et son retrait progressif, on pourra vérifier si les conditions de stabilité relative qui a marqué ces derniers mois tiendront. Comme me le confiait un observateur de la région, ce succès, on peut l'attribuer à cinq facteurs : "davantage de troupes sur le terrain, l'amélioration de la capacité de sécurité des troupes irakiennes, l'intégration de certains groupes sunnites pro Alquaeda au conseil, la sécurisation en fermant (ou limitant) le "robinet iranien", le cessez-le-feu avec l’armée du Mehdi. "Le problème - ajoutait mon interlocuteur - est que ces 5 facteurs sont réversibles. Cette année sera donc décisive." Une remarque qui m'avait convaincu de la nécessité de jeter un oeil - malgré une actualité plus criante sur d'autres points du globe (Congo, Somalie, Palestine) - sur cette mission de l'Union européenne en Irak, dénommée EUJUST Lex. Une mission civile dirigée, depuis sa mise en place en juillet 2005, par le Britannique Stephen White, qui consiste à former policiers, magistrats et gardiens de prison irakiens (plus de 1900 ont déjà été formés lors de 80 sessions). Nous avions convenu depuis quelque temps de nous rencontrer. Ce fut chose faite avant Noël. Dans un bâtiment sécurisé du Conseil (où siège également le comité militaire et à deux pas des casernes royales belges) où il a établi ses bureaux. Entretien...

Stephen White est originaire d'Irlande du Nord, où il a gravi tous les échelons de la police jusqu'au poste de chef adjoint. Il a mené plusieurs opérations de formation dans des pays en développement (la Mongolie par exemple). Sa présence en Irak remonte à 2003. De Juillet 2003 à Janvier 2004, il y travaille comme Directeur de la loi et l'ordre et conseiller principal de police de l'Autorité provisoire de la Coalition, basée à Bassorah. En Décembre 2004 et Janvier 2005, il fait partie de l'équipe d'experts de l'UE envoyés en Irak et recommande des mesures d'appui à l'État de droit.

Pourquoi êtes-vous venu en Irak ?
Je crois que j’avais quelque chose à offrir, une assistance dans la résolution de conflit, mon expérience de conflit, de la formation aussi quand j'en étais responsable pour l’ensemble de la police du Royaume-Uni.

Votre expérience en Irlande du Nord a dû vous aider. Quelle leçon avez-vous plus particulièrement retenu ?
Nous avons beaucoup appris en Irlande du Nord, effectivement, sur la conduite à tenir vis-à-vis de la population, sur l’importance d’avoir une police locale, intégrée dans la société. Attention ! Nous ne sommes pas dans la même situation. Mais il y a des points qui peuvent servir. La plus grande erreur, à mon sens serait de faire jouer aux soldats un rôle de police. Il faut donc avoir des formations spécifiques et une organisation séparée pour la police. La police doit vivre et être une part de la société. C'est la leçon principale que j'ai retenue et que nous essayons d'appliquer ici.

Vous avez plusieurs années de présence, comment ressentez cette expérience ?
J’ai, effectivement, été le premier policier étranger dans le pays après la chute de Saddam Hussein. Et j’entame ma sixième année en Irak. C’est un défi... Personnellement, professionnellement j’ai vu tellement d’efforts, tellement de sang aussi autour de nous - un garde du corps blessé dans un attentat, un policier irlandais blessé -, tellement de tristesse, qu’il faut aider ce pays. En Irak, il y a vraiment des gens, très motivés, qui veulent faire des choses. Et je vois le résultat également. Cette mission a créé un sentiment unanime entre les 27, et aussi un partenariat des différentes administrations concernées (police judiciaire, pénitentiaire) des Etats membres qui ne sont pas obligatoirement habitués à travailler ensemble dans leur pays. Là nous sommes tous mobilisés ensemble.

Tous les Etats membres n'avaient pas le même avis pourtant sur l'intervention en Irak ?
Effectivement, l'Europe était fortement divisée, entre les pro et anti-interventions.
Mais en même temps, il y avait une nécessité de stabiliser l'Irak, d'envoyer un signal politique. C'est peut-être une des raisons de la mission. Vu la situation politique, l'aide de l’UE ne pouvait être pas être une aide militaire, mais de gestion de crise. Quand le projet d'une mission "Etat de droit" qui vise au rétablissement des droits de l’homme, des services de police, des juges..., a été présenté, il y a eu unanimité autour de la table des gouvernements. Nous avions une action, sur une base commune, sur une position neutre. Et tout le monde était d'accord pour cela.

Vous ne pensez pas que l'intervention américaine et des alliés a créé un problème de plus ?
Non. Je ne suis pas d’accord. Dire que le problème a commencé avec les Américains n'est pas exact. Saddam Hussein avait détruit une bonne partie des infrastructures.

Quelle doit être la position de l'UE en Irak, selon vous, aujourd'hui  ?
L'UE et les internationaux doivent soutenir les modérés. Il faut combattre le terrorisme, l'extrémisme. En second lieu, permettre la réconciliation, bâtir des infrastructures de santé et d’éducation. Il ne faut pas perdre de vue que le développement économique du pays n’est possible qu’avec la sécurité. J'en reste persuadé.

Pour vous, cette mission apporte donc une pierre à la construction d'un Irak libre ?
Oui, indéniablement. La mission de l'UE est modeste, elle ne prétend pas tout résoudre. Et nous sommes une petite part d'un contexte plus général : le rétablissement de l'Etat de droit en Irak. Mais elle a une importance significative. Et, surtout, elle a prouvé son efficacité non seulement pour l’Irak mais aussi pour les Etats membres. Je souhaite maintenant qu’elle continue et se développe.

S
e développer, c'est-à-dire ?
La mission va encore se renforcer sur le système judiciaire. Il faut intégrer toute la chaîne – de l’arrestation à la poursuite. C’est ambitieux. Cela suppose davantage de cours pour davantage de personnes.
Des cours spécifiques centrés sur certains thèmes particuliers: l’ordre public, les prisons, les femmes, les jeunes, le crime organisé.

Quelle formation apportez-vous ?
Notre volonté n'est pas de faire de la théorie, mais d'apporter la pratique, nos bonnes pratiques, dans quelques domaines.
Nous avons ainsi un programme de visites, de démonstrations pratiques pour les policiers, les juges. Nous avons ainsi organisé des visites de prison en Italie, en insistant sur la nécessité de réintégrer et fournir un support psychologique aux prisonniers, pour ne pas juste punir, mais préparer à la sortie. Cela paraît sans doute évident en Europe. Ce n’est pas évident vu l'état du système pénitentiaire irakien et la façon dont il était conçu sous Saddam Hussein.

Et cela marche ?
On ne peut pas faire comme çà (il fait un claquement de doigts). Cela prend du temps.
C'est une stratégie à long terme. Mais je rencontre des professionnels, de très bon niveau, qui comprennent la nécessité des droits de l’homme. Nous avons besoin de tels personnels, bien formés, bien éduqués.

L'UE a-t-elle besoin d'un accord avec le gouvernement irakien comme les Américains viennent de le signer ?
Nous n'avons pas besoin d’un accord type SOFA (accord de protection de troupes).
Notre initiative est menée avec du personnel irakien. La lettre du 26 mai 2005 que nous avons reçue du Premier ministre irakien est suffisante (Nb : elle donne aux membres de la mission les privilèges et immunités diplomatiques habituelles selon la convention de Vienne).

Vous paraissez optimiste sur l'avenir de l'Irak ?
Oui. Je reste optimiste, pour un tas de bonnes raisons.
L’Irak a connu une histoire ces dernières années vraiment sanglantes. Mais on ne peut s'empêcher de voir qu'il y a un fantastique progrès. Chaque jour, je le constate. On voit à Bagdad une certaine normalité retrouvée. L’électricité marche. La circulation revient. La police et l’armée - mois après mois - reviennent à un niveau. Au niveau politique, le processus de réconciliation enclenché va dans le bon sens. Et ces dernières semaines on a vu la sécurité s’améliorer nettement. De 170 attentats, on est passé à 10 par semaine. Maintenant tout n'est pas acquis. Il faut faire attention à cette évolution; il peut y avoir de nouvelles attaques.

Question ultime...
Les missions de la PESD se développent aujourd'hui, comment vous voyez cette évolution ?
Les missions de la PESD deviennent surtout plus sophistiquées – dans la taille de la mission, le mandat qui leur confié, la diversité des personnes qui s'y retrouve. Quand cela démarre, l'UE a de réelles chances de succès.


(photo : Conseil de l'Union européenne, mission EUJUST Lex)
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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 18:09

Tous les soldats du contingent bulgare en Irak regagneront la Bulgarie entre les 15 et 20 décembre, d'après le ministre de la Défense, M. Nikolaï Tsonev.


Cout : 80 millions d'euros. Ce retour marquera la fin de la mission bulgare en Irak, car il n’y a pas de nouvelle décision politique d’envoi d’un nouveau contingent. Les cinq années de présence en Irak ont coûté au contribuable bulgare « plus de 155 millions de leva » (environ 80 millions d'euros), selon  le ministre des Affaires étrangère, M. Kalfin, « les frais de transport et de logistique ayant été assurés par le budget des forces multinationales ».


Renforts en Afghanistan? La fin de mission en Irak d'économiser entre 10 à 12 millions de léva (environ 5-6 millions d'euros), a expliqué le général Galimir Pehlivanov, chef-adjoint de l’Etat-major de l’armée bulgare, à nos confrères de Sega. Ce va permettre d'augmenter les troupes bulgares sur d'autres théâtres, comme au Kosovo et en Afghanistan. Actuellement, le contingent bulgare à Kaboul est composé de 200 personnes, et 220 militaires bulgares assurent la protection de la partie intérieure de l’aéroport de Kandahar. Au Kosovo, la Bulgarie est présente avec une compagnie. La décision doit être prise par le Gouvernement qui la déposerait ensuite pour approbation au Parlement, a expliqué le général Pehlivanov. La Bulgarie a prévu 91 millions de Leva cette année pour des missions à l’étranger (environ 46 millions d'euros). Et le budget pour l'année prochaine ne devrait pas être inférieur.

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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.