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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 20:31
Une frégate porte-hélicoptères française, le Germinal (F-735), va se déployer dans les eaux internationales au large de Gaza pour des actions de surveillance, "en pleine coopération avec l’Egypte et Israël", a annoncé l'Elysée. Et une coordination étroite avec les Etats-Unis et les partenaires européens va être engagée pour proposer des actions complémentaires "dans la lutte contre la contrebande des armes par voie maritime et terrestre".

Cette action doit permettre accompagner une réouverture totale et permanente des points de passage vers Gaza, estime-t-on à Paris. Qui souhaite également deux choses :

1) la réactivation rapide sous supervision européenne du point de contrôle de Rafah (c'est chose faite, en réalité, car les effectifs de renfort ont commencé à arriver, dans le cadre d'un plan de déploiement accéléré) ;

2)
l’extension de la mission PESD EUBAM Rafah aux points de contrôle entre Gaza et Israël. Deux sujets qui seront abordés lundi au Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne. Ce qui correspond au panel d'actions annoncés il y a quelques jours dans un précédent post.

Le Germinal, frégate mise en service en 1994 est dotée d'un
hélicoptère Panther et est commandée par le capitaine de frégate François Majoufre. Il croisait actuellement au large du Liban dans le cadre de l'opération TF 448. Il lui faut une demi-journée pour rejoindre la zone de surveillance qui lui est assignée.

(photo : Marine française)
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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 15:46
C'est parti. Au siège provisoire d'EUBAM, à Ashkelon, on s'active! Suspendue depuis plus de deux ans, la Mission européenne de surveillance aux frontières de Rafah, pourrait reprendre rapidement ses fonctions (tout dépend des dernières négociations avec les Etats voisins). En tout cas, un plan de redéploiement accéléré (par rapport au précédent, voir mon article de fin décembre) a été mis au point et agréé au point de vue opérationnel (CPCC) comme politique (COPS) par les 27. Depuis plusieurs jours, une douzaine de personnes sont ainsi venues s'ajouter aux 18 déjà présentes sur place, en renfort de l'Etat-Major de gestion de crises civiles de l'UE (CPCC). Mission: planifier et préparer le redémarrage de la mission, prendre les premiers contacts, assurer toute une série de tâches administratives, qui peuvent paraître anodines, mais constituent l'essentiel de la préparation (et de la réussite ultérieure) d'une mission.

Dès ce vendredi après-midi, d'autres renforts vont arriver dans le pays et s'étaler dans les jours qui viennent. 23 personnes supplémentaires en tout - chargées du support administratif, de sécurité et d'encadrement (pour prendre le relais des "intérimaires" de la
CPCC). Le staff de direction de la mission - adjoint au chef de mission, chef des opérations et son adjoint, etc. - sera ainsi au complet. Ce qui permettra d'assurer toutes les prises de contact nécessaires avec les différentes parties, de faire de la reconnaissance, de monter le dispositif opérationnel et de négocier les différents accords politiques, logistiques et administratifs. 20 autres personnes supplémentaires sont par ailleurs, en "stand bye" à H24, prêtes à partir en 24 heures. Soit en tout 60 personnes qui pourraient être à pied d'oeuvre quand le top départ politique du reploiement sera prononcé. Et pour le reste du personnel, le recrutement dans les Etats membres est toujours en cours mais "en bonne voie". Au total la mission devrait comprendre entre 70 et 80 personnes. Ce qui représente une certaine augmentation d'effectifs. Donc une augmentation du budget - et l'aval de la Commission européenne (et du Parlement européen) ce qui ne devrait pas poser de problème mais nécessite un peu detemps-. A noter qu'il s'agit là de l'effectif pour la mission Eubam Rafah (originelle) et non de la mission Eubam Rafah Plus (avec déploiement tout le long de la frontière de Gaza, coté égyptien.

Négocier un nouvel accord. Le premier travail est, en effet, d'établir les contacts et de (re)négocier un accord avec toutes les parties : Palestiniens (Ramallah), Egyptiens, Israéliens. Apparemment ce n'est pas évident car chacun a un avis différent : "Les Egyptiens veulent l'application de l'accord de 2005 - sans plus. Les Palestiniens veulent un accord amélioré - avec un véritable poste frontière autorisant l'import et l'export. Les Israéliens sont plus focalisés sur la lutte contre la contrebande et les tunnels." m'assure un connaisseur du dossier. Officiellement, il n'y a bien sûr pas de "négociation" avec des responsables de sécurité ou politiques du Hamas. Mais les rencontres avec les Egyptiens se passent dans un lieu plutôt discret de la frontière, hors des endroits connus (Rafah) qui permettent ainsi à plusieurs interlocuteurs de se rencontrer en toute tranquillité...
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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 07:30
Après le dîner des ministres des Affaires étrangères des 27, avec leur homologue israélienne, Tzipi Livni, outre la conférence de presse officielle (avec la présidence de l'UE), quelques ministres ont confié - souvent en aparté - aux journalistes qui se trouvaient au bon endroit leurs impressions. Il était tard, tout le monde était pressé de rentrer chez lui. Et nous n'étions que quelques journalistes  (l'AFP, Radio France, un collègue arabe) quand le ministre français, Bernard Kouchner — qui préside également le Conseil de sécurité de l’ONU (pour quelques jours encore) — est passé. Juste le temps d'un rapide échange de questions (posées par l'AFP et moi-même) pour recueillir ses premières impressions. Voici le résultat :

• Qu’avez-vous obtenu ?
« Nous avons obtenu d’offrir la même demande insistante, ouvrez les portes. Il faut absolument que l’aide humanitaire passe ; la définition de l’aide « humanitaire » étant de mon point de vue très politique et c’est un vieux débat. C’est absolument indispensable. On ne peut pas faire comme si le cessez-le-feu n’existait pas et revenir à ce qui s’était passé avant. Voilà ce que nous avons demandé, les 27 d’une seule voix, unie. Nous avons prié, supplié pour que les portes s’ouvrent. Me Livini a répondu qu’elle était très étonnée et que, oui, l’aide humanitaire devrait passer, nous verrons bien jeudi (22 janvier).

• Sous quel contrôle ?
On peut avoir le contrôle qu’on veut. Nous sommes prêts à contrôler, nous l’avons dit. Les Israéliens et les Egyptiens sont sûrement prêts à contrôler aussi. Ca n’a aucune importance. Pour le moment, les portes sont fermées, beaucoup plus fermées qu’on ne croit. Par exemple, l’hôpital français et l’équipe médicale sont à Rafah. On les envoie à Kerem Shalom. Et on les renvoie à Rafah. Ce n’est pas supportable. On ne peut pas, à la fois, être très satisfait que les roquettes ne tombent plus sur Israël, que l’armée israélienne se retire et faire comme si de rien n’était. Voyons…

• Il y avait un deuxième point pour les Européens, la réouverture des postes-frontières, notamment de Rafah ?
Nous avons absolument parlé d’un seul point (NB : l’aide humanitaire).

• L’aide humanitaire c’est aussi l’ouverture des frontières ?
Vous pouvez employer le mot que vous voulez. L’aide, c’est cesser que l’accès à la vie ne soit pas possible. Pour moi, l’aide humanitaire, j’englobe çà dans un très grand volume, politique. (…) Vous savez chaque jour est un combat. (hier – mercredi), nous avons parlé avec Me Livni, nous l’avons écouté. Dimanche, nous parlons avec nos amis arabes. Et nous les écouterons. Et puis nous nous prononcerons au Conseil de lundi.

• Et le début d’un dialogue avec le Hamas ?
Nous ne parlons pas au Hamas. Enfin nous parlons par intermédiaire, vous savez très bien tout l’enjeu de cette négociation si longue. Il est évident que s’ils participent à n’importe quel processus de paix - par exemple l’OLP qui demande qu’il y ait un semblant même pas de gouvernement national mais d’unité, ou quelque chose comme çà - nous serons prêts dès lors que le Hamas offre des perspectives de négociation et de paix comme tout le monde, à considérer comme un interlocuteur…. Mais on n’a pas besoin de nous maintenant.

(publié également dans Europolitique - photo : Conseil de l'UE)
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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 21:10
Le dispositif européen (et américain) qui pourrait être mis en place dans le cadre d'un cessez-le-feu durable à Gaza est actuellement l'enjeu d'une bataille, toute diplomatique, qui a commencé entre alliés, de part et d'autre de l'Atlantique.

Une offre de service européenne. Samedi dernier Gordon Brown (Royaume-Uni), Angela Merkel (Allemagne), Nicolas Sarkozy (France) avaient adressé une lettre commune et identique aux Israéliens et aux Egyptiens (pour transmissions aux autorités de Gaza) contenant une offre de service pour lutter contre les trafics d'armes (pour télécharger la lettre). L'organisation d'un sommet avec l'Egypte à Charm El Cheikh a permis. Reste maintenant à préciser cette offre et surtout obtenir un accord de part et d'autre,
à partir des premières pistes évoquées.

Une négociation à Bruxelles. C'est le sens des réunions extraordinaires des Ministres des Affaires étrangères des 27, à Bruxelles, sous forme de deux dîners : l'un mercredi soir avec leur homologue israélienne, Tzipi Livni ; l'autre, dimanche, avec les ministres jordanien, turc, palestinien et turc. Le lendemain, lundi 23, réunion (prévue de longue date) du Conseil des Ministres des Affaires étrangères de l'UE. L'implication des Européens dans le processus de paix sera à plusieurs niveaux : l'aide humanitaire et le soutien économique (L'Europe a l'habitude! Elle le fait depuis des années. A chaque conflit, elle paie les "pots cassés"), la négociation  politique et la présence opérationnelle.


Un enjeu. Si les Européens arrivent à imposer une présence militaire ou civile dans le processus de paix plus grande que celle qu'ils ont dans la région jusqu'ici (présence - suspendue depuis juin 2007 - au point frontière de Rafah), ils auront gagné le pari : imposer l'Europe dans le processus de paix.


Le dispositif opérationnel qui pourrait être mis en place est le suivant :

1. Réouverture du point frontière de Rafah avec redéploiement de la mission de l'Union européenne (EUBAM Rafah) renforcée et éventuellement étendue à d'autres points frontières (maritime ?).

2. Surveillance maritime pour empêcher la contrebande d'armes - ce qui est plus facile qu'au niveau terrestre.

- du coté de la mer rouge, cette surveillance pourrait être effectuée par des navires américains et autres (dans le cadre d'une des tasks forces internationales présentes sur place)

- du coté de la Méditerranée, cette surveillance pourrait être effectuée par des navires européens, dans un dispositif équivalent à celui existant au large du Liban (Finul maritime ou Task force 448 sous commandement européen, Euromarfor). La proximité des zones maritimes incite d'ailleurs à penser que les opérations pourraient être sinon jointes du moins combinées.

3. Surveillance terrestre du cessez-le-feu. Ce point reste à négocier. Une extension du mandat des observateurs de l'ONU - la FMO (force multinationale et observateurs), dirigée par le norvégien Kjell Narve Ludvigsen -
déjà présents dans le Sinaï, pourrait être étudiée coté égyptien. A l'étude également un renforcement des forces égyptiennes (qui a souvent été critiqué par les Israéliens qui y voyaient une entorse aux accords de démilitarisation de la région). Coté israélien ou coté palestinien, tout est à inventer : mandat de l'ONU, mandat de la force, règles d'engagement.

4. Coopération technologique avec fourniture de matériels électroniques, satellitaires et techniques, fournis coté israélien (par les Américains essentiellement) et égyptien.

5. Formation des forces. L'UE a déjà une mission de formation de la police palestinienne "Eupol" basée à Ramallah. Celle-ci, théoriquement, forme les policiers de Gaza (mais depuis le blocus du territoire par les Etats-Unis et l'UE, cette coopération n'est plus possible à Gaza). Cette mission pourrait être étendue soit géographiquement (coté égyptien), soit au niveau fonctionnel (formation des gardes-frontières)

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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 22:27
Plusieurs initiatives ont été élaborées ces derniers jours, afin de trouver une solution complémentaire au cessez-le-feu et pouvoir l'inscrire dans un cadre durable. Celles-ci pourraient être examinées lors du sommet international en Egypte ce dimanche, après l'annonce du cessez-le-feu unilatéral par Israël. Résumons.

• l'ouverture contrôlée de la bande de Gaza

- la surveillance des points de passage comme le point de Rafah. L'Union européenne qui a déjà une équipe (EUBAM) en astreinte - et a préparé un plan de redéploiement rapide - devrait logiquement en être chargée. Reste à obtenir un accord de réouverture. L'Egypte souhaite que du coté palestinien soient en place des officiers de l'Autorité palestinienne - de Rammalah donc - et non du Hamas.

• la lutte contre la contrebande d'armes

- une force navale pour surveiller la contrebande d'armes. L'Allemagne, la France et le Royaume-Uni ont indiqué être prêts à y participer. Cette force peut être mise en place rapidement, tant d'un point de vue diplomatique qu'opérationnel.

- une force terrestre pour lutter contre les trafics d'armes et les tunnels. C'est le plus difficile. Aux niveaux opérationnel et diplomatique. L'Egypte a refusé la présence d'une force internationale à sa frontière avec Gaza. En revanche, elle ne voit pas d'inconvénient à la présence internationale, coté palestinien. L'autorité palestinienne souhaiterait plutôt une force sur toute la zone de Gaza. Mais on voit quelle capacité de négociation et de pression elle peut avoir. La présence de cette force - son mandat et son étendue géographique - pourrait être une des conditions du retrait israélien. Selon son étendue, ce pourrait un moyen de pression face au Hamas, pour diminuer son emprise sur Gaza.
 
- une mission d'assistance à l'Egype et à Israël pour la lutte contre les contrebandes d'armes.

D'ores-et-déjà, un accord a été signé, à Washington vendredi, entre les Etats-Unis et Israël.
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16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 08:30
Carl Bildt, Le ministre des Affaires étrangères de Suède - qui présidera l'Union européenne au 2e semestre 2009 - vient de l'exprimer vertement. En tout cas plus clairement et plus fort que la présidence actuelle de l'UE. "Maintenant cela prendre fin" estime-t-il sur son blog.

Je cite quelques extraits : "Avec la poursuite obstinée de ses opérations militaires à Gaza, Israël menace de perdre rapidement les derniers vestiges d'accord que, nous avions après tout, quand elle a commencé sa réponse militaire aux attaques de roquettes du Hamas. Aujourd'hui, l'attaque contre le siège de l'UNRWA dans la bande de Gaza est certainement une erreur. Mais le plus grave de cette guerre, ce sont toutes ces "erreurs" avec toutes les victimes et toute l'amertume ainsi créée". "Il y a déjà plus d'un millier de personnes tuées - et seulement une petite partie d'entre eux peuvent être décrits comme impliqués dans les activités militaires du Hamas ! Une opération de guerre, où la majorité des personnes tuées sont des civils innocents, (perd) rapidement une fois la légitimité qu'elle aurait pu avoir."

Il semble, ajoute le Ministre, que "le Hamas soit aujourd'hui prêt à accepter des arrangements qui sont proches de ceux que nous avons discuté avec la Troïka de l'UE au début de la semaine dernière et qui a depuis fait l'objet de négociations, principalement en Egypte. Il est grand temps maintenant pour Israël de se conformer aux exigences du Conseil de sécurité des Nations unies pour un cessez-le-feu." "Si cela continue, on risque des vies d'innocents, ou que "des erreurs" comme l'attentat perpétré aujourd'hui contre le siège de l'ONU, se reproduisent et causent encore plus de dommages à Israël par les possibilités de paix à long terme". (traduction non officielle)

NB : j'aurai bien aimé que la présidence tchèque de l'UE tienne ce langage au lieu de perdre son temps dans quelques arguties inutiles autour de la liberté de l'art. L'art n'est pas menacé aujourd'hui en Europe. La paix en revanche au Moyen-Orient, et à terme en Europe. Car nous ne pourrons plus nier les risques "d'importation" de ce conflit qui entretient la lie des extrêmismes.
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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 19:48
On pouvait avec enthousiasme se dire qu'après la Géorgie, une page était tournée. La politique étrangère européenne était sur les rails. Elle devenait adulte. L'exemple du Congo en décembre (et le refus d'engagement des Européens malgré une demande de l'ONU) avait sonné comme un avertissement. L'inaction sur Gaza le démontre aujourd'hui. Quelle occasion perdue pour l'Europe, divisée, qui n'a pas d'emprise sur les protagonistes, laisse faire Israël, ... et s'aligne sur les Etats-Unis.

Cinq constats :

1) Une Europe indéniablement divisée politiquement. Le schisme palestino-israélien est un des plus fragmentaires qui existe (davantage que la fragmentation devant la Russie). Et la première déclaration tchèque sur la position "défensive" d'Israël a plutôt jeté de l'huile sur le feu.

2) Une absence d'emprise sur les protagonistes. Difficile de discuter avec les parties au conflit quand on s'est interdit de parler avec l'une d'entre elle, avec le Hamas. Sans entretenir des relations diplomatiques de haut rang, d'autres voies auraient plus être trouvées. C'est d'ailleurs un des problèmes de l'UE.  Quant aux moyens de pression sur Israël, à partir du moment où les Etats-Unis la soutiennent, ils sont limités. L'Europe n'a pas voulu activer les habituels moyens de pression diplomatiques - suspension des discussions, des accords en cours...  Une simple déclaration non de la Commission mais d'un commissaire estimant que le renforcement des relations avec Israël n'était pas opportune. Ce qui est assez limité.

3) De façon générale, la réaction est très limitée par rapport à Israël. Il a fallu le bombardement de batiments sous drapeau de l'ONU pour susciter une réaction... petite (1). Le bombardement de cliniques médicales danoises, sous drapeau de la Croix-Rouge, n'avait pas suscité de réaction. Les rapports successifs de l'ONU sur la situation humanitaire de l'ONU (lire système de santé au bord de l'effondrement) tout comme les déclarations du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) n'y ont rien fait. On a l'impression qu'en fait, Israël a les mains libres. Entrer dans Gaza, mater le Hamas, voire essayer de le déstabiliser, cela semble une bonne chose. A condition de ne pas faire trop de dégâts voyants, et d'agir de façon limitée dans le temps (quelques semaines). On ressent une impression désagréable que l'Occident donne une caution implicite dans une lutte plus globale contre l'extremisme arabe.

4) Une inexistance politique. C'est très net. Certes le Haut Représentant, Javier Solana, a joué son rôle. Plusieurs pays ont mené plusieurs missions (française, allemande et espagnole notamment (lire la diplomatie s'active). Mais, mis à part un "petit tour" dans la région, la présidence tchèque de l'Union européenne a été plutôt discrète. Au final, l'UE, en tant qu'instance politique, a été plutôt inexistante. Au mieux, elle a joué les arbitres de touche, levant uniquement le drapeau quand la balle dérape hors du terrain de jeu. Ce faisant, les Européens ont perdu une belle occasion. Durant plusieurs semaines, ils avaient la capacité de s'immiscer dans le processus de règlement de la paix au Moyen-Orient, de jouer un rôle autrement que d'envoyer quelque aide humanitaire et de payer les dégâts.L'UE a fait le minimum. Attendant que le nouveau président des Etats-Unis soit en place et donne le là.

5) Un alignement sur la position des Etats-Unis. Cette position minimaliste ne doit pas faire illusion. Il ne s'agit pas d'impréparation (les Tchèques sont bien préparés, surtout pour le Proche-Orient), ni parce qu'un "petit" pays préside (la Belgique aurait été aux commandes, la position aurait été différente). Non... C'est une question de haute politique. Pour le gouvernement tchèque, les Européens n'ont pas à intervenir sur une zone stratégique pour le Américains. Pour la présidence tchèque de l'UE, l'Union européenne n'a pas à avoir de politique étrangère autonome distincte de celle des Etats-Unis. Le débat est là. Pas ailleurs...

(mis à jour)

(1) Plus précisément deux attaques de l'ONU. La première ayant eu lieu le 8 janvier sur une école de l'UNWRA puis des camions de l'ONU tuant un agent. La deuxième, le 15 janvier, a suscité une réaction rapide de la Commission européenne (le commissaire Michel), de Paris, Londres et Berlin, rapidement. Mais il a fallu attendre 19h50 pour une réaction de la présidence tchèque de l'UE limitée au strict minimum.

NB : Après les accusations de médecins norvégiens d'emploi de nouvelles armes, on peut lire avec profit, sur le blog de JD Merchet, une explication détaillée sur l'utilisation et l'effet des bombes DIME.
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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 19:10
Une délégation de huit parlementaires européens (1) a pu, quelques heures, le 11 janvier, parcourir les rues de Gaza avec la protection de l’ONU. Parmi eux, Hélène Flautre, Présidente de la Sous-commission des droits de l’Homme du Parlement européen. (voici un entretien paru dans Europolitique)

Ce qui a surpris la députée française Verte : les enfants qui sourient. Ce qui l’énerve : le silence de l’Europe. Ce qu’elle désire : rompre avec un cercle vicieux, infernal, blocus de Gaza, extrémisme, violences. Il faut faire pression sur Israël, au besoin « en suspendant la perspective de rehaussement des relations bilatérales », rouvrir les frontières de Gaza, entamer un dialogue avec le Hamas.

• Comment avez-vous pu rentrer dans un territoire en guerre et bloqué par les militaires ?
Nous avons pu rentré à Gaza, par le point frontière de Rafah (côté égyptien) le temps de la trêve, 2h30 en tout, formalités de la frontière compris, avec la coopération des Egyptiens et des Nations-Unis (l’Unwra, l’agence de protection des réfugiés palestiniens) qui nous ont pris en charge, de l’autre côté de la frontière.

• Quel était l’objectif de cette visite ?
On voulait briser ce blocus de Gaza qui interdit aux journalistes d’enquêter, aux ONGs de porter secours à la population civile. Nous voulions nous documenter sur la situation, de recueillir la perception de la population à Gaza. Cette situation est insupportable, inadmissible au regard du droit international.

• A ce point de Rafah, il y a une mission normalement européenne de surveillance. Etaient-ils là ?
Non. Il n’y avait que des Egyptiens et Palestiniens. Je dois dire que la mission EUBAM n’a jamais vraiment été exercée de manière satisfaisante. Cela requiert toujours un accord d’Israël. A Rafah, c’est le désert européen.

• L’incursion était rapide. Quelle est votre impression. Qu’avez-vous vu qui vous ait marqué ?
Des quartiers effondrés, des maisons démolies, c’est la guerre. C’est effrayant. Mais parmi tout çà, des gens qui continuent de vivre. Et surtout des enfants qui nous ont accueili avec joie et gaiteté, qui continent de rire. C’est çà le plus surprenant. On a vu des échoppes ouvertes. On se demande où la population va trouver les ressources. Où ces enfants vont chercher ce sourire. Peut-être un espoir pour demain. Il ne faut pas le briser.

• Que faut-il faire maintenant ?
Je vois trois urgences :
Première urgence, protéger, les civils sur place, cette population à la merci des bombes et d’une aide humanitaire qui arrive au compte-gouttes. Elle est piégée. Il n’y a pas de lieu sûr où se réfugier.
Deuxième urgence: un cessez-le-feu immédiat, pas pour revenir à situation d’avant le bombardement (le blocus de Gaza), ça fait des mois que Gaza est asphyxiée, en survie, où personne ne peut vivre normalement.
Troisième urgence : penser à une vie normale et durable à Gaza. Pour cela, il faut une ouverture durable des frontières, la circulation des biens, des personnes, des capitaux pour que ce territoire puisse se développer normalement.

• L’Europe agit-elle suffisamment ?
Non. Rien ne peut excuser que tout ne soit pas mis en œuvre pour protéger la population civile. Il faut une initiative diplomatique forte. Et, surtout, utiliser tous les instruments dont nous disposons, instruments que nous avons avec Israël - échanges commerciaux, accords d’associations - pour peser et obtenir un changement du gouvernement israélien. Faute de quoi, on aura un nouveau cycle: un cessez-le-feu, négocié tant que bien que mal, une simili-occupation de Gaza par la maîtrise totale des frontières, et de nouvelles violences (roquettes sur Israël).

• Cela passe-t-il par une discussion avec le Hamas ?
Oui. Il faut discuter avec le Hamas. Cela me paraît évident. C’est une faute politique grave de ne pas reconnaître le résultat d’élections (dont on a, par ailleurs, reconnu qu’elles s’étaient déroulées de façon libre et transparente). On a encouragé ainsi au sein du Hamas la radicalisation et les leaders les plus aptes à avoir recours à des moyens violents, au lieu d’encourager un Hamas politique, capable d’assumer des responsabilités publiques. Aucun responsable européen n’a publiquement endossé un dialogue avec Hamas. Il faut que cette situation change. Comme le Hamas doit immédiatement cesser le tir de roquettes.

• Vous trouvez l’Europe trop silencieuse ?
Cela dépend ce que vous entendez par Europe. Nous avons des commissaires comme Louis Michel (aide humanitaire) et Benita Ferrero Waldner (Relations extérieures) qui s’expriment. Mais au niveau du Conseil de l’Union européenne, c’est inquiétant. Il ne parle pas. On ne peut pas continuer comme çà. Convoquer une nième de conférence des donateurs pour reconstruire des hôpitaux, une école de police… nous avions déjà construit et financé et qui sont aujourd’hui détruits. C’est presque honteux.

• Vous trouvez qu’il y a des initiatives possibles, qui n’ont pas été prises par le Conseil?
Oui. La perspective de rehaussement des relations UE-Israël doit être suspendue. Un accord d’association est fondé sur les droits de l’homme, il doit être remis en question sir les droits de l’homme sont violés, ce qui manifestement est le cas, par l’Etat d’Israël. C’est vraiment l’urgence absolue.

Cette latence, vous l’attribuez à quoi, au changement de présidence ?
Ce n’est pas une question uniquement de leadership. Il n’y a tout simplement pas de volonté politique du Conseil dans son ensemble d’être à la hauteur des événements. Sans cette volonté, on peut rien faire.

(1) La délégation était composée de Luisa Morgantini (GUE, Italie), David Hammerstein (Verts/ALE, Espagne), Chris Davies (ALDE, Grande-Bretagne), Véronique de Keyser (PSE, Belgique), Kyriacos Triantaphyllides (GUE, Chypre), Uca Feleknas (GUE, Allemagne), Eugenijus Maldeikis (UEN, Lituanie) et Miguel Portas (GUE, Portugal).
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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 22:35
Les rapports du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et du CICR se succèdent sur la situation médicale et humanitaire à Gaza et on ne peut pas dire qu'ils incident à l'optimisme. Voici un résumé du dernier rapport

800 morts, 3300 blessés. Selon les chiffres du Ministère de la santé, le 9 janvier à 17 h, la barre des 800 morts et au moins 3.300 blessés a été franchie, en quatorze jours d'opération israélienne. Parmi eux figurent les premières victimes étrangères : une femme ukrainienne (mariée à un médecin palestinien) et son enfant a été tuée lorsqu'un obus tiré par un char israélien a atteint la maison où elle résidait, maison située dans une  coopérative d'habitation pour les médecins de la région de Zeitoun dans la ville de Gaza. Coté isralien, on a un bilan de 10 soldats et 4 civils tués. Ce qui est inquiétant est le nombre d'enfants tués à Gaza - comme le montre le graphique ci-dessous.


Au bord de l'effrondrement. "La situation sécuritaire continue d'empêcher le personnel médical d'atteindre les hôpitaux et les cliniques". Et l'OMS a averti que le système de soins de santé était "au bord de l'effondrement", le personnel médical étant à bout de forces, travaillant 24 heures sur 24, et dans des conditions difficiles (sans ou avec peu d'électricité...). Il est à craindre également que le bilan humain s'aggrave car seuls les soins chirurgicaux et d'urgence sont assurés. Le traitement des malades chroniques (cancer, dialyse...) n'est plus assuré. Sur les 56 centres de soins de santé primaires, 34 restent ouverts, mais avec une réduction de 90% des visites!

Limitation des mouvements de l'UNRWA et du CICR. L'UNRWA (l'Office de l'ONU d'aide aux réfugiés palestiniens) a maintenu la "suspension des mouvements de personnel dans l'ensemble de la bande de Gaza", une décision "justiiée par des incidents dans lesquels le personnel de l'UNRWA, des convois et installations ont fait l'objet d'attaques" (attaque d'un camion de l'ONU et d'une école portant l'emblème de l'ONU). Quant au CICR - le Comité international de la Croix-Rouge, il a déclaré qu'il ne mènera pas de "convoi de secours en dehors de la ville de Gaza le 9 Janvier".

Abris insuffisants. De nombreux cvils "continuent à fuir leur foyer pour un refuge". L'UNRWA a ainsi ouvert 27 abris dans la bande de Gaza (des écoles de l'Unwra, et d'autres bâtiments et structures sans protection spéciale) qui ont accueilli "plus de 21.200 personnes déplacées, contre quelques centaines la semaine dernière".

Peu d'électricité, peu d'eau, pas de téléphone, déchets. La plupart des lignes électriques ont pu être réparées, sauf celle au nord-ouest. Mais comme la centrale électrique ne fonctionne pas, de nombreuses zones restent sans électricité. Conséquence : beaucoup de puits d'eau et d'assainissement ne fonctionnent pas (les pompes sont électriques). Et comme le fuel arrive au compte goutte, il n'y a pas de possibilité de faire marcher les générateurs. Le téléphone est aussi absent. 80-90% du réseau de l'opérateur de téléphonie mobile est en panne et les lignes fixes ne fonctionnent pas. Les déchets s'amoncellent y compris dans les hopitaux. Ce qui commence à poser des problèmes sérieux d'hygiène.

Ravitaillement. Un total de 89 camions, dont 40 pour les organismes d'aide ont été autorisés à entrer à Gaza par Kerem Shalom, le 8 janvier ; 41 camions commerciaux le 9 janvier. 14 camions de matériel médical ont pu rentré au point de Rafah ainsi que 11 médics et 3 ambulances. Ce qui est largement insuffisant, selon Louis Michel, le commissaire européen à l'aide humanitaire qui estime que pour venir en aide à la population de Gaza, il faudrait 300 camions par jour.
 
Au niveau européen, plusieurs Etats membres estiment que la limite a maintenant été franchie. Et certains comme la Belgique n'hésitent pas à réclamer une enquête indépendante face à la situation considérant qu'elle est "tout à fait contraire au droit international humanitaire" selon un communiqué du Premier ministre.

(Mis à jour le 11 janvier)
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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 19:57
Après les Tchèques, les Suédois et les Français, deux autres ministres des affaires étrangères de l'UE seront ces jours-ci au Proche orient, le ministre allemand Frank-Walter Steinmeier dès samedi (Egypte - avec rencontre prévu avec le leader palestinien Abbas - et Israël), le ministre espagnol Miguel Angel Moratinos, bon connaisseur de la région, dès lundi (Egypte, Syrie, Territoires palestiniens, Israël). Pour aller vite, l'un est plutôt pro-Israël, l'autre plutôt pro-palestinien (c'est d'ailleurs un des seuls Etats européens à avoir maintenu informellement des relations avec le Hamas). Tous deux rechercheront à obtenir un cessez-le-feu le plus rapidement possible et l'application du plan en six points Moubarak-Sarkozy.

Une demi-douzaine d'Etats européens ont déjà indiqué pouvoir fournir des troupes ou des forces de police pour une présence internationale, notamment : Danemark, Pays-Bas, Italie, Allemagne, Suède et France (comme l'a confirmé à France 24 le ministre français de la Défense, Hervé Morin).

(mis à jour le 11 janvier)
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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Proche Orient - Israel Liban Palestine
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Derrière les murs, la politique (européenne) des affaires étrangères (PESC), de sécurité et de défense commune (PeSDC) est décryptée. Stratégie, politique, gestion de crises, industrie ou transport aérien militaire, surveillance maritime et protection civile...Missions militaires et civiles de l'UE (Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Géorgie, Moldavie / Ukraine, Afghanistan, Irak, Palestine, Congo RDC, Guinée-Bissau, Haïti, Océan indien, Somalie, Tchad).

logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.