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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 19:05

La diffusion de 77.000 documents par le serveur Wikileaks sur la guerre menée en Afghanistan et l'émoi qu'il provoque encore dans les chaumières politiques et militaires qui s'occupent de l'Afghanistan n'est pas prêt de se tarir. La version officielle - ce "n'est pas vraiment nouveau", reprise bien obligeamment par certains confrères charitables, ajoutant que "la forme est plus importante que le fond" - ne résiste pas à l'examen. Au contraire ! On peut déjà parler aujourd'hui d'un effet "Wikileaks" qui devrait impacter durablement la guerre menée en Afghanistan, sur plusieurs aspects, en particulier la communication, nerf des guerres modernes, surtout dans les démocraties.

Certes comparer cette publication aux fameux carnets du Vietnam est difficile à faire. La situation est différente aujourd'hui : d'une guerre d'un seul Etat hier, nous sommes dans une coalition sous mandat de l'ONU (on l'oublie un peu), aujourd'hui. Et les temps ont changé, notamment au niveau de la communication et de la vitesse de sédimentation des évènements (la nouvelle va plus vite, plus loin mais est aussi oubliée plus vite). Mais il sera, désormais, difficile de faire abstraction de certains faits et, surtout, de se poser certaines questions.

Les faits établis

Si on examine ce qu'en ont dit le Guardian, Der Spiegel et le New York Times, les seuls médias à avoir eu un peu de temps pour examiner les autres documents (tous ceux qui affirment "rien de nouveau" n'ont, en fait, pas examiné les documents), on voit bien que cette diffusion prouve plusieurs tendances qui, jusqu'alors, n'étaient établies que de façon imperceptible.

  • 1. Une guerre véritable. Les pays qui, il y a peu (France, Allemagne), ou toujours encore (Finlande...) préféraient parler d'opérations de maintien de la paix ne pourront plus vraiment s'abriter derrière cette appellation.
  • 2. Davantage de civils victimes. Il faudra encore évaluer cette assertion précisément. Car les talibans semblent causer davantage de pertes que les militaires de l'OTAN. Mais ce qui semble certain, c'est qu'une partie des pertes civiles occasionnée est minimisée. Les communiqués des uns et des autres vont donc être examinés à la loupe.
  • 3. Les tirs "amis". Les pertes de coalition sont plus souvent dues qu'on ne veut le dire à des "tirs amis" (un aspect souvent passé sous silence). Les enquêtes judiciaires devraient donc se multiplier.

  • 4. Le Pakistan participe implicitement et explicitement au soutien des talibans. Et l'Iran agit également en sous-main. Une remise au pas diplomatique s'impose.

Les questions posées

La publication de Wikileaks pose plusieurs séries de questions sur quatre plans : les processus
opérationnels, la définition des objectifs de l'opération, le calendrier de retrait, le débat sur le rôle de l'OTAN.

Des processus opérationnels à revoir

Tout d'abord, au niveau opérationnel, ces documents sont désormais publics, à portée de n'importe qui, y compris les talibans. Il va donc falloir pour l'OTAN et les forces armées modifier certaines procédures, tant de conservation du secret que de codification et de signalement des informations. Ensuite  la "communication" des armées et de l'OTAN va devoir s'adapter très vite. Difficile de se cantonner désormais à un discours : tout va bien, c'est difficile mais nous progressons, il faut des renforts... Désormais, les communiqués et nouvelles du front seront examinés à la loupe.

Les objectifs de l'opération à redessiner

Ensuite, ces documents posent la question des objectifs de la mission. Joe Biden, le vice-président américain, vient de répondre à la première question de façon claire : "Nous sommes en Afghanistan pour un seul objectif, al-Qaida, et la menace sur les Etats-Unis. Nous ne sommes pas là pour construire une nation (...) pour construire une démocratie à la Jefferson". Si elle signifie un retour salutaire à l'objectif initial de l'opération, au lendemain des attentats 11 septembre 2001 - neutraliser al Qaïda - ; cete déclaration tranche avec l'objectif affiché par certains pays européens (la reconstruction, la démocratie, la protection des femmes). Elle sonne aussi le glas d'une certaine opération militaire. Point besoin de près de 140.000 hommes pour mener ce type d'opérations qui doivent plutôt bénéficier de la discrétion et du petit nombre.

Qui se retire, quand et comment ?

La question du retrait, encore taboue il y a quelques mois, est donc désormais posée publiquement. Et après le retrait néerlandais (1), celui annoncé du Canada, ne se pose vraiment tant la question de la nécessité du retrait (elle paraît acquise), mais quand et comment ? Etant entendu que le "quand" ne peut plus se placer à un horizon de 5 ou 10 ans comme envisagé auparavant mais 1 à 3 ans. Si la capacité de résilience à la crise varie considérablement d'un pays à l'autre, dépendant à la fois de l'opinion publique et d'opportunités politiques, l'annonce du retrait devient donc centrale (2). L'effet "Wikileaks" devrait ainsi faire sentir ses effets non seulement au Royaume-Uni mais surtout dans certains pays (Allemagne, Finlande, Belgique...), où la notion de maintien de la paix est très sensible pour des raisons historiques.

Même en France, où le débat a toujours été le plus limité, certaines personnalités tels Paul Quilès (PS), sortent du silence. L'ancien ministre de la Défense de Laurent Fabius plaide ainsi dans le Monde du 28 juillet pour "un retrait total des troupes étrangères, à l'exception d'un volume limité et contrôlé d'assistance militaire technique" et la définition "d'un statut international de l'Afghanistan, qui en ferait un Etat neutre, dont les autorités s'engageraient à n'apporter aucun soutien au terrorisme international", estimant le bilan de l'intervention internationale "très discutable : un régime à la légitimité incertaine après une élection présidentielle entachée de fraudes massives, une administration impuissante face au pouvoir des chefs de guerre et de l'insurrection, profondément corrompue et mêlée à une production massive de drogue".

Quel rôle pour l'OTAN ?

L'OTAN qui mène une partie des opérations en Afghanistan va devoir redéfinir plus radicalement qu'elle ne l'envisageait sa stratégie. La réflexion déjà entamée autour de la révision de son concept stratégique qui doit aboutir lors du sommet de Lisbonne en novembre 2010 promet donc d'être plutôt agité. Car le retrait d'Afghanistan pose, plutôt qu'un échec militaire, des questions qui sonnent comme un double aveu d'échec.

Que reste-t-il de l'objectif affiché, peu, ou prou, par l'OTAN d'être une force d'intervention militaire dans le reste du monde (même si l'OTAN réfute aujourd'hui le terme de "gendarme du monde", c'est bien cela qu'elle ambitionnait).

Quid du mode de gouvernance collectif de ce type d'opérations ? Le contrôle politique et stratégique sur l'opération en Afghanistan a, en effet, largement échappé aux membres européens de l'Alliance, l'essentiel étant dévolu à un seul de ses membres, les Etats-Unis.

Lire aussi:

(1) retrait néerlandais d'Afghanistan, signe d'une guerre qui a trop duré

(2)Un calendrier de retrait: la seule façon de gagner la guerre en Afghanistan ?

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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 18:07

DrapeauAbaisseUruzgan169905-Nl100801.jpgLe retrait du contingent néerlandais des forces de l'OTAN en Afghanistan (1) s'accélère, aujourd'hui avec la remise des clés du Kamp Holland. Certes, il ne signifie pas la fin de la mission de l'Alliance Atlantique dans la région. Loin de là ! Mais il marque incontestablement un tournant. C'est, en effet, la première fois qu'un contingent de cette importance (2000 hommes) - un contingent d'un pays, "fidèle à la ligne", sans état d'âme - se retire.

Ce retrait porte la marque d'une division gouvernementale, mais aussi le reflet de la lassitude des opinions publiques. Et il arrive à un moment bien critique pour l'ISAF - la force internationale de stabilité dirigée par l'OTAN : juste après que son chef des opérations, le général américain McCrystal ait été démis de ses fonctions pour propos non appropriés (2) et que le serveur Wikileaks ait répandu dans la nature 77.000 documents, secrets, qui révèlent l'intensité de la guerre (lire : l'Effet Wikileaks).

Neuf ans après le début de l'opération, tous les doutes sont aujourd'hui permis sur la pertinence d'un tel engagement et la stratégie suivie jusqu'ici par l'Alliance Atlantique. Et il est temps qu'un débat politique sur la question s'amorce : c'est une nécessité stratégique avant tout pour permettre à cet engagement humain et financier de ne pas rester lettre morte (3).

Ce retrait ne sera pas en effet le dernier. Le Canada a déjà décidé de retirer ses troupes mi-2011 pays. Et la Pologne envisage de suivre le mouvement, à l'horizon 2012, le nouveau président de la République, Bronislaw Komorowski, l'ayant promis lors de son élection (4). Quant au Royaume-Uni, le débat est déjà engagé après les prises de position du ministre de la Défense Liam Fox (5) et du Premier ministre Cameron.

Dans d'autres pays (Belgique, Allemagne, Finlande...), le débat pourrait se rouvrir. D'autant que la crise économique qui frappe la plupart des économies des pays industrialisés oblige à faire des choix drastiques. A l'heure des coupes budgétaires, il sera difficile de faire perdurer un effort intensif en Afghanistan au-delà d'un ou deux ans alors que les budgets d'investissement, de fonctionnement et d'opérations sont taillés en pièces.

Je ne parierai pas "1 euro" que d'ici la fin de l'année d'autres décisions semblables soient annoncés.

(1) Les Néerlandais quittent l'Afghanistan, sans leurs interprètes

(2) Mc Chrystal tire à vue sur Biden. Les Français, aussi, en prennent ...

(3) Un calendrier de retrait: la seule façon de gagner la guerre en Afghanistan ?

(4) Le retrait des troupes polonaises d'Afghanistan n'est plus tabou

(5) Pour les Britanniques, le retrait au bout du fusil ?

(Photo : ministère néerlandais de la Défense)

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 13:25

 DistribKapisa-Us091212.jpgAmaury de Feligonde vient de passer un an en Kapisa et Surobi (zones où sont implantées les troupes françaises) en qualité de chef de projet au sein de la Cellule Interministérielle Afghanistan Pakistan. De retour en France, il livre "à titre personnel" ses observations dans un "Focus stratégique" de l'IFRI (L'Institut français des relations internationales), notamment sur le rôle des PRT - Provincial Reconstruction Teams - et sur l'effet de l'aide civile. Son analyse est intéressante, car à l'aide de concepts plus historiques ou théoriques (notamment Lyautey qui demeure sa référence constante), il dresse aussi un portrait de l'aide civilo-militaire ou internationale, par le petit bout de la lorgnette, très concret, qui mérite une attention car elle corrobore certaines analyses plus globales qui font de l'Afghanistan un exemple de déperdition d'énergie et d'argent. Voici donc quelques éléments de la lecture de cette note.


Les errements de l'aide internationale


L'aide, un "vrai boulet", parfois, et autres errements.

La capacité d'absorption des populations est "souvent très faible" surtout dans les zones rurales. Et l'aide peut même devenir un "boulet" parfois car elle introduit certains "déséquilibres" dans la société afghane (augmentation brutale de certains salaires et prix, concurrence déloyale de produits distribués gratuitement...), sans compter les risques de racket ou d'attaques (il cite notamment le cas de la constru ction de routes par la PRT américaine en Kapisa).

 L'étude dénonce "deux errements (qui) ont la vie dure" : la volonté de créer à tout prix des unités industrielles - "une simple vue de l'esprit le plus souvent" - et les subventions pour favoriser les exportations - "sans succès" (et le mot est faible...).


Le phénomène des 'coquilles vides' et des "commandants-entrepreneurs".

La tendance internationale à plaquer "de façon artificielle" sur l'existant des structures "manquant de légitimité" est faillible. L'auteur dénonce ainsi certaines structures de représentation de la population mises en place par la communauté internationale comme quelques Conseils de développement communautaire (CDC) créés par la Banque mondiale, qui sont "des 'coquilles vides' mises en place par les puissants (commandants, maleks) pour capter la rente" des programmes internationaux". 

Le risque est aussi de "renforcer certaines figures locales, parfois peu recommandables", ce qu'il appelle "le commandant entrepreneur" : par exemple, un commandant moudjahidin, du parti Jamaat-e-Islami, issu d'une des 4 vallées principales du district de Surobi, qui "bien connecté à un député local, tente de faire pression sur les opérateurs de projets, y compris par la menace, afin que son entreprise de travaux nouvellement créée puisse bénéficier de contrats".


EcoleParmakhan-Us10.jpg

Difficile de disting uer le civil de l'insurgé.

  Dans les faits, il est souvent "difficile, sinon impossible d'établir une distinction entre les 'gentils' et les 'méchants' " (positive et negative influencers dans la terminologie internationale). En Kapisa, ainsi, "Les insurgés sont, dans leur immense majorité, issus de la population locale, à la culture guerrière bien ancrée", rapporte Amaury de Feligonde. "Il ne peut donc être question de 'séparer' civils et insurgés". Autrement dit, il faut faire avec ce que l'on a...


Quand le "reporting" tue les projets.

La mise en oeuvre concrète des projets sur le terrain devrait "être la priorité absolue des chefs de projets". Mais "dans le monde très normé de l'OTAN", l'auteur a "vu nombre de chefs de projets placés dans la chaîne de commandement FIAS (IFAS) n'ayant pas le temps de rentrer dans le détail de leurs projets, car littéralement submergés par les réunions, vidéo-conférences et comptes rendus écrits incessants exigés par cette structure". Le "reporting" ayant été élevé au rang d'objectif principal parfois afin de lutter contre la corruption.


Le syndrome "Fobbit".

 L'auteur remarque que certaines PRT insérées au sein d'unités de combat sont "largement coupées des communautés locales et de la population et manifestent souvent le syndrome 'Fobbit' (de l'acronyme FOB - bases opérationnelles avancées - qui conduit à vivre dans un camp retranché à l'intérieur des bases).


Quelques sol utions plus iconoclastes !

Délaissant le constat uniquement critique, l'auteur avance certaines pistes de solutions, dont certaines vont à l'inverse de la tendance actuelle.


Des équipes à la sécurité réduite

Il préconise ainsi une "organisation souple, aussi peu bureaucratique que possible" des équipes de projets, "mobiles, flexibles, capables de se déplacer sur zone en se passant des dispositifs de sécurité exigés habituellement". Il faut aussi des "circuits de décision simplifiés", avec pratique des "contrats cadre et appels d'offre simplifiés" (NB : une dernière exigence que l'on retrouve également dans les missions de PeSDC et qui devraient devenir la norme dans les zones d'intervention). Enfin, il faut s'inscrire dans la "longue durée", les "zones pacifiques doivent continuer à être protégées (présence de forces de police et de l'armée) et aidées. Les financements ne doivent pas se tarir immédiatement".


EcoleProjetNapdAfghanistan-AgaKhan.jpg"Keep it simple, keep it local".

En matière de réalisation, l'étude privilégie "au maximum" les capacités disponibles localement et les projets "simples". "Keep it simple, keep it local". Cela peut paraître évident. Mais ce n'est pas la solution toujours privilégiée. La "solution idéale" est d'utiliser la main d'oeuvre issue des villages bénéficiaires, afin de maximiser les revenus allant directement aux locaux et de "préserver les installations". Citant l'exemple de Kandahar (pourtant province très difficile) où "les ouvrages construits sous le financement du programme du PNUD, NABDP, n'ont pas fait l'objet de destructions largement constatées sur d'autres ouvrages réalisés par des entreprises ou autres 'contractors'".

Au niveau purement français, il préconise une doctrine d'intervention au niveau interministérielle.

Télécharger l'étude

(photos : US Air Force Staff Sgt. Billy Vincent, Kentucky Agribusiness Development Team / inauguration de l'école de Parmakhan - Marine US / Farmer Field School - Aga Khan Foundation)

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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 14:45

20100725-laatste-patrouille-ek1030_tcm46-169275.jpg

Les troupes néerlandaises quittent l’Uruzgan (Afghanistan), faute d'un appui politique suffisant aux Pays-Bas pour renouveller la mission (1). Ce sont les Américains et Australiens qui vont prendre le relais. La principale base « Kamp Holland », près de Train Kowt sera transférée le 1er août. Celle de Deh Rawod a déjà été remise aux Américains, le 18 juillet. D’ici décembre, il n’y aura plus de militaires dans cette province afghane.

Les interprètes laissés pour compte

En revanche, les 102 interprètes qui ont assisté les militaires pourraient être laissés de coté. Contrairement aux Américains qui permettent à ces collaborateurs indispensables des militaires de bénéficier du programme de visas, La Haye ne semble pas vouloir imaginer pareille initiative. Ce qui suscite un débat, limité (voir le site de la Radio néerlandaise internationale).

La Dutch approach

Dans une interview au Telegraaf, le chef d’Etat major des armées néerlandaises, le général Peter Van Uhm vante un « résultat maximum » et la « Dutch approach » : mélange d'action militaire et d'action civile, d'éthique et d'action. Les Néerlandais ont ainsi dépensé 620 millions d'euros pour différents projets d'aide sur un budget total de 2,1 milliards d'euros (soit un ratio de presque un euro sur trois dépensés). En matière militaire, la présence en Afghanistan a permis aussi - selon Van Uhm - de "tester les compétences" - un exercice grandeur nature pour l'armée - et "le nouveau matériel". Les Néerlandais qui ont engagé jusqu'à 2000 hommes (et femmes) dans la mission de l'OTAN (ISAF) ont perdu 24 militaires tués et 140 blessés, en 4 ans de présence.

Mais une nouvelle technique : le tire au-flanc toxicomane

Des pertes qui ont incité certains militaires à tout faire pour éviter de partir en Afghanistan. Même en se dénonçant comme toxicomanes. C’est une pratique minortaire mais confirmée par le syndicat militaire ACOM-CNV. Le nombre de licenciements pour toxicomanie a augmenté régulièrement depuis 3 ans : 55 en 2007, 79 en 2008, une cinquantaine déjà à la mi-2009. Particulièrement dans les unités pressenties pour partir en Uruzgan. En somme, la version moderne du « porter pâle ».

(1) Lire : Rififi à La Haye autour du retrait d'Afghanistan (maj)

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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 23:50

savolainen_jukka.jpgLe nouveau chef de la mission de police de l'UE (EUPOL) en Afghanistan, le Finlandais Jukka Savolainen, a pris ses fonctions à Kaboul, remplaçant le Danois Kai Vittrup (1). Pour l'occasion, il a été élevé au grade de général de brigade par la présidence de la république finlandaise.

Né le 22 mars 1962, Savolainen a fait l'essentiel de sa carrière dans le corps des gardes-frontières à partir de 1986 notamment comme officier de surveillance. En 1997, alors que la Finlande vient d'adhérer à l'UE, il démarre une expérience plus européenne, comme chef de l’Unité des Affaires européennes à l'État-major des gardes-frontières. Il participe ainsi à différents groupes de travail notamment sur l'évaluation de Schengen. En 2002, il passe à la représentation permanente de la Finlande à Bruxelles auprès de l'UE, comme conseiller "sécurité des frontières", puis passe très rapidement au Conseil de l'UE comme expert national détaché à la DG Justice et Affaires intérieures (2002-2006).

A son retour en Finlande, il assure le poste de directeur des Affaires internationales à l'État-major des gardes-frontières, notamment lors de la présidence finlandaise de l'UE, avant de prendre le poste de directeur adjoint, chargé plus particulièrement de la surveillance des frontières et des investigations sur les crimes transfrontaliers. Il a participé à une mission de "Benchmarking" de la gestion des frontières dans la région des Balkans.

Sa mission à la tête de EUPOL Afghanistan ne sera pas facile pour une mission qui a des difficultés à trouver son rythme e croisière et atteindre ses effectifs.

 

(1) Le chef d'Eupol Afghanistan s'en va. La mission prolongée pour 3 ans

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5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 12:22

La France va renforcer ses effectifs en Afghanistan, passant de 3750 soldats à 4000 avec le déploiement d’une OMLT et d’instructeurs supplémentaires, a confirmé l'Amiral Guillaud, lors d'une audition au Sénat (français) le 2 juillet. Audition intéressante si on en constate son compte-rendu, le chef d'Etat-Major des armées ne se cache pas derrière son petit doigt: c'est une guerre, difficile complexe, meurtrière, sans bataille décisive. Et l'évaluation ne pourra pas se faire fin 2010 comme prévu mais plutôt à l'été 2011. C'est-à-dire à la date envisagée, coté américain, pour les premiers retraits. On est loin, ici, des communiqués triomphalistes de l'OTAN d'il y a quelques mois.

Une guerre difficile, complexe, meurtrière

C'est une « opération difficile » a reconnu l'Amiral Guillaud. « L’Afghanistan pour nous, militaires, c’est une guerre compliquée, une guerre, meurtrière, une guerre inscrite dans la durée. Les soldats à (chaque) sortie sont harcelés par les tirs ou les IED insurgés. Nous recensons en moyenne 5 à 7 accrochages par semaine. Elle est compliquée parce qu’elle nous oppose à un ennemi invisible et prêt à tout, un ennemi dont la règle est l’absence de règle. Elle est d’autant plus compliquée que nous ne voulons pas de dommages collatéraux qui font le jeu des talibans. C’est pour cela que nos règles d’engagement et d’ouverture du feu sont particulièrement encadrées. Plus des trois quarts des victimes civiles sont le fait des insurgés ! Elle est meurtrière aussi : depuis 2002, ce sont 44 de nos soldats qui ont donné leur vie pour que la population afghane retrouve la paix, 8 depuis le début de l’année. Cette guerre enfin, est une guerre de patience et de persévérance : patience et persévérance de nos hommes sur le terrain, persévérance aussi des afghans, patience des opinions publiques occidentales. »

Sans bataille décisive

L'Amiral reconnaît ainsi qu'en Afghanistan, « la « décision militaire » ne sera pas suffisante. Il n’y aura pas de bataille décisive qui emportera la décision de façon définitive. Gagner en Afghanistan, c’est donner confiance aux Afghans dans leurs institutions, c’est séparer la population des insurgés et faire comprendre à ces derniers que leur action est vaine.  Il faut d’abord gagner « la bataille des perceptions ».

2010, une année charnière...

« 2010 est une année charnière, « critical » pour reprendre l’expression du général Mac Chrystal : d’abord pour le gouvernement afghan, la Jirga de paix du mois dernier a réuni 1600 participants - dont 20% de femmes – sélectionnés par le gouvernement. Aucune délégation de l’insurrection armée n’était officiellement représentée. Ne nous leurrons pas, cette Jirga avec sa résolution finale en 16 points n’apporte pas d’avancée concrète. Mais sa portée est éminemment symbolique : le président Karzai obtient un consensus national qui le mandate pour sa politique de réconciliation. La conférence de Kaboul en juillet sera l’occasion de mesurer la détermination du gouvernement afghan et d’apprécier les premières initiatives de sa politique de « réconciliation ».

Pas de véritable bilan à l'automne, plutôt à l'été 2011

Et l'Amiral de poursuivre, 2010 « c’est aussi une année charnière pour la coalition, les résultats du « surge » (augmentation importante mais raisonnée des effectifs) sont attendus. Le général Petraeus appliquera la même stratégie que son prédécesseur, le général Mac Chrystal. Mais, il apparaît de plus en plus évident qu’il sera difficile d’avoir un bilan consolidé à l’automne, pour la conférence de l’OTAN à Lisbonne. C’est mon avis. L’été 2011 pour évaluer les premiers effets de ces opérations me semble plus réaliste. J’espère que cette évaluation sera positive ! »

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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 13:50

EUPOL_AFGHANISTAN_Logo.jpgLa mission de police de l'Union européenne (EUPOL) en Afghanistan a publié un nouvel appel de postes pour environ 150 postes. Cette mission n'a toujours pas atteint l'objectif fixé de 400 personnes. Et cet appel (qui n'est pas le premier) entend combler le "gap" en même temps que remplacer les inévitables départs.

L'essentiel est reruté par détachement des Etats membres (en particulier pour les formateurs/mentors pour la police et la justice). Mais quelques postes sont en contractuels (gestion des ressources humaines, audit, conseiller juridique, gestionnaire CIS...). Ces postes sont à pourvoir le plus vite possible (ASAP).

Date limite de dépôt des candidatures : 12 juillet

Télécharger la liste de postes

Télécharger le formulaire de candidature

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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 17:41

DesportesCid-Fr0909.gifLe général Vincent Desportes, chef du CID, le Collège interarmées de défense (qui forme les officiers supérieurs), a fait "explosé la soupape", dans le Monde daté du 2 juillet : "On ne peut pas faire la guerre contre le moral des soldats" en démontant certains mythes officiels qui entourent l'intervention en Afghanistan. Du coup, il permet d'ouvrir le débat.

Quatre mythes volent en éclat

Le général Desportes démonte quatre mythes :

1. La "situation n'est pas bonne", "elle n'a jamais été aussi pire".

2. La méthode n'est pas bonne. "Le fait d'avoir modifié la façon de combattre n'a pas encore porté ses fruits de manière claire", "Le mode d'action "gagner les coeurs et les esprits" suscite de plus en plus de critiques. "La doctrine McChrystal ne fonctionne pas ou n'est plus acceptée".  

3. Il faut revoir drastiquement la stratégie. "Et il n'y a plus qu'une option - selon Desportes - : celle du vice-président Joseph Biden, qui dit que l'Amérique a d'autres intérêts stratégiques que l'Afghanistan, qu'elle est piégée là par une guerre sans fin, et qu'il faut en sortir, en réduisant les troupes à une capacité de frappes ponctuelles contre Al-Qaida. (...) Le problème sera de réconcilier la stratégie avec ceux qui la mettent en oeuvre. Il faudra aussi, probablement, repousser la date du retrait d'Afghanistan.".  

4. Tout dépend de Washington. Il n'y a pas de coalition internationale mais une stratégie US. "C'est une guerre américaine. Quand vous êtes actionnaire à 1 %, vous n'avez pas la parole."

Le débat s'entrouve en France

Le général Desportes est familier de prises de parole iconoclastes (lire : Le général Desportes appelle à "ne pas rêver américain"). Mais cette prise de parole, juste après le coup de gueule et l'éviction de McChrystal (1), est particulièrement franche, directe et assumée. Il faut préciser qu'il ne s'agit pas là de propos Off rapportés (comme avec Rolling Stones) mais d'une interview en bonne et due forme, à quelques jours du départ du général (en retraite). Mais si le propos peut être discuté, cette intervention a au moins un mérite : ouvrir, en France, le débat sur la présence française en Afghanistan, débat qui a été jusqu'ici qu'à peine esquissé et souvent contourné contrairement à d'autres pays : Pays-Bas, Royaume-Uni, Pologne (2)...

Le chef d'Etat-Major des armées, Edouard Guillaud a ainsi parlé d'une "faute" et de propos "irresponsables"... Mais le député socialiste d'Ille-et-Vilaine, Jean-Michel Boucheron, spécialiste des questions de défense (il est rapporteur du budget de défense à l'Assemblée) a une toute autre opinion. Ces questions posées par Desportes "ne peuvent être évacuées d'un revers de main" explique-t-il. "L'idée qu'une armée étrangère puisse gagner les coeurs et les esprits relève de la naïveté". Et d'ajouter : "Le retrait inéluctable d'Afghanistan doit effectivement faire l'objet d'une préparation politique".


(1) Lire : Mc Chrystal tire à vue sur Biden. Les Français, aussi, en prennent pour leur grade

(2) Lire : Le retrait des troupes polonaises d'Afghanistan n'est plus tabou... A préciser : Le candidat à la présidence de la plate-forme Civique (Libéral), Komorovski, a promis à la veille d'un second tour décisif (les élections ont lieu dimanche), un retrait dans les deux ans (donc d'ici 2012). Dans un scrutin qui s'annonce serré, la gauche a, en effet, mis cette condition (le retrait d'Afghanistan) pour le soutien à la candidature du candidat libéral. Son opposant Kaczynski évoque un retrait dans les 5 ans de son mandat. C'est ainsi la seconde fois que la question afghane devient dans un pays européen (après les Pays-Bas) un enjeu électoral décisif.

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 17:23

L'article paru dans Rolling Stones sur le général Mc Chrystal, commandant en chef des forces américaines et alliées de l'OTAN en Afghanistan, a fait du bruit car il mettait en cause la haute hiérarchie politique de Washington, le président Obama et le vice-président Biden, en tête. Ce que l'on a moins commenté est son attitude pour le moins autant désinvolte vis-à-vis de ses alliés, à commencer par la France. L'article commence d'ailleurs par un dîner tenu à Paris, à l'hotel Westminster, où le général doit présenter à des officiels français (ministres y compris) la stratégie militaire en Afghanistan. Il est chargé, comme le raconte le journaliste "de vendre la nouvelle stratégie de guerre aux alliés de l'OTAN pour maintenir la fiction que nous avons des alliés". Apparemment McChrystal va à ce dîner à reculons. Il n'est pas dans son élément. Il déclare ainsi : "I'd rather have my ass kicked by a roomful of people than go out to this dinner," He pauses a beat. "Unfortunately," he adds, "no one in this room could do it." Et tout est à l'avenant...  A lire absolument ! lire l'article ici

(dernière minute) Le président américain a décidé de décharger le général Stanley McChrystal de ses fonctions et de le remplacer par le général David Petreaus.

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 06:38

La société de sécurité privée, Unity OSG, établie à Dubaï et Kaboul, qui était en conflit avec le Conseil de l'UE pour ne pas avoir obtenu le contrat de protection des forces de la mission de police EUPOL en Afghanistan a finalement renoncé à agir. Une ordonnance du président du tribunal a prononcé, le 29 avril dernier, en toute discrétion, la radiation de cette affaire. Il semble que les deux parties aient trouvé un arrangement amiable pour éviter de porter cette affaire en justice.

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Bruxelles2 en quelques mots

Derrière les murs, la politique (européenne) des affaires étrangères (PESC), de sécurité et de défense commune (PeSDC) est décryptée. Stratégie, politique, gestion de crises, industrie ou transport aérien militaire, surveillance maritime et protection civile...Missions militaires et civiles de l'UE (Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Géorgie, Moldavie / Ukraine, Afghanistan, Irak, Palestine, Congo RDC, Guinée-Bissau, Haïti, Océan indien, Somalie, Tchad).

logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.