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13 janvier 2009 2 13 /01 /janvier /2009 07:05
C'est le ministre finlandais au Commerce extérieur et au Développement, Paavo Väyrynen, qui s'est lancé dans un exercice d'explication sur la neutralité à la finlandaise. Une réaction publiée dans dans Suomen Kuvalehti à certaines déclarations de son collègue, ministre des Affaires étrangères, Alexander Stubb. Celui-ci a, en effet, provoqué dans son pays, une mini-tempête en déclarant à Dublin que la Finlande partage avec l'Irlande d'être "non aligné" et "neutre" alors qu'il défendait à Moscou quelques jours auparavant que la Finlande "n'est pas neutre".

Moment opportun d'ouvrir la discussion ? La neutralité est un sujet sensible s'il en est en Finlande, à l'heure où certains responsables politiques (conservateurs ou chrétiens-démocrates surtout) veulent négocier un virage vers l'Otan (un nouveau Livre blanc sur la sécurité qui aborde aussi cette question doit être publié dans les jours qui viennent). Mais l'intervention de Väyrynen (membre du Parti du Centre, et à plusieurs reprises ministre des Affaires étrangères) est intéressante. Car la question est, à nouveau, sensible en Europe. La neutralité est devenue un des thèmes de campagne majeurs en Irlande sur la ratification du Traité de Lisbonne. Il est ainsi intéressant de voir comment un homme, plutôt hostile à l'adhésion à l'UE à l'époque, mais modéré, considère cete question. L'Europe permet-elle la neutralité est donc une question non seulement, théorique, doctrinale, intéressante mais politiquement décisive ? Il est étonnant de voir que les autorités européennes sont plutôt silencieuses sur ce sujet, comme si le thème était tabou.

Neutre ou non-aligné, la neutralité à la finlandaise ? Pour le Ministre finlandais, ce sont une seule et même chose. L'un étant la condition de l'autre. "La condition de la neutralité pendant la guerre est le non-alignement en temps de paix, car l’appartenance à une alliance militaire pourrait empêcher la neutralité pendant la guerre. Petit à petit, la neutralité est devenue un synonyme du non-alignement. Pendant la guerre froide, la Finlande a exercé une politique de neutralité qui était composée de deux éléments. La Finlande était neutre dans le sens qu’elle n’appartenait pas à une alliance militaire (le pacte d’amitié et de coopération avec l'URSS ne constituait pas une alliance militaire entre la Finlande et ce pays). "Le noyau dur de la politique de neutralité de la Finlande" est que ce pays voulait garder cette position de neutralité et préserver et renforcer son indépendance." En tant qu’Etat militairement non-aligné, et ainsi neutre, la Finlande pouvait adopter la politique de neutralité également comme une orientation générale de sa politique étrangère. La Finlande s’efforçait de se tenir à l’écart des conflits d’intérêts entre les grandes puissances et de maintenir de bonnes relations avec tous les Etats. Cette idée impliquait de renforcer l’indépendance par rapport à l’Union soviétique".

Une tentative de remise en cause de la neutralité lors de l'adhésion à l'UE a échoué. L'adhésion à l'UE a été l’occasion - lors des négociations d’adhésion - de redéfinir cette position et cette ligne. Selon la nouvelle formulation, la Finlande gardait, dans la nouvelle Europe, le noyau dur de sa neutralité, c’est-à-dire le non-alignement militaire et une défense indépendante crédible. La participation à la PESC a toutefois signifié que la Finlande ne pouvait plus exercer sa politique de neutralité traditionnelle dans le sens large du terme. "Au fur et à mesure que les négociations d’adhésion avançaient" raconte l'ancien ministre des Affaires étrangères, "certains Etats membres ont exigé que la Finlande renonce à part entière à sa neutralité. Ils sont toutefois revenus sur leur exigence lorsqu’ils ont constaté que cela demanderait la transformation de l’UE en un Etat fédéral avec des garanties de sécurité militaires".

Neutralité et membre de l'UE ne sont pas incompatibles. En Finlande, beaucoup de personnes ont dit qu’en tant que membre de l’UE, ce pays ne pourrait plus s’appeler neutre. Ils ont eu tort, écrit Väyrynen. Dans l’UE, le langage est clair : les Etats non-membres de l’OTAN et ainsi militairement non-alignés sont appelés Etats membres neutres. En Finlande, lorsque M. Lipponen est devenu Premier ministre, on a renoncé au terme de neutralité et on a commencé à se référer à la Finlande comme un Etat militairement non-aligné. M. Lipponen, quant à lui, est allé encore plus loin, selon M. Väyrynen. Il a dit que depuis son adhésion à l’UE, la Finlande n’était même plus militairement non-alignée. Pourquoi ce changement de vocabulaire ? Selon lui, "pour aplanir la route pour l’adhésion de la Finlande à l’OTAN ou pour la transformation de l’UE en une alliance militaire et un pilier européen de l’OTAN". Cette dérive est inquiétante, selon lui. "Il est désespérant d’essayer de changer le langage établi des autres pays en faisant une différence entre la neutralité et le non-alignement militaire. Cela crée des malentendus et une confusion. Ne serait-il pas sage d’essayer d’harmoniser nos concepts avec le langage des autres pays en réadoptant le terme de la neutralité à côté et comme synonyme du nonalignement militaire"

L'utilité d'avoir un pays neutre, plus forte que jamais. Encore récemment, "les Etats-Unis ont justifié le choix de Helsinki comme lieu de rencontre des commandants des forces armées américaines et russes (NB : après le conflit en Géorgie, et alors que le cessez-le-feu n'était pas encore consolidé) par la neutralité de la Finlande."

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Défense UE (droit doctrine politique)
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commentaires

cochard 13/01/2009 08:43

neutralité et non-alignement ,c'est de la sémantique de couture de pantalon (ou pléonasme...)  Pendant la seconde guerre mondiale ,en 40 la finlande résista avec courage à l'ogre russe ,le mettant meme en échec puis devint l'allié d'hitler .on ne peut pas à la fois vouloir rester neutre et rentrer dans l'otan      louis-marie  nantes

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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.