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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 01:00
A l'informelle Göteborg, j'ai pu converser avec le ministre de la Défense belge, Pieter de Crem, sur plusieurs sujets d'actualité. non seulement sur la possible mission SSR en Somalie ou de l'Airbus A400M (a suivre) mais aussi de l'Afghanistan. Un point de vue important car la présidence belge approche (au 2e semestre 2010 - avec une rencontre informelle prévue à Gand) et il importe de connaître le point d'un homme politique qui entend trancher avec la politique de son prédécesseur, André Flahaut, en étant plus proche des Américains, ou selon une autre version, en rééquilibrant l'approche belge entre l'OTAN et l'UE.

Concernant les renforts militaires en Afghanistan, le Ministre se veut clair : « Nous n’avons pas reçu de nouvelle demande. L’important est d’avoir une stratégie de succès, pas seulement au plan militaire, le volet civil, aussi, est important (il y a 210 hommes à Kandahar, sur un PRT). Avec la présence militaire, nous voulons donner la possibilité de donner au gouvernement afghan la possibilité de bâtir l’État et de développer les possibilités économiques. Ma collègue au gouvernement qui s’occupe du développement a donné la possibilité de financer certains projets – nous triplons la contribution. C'est une très subtantielle augmentation de la participation. »

Quant à augmenter le nombre de civils sur place, le Ministre se veut très prudent : « C’est une décision du gouvernement. Cela doit être décidée cas par cas. Il faut une synergie de toutes les structures présentes en Afghanistan. ».

En revanche, il s'élève vivement contre la tentation de voir un échec : « Je ne suis pas d’accord sur le fait que nous n’avons pas réalisé un certain nombre de succès notables. La construction de routes, l'éducation,, la santé publique, l'application de la loi, un certain nombre de progrès ont été faits. Mais il reste encore beaucoup de travail à faire. »
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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 12:00

Le ministre finlandais de la Défense, Jyri Häkämies, estime nécessaire de renforcer le rôle de l'UE en Afghanistan et de nommer un "médiateur", chargé spécifiquement d'aller à la rencontre des groupes d'opposition, de préparer la paix et de faciliter le processus de réconciliation nationale. Il pense à un nom en particulier : Pekka Haavisto, actuel député vert en Finlande. Le ministre voudrait proposer cette candidature lors de la réunion de l'IFAS qui se tient fin octobre à Bratislava. « On a besoin en Afghanistan d’une personne qui soit capable de parler non seulement avec tous les groupes ethniques, mais aussi avec les Talibans modérés. Cela permettrait de préparer un développement plus stable. » avait-il expliqué lors des journées de la défense en septembre. Ce point de vue n'est pas automatiquement partagé par tous au sein du gouvernement finlandais. Le ministre des Affaires étrangères, Alexander Stubb, par exemple, est plus sceptique.

Haavisto a une longue carrière internationale. Il a notamment dirigé l'équipe d'enquête de l'ONU sur l'uranium appauvri au Kosovo, Bosnie, Serbie et Montenegro (2000 à 2003), les task forces de l’ONU déployées en Afghanistan (2002), au Liberia, en Iraq dans les Grands lacs. Il a été représentant spécial de l'UE au Soudan à partir de 2005. A l'époque (2002 - 2005), en Afghanistan - raconte Haavisto à un journal finlandais -, «il était possible de circuler dans la partie sud du pays, qui est aujourd’hui contrôlée par l’opposition. Il est déroutant de constater que pendant que la communauté internationale soutenait le gouvernement, l’opposition gagnait davantage de terrain».

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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 14:44
Les demandes répétées de renfort et de soutien en Afghanistan commencent à agacer au niveau européen d'autant plus quand elles s'accompagnent d'un doigt pointé vers l'Europe, accusée de ne pas en faire assez, et que le temps d'engagement se prolonge.

A l'issue de la réunion informelle des Ministres de la Défense, mardi à Göteborg, le Haut représentant de l'UE pour la politique étrangère, Javier Solana l'a dit nettement: « Nous (Européens) avons déployé un grand nombre de soldats, le plus important jamais déployé, davantage qu’en Bosnie. Chaque année, nous dépensons plus d’un milliard d’euros. L’Afghanistan n'est pas les Balkans, ce n’est pas à la bordure de nos frontières. Mais nous avons conscience que c’est un problème majeur. Nous avons répondu avec célérité, parfois avec difficulté, car à l’extérieur on ne comprend pas toujours ce que nous faisons. » Quoi qu'il en soit « Les pays européens fournissent un gros effort : du monde sur place - des policiers, des militaires, État de droit -, et surtout beaucoup d’argent payés par les contribuables européens. Il faut être fiers de ce que nous faisons. »

 Et d'ajouter : « Personne n’a le droit de dire que l’UE ne s’est pas bien conduite en Afghanistan et n’a pas répondu proprement aux besoins. »

(photo : © NGV)

 

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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 18:10
La mouche qui a piqué Berlusconi, parlant d'un retour à la maison des "boys" à la maison aussi tôt que possible, lors du Sommet européen, répondait certes à une émotion nationale (la mort de 6 soldats italiens) mais elle est également le signe d'une inquiétude palpable dans plusieurs pays européens. Et pas des moins atlantistes... En Pologne et aux Pays-Bas, aussi, les questions du retrait, de l'avenir de la mission... tarraudent le plus haut niveau du pouvoir. 

Pologne : reconduction du contingent mais de sérieuses interrogations, pourquoi l'impasse ?

Deux études... En Pologne, le ministère de la Défense a ainsi commandité deux études sur la situation politique, et militaire, de la mission polonaise. Le gouvernement doit décider, d'ici le 13 octobre, la reconduction de son contingent en Afghanistan, normalement sans augmentation (il y a 2200 soldats sur place). Pour
le conseiller du ministre de la Défense, Roman Kuzniar, selon ce qu'en relate le quotidien Dziennik, il n'y a pas de secret: « Nous examinons attentivement la phase des opérations en Afghanistan, qui patauge clairement dans une impasse et ne répondent pas à nos attentes. »

« L
a question la plus importante est de savoir pourquoi nous sommes dans une impasse, avec un tel avantage militaire énormes et opérationnel ». Les forces de l'Otan, de l'armée et de la police afghane dépassent 100.000 personnes alors qu'on évalue le nombre de talibans entre 15 et 20.000 hommes.  «La simple continuation de la mission dans sa forme actuelle ne suffit (donc) plus. C'est même une recette pour un désastre total » ajoute Kuzniar qui souligne l'urgence que les politiques reprennent le dessus. «La logique militaire en Afghanistan a pris le pas sur la logique politique. Et c'est ça le problème: quand les militaires dictent les conditions de l'opération, c'est la menace d'une catastrophe, pour les politiques. Et cela doit changer. »

Pour autant, pas question d'une sortie d'Afghanistan en solo, explique le Ministre de la Défense, Bogdan Klich :
«  Nous nous sommes réunis, nous sortons ensemble. Toute décision qui ne serait pas prise en accord avec les partenaires de l'OTAN affaiblirait notre position dans l'Alliance de l'Atlantique Nord ». Et il ajoute « En raison de la géopolitique  de la Pologne (NB : sa position près de la Russie), nous ne pouvons pas nous permettre. L'OTAN est le garant de notre sécurité nationale ».

Pays-Bas : retrait programmé fin 2010 mais possibilité de garder un petit contingent.

Débat engagé. Aux Pays-Bas, le débat est engagé en sens inverse. Il paraissait acquis que les Néerlandais se retirent d'Uruzgan fin 2010. Cela résultait d'un accord entre les principaux partis du pays. Mais l'insistance américaine a été forte (le général américain McChrystal commandant l'IFAS a rencontré plusieurs ministres à la mi-septembre). Coup sur coup, le ministre des Affaires étrangères, Verhagen (CDA) et le ministre de la Défense, Van Middelkoop (Christen Unie), ont aisni évoqué, plus ou moins clairement, une prolongation. Le ministre de la Défense, plutôt réticent au départ sur cette prolongation, a été assez précis, évoquant la possibilité de maintenir une petite force de 400-500 hommes, notamment afin de former les troupes de sécurité afghane et d'assurer un minimum de protection.
Selon le quotidien Volkskrant, les militaires craignent aussi qu'en partant, « toutes les connaissances, acquises avec difficulté, sur les rapports et projets locaux soient perdues. L’Equipe de reconstruction provinciale (PRT) dispose de spécialistes des rapports tribaux et d’interprètes qui habitent à Kamp Holland depuis le début de la mission, en 2006. Et les relations personnelles jouent un grand rôle » dans le pays.

D'autres pays pas très, très chauds.

En Slovaquie :
le gouvernment a démenti, vendredi 25 septembre, avoir l'intention d'envoyer une unité combattante en Afghanistan. La presse avait parlé de l'envoi fin 2010 - 2011 une partie du 5ème Régiment de Forces Spéciales, basé à Zilina, qui vient d'être doté de nouveaux matériels (armes, drônes, véhicules blindés). Des militaires slovaques sont déployés sur le terrain, certains avec les Néerlandais, pour garder et assurer la surveillance de la base.

A suivre...
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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 17:44
Le ministre néerlandaise aux Affaires intérieures, Guusje ter Horst, l'a annoncé lors d'une visite en Afghanistan, les Pays-Bas vont doubler le nombre de policiers néerlandais déployés dans le cadre de la mission européenne EUPOL de formation de la police Afghane. Celui-ci reste modeste : il passera à 19. Pour la ministre, la formation de la police est "une tâche importante". On peut remarquer qu'Eupol afghanistan n'a toujours pas atteint le chiffre de 400 policiers européens défini comme le nouvel objectif en mai 2008 (voir le package "Afpak" de Solana). De la parole, aux actes...
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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 01:19
Silvio Berlusconi, à son arrivée au Conseil européen a fait sensation en semblant accréditer l'idée d'un retrait d'Afghanistan des troupes italiennes. Certes, c'était entouré de mille précautions, soulignant qu'il s'agit "d'un problème international et non d'un pays tout seul. Et se retirer serait trahir l'accord et la confiance des gens". Mais c'était spontané, le président du Conseil italien répondait aux questions des journalistes, placés (comme c'est l'habitude) derrière les barrières de sécurité. Il pouvait choisir de ne pas répondre. Il y a répondu. Et c'est ainsi le premier chef de gouvernement de la coalition engagée en Afghanistan à déclarer publiquement, après la mort de plusieurs de ses militaires que : "Nous sommes tous convaincus que nous devons tout faire pour que nos garçons rentrent à la maison aussi tôt que possible".

Crédit photo : © Thierry Monasse

Forte réduction, rapide. Le leader italien a ensuite précisé qu'il y aurait rapidement "une forte réduction du contingent". "500 soldats vont rentrer à la maison". En fait, il s'agit du contingent supplémentaire envoyé pour les élections. Une décision que plusieurs pays semblent bien décidés à suivre : les contingents supplémentaires envoyés pour les élections ne resteront pas (ce qui confirme la tendance que j'avais indiqué sur ce blog en juillet). "Une décision qui pourrait être prise, en concertation avec nos partenaires internationaux, dans les jours, les semaines qui viennent".

"Difficile d'amener la démocratie aux autres". Il est vrai qu'en Italie, la mort des six italiens a été ressentie avec émotion (cf. minute de silence au Parlement européen) et prend une tournure très politique, divisant la majorité même. Paradoxalement, c'est avec ses alliés de droite au gouvernement que Berlusconi a le plus à faire. Umberto Bossi, leader de la Ligue du Nord, s'est ainsi prononcé très franchement, jeudi, pour une "fin de la mission". La mission en Afghanistan est terminée - a-til déclaré à Monfalcone (Gorizia). "Même s'il ya quelqu'un qui pourra dire que, c'est comme concéder une victoire au terrorisme. Peut-être est-ce en partie vrai. Mais il est difficile de réussir à amener la démocratie dans les maisons des autres". Et d'ajouter : "J'espère qu'à Noël tout le monde sera à la maison". Une décision partagée de l'autre coté de l'échiquier par le parti "Italie des Valeurs" de l'ancien juge antimafia, Antonio Di Pietro. La plupart des autres partis sont plus mitigés (PDL de Berlusconi, centristes de l'UDC et socio-démocrates. Le président de la République, Napolitano (social-démocrate), a ainsi été beaucoup plus circonspect, estimant qu'il "fallait d'abord un débat au Parlement avant de se prononcer".

Photo : Corriere della Sera / agences

Commentaire: un air de débandade. Précise dans le calendrier : "aussi tôt que possible", "décision dans les jours qui viennent", cette "décision" reste floue dans l'ampleur de la réduction, soulignant cependant qu'elle sera "forte" et assortie d'une "concertation avec les partenaires"... C'est l'exmple type d'une déclaration politique qui ménage le chèvre et le chou. Au point qu'on peut dire qu'il y a une non décision. Mais publiquement on ne retiendra qu'une chose : "Berlusconi annonce le retrait". Cette "non-décision" italienne est la pire de toutes. Non réfléchie, non justifiée, édictée "au coin de la rue", elle présente un air de débandade, néfaste. Elle accrédite l'idée que quelques morts suffisent à entraîner le retrait d'un contingent. Elle constitue un encouragement tacite aux rebelles de continuer et désigne comme cible privilégiée les Italiens, qui deviennent le talon d'achille de la coalition. Plus que jamais, il semble donc important d'aborder publiquement la discussion sur le calendrier de retrait.

Ecoutez la déclaration de Berlusconi sur le site d'EBS
Lire les commentaires politiques du "Corriere"
Voir la vidéo tournée après l'attentat par l'AFP

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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 21:55
C’est une petite phrase perdue au milieu d’une conclusion de la dernière réunion des Ministres des Affaires étrangères, le 15 septembre, qui peut paraître anodine. « It agreed to work towards a unified EU representation in Afghanistan. »

Elle signifie que les « 27 » sont, enfin, tombés d’accord sur la nécessité d’avoir une représentation unique à Kaboul. Il était temps ! La situation ne pouvait plus durer. D’un côté, en effet, il y avait la délégation de la Commission européenne, qui gérait surtout les projets de développement ; de l’autre celle de l’Union européenne, avec l’Envoyé spécial qui avait une visée plus diplomatique et de sécurité (lire également "les députés Uk dégainent... l'Europe dispersée"). L’envoyé spécial de l’UE aura également la fonction de chef de délégation de la Commission. Ce qu’on appelle en terme européen le « double hatting ».


C’est primordial sur le terrain et nécessaire politiquement. Mis à part l’exemple du représentant de l’UE auprès de l’Union africaine et en Macédoine yougoslave (qui ont une portée plus limitée en terme territorial), c’est en effet un élément précurseur de la mise en place du futur Service d’action extérieure (prévu par le Traité de Lisbonne, qui plus est dans un pays « difficile» et aux défis importants. Ce n’est que justice. L’Europe pourra ainsi peser son poids réel. L’assistance financière de l’Europe (UE + Etats membres) se monte à un milliard d’euros par an (1,5 Milliard de $) et les armées d’Etats membres ont autant d’hommes déployés dans l’ISAF que les Etats-Unis (lire : la seule façon de gagner la guerre en Afghanistan). Mais divisée, non coordonnée, l’Europe a été, jusqu’ici, incapable de peser sur la stratégie. Cela doit changer… Cela va changer ? On verra…


Cette adoption est la première proposition de l’Union européenne sur le papier qu’a soumis Javier Solana, le Haut représentant aux 27 Etats membres.

Un processus de débat en cours

Ce document mérite d’être détaillé. Présenté au Gymnich les 4 et 5 septembre, il présente une série « d’idées », pas encore vraiment des projets pour tous les débats qui occupent actuellement les diplomaties européennes sur l’Afghanistan – Pakistan (l’Afpak) afin de renforcer l’action européenne dans la région (et se sortir du guêpier afghan). La prochaine étape ministérielle de ce débat est l’informelle des ministres de la Défense le 29 septembre (lors du lunch, lire le programme). Puis Javier Solana devrait rédiger un nouveau document de « projets » et les Ministres des affaires étrangères se décideront les 26 et 27 octobre (à Luxembourg). Leurs conclusions seront normalement endossées par les Chefs d’État et de gouvernement, lors du sommet des 29 et 30 octobre. Le trajet peut paraître compliqué (et encore je simplifie - :). Mais il constitue un trajet, somme toute, assez classique pour les « grands » sujets de politique étrangère européens.

L'UE propose également de tenir une conférence internationale - après le processus électoral - à Kaboul (1). Proposition reprise par le trio Merkel - Sarkozy - Brown (lire ici).

Au-delà des enjeux pratiques – une meilleure coordination des efforts européens – et stratégiques – la reconstruction de l’Afghanistan – il y a aussi un objectif tactique à cette discussion qu’on peut considérer à double détente. Il s’agit pour les Européens de tenter de reprendre pied dans la discussion à égal avec les Américains. Et aussi pour les politiques, particulièrement les diplomates, de reprendre la main sur les militaires qui ont, jusqu’ici, conduit tous les débats.


Renforcer les actions existantes : police, justice

Coordination. C’est le maître mot du document. Un des premiers objectifs est justement de s’attaquer au « manque de coordination entre la communauté internationale – conjuguée avec le manque de motivation et de capacité du côté afghan – qui sont responsables, de la lenteur et de l’inégalité des progrès dans la reconstruction. » Outre le « double hatting », il paraît nécessaire, insiste le document, de « renforcer la coordination entre Européens » et de mettre en ordre « les multiples instruments communautaires mis en œuvre ».

Mission de Police (Eupol). C’est la mission de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD), gérée par l’Union européenne. Mais malgré les appels répétés, Eupol Afghanistan n’a toujours pas atteint l’objectif de 400 personnes, fixé en mai 2008. Selon les derniers comptes, on atteint seulement… 265 personnes. C’est donc la "top priorité". Mais un peu las de répéter les appels (semble-t-il), le secrétariat de l’UE suggère d’exploiter d’autres pistes, pour rendre les postes plus attractifs : soit augmenter le budget de la PESC alloué pour embaucher des officiers, soit mettre en place un « trust fund » des Etats membres. En clair, certains Etats ont des hommes mais pas de moyens financiers, d’autres ont quelques moyens financiers mais pas de personnel à envoyer. La mission européenne de police n’est pas le seul problème. Il faut aussi soutenir la police afghane. Comme le souligne un expert du dossier que j'ai interrogé « quand vous voyez que les talibans paient trois fois plus que le gouvernement pour les policiers… ». Le document propose donc d’étudier (et mettre en place) un mécanisme de financement pour soutenir les activités d’Eupol et fournir un soutien complémentaire pour la police afghane.

Le volet Justice, est depuis la conférence de Rome en 2007, aussi du ressort européen, mais c’est "l’autre côté de la rue" (2), la Commission européenne, qui a le « lead », les progrès sont lents, très lents. « Les progrès ou les réformes ont été torpillés par la résistance afghane à l’intérieur des institutions judiciaires » explique-t-on.


Les autres pistes : gestion des frontières, liaisons ferroviaires, formation de l’administration afghane.

Réintégration. L’objectif est de réintégrer les éléments de l’insurrection. l'UE pourrait ainsi participer à un « trust fund » de plusieurs donateurs pour soutenir les efforts du gouvernement afghan dans ce sens.

La gestion des frontières (Une mission Eubam ?). L'UE pourrait offrir au Pakistan et à l’Afghanistan, sa compétence déjà acquise sur d’autres terrains (Mission Eubam Moldavie, Gaza…), en matière de gestion des frontières, qu’ainsi une assistance technique et une expertise.

Liaisons ferroviaires. L'UE pourrait lancer des mesures pour faciliter le commerce et le transit en Afghanistan, notamment une étude de faisabilité sur les liaisons ferroviaires dans la région.

Formation de l’administration afghane. Elle pourrait se faire par la mise en place d’un « centre de formation des agents de l’administration » afghane, voire de « centres de formation régionaux ». Le tout accompagné d’un paquet de « capacity building », avec l’engagement des Etats membres et de l'Union européenne. L’idée est aussi d’utiliser la « réserve d’experts » européens – constituée en matière de gestion civile de crises - pour prêter une assistance technique dans les secteurs nécessaires.


Et au Pakistan, une nouvelle mission SSR ?

Avec le Pakistan, la prudence est de rigueur, on le sent bien. Et les propositions soigneusement pesées.

Pooling des moyens européens. Là aussi, il s’agit de renforcer la coordination entre les Etats membres et la communauté, en utilisant la technique de « pooling » (mise en commun) des ressources. « Plusieurs Etats membres ont des ressources financières disponibles pour le Pakistan mais un nombre limité ont des capacités de sécurité et logistique pour la livraison sur place » souligne-t-on. Il s’agit aussi de renforcer les contacts à tous les niveaux entre les structures européennes et l’administration pakistanaise.

Volet État de droit : une mission SSR. L'UE n’en offre pas moins son assistance pour la réforme du secteur de sécurité (SSR) et la construction d’une capacité de lutte contre le terrorisme. Enfin. Du moins, « c’est une idée ». L'UE aiderait le Pakistan, dans ce cadre, à « définir sa stratégie de contre-terrorisme ». Cela pourrait comprendre le soutien en formation et en matériel, comme l’établissement de « recommandations » pour des actions concrètes. Cette coopération ne peut se faire cependant qu’à une condition, sous-entend le document : « inclure un dialogue sur l’État de droit et les droits de l’homme »...

Volet économique : une ouverture des frontières européennes. L’autre volet de la coopération avec le Pakistan concerne le développement socio-économique. Il s’agit, suite aux précédentes déclarations de l’UE, d’assister le Pakistan en matière de nomes sanitaires, phytosanitaires pour la pêche et d’autres produits afin qu’il puisse bénéficier du tarif préférentiel douanier (dit : GSP+).


(1) Cela peut paraître un peu farfelu. Kaboul, en hiver, à plus de 1500 m d'altitude, c'est le froid et la neige. Mais effectivement cela mettra un peu tout le monde dans l'ambiance. Avec des risques pour la sécurité conséquents...

(2) Les bâtiments du Conseil de l’Union européenne et la Commission européenne, à Bruxelles, sont situés face à face de par et d’autre de la rue de la Loi.

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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 13:29
A la demande de Mario Mauro, député italien de "Popolo della Liberta", le parti de Berlusconi (et candidat malheureux à la présidence du Parlement européen), le Parlement européen à Strasbourg a observé une minute de silence, un peu avant midi, en hommage aux six Italiens de la force internationale déployée en Afghanistan. J'ai été "choqué et consterné par ce que je viens d'apprendre, la mort de 6 soldats italiens, de 2 civils et une trentaine d'autres blessés" a déclaré Gabriele Albertini, son collegue de parti et président de la commission des Affaires étrangères (PPE), soulignant toute la nécessité de rester engagé dans la région malgré les morts : "At this difficult and painful time many might ask themselves why we are sacrificing young lives in a territory which is so far away. My answer to those people is that we cannot give in to terrorists. Their logic of terror is one which knows no boundaries. Until such time when we win our battle for the rights and freedom of peoples and for peace we cannot feel safe in our own countries." ... Le Parlement européen risque de faire souvent des minutes de silence.
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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 23:55

(analyse) Après le bombardement de Kunduz, un bombardement « inacceptable » selon plusieurs ministres des Affaires étrangères de l'UE, il faut peut-être entamer un débat sur la présence militaire occidentale en Afghanistan. Présence qui doit encore durer de longues années rappellent régulièrement les principaux responsables européens.

Il faudra aussi rompre avec un non-dit en Afghanistan : nous sommes en guerre. Et ce qui s'est passé à Kunduz n’est pas une bavure, c’est la guerre. Où il y a des morts, pas seulement des talibans ou des rebelles mais aussi nos militaires et des civils pris entre deux feux, ou qui soutiennent l'un ou l'autre camp. C'est inévitable... La question ne doit pas être vraiment là. Mais pourquoi cette guerre. Dans quel objectif. Et jusqu'à quand?

• Nous sommes en guerre. Inutile de tourner autour du pot et d'user d'autres mots, comme le faisaient il y a quelque temps, les Français et comme les Allemands ou les Italiens semblent continuer de le faire, la guerre est bien présente. Et tous les pays – ou presque – de l’Unions européenne sont engagés. Les armées des Etats membres de l’UE fournissent autant d’hommes à l’IFAS que les Etats-Unis ! Un peu moins de 30 000 hommes. Si on prend comme facteur 3 rotations par an, c’est près de 100 000 hommes que les pays de l’UE auront envoyé dans la région en 2009.

Cette guerre n'est pas sans dommage, militaire. Les pertes militaires européennes sont loin d’être négligeables. Selon le site icasualties, les armées de l’UE ont subi, depuis le début de l’intervention, 407 morts (dont la moitié de Britanniques), soit un tiers des pertes totales ou la moitié des pertes US durant la même période. Le nombre de blessés n’est pas indiqué. Mais il est environ trois fois plus nombreux que le chiffre de décédés. Côté US, on dénombrait en effet 2400 blessés sérieux, au 10 septembre 2009 (c’est-à-dire, non retournés au combat après 72 heures) pour un peu plus de 800 morts. Et côté britannique, on recense 822 blessés dont 250 sérieux ainsi que près de 2000 hospitalisations pour maladie ou blessure non liée au combat, pour un peu plus de 200 morts (au 15 août 2009). C’est dire le poids des anciens combattants d’Afghanistan dans le futur. Sans compter les ravages de la drogue qui restent un tabou. Les responsables des armées le savent bien qui rapatrient, discrètement, des soldats devenus accros…

Les pertes civiles sont inéluctables. Une guerre ne se mène pas en chaussettes. Quand il y a des soldats bien entraînés et lourdement armés, ainsi que des bombardiers en action, a priori, il y aura des dégâts. Des morts et des blessés. Pas seulement des militaires. Mais aussi des civils. Et mécaniquement des bavures. Demander aux militaires de se faire tuer sans réagir est plutôt inadéquat et inconséquent. Cette guerre ne faillit pas à ces principes. La proportion de civils tués pour celles des militaires et des rebelles semble rester globalement dans la fourchette de 1 sur 10. Les responsables politiques qui se sont réveillés au lendemain de Kunduz en proclamant leur refus de l’inacceptable ne me semblent donc pas vraiment très conséquents.

Cette guerre se cherche un objectif. Au début, cela a été la chasse aux terroristes (un objectif encore invoqué régulièrement pour justifier l’engagement), puis la stabilisation du pays, la lutte contre la drogue et le rétablissement de l’État (de droit), plus généralement de "notre sécurité", ainsi que l'a rappelé Angela Merkel la chancelière allemande, estimant que la présence militaire allemande est « dans l'intérêt urgent de la sécurité de notre pays. (...) "Les attaques terroristes du 11 septembre 2001 ont été organisées à partir d'un Afghanistan contrôlé par les talibans. (...) La terreur est venue de là-bas et pas le contraire » Mais est-ce vraiment avec 100 000 hommes surarmés et leur maintien dans le pays pendant plusieurs années, qu’on rétablit un État de droit, qu’on chasse des terroristes, qu’on lutte contre la drogue et qu'on renforce "notre sécurité" ? Pourquoi ne pas intervenir au Soudan, en Somalie, en Iran, en Corée du Nord… Pays qui menacent aussi notre sécurité. Poser la question, c’est déjà y répondre.

L’objectif de cette guerre n’est-il alors pas plutôt la stabilisation d’un gouvernement allié (une sorte d'application de la clause de solidarité extra-territoriale) et la lutte contre l’islamisme radical. En cela, cette guerre ressemble alors, sinon dans ses objectifs précis, du moins dans ses fondements et même dans ses moyens, à la guerre qu’a menée l’URSS il y a 20 ans justement en Afghanistan. Et cette « croisade » moderne entraîne une série de problèmes : politique - l’islam étant la religion de l’Afghanistan, la guerre vise une partie de la population - juridique et éthique : ce n’est pas tout à fait le mandat donné par les Nations-Unies. On ne vise ni le maintien de la paix, ni le retour à la paix. Mais l'élimination d'un adversaire.

L'échec de la fuite en avant. La présence "pour des années" paraît une fuite en avant tout qu'autant qu'une cause d'échec à terme. En effet, le poids accumulé des pertes militaires, du coût de l'opération (directs et indirects), d’autant plus difficile à assumer que la crise économique et budgétaire fait sentir ses effets, et l'absence de justification propre à entraîner l'adhésion du public, se renforce. Malgré tous les efforts de communication de l’OTAN. Et si se multiplient des « bavures » comme celles de Kunduz, nos démocraties ne supporteront pas très longtemps cette guerre. Elles peuvent finir par aboutir à une rupture entre les opinions et leurs gouvernements. Ce qui serait le pire...

 

La stratégie actuelle est une impasse. Dans les mois prochains sera l’épreuve de vérité. Tout le monde le reconnait. Mais la stratégie actuelle, même revue et corrigée par le général McCrystal, ne semble pas offrir à portée de main un futur meilleur. Reconnaître que depuis 8 ans, cette guerre a mal été engagée, mal déployée, et que beaucoup d’erreurs ont été commises, ne suffit pas. Retrouver la confiance de la population afghanne juste avec quelques bombardements en moins et deux trois actions civilo militaires en plus paraît difficile.

Le retrait programmé. La solution – contrairement à ce que prônent certains militaires US – n’est-elle pas alors non d’augmenter les troupes mais de les réduire. Et de l’annoncer. Avec un calendrier de retrait avéré, province par province.

1) Tactiquement, on offrira moins de prises à l’ennemi, moins de possibilités d’actions. Et on aura davantage de troupes disponibles pour le but principal qui devrait les guider : former et assister l’armée afghane. L’opération coûtera moins chère en vies humaines et financièrement, donc sera soutenable.

2) Avoir un calendrier de retrait signifie qu’il y a une nécessaire prise en charge nécessaire par les Afghans de leur destin après la date-butoir. Afghaniser le conflit, ce n’est pas, en effet, juste former quelques milliers de policiers et militaires en plus, cela signifie également rendre aux Afghans la maîtrise tactique et les clés de leur pays. A leurs risques et périls !

3) C’est également enlever un argument à la rébellion. Le retrait des « troupes étrangères » ne devient plus le justificatif de « leur » guerre. Accessoirement cela oblige "l'ennemi" à contrôler davantage de territoires, donc pouvoir être victime de réactions et contre-attaques, des Afghans eux-mêmes.

4) La stratégie de sortie est d'autant plus nécessaire, que d’ici 2010-12, plusieurs gros contingents devraient sortir d’Afghanistan : le Canada et les Pays-Bas notamment (1), voire l’Allemagne (si le Bundestag refuse de voter la prolongation de la mission, l'appel des conservateurs de la CSU à un calendrier de retrait n'est pas un signe à négliger). Mieux vaut un retrait organisé, et programmé, qu'un retrait en ordre dispersé, qui ressemblerait à une débandade...

Ce n'est pas une bonne solution - j'en suis conscient -, la moins pire des solutions...

NGV

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9 septembre 2009 3 09 /09 /septembre /2009 16:09
Angela Merkel, Gordon Brown, Nicolas Sarkozy écrivent beaucoup en ce moment, ensemble, et sur tous les sujets. Une missive vient ainsi de partir vers New York, cette fois, destinée à Ban Ki Moon, le secrétaire général de l'ONU. Sujet : l'Afghanistan. Le trio confirme ainsi être partisan de l'organisation d'une conférence internationale sur le sujet, avant la fin de l'année, "juste après l'installation du nouveau gouvernement afghan".
Le moment est venu. "C
’est le moment de faire le point des progrès réalisés depuis la première élection présidentielle et d’évaluer les défis qui sont encore devant nous" disent-ils. Cette conférence serait co-présidée par les Nations-Unies - les troupes de l'ISAF Otan évoluent en effet en Afghanistan sous un mandat de l'ONU. Elle serait bâtie sur le même modèle que la première conférence, à Bonn (Petersberg) en 2001, Londres en 2006, Paris en 2008, La Haye cette année. "Elle prolongera la revue stratégique récemment  engagée par l’OTAN, sur la base de l’évaluation du Commandant de l’ISAF." indiquent les auteurs.
Pour quoi faire ? "Ensemble, nous devrions établir de nouvelles perspectives et de nouveaux objectifs en matière de gouvernance, d’état de droit, de sécurité et de développement économique et social en Afghanistan, y compris les thèmes transversaux nécessaires. Nous devrions agréer de nouveaux critères et objectifs temporels pour un cadre commun de la phase de transition en Afghanistan, c'est-à-dire préciser ce que nous attendons pour la  prise en charge des responsabilités par les Afghans et une vision claire de leur transfert progressif, là où c’est possible. Dans ce contexte, nous devrions examiner comment accélérer, accroître et améliorer la qualité de la formation des forces de sécurité afghanes,  et comment créer au mieux les conditions locales appropriées." En d'autres termes, comment assurer la transition nécessaire et pouvoir passer la main...
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.